03 janvier 2010

Enluminures du Roi René à Angers

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A l'occasion de la commémoration des 600 ans de la naissance du roi René,


la Ville d'Angers a offert aux Angevins


un événement d'exception, à la hauteur de cet anniversaire :


une exposition unique et originale,


visant à reconstituer la bibliothèque du roi René, véritable trésor de l'enluminure médiévale.




Avant d’évoquer l’exposition qui se termine ce soir, quelques mots sur l’art de l'enluminure.








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Frontispice présentant le nom A/MANDUS dans un tapis d'entrelacs
Saint Amand dans l'initiale historiée A

Vie et miracles de saint Amand
Saint-Amand, milieu du XIIe siècle
Valenciennes, Bibl. mun., ms. 501, f. 10


Le mot manuscrit vient du latin : manus (main) et scribere (écrire), c'est-à-dire un texte écrit à la main.

Les termes de «miniature» ou d'«enluminure» sont fréquemment employés pour désigner la décoration peinte dans les livres. Celui de «miniature» provient de l'italien «miniatura», lui-mème issu du verbe latin «miniare», c'est-à-dire «enduire de minium» - un oxyde de plomb de couleur rouge utilisé pour tracer les initiales et les titres appelés rubriques.

Une miniature désigne, au sens large, la représentation d'une scène ou d'un personnage dans un espace indépendant de l'initiale. Le verbe latin «illuminare» (éclairer, illuminer) a donné le mot français «enluminer». Ce terme regroupe aujourd'hui l'ensemble des éléments décoratifs et des représentations imagées exécutés dans un manuscrit pour l'embellir, mais au XIIIe siècle il faisait référence surtout à l'usage de la dorure.

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Posture et outils du scribe
(pupitre, rouleau et deux poids pour le maintenir,plume, canif, casier à livre)

Gilles de Rome, Le gouvernement des princes, Paris, 1372
Besançon, Bibl. mun., ms. 434, f. 103v





Jusqu'au XIIe siècle, les manuscrits sont copiés dans les établissements ecclésiastiques, principalement les abbayes, où ils servent à célébrer le culte et à nourrir la prière et la méditation.

A partir du XIIIe siècle, un artisanat et un marché laïcs se développent avec l'essor de l'université et des administrations et l'émergence d'un nouveau public amateur de livres.

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Scribe au travail
(prise de notes sur un cahier de parchemin
et consultation d'un ouvrage installé sur une roue à livre)

Grandes chroniques de France
Troyes, début du xve siècle
Toulouse, Bibl. mun., ms. 512, f. 1



La confection d'un manuscrit est un travail réalisé en plusieurs étapes. Jusqu'au XIVe siècle, le texte est écrit sur une peau de bête (veau, mouton ou chèvre) appelée parchemin ; on l'obtient au terme d'une longue série de manipulations. Le parchemin est découpé en feuilles qui sont regroupées en cahiers. Le papier, fabriqué à partir du chiffon, est une invention chinoise transmise par les Arabes. Il apparaît en Espagne au XIIe siècle, mais son usage demeure rare en France avant le XIVe siècle, lorsque les premiers moulins à papier sont installés à Troyes.

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Saint Jean écrivant,
dans l'initiale historiée Q, et l'aigle son symbole

(le pupitre est fixé à la chaise par un bras articulé ;
Saint Jean écrit sur des pages réglées à l'encre,
alors que le manuscrit de Cambrai est réglé à la mine de plomb)
Cambrai, vers 1266.
Cambrai, Bibl. mun, ms. 190, f. 11v


Sur chaque page, des lignes verticales et horizontales sont tracées pour guider l'écriture : le scribe réalise sa copie lentement avec une plume d'oiseau ou un roseau effilé appelé un calame qu'il taille avec un couteau. Le texte est écrit à l'encre noire, les rubriques ou titres à l'encre rouge.

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Rufillus, copiste et enlumineur, se représente au travail
(son nom est inscrit au-dessus de l'initiale historiée D)

Saint Ambroise, Hexaméron
Weissenau (Souabe), 4e quart du xiie siècle
Amiens, Bibl. mun., ms. Lescalopier 30, f. 29v


Dans les espaces réservés par le copiste au début des textes, l'enlumineur peint les miniatures et les initiales ornées ou historiées et, dans les marges, il peut réaliser les rinceaux, petites scènes ou drôleries.

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Du dessin à la peinture : décors inachevé et enluminé
(en haut : dessin préparatoire à l'encre de l'initiale historiée N ;
en bas : initiale historiée D enluminée à l'or bruni et à la peinture gouachée)

Bréviaire de Renaud de Bar
Metz, vers 1302-1305
Verdun, Bibl. mun., ms. 107, f. 152v (haut) et 134v (bas)


Enfin les cahiers sont cousus ensemble, les plats de bois sont fixés sur les nerfs de couture et l'ensemble est protégé par une couvrure de peau de truie, de chèvre, de mouton ou même de cervidé. La reliure est parfois décorée, notamment par estampage à froid de petits fers juxtaposés. Les livres précieux du culte peuvent être dotés de reliures comportant des ivoires et de l'orfèvrerie.

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Saint Augustin écrivant à côté d'un armarium (armoire à livres),
protégé par un rideau
Livre de prières de Clément VII
Avignon, vers 1378-1383
Avignon, Bibl. mun., ms. 6733, f. 55

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L’exposition


Des chefs-d’œuvre de la peinture occidentale



Amoureux des arts, lui-même écrivain, le roi René fut l'un des mécènes les plus importants, les plus curieux et les plus originaux de la fin du Moyen Age, le seul à pouvoir soutenir la comparaison dans sa passion pour l’enluminure avec le célèbre duc de Berry, commanditaire des Très riches heures.

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(Source CNRS)


Certains des livres de sa bibliothèque sont aujourd’hui unanimement considérés comme des chefs-d’œuvre de la peinture occidentale.

Plusieurs de ces œuvres, par leur reproduction fréquente dans de nombreux ouvrages grand public à travers le monde ont largement contribué à façonner notre imaginaire collectif du Moyen Age, comme c’est le cas des magnifiques pleines double-pages peintes, foisonnantes de détails, du célèbre Livre des tournois, écrit par René lui-même et enluminé par son artiste favori, Barthélémy d'Eyck.


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Livre des tournois
écrit par le roi René et peint par Barthélémy d’Eyck, vers 1460
.
Après désignation du vainqueur du tournoi par les dames,
les juges d’armes mettent fin à la mêlée et appellent les chevaliers à quitter la lice.
BnF, ms.fr. 2695, fol. 100v-101. 385x650 mm. © BnF




La Ville d'Angers propose, à l'occasion de cette exposition, une rencontre unique et inédite avec le patrimoine écrit, en présentant des œuvres très célèbres, mais rarement exposées.

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Aux côtés de ces œuvres, d’autres moins connues, comme les différents manuscrits prêtés par la bibliothèque de Saint-Pétersbourg, et même parfois inédites comme certaines œuvres venant de collections privées, surprennent par l’originalité de leur iconographie et renouvellent notre vision du Moyen Age.



Des œuvres présentées pour la première fois en France


Dispersés dès la fin du XVe siècle au gré des passions des collectionneurs, les livres du roi René sont aujourd’hui conservés dans des bibliothèques de toute l’Europe.

L’ambition de cette exposition - réunir cette collection pour la première fois depuis la fin du Moyen Age -, se traduit par la diversité des provenances des manuscrits présentés : Berlin, Bruxelles, Lisbonne, Londres, Cambridge pour l'Union européenne, Saint-Pétersbourg, Genève sont autant de provenances qui soulignent le caractère unique et fédérateur de l'exposition à l'échelon du continent européen.

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(Source CNRS)


La Bibliothèque nationale de France a apporté son concours exceptionnel par le prêt de treize œuvres. Plusieurs Bibliothèques municipales en régions, prêtent également quelques superbes manuscrits (Aix-en-Provence, Albi, Carpentras, Marseille, Metz, Poitiers).

47 manuscrits et feuillets peints, provenant de 20 prêteurs, seront ainsi exposés. Parmi eux, 23 sont présentés au public pour la première fois en France.


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(Source CNRS)



Un cadre authentique et prestigieux
pour une rencontre du patrimoine écrit, textile et architectural



En partenariat étroit avec le Centre des monuments nationaux, la Ville d’Angers organise l’exposition dans le château d’Angers.

C’est dans cette forteresse du XIIIe siècle, enrichie au XVe siècle par les chapelle, logis et châtelet des ducs d’Anjou, qu’est né et a vécu le roi René, qu’était rangée une grande partie de sa bibliothèque, qu’étaient installés ses peintres favoris et qu’ont pu être enluminés certains de ses plus importants manuscrits.

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Mortifiement de vaine plaisance,
traité mystique écrit par le roi René (1455) :
parabole du valeureux homme d’armes sauvant une cité.
Enluminé par Barthélemy d’Eyck, achevé par Jean Colombe vers 1470-1475.
Metz, Bibl. mun., Ms 1486 (2) ; 118x135 mm. © Metz, Bibl. mun.







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« Tête d’homme jouant de la musique » (Source CNRS)



Enluminures "CNRS"

A découvrir : Enluminures est la base de données coproduite par la Direction du livre et de la lecture et l'Institut de recherche et d'histoire des textes (CNRS). Enluminures propose la consultation gratuite de plus de 80 000 images, sous forme de vignette et de plein écran, reproductions numériques des enluminures et éléments de décor de plus de 4 000 manuscrits médiévaux conservés dans une centaine de bibliothèques municipales françaises.


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Jean Boccace,
Livre des cas des nobles hommes et femmes,
La mort de Manlius Capitolinus jeté de la Roche tarpéienne. Vers 1470.
© Bibliothèque publique de Genève



Miss You

Commentaires

Merci Miss pour cette magnifique note. Evènement époustouflant que cette expo qui réunit autant de manuscrits. J'aurais adoré y être. A défaut, je vais aller consulter le site "Enluminures CNRS" qui m'a l'air très bien fait: 80'000 images numériques, c'est pas mal!...

Le Roi René était en effet un homme d'une grande culture. Mes parents ayant vécus durant dix années à Aix-en-Provence, j'ai eu souvent l'occasion de passer devant sa statue dont les Aixois sont très fiers. Il faut dire que grâce à lui, la ville prend tout son essor et devient un célèbre centre culturel et universitaire (1409), ce qu'elle est toujours aujourd'hui.

Très jolie histoire lue dans Wikipedia à propos de sa dépouille, enlevée et dissimulée dans un tonneau par sa seconde épouse, Jeanne de Laval, afin de respecter ses dernières volontés de reposer dans la Cathédrale d'Angers dans le tombeau qu'il a lui-même réalisé, et dans lequel il repose auprès de sa femme Isabelle de Lorraine.

Ecrit par : valentine | 03 janvier 2010

"J'aurais adoré y être"

Pareil mais je ne l'ai découverte qu'hier ! Trop tard Balthazar :(

Je suis très admirative de cet art, proche de la calligraphie : l'art du mot, la peinture du verbe.

Le site du CNRS est très riche, tu vas en prendre plein les yeux.

Ecrit par : Miss You | 03 janvier 2010

Ca a l'air magnifique, tout ça !

"sur une peau de bête (veau, mouton ou chèvre) appelée parchemin "

Rappelons que c'est du mot "veau" que vient l'adjectif "vélin", mot qui désignait les parchemins les plus fins réalisés à partir de la peau de veau mort-né. Le terme est resté pour parler de papier à lettre qui n'a plus de lien avec cette origine.

Quant au mot "parchemin", il dérive de "pergamena", la "peau de Pergame", du nom du lieu où il était fabriqué vers le IIe siècle av. J.-C. à la bibliothèque de Pergame en Asie Mineure.

Ecrit par : Anna Galore | 03 janvier 2010

Ah ! L'univers du livre au fil du temps et des hommes. Je n'en suis pas au point de regretter l'invention de l'imprimerie qui aura permis la large diffusion mais dieux que c'était beau !

Comment ne pas repenser au "Red Book" de Jung en voyant ces œuvres, dans lequel on découvre des enliminures incroyables ?

http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2009/10/18/le-livre-rouge-c-g-jung.html

Pour ce qui est de la "lumière" que ces enluminures évoquent et introduisent, c'est tellement frappant que je me souviens avoir utilisé l'une d'elles pour évoquer la fête des lumières de Lyon.

http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2008/12/10/fete-des-lumieres-deuxieme.html

Et puis, Angers, ça me fait penser que je ne suis toujours pas allé voir la fameuse tapisserie de l'Apocalypse qu'on aperçoit à l'arrière d'une des photos de l'exposition.

L'an dernier, au carré d'art, il y a eu aussi une toute petite exposition très sympathique sur le Livre depuis ses origines jusqu'à l'I-Book, sympathique et passionnante qui rappelait, pour en revenir à nos moutons et veaux, que si l'imprimerie a été possible c'est grâce à une autre révolution : l'évolution du papier...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Papier#Du_VIIIe.C2.A0si.C3.A8cle_au_Moyen-.C3.82ge

anti, Laissez parler les p'tits papiers, A l'occasion, Papier chiffon ;-)

Ecrit par : anti | 03 janvier 2010

J'ai pensé aussi au Red Book, dans lequel Jung réalise - sur son propre texte, ce qui est très particulier - un authentique travail de calligraphiste et d'enlumineur.

Et j'ai repensé également au film Le nom de la rose, de Jean-Jacques Annaud...

Ecrit par : Anna Galore | 03 janvier 2010

"Et j'ai repensé également au film Le nom de la rose, de Jean-Jacques Annaud"

Absolument. J'allais le dire avant d'oublier de le faire ;-)

Heureusement que tu es là !

anti, là où tu es.

Ecrit par : anti | 03 janvier 2010

"L'an dernier, au carré d'art, il y a eu aussi une toute petite exposition très sympathique sur le Livre depuis ses origines jusqu'à l'I-Book, sympathique et passionnante"

Passionnante, en effet !

http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2008/07/21/des-incunables-a-la-cle-usb.html

Ecrit par : Miss You | 04 janvier 2010

L'enluminure semble être toute la déco qui complète la calligraphie, à l'exception du tracé des lettres.

Ecrit par : monilet | 04 janvier 2010

Trop bien le lien. Vu la date, j'avais oublié cette note ! Allez hop ! Un tag "Enluminures", ça sera plus simple !

Pensées pour toi Monilet aussi en lisant la note hier car, comme tu le rappelles, l'enluminure semble compléter la calligraphie dont tu es amateur ;-)

Je pensais aussi à la Lumière en tant que Connaissance et me demandais si, justement, ces enluminures n'apportaient pas un "éclairage" en plus au texte ?

anti

Ecrit par : anti | 04 janvier 2010

Au fond, c'est l'alliance du visuel -images et du texte écrit, l'ancêtre des livres d'images commentées et de la BD, l'appel à plusieurs sens pour transmettre du sens.

Ecrit par : monilet | 04 janvier 2010

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