11 décembre 2009

Ces poubelles qui regorgent de victuailles

Folie du monde !

Rien de neuf, me direz-vous !

En effet, que du pire !




Son pain, Monique (le nom a été changé) ne l'achète pas chez le boulanger. Tous les soirs, elle le prend dans la poubelle d'une grande chaîne de magasins bio, dans le 12e arrondissement à Paris. Monique, la cinquantaine, n'est pas dans le besoin. Comme d'autres habitants du quartier, elle a simplement repéré que l'enseigne jetait tous les jours quantité de produits alimentaires : pains donc, mais aussi yaourts, sushis ou salades libanaises, comme le reporter du Monde l'a constaté.

La plupart de ces produits sont mis à la poubelle le jour de leur date de péremption et certains avec quelques jours d'avance. "C'est un scandale qu'ils jettent des produits alimentaires. Ils devraient faire des réductions quand la date d'expiration approche, commente Monique.

Mais au moins, les clochards du quartier peuvent venir se servir car j'ai déjà vu dans certaines grandes surfaces, en banlieue, qu'ils mettaient de l'essence ou de la javel sur les poubelles pour que personne ne puisse se servir."

Il n'a pas échappé à la gérante du magasin que "beaucoup de monde vient se servir dans la poubelle". Elle explique qu'elle jette "un peu de tout", mais qu'elle "donne aux associations quand il y a de grandes quantités de produits invendus".





Sur le parking de ce supermarché de l'Essonne, c'est le matin que l'on vient faire les poubelles. Tous les jours, un peu avant 9 heures, plusieurs personnes repartent avec des cagettes de salades, des bottes de poireaux et du poisson qu'elles mettent dans le coffre de leur voiture. Le personnel de l'établissement tolère manifestement cette "ramasse" discrète, qui semble le fait de personnes modestes. L'une d'elles explique furtivement qu'elle est retraitée d'un métier social, qu'elle vient ici parce qu'elle trouverait "dommage de gâcher autant de nourriture" et qu'elle a "reçu des lettres anonymes" lui reprochant de faire les poubelles.

"Avec la crise, de plus en plus de gens font du glanage sur les marchés ou dans les grandes surfaces", constate Gérald Briant, adjoint communiste au maire du 18e arrondissement de Paris. Et pour cause : les poubelles des petites supérettes de centre-ville regorgent souvent de victuailles. Les boulangeries, aussi, jettent le soir le pain qu'elles n'ont pas vendu. "Pendant des années, j'ai essayé de le donner, mais je n'ai pas trouvé d'associations qui se déplacent pour d'aussi petites quantités", raconte Jacques Mabille, président de la chambre professionnelle des artisans boulangers pâtissiers de Paris, qui a longtemps exercé dans le 19e arrondissement.





"Les fast-foods aussi jettent beaucoup : des quantités de tomates tranchées, de fromage, de pain de mie", constate Pierrick Goujon, qui, près de Rennes, tente de vivre exclusivement du contenu des poubelles. "Mais je ne fais plus celles des restaurants car elles mélangent les cendres des cigarette à la bouffe", précise-t-il. Ce jeune homme de 27 ans se proclame "déchétarien" ou "freegan", terme né aux Etats-Unis de la contraction entre free ("gratuit") et vegan, l'un des courants végétariens, qui entend dénoncer le gaspillage et la surconsommation. Il a créé en 2006 le site Freegan.fr sur lequel les "glaneurs" décrivent le contenu de leurs "récoltes".

"C'est fou ce que les magasins jettent : s'il y a un oignon pourri dans un sac, ils jettent le sac, pareil pour les oranges ou les pommes, car ça leur coûterait trop cher de trier. S'il y a un yaourt explosé dans un pack, ils jettent le pack et même les autres qui ont été salis, alors moi je ramasse, raconte Pierrick, qui assure distribuer ses prises aux SDF ou à ses amis. L'autre jour j'ai trouvé 100 litres de bière, je les ai rapportés dans ma camionnette, nous avons eu de quoi boire pendant plusieurs mois."





Il préfère les petits supermarchés de centre-ville aux grandes surfaces de périphérie "qui sont équipées de compacteuses", destinées à broyer les aliments pour gagner de la place. Pierrick regrette que certains gérants essaient d'interdire la "ramasse" : "Ils demandent au personnel de percer les emballages avec un couteau et d'asperger les aliments d'eau de javel. Moi, ça ne m'arrête pas, je ramasse quand même et je rince après." Le "freeganiste" précise qu'il "trouve aussi des aliments dont la date limite de consommation n'est pas dépassée". Il arrive en effet que les magasins s'en débarrassent à l'avance, de peur d'avoir une contravention le jour venu.





A l'heure où les Restaurants du cœur et autres soupes populaires (Voir Banque alimentaire) battent leur plein, pourquoi les grandes surfaces jettent-elles et dans quelle proportion ? Impossible de le savoir. Sollicités par Le Monde, Auchan, Casino, Franprix et Monoprix n'ont pas répondu.

Leclerc évoque seulement ses dons. "Malheureusement, nous n'avons pas ces éléments en notre possession", indique Carrefour avant de préciser : "En ce qui concerne les déchets alimentaires, il est interdit de transporter de la marchandise périmée, aussi les produits alimentaires sont détruits sur place par des produits chimiques."

"Les entreprises détruisent leurs aliments car elles craignent que des personnes s'intoxiquent en les consommant et que leur image de marque puisse en pâtir", justifie la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution.





La grande distribution est aussi secrète sur ses déchets que bavarde sur ses dons aux associations caritatives : 960 tonnes plus le financement de véhicules frigorifiques en 2008 pour Carrefour, par exemple. La Fédération des entreprises du commerce et de la distribution assure que ses adhérents fournissent 29 % des produits collectés par les banques alimentaires. Ces dernières confirment qu'elles ont reçu 23 050 tonnes de nourriture, soit l'équivalent de 46 millions de repas, en 2008.

Claude Frégeac, chargé des dons en nature à la Croix-Rouge, assure que "le gâchis a été minimisé depuis une quinzaine d'années grâce aux dons de la grande distribution aux associations caritatives". Mais il se demande "quelle proportion représente ce qui est donné par rapport à ce qui est jeté".


Par Stéphane Mandard et Rafaële Rivais pour Le Monde



Pour aller plus loin :

• La limite des dates de consommation

Retraités ou étudiants fauchés, ils font les poubelles...

Des hommes font les poubelles pour se nourrir

Un p-tit creux ?

Le « Freeganisme », un mouvement militant

• Le site « Freegan Station »



Miss You

Commentaires

J'avais vu, en effet, un reportage sur les Freegans il y a quelques années. Je trouve l'idée géniale même s'il est désolant, c'est évident, de devoir passer par de tels moyens pour survivre et de voir autant de nourriture jetée aux ordures.

Et je trouve absolument détestable les entreprises qui préfèrent jeter de la javel ou de l'essence sur leurs déchets plutôt que de les voir récupérés gratuitement.

Il m'est arrivé il y a très longtemps de pratiquer ce type de récup sur le grand marché qui se tenait à Toulouse tous les dimanches sur le boulevard qui rejoint la place Jeanne d'Arc (il doit toujours exister). Il était très facile de se faire en quelques minutes un grand panier de légumes et de fruits à peine abimés (donc invendables) mais succulents... et gratuits.

Ecrit par : Anna Galore | 11 décembre 2009

Avant de lire cet article, je trouvais particulièrement dégueu de jeter de la javel pour éviter que les déchets ne soient récupérés, mais j'essayais de l'expliquer "objectivement" par une possible tentative des gérants de magasins de se protéger contre d'éventuelles poursuites en cas d'empoisonnement, après que de la nourriture périmée et jetée ait été mangée quand même.

En préparant cette note, j'ai découvert qu'une fois la nourriture mise sur le trottoir, il n'y avait plus de risque de poursuites de ce genre. Je retrouverai plus tard les termes exacts et je les rajouterai ici.

Il n'y a donc aucune justification à balancer de la javel ou des produits chimiques sur la nourriture jetée. C'est juste immonde !

Ecrit par : Miss You | 11 décembre 2009

J'ai une anecdote à ce sujet qui s'est passée en Suisse. Mon époux, qui travaille dans la restauration, a ravitaillé pendant des années une association caritative avec les surplus de denrées alimentaires dites "périssables" mais intactes. Puis un beau jour, les lois sur les denrées alimentaires et les normes d'hygiène ont interdit cette possibilité. Et maintenant....tout part à la poubelle!

Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond...

Ecrit par : valentine | 11 décembre 2009

Je suis bien d'accord avec toi Valentine.


Voici le lien que je ne retrouvais plus tout à l'heure :

Petite précision : Jérôme Bédier est le président de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution.

"....Pour se débarasser des invendus, il y a 3 méthodes :
1) Donner les invendus aux salariés qui ont des fins de mois difficiles,
2) Collaborer avec les associations caritatives pour pour redistribuer les invendus à ceux qui en ont besoin. Cette option a été testée à Limoges avec le Secours Populaire,
3) Empêcher toute récupération en aspergeant les aliments jetés de détergents.

Cette dernière méthode fait débat. Certains avancent qu'en cas d'intoxication alimentaire, la personne qui a récupéré l'aliment dans les poubelles pourraient se retourner en justice contre le commerçant.
Faux, répond le président de la fédération des entreprises du commerce et de la distribution: "Les denrées sont sorties du circuit. Il ne peut y avoir une quelconque responsabilité du magasin", souligne Jérôme Bédier. http://www.lepost.fr/article/2008/05/12/1192018_retraites-ou-etudiants-fauches-ils-font-les-poubelles-pour-survivre.html "

Ecrit par : Miss You | 11 décembre 2009

Tout ce gaspillage est écoeurant... Jeter un pack de yaourt pour un abimé ou un sac d'oignons pour un avarié... Alors que tant de personnes sont démunies... Quand à la Javel répandue sur les denrées jetées à la poubelle, c'est carrément immonde... Dans quel monde vit-on ??

Ecrit par : ramses | 11 décembre 2009

Quelle gabegie, c'est révoltant !

Ecrit par : Grosnounours | 11 décembre 2009

"Et je trouve absolument détestable les entreprises qui préfèrent jeter de la javel ou de l'essence sur leurs déchets plutôt que de les voir récupérés gratuitement."

Il me semble que c'est "simplement" interdit par la loi. C'est la raison pour laquelle les paysans jetait le lait, parce qu'ils n'avaient pas le droit de le donner. A vérifier les directives européennes à ce sujet.

Sylvia m'avait raconté ça aussi qu'à son boulot ils n'avaient pas le droit de donner des fournitures qui ne servaient à rien ni aux salariés ni aux associations. Questions de réglementations, de choses considérées comme des salaires déguisés etc.

Je trouve dans cet article une lueur d'espoir pour ma part, dans le fait que certains directeurs et/ou employés laissent ces poubelles accessibles sans rien faire pour empêcher les gens de se servir comme dans ce supermarché de l'Essonne. Une lueur d'humanisme qui lutte, qui lutte !

Sur le même thème dans le Monde : Pourquoi le monde gaspille autant de nourriture ?
Des millions de tonnes de poissons rejetés à l'eau.

http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/12/11/nourriture-jetee-recoltes-perdues-enquete-sur-le-grand-gachis-alimentaire_1279206_3244.html

et Edito du Monde : Gaspillages

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/12/11/gaspillages_1279209_3232.html#ens_id=1279320

anti, dégoûtée.

Ecrit par : anti | 11 décembre 2009

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