07 décembre 2009
Gaston Chaissac, "peintre-savetier"

Vous connaissez Gaston Chaissac ?
Moi pas ! Je l’ai découvert avec cet article du Monde et j’ai beaucoup aimé !
J'ai aimé l'homme, sa forme de résistance, sa simplicité, son côté décalé, son auto-dérision.
J’ai aimé ses personnages, leurs silhouettes étranges et sympathiques, attachantes.
J’ai aimé la part d’enfance qui s’échappe de son travail.
La fraîcheur ! La couleur !
Musée de Grenoble, 5, place Lavalette, Grenoble
Jusqu'au 31 janvier 2010
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Le sérieux génie de "Chaissac le fumiste"
Encore Chaissac ? Après le Musée de La Poste, en 2006, le Jeu de paume, en 2000, le Musée de Nantes, en 1998, et on en oublie, c'est au tour du Musée de Grenoble de montrer "sa" rétrospective.

Etait-ce bien nécessaire ?
Oui, pour au moins deux raisons. D'abord, parce qu'en ces temps où les artistes deviennent des rock stars et où l'art se confond avec le business, revoir le parcours hors-norme du "peintre-savetier", comme il se désignait lui-même, est rafraîchissant, mieux encore, salutaire. Ensuite, et ce n'est pas rien, c'est que bon nombre des deux cents oeuvres exposées-là sont inédites.

Des dessins notamment, comme ce portrait dont la chevelure, et les épaules, sont formés de deux calligrammes. Le premier dit : "Aujourd'hui pour la première fois de l'année nous avons mangé des petits poids (sic) du jardin." Le second précise : "Nous n'avions encore mangé que des asperges, cadeau de Mme Chasseing". Le tout est signé, daté du 15 mai 1949, et précisément situé à Sainte-Florence-de-l'Oie.

Dans ce village vendéen, Gaston Chaissac, c'était "le mari de..." Son épouse Camille, c'était l'institutrice. Une notabilité, en ces temps heureux, mais en pays chouan, un métier qui sent le fagot. Gaston, lui, posait au rustaud. En fait d'études, il avait été apprenti chez un cuisinier, puis un bourrelier avant de se faire successivement fabriquant de brosses, cordonnier, forain... Jusqu'à ce que, tentant sa chance à Paris, sa route croise celle du peintre Otto Freundlich, qui lui présente un autre artiste, un des théoriciens du cubisme, Albert Gleizes.

Voilà de quoi casser le cou à l'idée trop répandue de Chaissac, peintre naïf. Le rustaud sait ce qu'il fait. Et avec qui le faire : Jean Dubuffet, Raymond Queneau et Jean Paulhan entretiennent avec lui une correspondance, il est aussi grand lecteur de Jean Tardieu.

Et quand il publie ses poèmes sous le titre "Hippobosque au bocage", c'est chez Gallimard... De quoi se faire pardonner par Camille sa petite faute d'orthographe du début.

Mais le parisianisme n'est pas pour lui, pas plus que le jeu déjà malsain du marché de l'art. Ses expositions, il préfère les organiser lui-même dans la cour de l'école, malgré les moqueries ou les médisances des voisins.
Quand il expose, malgré tout, à Paris comme au Salon des réalités nouvelles en 1946, il a la précaution de prendre ses distances en se qualifiant de "peintre rustique moderne". Quand il ne signe pas certains tableaux "Chaissac le fumiste".

C'est qu'il a été échaudé. Par Dubuffet notamment, qui tenait à tout prix à l'embrigader dans sa Compagnie de l'art brut. Chaissac freine des deux sabots, tout en reconnaissant, en paysan madré : "Je m'éloigne à grands pas de l'art brut que je ne peux tout de même pas renier car il m'a été publicitaire et m'a attiré des protections.".

A parcourir l'exposition de Grenoble cependant, c'est un autre qui apparaît. Un dessinateur-poète de la race des Paul Klee, un coloriste parfois éblouissant, doué d'un imaginaire digne de Joan Miro. C'est dans ce registre-là qu'il aurait pu figurer s'il ne s'était claquemuré dans la cour de l'école communale.

Il a parfois des fulgurances qui laissent pantois, comme dans ce dessin sans titre de 1943-1944, où le pinceau part en oblique du coin inférieur gauche de la feuille vers le haut, revient à gauche par une horizontale avant de redescendre en une nouvelle oblique vers le coin inférieur droit. Du triangle ainsi constitué, naît un visage.

Cela n'est rien, mais pourtant : bien d'autres n'auraient obtenu qu'un dessin schématique. Le sien est d'une rare puissance, simplement par la variation de l'épaisseur du trait.
L'anticlérical, ou plutôt le laïque conscient qu'il fut, peut néanmoins aussi peindre des crucifixions. Celle du Musée de Grenoble n'a pas dû arranger les relations entre son épouse d'institutrice et monsieur le curé.
Pas plus que cette oeuvre surprenante, qui pourrait être tachiste, un dessin de 1949, où le dripping d'un Jackson Pollock, qu'il ignorait probablement à l'époque, est convoqué pour une mise en relation entre deux entités : en haut à gauche, "Dieu" ; en bas à droite : "Chaissac".

Et puis les objets, dont il s'empare : d'un fer de houe, il fait une "binette", en peignant un visage dessus. Un fond de panier devient masque, une autre bourriche, éclatée, se transforme en figure hilare. Naïf, Chaissac ? Génial, plutôt.

• L'Espace Gaston Chaissac à découvrir près de Nantes
• Chaissac, homme de lettres
• L’interview du directeur du Musée de Grenoble sur France Info.
Miss You
13:45 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : peinture






Commentaires
"J'ai aimé la part d'enfance qui s'échappe de son travail".
Moi aussi! Je ne connaissais pas cet artiste et il me plaît. J'aime aussi son côté provocateur quand il signe certains tableaux "Chaissac le fumiste". Merci Miss de nous faire découvrir ce vrai poète.
Ecrit par : valentine | 07 décembre 2009
Très sympa, ce personnage et ses oeuvres. Je n'aime pas tout mais certains de ses tableaux (ceux qui ont les traits les plus épurés) me plaisent beaucoup par leur humour ou leur composition, et bien sûr les choix de couleurs.
Mes préférés (de la fin vers le début) : le dernier, celui de la petite famille qui fait coucou et les deux personnages tête-bêche dont le dessin rappelle l'art précolombien.
Ecrit par : Anna Galore | 07 décembre 2009
Mes préférés, même si ces tableaux me plaisent tous, sont le petit caliméro tout bleu, avec une étoile sur le toit de sa maison, et le dernier couple bras dessus bras dessous :-)
Ecrit par : Miss You | 07 décembre 2009
merci pour toutes ces reproductions de qualité.
Ecrit par : chaissac fan | 17 décembre 2009
Merci à vous pour votre passage ici. Vraiment très sympa votre site !
Ecrit par : Anna Galore | 17 décembre 2009
Très sympa en effet, merci à vous !
Ecrit par : Miss You | 18 décembre 2009
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