21 novembre 2009

« Même Ousmane Sow a été petit »

Cette semaine, je me suis offerte un cadeau : un livre sur un sculpteur -Ousmane Sow- que j’adore, grand par la taille et encore plus par le talent, un homme que je trouve d’une infinie humanité, un livre dont le titre m’a séduite et fait rêver, un livre dont le contenu et les illustrations m’ont plu et ému à la fois. Bref, un vrai moment plaisir.


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D’abord destiné aux enfants, c’est un petit bijou qui rassemble des textes, des souvenirs, des photos, des dessins, des gouaches, des collages, qui propose aux petits comme aux grands une réflexion sur l’éducation, sur la vie et l’art en général.


On y apprend notamment qu’Ousmane Sow est tombé amoureux de la lune à l’âge de trois ans, on y découvre une enfance heureuse puis ballotée, des débuts à Paris dans la plus grande pauvreté (il dormait dans les commissariats la nuit et réussissait à s’y faire offrir une baguette tous les matins) mais aussi dans la fantaisie (il a couru le marathon de Vincennes en charentaises).


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On découvre aussi un homme qui n’a peur de rien ni de personne, qui s’est enrichi de ses rencontres et notamment Boris Dolto (le mari de Françoise) qui lui a enseigné la kiné.


On croise au fil des pages les hommes dont il dit qu’ils l’ont aidé à ne jamais désespérer du genre humain (parmi les lesquels Martin Luther King, Gandhi, Mandela, Victor Hugo, De Gaulle, Mohamed Ali, et d’abord et avant tout son propre père).

C’est un très joli livre, plein de tendresse et de poésie, une jolie rencontre avec ce sculpteur dont je suis fan depuis que j’ai découvert son travail au Pont des Arts en 1999 et que j’ai eu le bonheur de retrouver à Arles il y a deux ans.


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(Illustration tirée du livre)







Ce nouvel ouvrage de Béatrice Soulé est sorti en mai 2009, à l'occasion du dixième anniversaire de l'exposition des oeuvres d'Ousmane Sow sur le Pont des Arts, et déjà ré-imprimé en septembre dernier.


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(Illustration tirée du livre)



Compagne du sculpteur sénégalais, Béatrice dresse le portrait de cet artiste en retraçant sa vie, de son enfance à sa dernière création, en passant par le Pont des Arts à Paris, où son exposition attira, en 1999, plus de trois millions de visiteurs.

Le livre raconte l’homme à travers, “ des anecdotes drôles, insolites, émouvantes et parfois dramatiques, inscrites sur une page d’histoire entre le Sénégal et la France…” et revient sur les pas d’un “ parcours atypique d’un enfant sénégalais devenu un homme et un artiste hors du commun grâce à la confiance d’un père qui n’a jamais cessé de le fasciner”.


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Les premières lignes du livre soulignent un passage du poème de Victor Hugo, “Mon père ce héros…”, qu’Ousmane a appris à l’école, et mentionnent vers la fin, sa dernière création intitulée “Merci”, en hommage à des monuments qui l’ont aidé à ne pas désespérer du genre humain : Victor Hugo, Nelson Mandela, le Général de Gaulle, Mohamed Ali, Gandhi, Martin Luther King et son propre père, ce héros, dont la sculpture, qui vient de naître à Dakar, figure en quatrième de couverture du livre.







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Arles 2007

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Bio express de l'artiste


Ousmane Sow est né à Dakar le 10 octobre 1935. En 1962, il devient kinésithérapeute, en France et à Dakar, avant de se consacrer entièrement à la sculpture. En 1987, le public s’enthousiasme pour les premières expositions de ses Noubas à Dakar, puis en France et au Japon. En 1999, les Parisiens sont émerveillés par l’inoubliable rétrospective sur le pont des Arts où ils se promènent, éblouis, entre les Sioux, les Cheyennes, les soldats du général Custer, les Masais, les Zoulous et les Peuls.


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(Illustration tirée du livre)



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Un portrait à lire ou relire
Ousmane Sow, sculpteur monumental





Entre un père vénéré et une mère si jeune, si belle, mon enfance à Dakar était la douceur même. Jusqu’à ce matin de 1942 où les bombes sont tombées. Le sang, la mort et l’exil, loin de celui qui fut mon héros....

Enfant, j’habitais une immense maison de dix-neuf pièces, que ma famille partageait avec d’autres locataires, et qui était située au centre de Dakar. J’étais un petit garçon très heureux, follement aimé de mes parents et entouré de mes neuf frères et sœurs. A la fin de la journée, nous avions l’habitude de savourer la fraîcheur du soir sous la grande véranda. J’aimais rester blotti dans les bras de mon père, pendant que ma mère, si jeune, si belle, racontait les mille et une anecdotes du jour. A l’école, je n’étais pas vraiment un bon élève mais j’étais doué pour les activités artistiques.

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Un jour, j’ai réalisé une petite sculpture de marin avec un des blocs de pierre que nous ramenions de la plage. Je m’étais appliqué et je me souviens encore de chaque détail : le pompon, le costume, peints à l’encre rouge et violette des plumes Sergent-Major que nous utilisions à l’époque. J’étais fier car mon père m’avait complimenté et mon instituteur avait -exposé ma statuette sur l’armoire de la classe.

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C’était l’époque bénie de l’enfance insouciante. Mais en 1942, en pleine guerre mondiale, cette douceur a été balayée ; je n’avais que 7 ans mais je me souviens très bien de ces semaines qui m’ont fait grandir prématurément. Les bombardements sur Dakar s’intensifiaient, faisant de nombreuses victimes, surtout dans notre quartier.

Un jour, j’ai vu un homme à vélo se faire déchiqueter par un éclat d’obus. Il était pratiquement décapité. C’était atroce... Pour la première fois, j’étais confronté à la mort dans ce qu’elle peut avoir de plus sanglant et d’inhumain pour un enfant. Pour moi, c’était la fin de l’innocence...

Ce jour-là, mon père prend la décision de nous expédier loin de Dakar. Dès le lendemain, il nous conduit au train. Lui estime de son devoir de rester. Au fur et à mesure que le train m’éloigne de mon père adoré, mon cœur d’enfant se serre : vais-je le revoir ? Va-t-il mourir lui aussi ? Combien de temps notre exil va-t-il durer ?


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Mon père a alors 63 ans, et ma mère 29. Elle est bien jeune pour s’occuper d’une si grande famille. Mais ma grand-mère, à Saint-Louis, nous fait de la place dans la case familiale et nous inscrit à l’école. Je vois tout ça d’un mauvais œil ; cela veut dire que je ne suis pas près de revoir mon père...

Nous manquons de nourriture à cause de la guerre et, avec mes frères et sœurs, nous maraudons mangues et figues de Barbarie dans les champs abandonnés. Nous ramassons des graines de nénuphar que notre grand-mère cuisine. Je ne pense qu’à l’absence de mon héros. Je m’inquiète énormément pour lui. Les mois se succèdent, interminables...


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Jusqu’à un matin, où je suis en train de jouer dans la cour de l’école. A travers la grille, j’aperçois quelqu’un qui court au coin de la rue en venant vers nous. Même démarche, même allure que mon père. Ce n’est pas possible... Je m’approche, le cœur battant ; c’est lui ! Je me jette dans ses bras, fou de bonheur, incrédule... Je ressens une joie extraordinaire. C’est le plus beau jour de ma vie. Mon père m’embrasse et me serre fort contre lui ; il me dit, en me caressant les cheveux : «On rentre à la maison, c’est fini

Nous avons pris le train et nous sommes retournés à Dakar. Dans la grande maison désertée, où mon père était seul pendant ces longs mois, un gros éclat d’obus avait sérieusement endommagé la véranda où j’avais passé tant de soirées heureuses. Si nous étions restés, nous serions peut-être morts... J’ai pris conscience du danger que mon père avait affronté. De cela, comme de la Croix de guerre dont il avait été décoré pour avoir combattu en France pendant la Première Guerre mondiale, mon père n’a jamais reparlé.


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De ce qu’il avait fait pour les autres, toute sa vie, il ne disait rien. Sa pudeur n’avait d’égale que sa ¬générosité. Quand il avait senti la guerre arriver, il avait entreposé des vivres dans une pièce de la maison. Lorsque j’allais chez nos voisins et que je voyais les marmites retournées, ce qui voulait dire que les gens n’allaient pas manger ce jour-là, il m’ordonnait : «Va leur porter du riz.» A ce rythme, nos provisions ont vite été épuisées... Mais mon père n’aurait pas toléré que nous mangions à notre faim devant les autres.

Lorsqu’il est mort, d’une hémiplégie foudroyante, j’avais 21 ans. La douleur m’a fait partir du Sénégal. Je ne voulais pas vivre dans l’ombre de son souvenir. En France, j’ai connu la pauvreté et la tristesse de l’exil, même si des gens extraordinaires m’ont aidé. J’ai appris le métier de kinésithérapeute, mais je consacrais tout mon temps libre à la sculpture, une passion dévorante.

Aujourd’hui, je veux rendre hommage, à travers mes œuvres, aux grands hommes qui m’ont aidé à ne pas désespérer des êtres humains.

Victor Hugo, Nelson Mandela, le général de Gaulle ont déjà vu le jour. Maintenant, je vais commencer la sculpture de celui qui a le plus compté pour moi : mon père. Il rejoindra cette sorte de «club» de gens honnêtes.

Et quand mes «grands hommes» seront achevés, j’aurai le sentiment d’être purifié, d’avoir payé ma dette à la société. Je les réunirai dans un musée au Sénégal, et ce sera comme un temple où j’irai m’oxygéner. (Source Paris Match)

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• Interview-vidéo d’Ousmane Sow sur France24 (à partir de la 4ème minute)

Ousmane Sow magnifie la dignité des sans-papiers

• Rencontre Collage Ousmane Sow et JR :





Miss You

Commentaires

Un livre qui donne envie, une interview très émouvante, un homme qu'on a envie d'apprendre connaître, de rencontrer en plein cœur.

anti

Ecrit par : anti | 21 novembre 2009

Quel plaisir de retrouver Ousmane Sow. J'ai découvert cet homme magnifique il y a quelques années lors d'une émission télé. Je suis subjuguée par ses sculptures. Et je cours m'acheter le livre... grand merci Miss de nous en parler.

Voici 2 liens intéressants:

www.le-cheval-bleu.com/sow.htm
www.1millioneurosedudh.org/Ousmane

Ecrit par : valentine | 21 novembre 2009

Plus j'en découvre sur ce grand monsieur, plus je le trouve fascinant et émouvant. Chaque fois que je vois l'une de ses statues, je suis bluffée par leur aspect "vivant", comme si le sang et un coeur battaient à l'intérieur. Difficile de ne pas toucher quand on s'en approche.

Merci Valentine pour ces deux nouveaux liens. J'ai particulièrement aimé le premier : "le cheval est un homme comme les autres" ça me plait bien cette formule :-)

Le livre devrait te plaire ;-) Je n'arrête pas de le feuilleter et d'y revenir depuis qu'il est arrivé et je me régale.

Ecrit par : Miss You | 21 novembre 2009

Grande admiration pour l'artiste et l'homme depuis le jour où ma soeur me l'a fait découvrir il y a une vingtaine d'années (elle fait partie de ses proches). Maintenant qu'elle s'est fait construire une maison à Dakar, où elle vit la moitié de l'année, nous ne manquerons pas d'aller le saluer le jour où nous irons la voir là-bas.

Ousmane Sow a une façon très particulière de construire ses oeuvres : avec un mélange de résines dont il a le secret, il assemble d'abord le squelette puis, par couches successives, les muscles, la chair, la peau, les yeux, les cheveux et les vêtements (ou le pelage pour les animaux).

Ecrit par : Anna Galore | 22 novembre 2009

Je n'avais pas le souvenir de ces bombardements sur Dakar. Par contre, j'habitais Paris en 1944 et presque chaque nuit, les raids aériens nous conduisaient dans les abris. Mon frère, qui n'est plus de ce monde, est né dans la nuit du plus important bombardement de la capitale... C'était le 20 avril 1944, près de la Porte de St-Ouen. Au matin, en sortant de l'abri souterrain, nous avons constaté que l'immeuble mitoyen était pulvérisé... La vie, ça tient à très peu de choses...

Ecrit par : ramses | 22 novembre 2009

J'ai retrouvé dans ma bibliothèque un DVD réalisé par Béatrice Soulé qui est partagé en 2 parties:

- Ousmane Sow: film sélectionné par la Biennale du film d'Art-Beaubourg 1996, par le Festival International du Film sur l'Art de Montréal (FIFA 1997) et nommé aux international Emmy Awards-New York 1997. Ce film est une histoire d'amour, entre un homme et sa sculpture, entre un homme et une femme, entre un homme et une humanité. Béatrice Soulé met ici en lumière les quatre séries de sculptures d'Ousmane Sow: les Masaï, les Nouba, les Zoulou et les Peulh.

- Ousmane Sow, le soleil en face: ce film a reçu le prix du meilleur documentaire au Festival International du Film d'Art de Montréal (FIFA 2001). C'est l'histoire du temps qui passe, au rythme lent d'Ousmane Sow et celui du temps qui se bouscule, de la naissance d'une oeuvre jusqu'à son éclosion, un jour de printemps à Paris sur le Pont des Arts.

Ecrit par : valentine | 22 novembre 2009

Je viens de trouver cette rétrospective http://www.cultura.com/livre/arts-musique/sculpture-arts-plastiques/collectif,ousmane-sow,2409148.prd

A suivre.... ;-)

Ecrit par : Miss You | 22 novembre 2009

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