15 décembre 2009
Michael Kenna, objectif silence
Un énorme coup de cœur et une infinie sérénité en admirant les merveilles en noir en blanc de ce photographe.

La BNF Richelieu consacre jusqu'au 24 janvier une superbe rétrospective à Michael Kenna, photographe anglais d'origine irlandaise.
Le parcours de l’exposition propose de faire découvrir la démarche naturaliste de l'artiste en présentant les interprétations et les modulations apportées au thème unique du paysage.
«C'est un moment exquis, mon heure préférée, l'exact opposé du crépuscule entre chien et loup, dites-vous en France.
La nature vous enveloppe. Le moindre mouvement vous effleure. Vos sens sont aux aguets. Votre esprit, libéré par cette solitude, cette atmosphère de recueillement et de résonance, peut vagabonder, penser, imaginer, rêver en paix.
La beauté des choses s'impose à vous, vous donne le sentiment de jouir d'un privilège. Cette beauté, on peut la trouver partout. Devant un arbre, une barrière ou dans une fabrique industrielle, dans les jardins de Versailles, forcément,
mais aussi en Chine, si souvent photographiée dans sa laideur contemporaine et le saccage de son environnement.
C'est une question de point de vue, de philosophie.»
Michael Kenna
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des images où le pittoresque s’efface devant la puissance des éléments naturels.
Sous le regard de Kenna,
l'île de Pâques ici photographiée retrouve l’enchantement et
la charge émotionnelle de son passé glorieux de lieu sacré.
"Moai, Study 16", Ahu Tongariki, L'île de Pâques, 2000
En trente-cinq ans de photographie, Michael Kenna le marathonien (plus de 44 médailles à son actif) a défini son continent en arpenteur paisible et déterminé de la planète bleue. Son continent est résolument noir et blanc, «choix du plus mystérieux, plus subjectif aussi, car nous voyons tout en couleurs tout le temps».

signent l’un des aspects les plus connus du style de Kenna,
celui de la pure recherche graphique, de l’épure.
"Huangshan Mountains, Study 1",
Anhui, Chine, 2008
Et la belle rétrospective que lui consacre la galerie de photographie de la BNF montre à merveille comme ses tirages sont travaillés en chambre noire, veloutés aux contrastes nuancés, lourds de sens, de communion avec le sujet à la manière d'un Turner, d'un Friedrich ou d'un Constable, peintres chers à son œil.

Rumoi, Hokkaido, Japon, 2004
«Le plein soleil, le grand ciel bleu, voilà ce qui ne m'intéresse pas. Trop de lumière aplatit tout et efface ce qui est le plus personnel d'un regard. Je ne veux pas faire de photocopie parfaite de la réalité, je préfère suggérer», explique de sa voix posée de confesseur ce Britannique de souche irlandaise installé avec femme et enfant à Seattle (États-Unis).

Richmond, Surrey, England, 1983
Fils d'une famille nombreuse de l'Angleterre prolétarienne, Michael Kenna aurait pu être prêtre plutôt que «vagabond photographe», inventeur coté du nouveau paysage «zen», catégorie qu'il «rejette comme toutes les autres».

Scarborough, Yorkshire, England, 1981
De son propre élan, ce fils proche de Liverpool et de sa fureur de vivre a voulu devenir enfant de chœur dès que possible, tant il était «fasciné par les rites et les cérémonies de l'Église catholique». À 10 ans et demi, il est entré vaillamment au petit séminaire et en garde aujourd'hui non pas la révolte contre l'ordre supérieur, mais « le goût paisible d'une vie de discipline et la saveur du silence».

Rio de Janeiro, Brazil, 2009
Les règles strictes - «pas de bavardage après les prières du soir, à 20 h 30, jusqu'aux grâces du petit déjeuner, à 8 heures du matin» -, expliquent peut-être son aptitude aux photos de nuit, son goût du vide d'avant l'éveil, de la contemplation devant le miracle du monde et son mouvement cosmique.

Kenna ne dédaigne aucunement la ville moderne.
Il a consacré de nombreuses photographies aux mégapoles et
aux paysages industriels des Etats Unis ou de l'Angleterre
en raison de leur architecture ascensionnelle à la plastique surprenante et futuriste.
"Ratcliffe Power Station, Study 41",
Nottinghamshire, Angleterre, 1987
«Une expérience partagée»
Il n'y a pas de personnages dans ses photos, à peine son ombre de témoin dans sa série mesurée et déroutante sur les camps de concentration, «souvent des lieux idylliques où l'homme, seul, a créé l'enfer».

Dearborn, Michigan, USA, 1994
«Je préfère le temps suspendu à l'hyperactivité humaine. On se perd dans ce tourbillon. Je veux inviter le spectateur dans une image. Qu'il s'y sente bien, libre, que son esprit soit simulé, que son imagination furète.

New York, USA, 2006
J'aime l'idée qu'il prenne part au paysage qu'il regarde. C'est pour cela que mes tirages sont petits, contrairement aux diktats de la mode qui ne m'intéresse pas. Je veux qu'il s'approche tout près.

qui occupe une place centrale dans l’univers personnel et plastique de Kenna.
"Perspective of Trees", Tsarskoe Selo, Russie, 1999
On n'a pas la même relation aux choses vues de loin. C'est une expérience partagée», admet ce lecteur de Yasunari Kawabata le méditatif (Pays de neige, bien sûr) et d'Haruki Murakami aux divagations hantées (Kafka sur le rivage).

Marly, France, 1995
Michael Kenna, enfin, c'est l'anti- paparazzi qui vole le cliché en une seconde. Il prend son temps, même devant un arbre, l'apprivoise en quelque sorte, et revient sur les lieux de ses émotions.
Il en reste manifestement quelque chose.

Belle Isle, Detroit, Michigan, U.S.A., 1994

Versailles, France, 1988
Je vous recommande d’aller faire un tour sur le site de l’exposition , c’est une mine d’infos sur l’homme et son travail.
Y voir, sous la rubrique iconographie, une superbe série sur les “Arbres”.

Kotan, Hokkaido, Japan, 2002
Le texte de la note et les légendes des photos sont de Valérie Duponchelle pour le Figaro.fr.
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A visiter aussi bien sûr le site officiel de Michael Kenna sur lequel j’ai trouvé (notamment) cette merveille :

Miss You
11:15 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : photographie, michael kenna






Commentaires
Euh... c'est moi ou bien c'est une ode à tout ce qui est érigé, autant dire à l'érection ???
Ah ! Ré devrait bien aimer celle de l'île de Pâques.
Très beau tout ça.
anti, Homo erectus.
Ecrit par : anti | 15 décembre 2009
Tout est dans le regard...
moi j'y vois l'absence de couleur, l'absence tout court.. brr et le froid partout..
j'adore la douceur et l'aspect mamelonnesque de la dernière ;-)
Ecrit par : Sapotille | 15 décembre 2009
Intéressante la perception de chacune :-)
J'y vois le silence et paradoxalement j'entends le crissement de pas dans la neige, une ambiance feutrée mais bruissante, où les gris remplacent toutes les couleurs.
En regardant les ambiances qui s'échappent des photos, je ne suis que très peu surprise de découvrir que ce photographe aimait Murakami. On retrouve certaines de ses atmosphères.
Ecrit par : Miss You | 15 décembre 2009
J'aime beaucoup les ambiances créées, surtout celles où il y a des effets de brume, de diffusion de la lumière. La dernière est incroyable !
Ecrit par : Anna Galore | 15 décembre 2009
Il m'a fallu beaucoup de temps pour apprivoiser le noir et blanc et plus j'avance, plus je suis fascinée. Je pense aux tableaux et vitraux de Pierre Soulages, inventeur de "l'entrenoir", couleur au-delà du noir qui transforme la lumière. C'est Béatrice Arthus Bertrand qui parle de la puissance du noir, seule couleur avec le marron qu'elle peut travailler. Et dans le cadre des photos de Michael Kenna, je suis d'accord avec toi Miss, il se dégage une atmosphère feutrée et paisible. J'aime beaucoup "Huangshan Mountains, study 1" on dirait de la calligraphie. Par contre, elle est où Marry Poppins?
Ecrit par : valentine | 15 décembre 2009
C'est elle qui tient l'appareil.
Ecrit par : Anna Galore | 15 décembre 2009
Mdrrrr Anna.
Drôle Valentine que tu évoques ici Soulages (dont l'exposition permanente à Montpellier m'a émerveillée). J'ai pensé très fort à son outrenoir en préparant la note sur Béatrice Arthus-Bertrand. Je retrouvais dans les aspects "cuir" de certains galets cirés la luminosité des toiles de Soulages. La lumière comme couleur additionnelle à la palette ou à la photo, le reflet comme partie intégrante du mouvement et de la perspective de la toile ou du cliché.
Si j'y arrive, je ferai plus tard une note sur Soulages, la rencontre a été trop belle !
Ecrit par : Miss You | 15 décembre 2009
: ) trop bien Miss! Soulages a réalisé de merveilleux vitraux qui se trouve dans l'Abbatiale Romane de Conques en Aveyron. Cela vaut la peine d'y aller...
Merci Anna. Là, je vois nettement mieux mdrrrr
Ecrit par : valentine | 15 décembre 2009
Capter le noir et le blanc ; oui c'est un don. On ne voit pas les couleurs et pourtant on les a en force dans la tête.
La vasque avec les chevaux et le reflet dans l'eau m' a arrêtée dans le déroulement de la note.
On est amené à poser son attention.
Ecrit par : Kathy Dauthuille | 15 décembre 2009
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