15 novembre 2009

Malouma, diva des sables

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Hier matin, à l’occasion de sa participation au Festival « Voix de femmes » -festival dédié cette année à Aung San Suu Kyi (TAG Aung San Suu Kyi)- qui aura lieu à Bruxelles, Liège, Anvers et Utrecht du 18 au 28 novembre prochain, j’ai découvert une femme, Malouma, qui m’a donnée envie de vous parler un peu d’elle.








Je vous propose de la rencontrer (ou de la retrouver) à travers une interview donnée en 2007 au site afrik.com.




Malouma fait bouger la société en chanson



Malouma vient de sortir son troisième album : Nour (Marabi). Des mélodies et rythmes de Mauritanie mixés au rock et au blues : la star mauritanienne, qui est auteur-compositeur-interprète, dévoile toute sa sensibilité dans des chansons qui sont aussi des messages, dans la tradition des musiciens d’Afrique.

Interdite d’antenne pendant des années, à cause d’une chanson politique, Malouma a de nouveau retrouvé droit de cité dans son pays.
Mieux : elle est désormais sénatrice.

La politique, elle peut désormais la faire en mots, et pas seulement en chansons…
Rencontre à Paris, à l’occasion de la parution de son album, Nour.


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Afrik.com : est-ce difficile pour une femme de s’affirmer comme chanteuse en Mauritanie ?

Malouma : Non, ça n’est pas difficile : en Mauritanie, comme ailleurs en Afrique, il y a des familles de musiciens. Moi je viens d’une famille d’artistes : mon père et ma mère sont des musiciens. Mon père joue de la tidinit (guitare proche du guembri, ndlr), ma mère joue de l’ardin (petite harpe, ndlr). J’ai grandi dans une famille où tout le monde chantait !



Festival Africolor, Seine St-Denis, décembre 2003






Afrik.com : Vous êtes la première artiste à avoir apporté de la modernité dans la musique mauritanienne. Qu’est-ce qui vous a poussée à explorer cette voie ?

Malouma : J’ai débuté ma carrière très tôt. Et j’ai senti tout de suite que la musique mauritanienne était installée dans une certaine routine : c’est le propre de beaucoup de musiques "traditionnelles", qui sont un peu figées. J’écoutais beaucoup de musique occidentale, et j’ai eu envie d’apporter d’autres sons à la musique mauritanienne, tout en respectant sa couleur et sa tradition.


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Afrik.com : Quels types de musique occidentale écoutiez-vous ?

Malouma : Mon père écoutait beaucoup de musique de tous les pays du monde, grâce à la radio. Il était branché sur la BBC, sur France Inter, sur des radios égyptiennes. J’ai été nourrie, musicalement, avec des artistes aussi différents que Oum Kalsoum, Abd el Halim Hafez, Manu Dibango, Miriam Makéba, ou Lambara Kamara. Et côté musique occidentale, on entendait à la radio Jacques Brel, Claude François, Mireille Mathieu,…


Afrik.com : Vous avez été interdite d’antenne pendant plusieurs années. Pouvez-nous nous raconter pourquoi ?

Malouma : J’ai été censurée à cause de mon point de vue sur la politique. En 1992, j’ai fait une chanson pour l’opposition, en hommage à l’un de ses leaders : "Habib echaâb" (l’ami du peuple, ndlr).

Mais il y a des mots qui dérangent, et le gouvernement a décidé d’interdire cette chanson, et de m’interdire des ondes. Ca a duré jusqu’en 2003, date à laquelle une manifestation populaire a réuni 10.000 personnes qui demandaient que je revienne dans les médias
.


Malouma à Musiques Nomades, Nouakchott, février 2004






Afrik.com : Vos chansons sont toujours chargées de messages : chanter, pour vous, c’est un engagement ?

Malouma : Oui toutes mes chansons ont un sens, et c’est sans doute pour cela qu’elles ont plu aux Mauritaniens : je parle des problèmes sociaux qui affectent le peuple. Avant, la chanson mauritanienne traditionnelle chantait la poésie classique : Antar, el Moutannabi, la Qasida, la louange du tribalisme…

Ca ne parlait pas à la société. Dans mes chansons, j’aborde des questions comme l’émigration, les droits des femmes, la tolérance religieuse,…



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Afrik.com : Quel en est l’impact sur la société ?

Malouma : Je crois que les artistes peuvent faire bouger les sociétés. Par exemple, au début, j’ai eu beaucoup de problèmes, parce que je chantais une chanson à la télévision où je disais "habbeytou" (je l’ai aimé), et les gens étaient choqués parce que j’étais une jeune fille : dans la chanson arabe, une jeune fille ne chante pas l’amour de cette façon.

Je chantais beaucoup de thèmes qui étaient tabous alors, et qui ne le sont plus.



Au festival Musiques métisses d’Angoulême en 2006




Pour aller plus loin

• Sur France inter, « Humeur vagabonde »
• Un article du Monde « Malouma, diva rebelle » repris sur le blog kobason

• Ici, l’extrait d’un documentaire de 53 mn, dans lequel Cheikh N'Diaye, réalisateur de ce documentaire, suit les pas de la chanteuse mauritanienne Malouma entre la France et son pays. Diva entre tradition et pop musique, elle a dû s'imposer en pays musulman.

A Nouakchott, la chanteuse Malouma est une star, respectée tant pour sa musique que pour ses prises de positions politiques. Elle est issue d'une famille de griots. Le griot, dans la tradition africaine, a pour fonction de chanter les louanges des dignitaires, mais aussi d'être le gardien de la mémoire collective du pays.

Mais Malouma a choisi de s'écarter de la tradition en abordant des sujets tabous en Mauritanie. Sa libre parole lui a valu la censure pendant des années, la poussant à exporter sa musique sur les scènes du monde entier.

Cette femme de tempérament s'est engagée politiquement pour défendre les droits des artistes et des femmes. Nourrie de musiques très diverses comme Mozart, Vivaldi, de chants traditionnels, la musique de Malouma est faite de toutes ces influences.

La Diva fait swinguer les foules du festival d'Angoulême aux scènes mauritaniennes, en passant par le mythique New Morning de Paris.

Illustré de très larges extraits de concerts, ce documentaire suit Malouma à la rencontre des griots de son pays. Interviews de ses proches, tournées en Mauritanie, scènes de la vie quotidienne à Nouakhchott, ce film trace le portrait d'une Diva charismatique.


Malouma sur Deezer


We decide our own fate by our actions.”
Aung San Suu Kyi




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Commentaires

Nour, c'est la lumière en arabe. Parfaitement approprié quand on lit le portrait de Malouma.

Ecrit par : Anna Galore | 15 novembre 2009

Yes ! Encore une belle initiative que ce festival "Voix de Femmes" on pourrait presqu'écrire Voies de Femmes ;-)

Depuis 1991, le Festival Voix de Femmes a réalisé 9 éditions qui ont rassemblé des artistes d’Europe, d’Afrique, de l’Océan Indien, d’Amérique Latine, d’Asie Centrale et d’Extrême-Orient. Ces artistes sont des femmes qui investissent et transforment leur art et leur culture. Elles sont les héritières de traditions artistiques occidentales, orientales, urbaines, paysannes, sédentaires, nomades, orales, écrites, rituelles ou profanes. Par la musique, la danse, le théâtre ou les arts plastiques, elles continuent leur histoire, la recréent, la recomposent, la modèlent. Elles tracent ainsi de nouvelles identités, elles impriment d’autres directions, et, ce faisant, elles dessinent un futur.

anti

Ecrit par : anti | 15 novembre 2009

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