31 décembre 2009
Tout passe et tout demeure
En ce jour de passage qui me rappelle toute sorte de rites initiatiques, de ceux qui existent depuis la nuit des temps, je me souviens de ces vers d'Antonio Machado que j'ai souvent mis sur le blog en commentaires, l'un de mes poèmes favori :
Caminante...
Todo pasa y todo queda,
pero lo nuestro es pasar,
pasar haciendo caminos,
caminos sobre el mar.
Nunca persequí la gloria,
ni dejar en la memoria
de los hombres mi canción;
yo amo los mundos sutiles,
ingrávidos y gentiles,
como pompas de jabón.
Me gusta verlos pintarse
de sol y grana, volar
bajo el cielo azul, temblar
súbitamente y quebrarse…
Nunca perseguí la gloria.
Caminante, son tus huellas
el camino y nada más;
caminante, no hay camino,
se hace camino al andar.
Al andar se hace camino
y al volver la vista atrás
se ve la senda que nunca
se ha de volver a pisar.
Caminante no hay camino
sino estelas en la mar…
Hace algún tiempo en ese lugar
donde hoy los bosques se visten de espinos
se oyó la voz de un poeta gritar
“Caminante no hay camino,
se hace camino al andar…”
Golpe a golpe, verso a verso…
Murió el poeta lejos del hogar.
Le cubre el polvo de un país vecino.
Al alejarse le vieron llorar.
“Caminante no hay camino,
se hace camino al andar…”
Golpe a golpe, verso a verso…
Cuando el jilguero no puede cantar.
Cuando el poeta es un peregrino,
cuando de nada nos sirve rezar.
“Caminante no hay camino,
se hace camino al andar…”
Golpe a golpe, verso a verso.

Chemin faisant...
Jamais je n'ai cherché la gloire
Ni voulu dans la mémoire
des hommes
Laisser mes chansons
Mais j'aime les mondes subtiles
Aériens et délicats
Comme des bulles de savon.
J'aime les voir s'envoler,
Se colorer de soleil et de pourpre,
Voler sous le ciel bleu, subitement trembler,
Puis éclater.
A demander ce que tu sais
Tu ne dois pas perdre ton temps
Et à des questions sans réponse
Qui donc pourrait te répondre?
Chantez en coeur avec moi:
Savoir? Nous ne savons rien
Venus d'une mer de mystère
Vers une mer inconnue nous allons
Et entre les deux mystères
Règne la grave énigme
Une clef inconnue ferme les trois coffres
Le savant n'enseigne rien, lumière n'éclaire pas
Que disent les mots?
Et que dit l'eau du rocher?
Voyageur, le chemin
C'est les traces de tes pas
C'est tout; voyageur,
il n'y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant
Le chemin se fait en marchant
Et quand tu regardes en arrière
Tu vois le sentier que jamais
Tu ne dois à nouveau fouler
Voyageur! Il n'y a pas de chemins
Rien que des sillages sur la mer.
Tout passe et tout demeure
Mais notre affaire est de passer
De passer en traçant
Des chemins
Des chemins sur la mer
Antonio Machado
Todo pasa y todo queda,
pero lo nuestro es pasar,
pasar haciendo caminos,
caminos sobre el mar.
Nunca persequí la gloria,
ni dejar en la memoria
de los hombres mi canción;
yo amo los mundos sutiles,
ingrávidos y gentiles,
como pompas de jabón.
Me gusta verlos pintarse
de sol y grana, volar
bajo el cielo azul, temblar
súbitamente y quebrarse…
Nunca perseguí la gloria.
Caminante, son tus huellas
el camino y nada más;
caminante, no hay camino,
se hace camino al andar.
Al andar se hace camino
y al volver la vista atrás
se ve la senda que nunca
se ha de volver a pisar.
Caminante no hay camino
sino estelas en la mar…
Hace algún tiempo en ese lugar
donde hoy los bosques se visten de espinos
se oyó la voz de un poeta gritar
“Caminante no hay camino,
se hace camino al andar…”
Golpe a golpe, verso a verso…
Murió el poeta lejos del hogar.
Le cubre el polvo de un país vecino.
Al alejarse le vieron llorar.
“Caminante no hay camino,
se hace camino al andar…”
Golpe a golpe, verso a verso…
Cuando el jilguero no puede cantar.
Cuando el poeta es un peregrino,
cuando de nada nos sirve rezar.
“Caminante no hay camino,
se hace camino al andar…”
Golpe a golpe, verso a verso.
Chemin faisant...
Jamais je n'ai cherché la gloire
Ni voulu dans la mémoire
des hommes
Laisser mes chansons
Mais j'aime les mondes subtiles
Aériens et délicats
Comme des bulles de savon.
J'aime les voir s'envoler,
Se colorer de soleil et de pourpre,
Voler sous le ciel bleu, subitement trembler,
Puis éclater.
A demander ce que tu sais
Tu ne dois pas perdre ton temps
Et à des questions sans réponse
Qui donc pourrait te répondre?
Chantez en coeur avec moi:
Savoir? Nous ne savons rien
Venus d'une mer de mystère
Vers une mer inconnue nous allons
Et entre les deux mystères
Règne la grave énigme
Une clef inconnue ferme les trois coffres
Le savant n'enseigne rien, lumière n'éclaire pas
Que disent les mots?
Et que dit l'eau du rocher?
Voyageur, le chemin
C'est les traces de tes pas
C'est tout; voyageur,
il n'y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant
Le chemin se fait en marchant
Et quand tu regardes en arrière
Tu vois le sentier que jamais
Tu ne dois à nouveau fouler
Voyageur! Il n'y a pas de chemins
Rien que des sillages sur la mer.
Tout passe et tout demeure
Mais notre affaire est de passer
De passer en traçant
Des chemins
Des chemins sur la mer
Antonio Machado
anti
Photos, Vilaine, décembre 2009. Beslé-sur-Vilaine
16:00 Publié dans L'Univers d'Anti | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : poésie, antonio machado






Commentaires
Merci Anti,
Ces beaux vers de "passage" me vont droit au coeur...
"L'abus des rétroviseurs nuit gravement à la conduite"...
Ecrit par : ramses | 31 décembre 2009
...sauf en marche arrière bien entendu..
Ce poème est vraiment magnifique
merci Anti!
Ecrit par : sapotille | 31 décembre 2009
Le poème est sublime ; je dirai même les poèmes, différents et semblables, au point que je ne sais pas dans quelle langue je le préfère.
"De passer en traçant
Des chemins
Des chemins sur la mer"
Définitivement mes vers préférés ! Je trouve l'image incroyablement belle, fragile.
Et les photos superbes, en harmonie parfaite avec les mots.
Ecrit par : Miss You | 31 décembre 2009
Les photos de la Vilaine au soleil couchant sont absolument superbes. Quant au poème, il est devenu l'un de mes préférés depuis que tu me l'as fait découvrir...
Ecrit par : Anna Galore | 31 décembre 2009
Sapo, tu peux m'indiquer où est la marche arrière ? Je n'arrive pas à l'enclencher... Ah, ces Japonais !
Miss, ne comprenant que quelques bribes d'espagnol, je me suis contenté de la version française...
"Tout passe et tout demeure
Mais notre affaire est de passer
De passer en traçant
Des chemins
Des chemins sur la mer"
Comme on dit chez 3M, j'adhère !
Je compte bien tracer de nouvelles routes en 2010 !
Ecrit par : ramses | 01 janvier 2010
Très beau !
C'est curieux, dans la traduction en français, il y a tout un passage qui n'est pas dans la version espagnole !
C'est un poème culte.
Ecrit par : Kathy Dauthuille | 01 janvier 2010
lol ! Je n'ai peut-être pas trouvé la bonne version originale ???
anti
Ecrit par : anti | 01 janvier 2010
Sapo, tu peux m'indiquer où est la marche arrière ? Je n'arrive pas à l'enclencher... Ah, ces Japonais !
Oui.. mais sans doute rien à voir avec les japonais ..
Seule soluce à priori (?) appliquer tranquillou les principes de la physique quantique. ;-)
Ecrit par : sapotille | 01 janvier 2010
Ah, enfin une solution simple : un bon quantique et ça repart ! Le temps et la matière ne sont que des concentrations passagères d'énergie, autant dire des illusions provoquées par nos sens limités. Tout est relatif, s'pas ?
Albert Annastein
Ecrit par : Anna Galore | 01 janvier 2010
"un bon quantique et ça repart"...
Ave Maria,
Pleine de grâce,
Laissez en Paix le pauvre pêcheur...
Ecrit par : ramses | 01 janvier 2010
Ave Maria ? J'adore !
Ça roule ma poule : http://www.youtube.com/watch?v=FJjei4VVBqw
anti
Ecrit par : anti | 01 janvier 2010
Bon, je suis plus photo que poésie alors je commenterais la première et la dernière photographie de ce billet. Dans un premier temps, le côté flou m'a un peu dérangé, sans doute une pose un peu longue. Mais en fait, j'aime bien l'impression que me donne la petite nuée d'oiseaux, comme si le mouvement de l'oiseau avait été décomposé à la façon des photos de Man Ray.
Ecrit par : Audrey | 19 juin 2011
Grâce à ce très joli commentaire, je redécouvre avec bonheur ces photos magnifiques.
Ecrit par : Anna Galore | 19 juin 2011
idaime ;-)
Ecrit par : sapotille | 20 juin 2011
Merci à vous trois ;-) C'est l'occasion pour moi de relire avec grand plaisir Antonio Machado, magnifique.
anti
Ecrit par : anti | 20 juin 2011
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