24 novembre 2009

La perfide Albion sous le charme d'Asterix

Fan d’Astérix depuis bien bien longtemps, je me suis régalée en lisant cet article dans Courrier International.

Pourquoi Astérix est-il si populaire à l’étranger, notamment en Angleterre ?

Comment réussir à conserver le piquant et les jeux de mots tellement français et conserver l’esprit des auteurs, dans une langue différente de celle de ses créateurs ?








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La perfide Albion sous le charme du petit Gaulois


Imbattables en matière d’humour, les Britanniques ont adopté Astérix dès ses débuts.

Encore fallait-il le talent d’une traductrice pour transposer l’esprit de la BD à l’anglais, rappelle The Guardian.



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Le vaillant petit Gaulois et son énorme ami Obélix fêtent leur cinquantième anniversaire et tout Paris semble célébrer l'événement avec eux.

Il y a eu des dîners officiels avec des membres de l'élité politique, des fêtes de rue, un hommage de la patrouille de France, une exposition spéciale et un livre commémoratif.

Bien entendu, le succès que la bande dessinée rencontre en France n'est pas tout.

Astérix est un phénomène mondial : les aventures du Gaulois se vendent aujourd'hui à 325 millions d'exemplaires dans 107 pays et la marque touche même un public encore plus large grâce à trois films avec des acteurs, un parc à thème et les inévitables produits dérivés qui vont des peluches aux Happy Meals.


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Pour Uderzo, toujours alerte à 82 ans et qui a continué à créer de nouvelles aventures d'Astérix après la mort de son ami Goscinny en 1977 en assurant à la fois le scénario et le dessin, l'intérêt international que suscitent les personnages fut à la fois inattendu et rassurant.


"On ne s'attendait pas du tout à un tel succès, même en France, avoue-t-il. “On a été contents de découvrir qu'Astérix plaisait à l'étranger, d'abord en Allemagne, où il a suscité un intérêt comparable à celui rencontré en France. Nous étions rassurés parce qu'on nous avait dit qu'Astérix excusait d'une certaine façon le général de Gaulle et surtout qu'il ne plaisait qu'aux Français, ce qui n'était pas ce qu'on souhaitait. Or il a marché dans les autres pays."


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Ce qui rend la popularité d'Astérix hors de France encore plus surprenante, ce n'est pas tant que la bande dessinée soit fermement ancrée dans le caractère français, c’est surtout que son humour repose largement sur des jeux de mots ingénieux et des répliques bien ciselées.

Comment ça marche en traduction ?


Pour Anthea Bell, qui traduit Astérix en anglais depuis que le premier album a traversé la Manche en 1969, c'est davantage le type d'humour incarné par Astérix que les détails qui traverse les frontières nationales.

"Si on est fidèle à l'esprit dans la traduction, on doit se détacher de la lettre, explique-t-elle. “C'est un humour plus européen que français. Il ne passe pas aussi bien de l'autre côté de l'Atlantique. Les Français et nous aimons l'humour qui naît des anachronismes. Nous avons une longue histoire derrière nous et nous aimons en rire." Et bien qu'il recoure aux stéréotypes nationaux - les fiers Espagnols, les Britanniques flegmatiques et les lâches Romains - cet humour est, selon Anthea Bell, "essentiellement gentil."


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Pour trouver les équivalents anglais des noms français - qui se terminent tous en "ix" pour les Gaulois et en "us" pour les Romains - il faut avoir le genre de pensée latérale qu'adorent les concepteurs de mots croisés, estime Mme Bell, dont le père a été le premier auteur des mots croisés cryptiques du Times.

Son habileté à trouver de nouveaux noms pour les personnages français, dont certains fonctionnent selon certains encore mieux que les originaux, a ouvert Astérix à un public anglophone.


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Ainsi Idéfix, le fidèle compagnon d'Astérix, est-il devenu Dogmatix [dog signifie chien en anglais] ; Assurancetourix, le barde si peu musicien du village, est Cacofonix ; deux légionnaires romains deviennent Sendervictorius et Appianglorius [send her victorious, happy and glorious, extraits de l’hymne national God Save The Queen] ; le druide Panoramix s'appelle Getafix [prendre une dose ou faire un relevé].

Ce dernier nom a valu à Anthea Bell d'être accusée de corrompre la jeunesse, ce qui l'amuse beaucoup. "Ce n'est pas obligatoirement une histoire de drogue ! assure-t-elle en riant."

Quand on lui demande ce qu'il espère pour l'avenir de sa création, Uderzo donne un équivalent verbal du haussement d'épaules français. "J'espère qu'il nous survivra, qu'il pourra vivre encore. Vous savez, la vie d'un héros ne tient qu'à la bonne volonté de ses lecteurs, elle ne dépend pas tellement de l'auteur. S'il doit continuer, il continuera ; si les choses doivent tourner différemment, cela ne dépend pas de nous."


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Pour Anthea Bell, dont la vie est tellement liée à celle du petit Gaulois depuis 40 ans qu'elle le qualifie de "vieil ami", l'avenir est clair. "Pour moi, il ne devrait pas y avoir d'autres Astérix après la mort d'Uderzo. Ce sera, comme on dit toujours à la fin des albums la 'FIN.'"
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Astérix chez les Bretons (1966), l’un des albums préférés d’Uderzo, fut particulièrement délicat à traduire en anglais car l'un des plaisirs de Goscinny fut de faire parler les personnages britanniques avec un épouvantable accent anglais.

On y trouve aussi, dans la bouche des personnages, en français, quelques pastiches savoureux de la langue de Shakespeare.

Exemples :

- Choquant ! pour Shocking !
- Un morceau de chance (A bit of luck)
- Ma bonté ! (My goodness !)
- Je demande votre pardon (I beg your pardon)


Source Courrier International



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Tout plein d’infos (en anglais) super intéressantes sur le site www.literarytranslation.com à propos de l’histoire des personnages et de la bd, où Anthea Bell explique la difficulté de traduire les noms de personnages, du défi de traduire une vignette - Voir le parallèle entre « je suis médusé » et le « Radeau de la Méduse » de Géricault-, des différences liées à la perception et la retranscription des accents des personnages








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Commentaires

Magnifique boulot de la traductrice !!! Dans le même genre, même si avec moins de jeux de mots, je trouve également excellent le boulot fait par Jean-François Ménard, le traducteur des Harry Potter, où la plupart des noms de personnages, de lieux et de sorts sont différents entre l'anglais et le français, simplement pour que ça sonne mieux (et c'est très réussi).

Une discipline que je connais de près, ma maman exerçant ce noble métier et m'ayant montré à de nombreuses reprises les joies de la traduction d'un jeu de mot ou d'une expression d'une langue à une autre. Un exemple ? Dans un polar, elle a traduit par "ce n'est pas très catholique" l'expression anglo-saxonne "it is not kosher" (littéralement : ce n'est pas casher) qui signifie la même chose. Ce passage de l'Ancien au Nouveau Testament m'a bien fait rire.

Ecrit par : Anna Galore | 24 novembre 2009

"...et son énorme ami Obélix" Il n'est PAS GROS !!!!! Juste un peu enveloppé...

Et si c'est vrai que les traductions sont parfois meilleures que l'originale. Notamment sur les épisodes fait uniquement par Uderzo qui ont beaucoup perdus en jeux de mots par rapport à ceux écrits par Gosciny.

Ecrit par : Netsah Galore | 24 novembre 2009

Et sinon*

Ecrit par : Netsah Galore | 24 novembre 2009

"les épisodes fait uniquement par Uderzo "

C'est vrai, oui. C'est un excellent dessinateur mais un moins bon scénariste et dialoguiste que le regretté René Goscinny, c'est clair.

Ecrit par : Anna Galore | 24 novembre 2009

"Dans un polar, elle a traduit par "ce n'est pas très catholique" l'expression anglo-saxonne "it is not kosher"

J'adoooooore !!

Ecrit par : Miss You | 24 novembre 2009

Parmi mes épisodes préférés, il y a le "Domaine des dieux" bourré de jeux de mots et de références.

Lorsque César explique pourquoi il a choisi de faire appel à l'architecte Anglaigus, il parle notamment de « conduisez-dedans » et des « potions-tabernae ».

Petite, je ne comprenais pas de quoi il pouvait bien parler. C'est seulement des années plus tard que j'ai vu la référence aux drive in et aux drugstores américains.

Quand je relis un épisode maintenant, je redécouvre le texte et c'est pur bonheur.

Ecrit par : Miss You | 24 novembre 2009

Excellent article qui m'a fait penser pour ma part à Patrick Couton traducteur depuis le début des années 80 de Terry Pratchett et de ses annales du Disque-Monde (http://fr.wikipedia.org/wiki/Disque-monde#Inspiration_et_origine) trop bien et délirant à souhait ! Patrick Couton qui a reçu le Grand Prix de l'Imaginaire pour l'ensemble de ses traductions du Disque-monde en 1998.

anti

Ecrit par : anti | 24 novembre 2009

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