06 janvier 2010

Cap-Vert : les îles épargnées

Dans la série « un jour, j’en rêve… », voici une nouvelle destination qui me tente tout particulièrement : Le Cap Vert.

Carnet de voyage !






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Rua da Banana, la plus ancienne de Cidade Velha, sur l’île de Santiago.
Ses maisons traditionnelles sont toujours habitées



C'est l'Afrique, disent les yeux.
C'est le Brésil, répondent les oreilles.
Métissage unique, peuple créole perdu dans l'Atlantique :
c'est le Cap-Vert.
Dix îles éparpillées au large du Sénégal
qui offrent une étonnante diversité de paysages
.


Avec ses enfants qui plongent en riant dans les vagues, ses barques de pêcheur couchées sur le sable et ses petites maisons aux façades pastel, Tarrafal de Santiago est un village capverdien comme les autres. Nonchalantes, des vendeuses de poissons déambulent dans les rues pavées, bassine de plastique en équilibre sur la tête.

A la tombée de la nuit, on y croise de jeunes paysans de retour des champs. Allure de rappeur et bêche à l'épaule, ils saluent l'étranger d'un sourire, le pouce levé : «Tud dret ?» (Tout va bien ?). Avec cette douceur de vivre presque palpable à force d'être partout, c'est un endroit comme tant d'autres dans l'archipel : hors du temps, loin du monde.


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Retour de la pêche à Baía das Gatas,
sur l’île de São Vicente.
Au loin, l’île déserte de Santa Luzia où se rendent les pêcheurs du village



Le Cap-Vert : dix îles éparpillées dans l'Atlantique, au large du Sénégal. Malgré un passé volcanique commun, elles offrent une étonnante diversité de paysages. A l'est, les îles de Sal ou de Boa Vista sont désertiques. Au nord-ouest, la grande île de Santo Antão est montagneuse. Tout comme Santiago, la plus grande île de l'archipel, où se trouve la capitale, Praia.

Quelques mois par an, les montagnes parviennent à retenir les nuages venus du large. Et, lorsque la pluie se décide à tomber, la végétation explose dans les vallées. Il suffit pour s'en convaincre de faire un tour au marché de Praia.


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Ribeira Grande, à Santo Antão.
Ce port jadis actif s’adosse aux vallées luxuriantes
qu’exploitent les agriculteurs de l’île



Généreuses, les marchandes offrent au client une tasse de café tandis qu'elles lui vendent manioc, ignames, mangues ou minuscules citrons verts, maïs et fèves pour la cachupa, le plat national. C'est l'Afrique, disent les yeux. C'est le Brésil, répondent les oreilles. Métissage unique, peuple créole perdu dans l'Atlantique : c'est le Cap-Vert.


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Au marché :
sous l’architecture héritée du passé portugais, la production locale



La colonie a acquis son indépendance en 1975. Les Portugais ont laissé au pays une architecture que l'on l'admire à Cidade Velha, l'ancienne capitale, sur l'île de Santiago. Construite en 1495, l'église Nossa Senhora do Rosário, avec son étonnante allée de pierres tombales et ses murs couverts d'azulejos, est un témoin muet du passé.

La ville fut longtemps une escale entre l'Amérique et l'Europe. Elle connut son apogée au XVIe siècle, et ne se releva jamais de l'attaque du corsaire nantais Jacques Cassard. Le 4 mai 1712, il la mit à sac et l'incendia. Quelques années plus tard, la capitale était transférée à Praia, mieux protégée. Malgré les ravages du corsaire français, la petite ville a fait récemment son entrée au patrimoine mondial de l'Unesco.


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Sur l’île de Santiago, pendant la saison des pluies,
la nature explose dans la serra Malagueta



A Santiago, la terre est rare et les pentes des collines exploitées au maximum. Un muret entre deux gros cailloux, quelques pelletées de terre permettent à Domingo et Dominga Rodrigues de faire pousser trois pieds de maïs ici, trois autres pieds plus loin. «Cette année, il a bien plu, se réjouit le vieil homme. Le maïs poussera bien, si senhor. »




Comme beaucoup de Capverdiens, Domingo Rodrigues a quitté son pays pour travailler à l'étranger. «J'ai vécu vingt ans au Portugal et puis je suis revenu ici, à João Teves. Je préfère vivre au pays : nous produisons assez de maïs pour nourrir la famille.» «Et puis l'endroit est beau», convient Dominga en posant sa paume sur celle d'un gamin faufilé entre les jambes des grands : la bénédiction des anciens.


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Chapeau, violon et plaisanteries loufoques :
le musicien Malaquias est une figure des nuits de Mindelo



Cette douceur des uns à l'égard des autres, on la retrouve partout au Cap-Vert. Elle a même un nom : la morabeza. Une forme de gentillesse unique qui, mieux que tout, lie les Capverdiens à leur terre. «Cela prend du temps avant de comprendre ce qu'il y a de si attachant dans ce pays», explique Mayra Andrade.

Cette jeune chanteuse capverdienne exilée à Paris revient dans ses îles plusieurs fois par an. «J'y trouve une forme de dureté mêlée à de l'allégresse. Ici, c'est tellement aride que l'on est surpris par la convivialité et par la générosité des gens


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Thons, daurades, tazars :
pour les pêcheurs de São Pedro,
la mer est bonne nourricière



Autre lieu, autres mots. Dans le petit café Lisboa, à Mindelo, sur l'île de São Vicente, l'évocation de la morabeza crée immédiatement un fervent débat.

«Dans la morabeza, il y a des tas de choses», tente maladroitement Alberto Fonseca, le patron du bar. «C'est la sympathie, c'est de bien recevoir les gens.» «La morabeza, on ne la trouve plus qu'à Santo Antão !, s'énerve Dufega, un habitué. C'est le partage : même quand on n'a rien, on donne le meilleur à l'étranger. Mais à Mindelo, c'est perdu tout ça !»



Et l'homme se lève, énervé, théâtral, pour mieux s'installer dehors, à la terrasse du café. Confirmation reçue sur l'île de Santo Antão, auprès de Sylvino Brito, chauffeur : «La morabeza, c'est notre principale richesse», affirme l'homme en souriant. Sur cette île agricole, on la cultive comme on cultive la canne à sucre. Le fond des ribeiras et les flancs des montagnes en sont couverts.


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Ile de Santo Antão :
la route pavée serpente entre la montagne et les embruns



Ici le rhum s'appelle du grogue et chaque famille a sa façon de l'arranger. Nho Silves, 80 ans, en a toujours produit à Cha da Roxo, sa ferme. Et son père aussi. «Le grogue, c'est la chose la plus importante à Santo Antão», assure le vieil homme.

Grogue et morabeza : les deux choses les plus importantes. La première à consommer avec modération, l'autre non.

L'autre passion des Capverdiens, c'est la musique. Elle est partout, chaque île a la sienne. Sur celle de Santiago, c'est le funaná. Son principal compositeur, Codé di Dona, habite le petit village de São Francisco. Il est joueur d'accordéon, «un petit», précise le musicien : «C'est plus facile à transporter quand on se déplace à pied.» A 69 ans, l'homme continue d'animer les fêtes, les mariages, les baptêmes.


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Cesaria Evora (TAG) chez elle, à Mindelo.
La chanteuse capverdienne reste profondément attachée à sa ville



Il a joué partout : aux Etats-Unis, en France et à Tarrafal, au nord de l'île. «Je suis né avec le funaná et, tant que je vivrai, j'en jouerai», assure Codé di Dona avant de raconter une blague pour faire rire ses petits-enfants. A Mindelo, sur l'île de São Vicente, on joue surtout de la morna et de la coladeira.

Leur plus grande ambassadrice, Cesaria Evora, revient souvent dans sa ville. Les murs de sa maison, couverts de ses disques d'or, sont aussi ornés d'une photo d'Elvis Presley. «J'aimais bien sa façon de danser», explique sobrement la diva, avant de proposer un verre de grogue aux invités.

Morabeza.


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Dans la vieille ville de Mindelo,
les façades colorées veillent sur le va-et-vient de marchandes
venues des îles voisines




Guillaume de Dieuleveult (texte) et Stanislas Fautré/Le Figaro Magazine (photos)



Miss You

Commentaires

Une destination dont on a rêvé aussi lorsqu'on hésitait sur l'endroit où passer nos vacances cet été, avant d'opter pour Cuba.

Ce qui nous a semblé dissuasif :

- il pleut des trombes au mois d'août (mousson + alizés). C'est bien pour les cultures, moins sympa pour le tourisme,
- les plages sont belles mais la mer souvent dangereuse (courants puissants).

Ecrit par : Anna Galore | 06 janvier 2010

Je connais un Capverdien: George, serveur dans un restaurant où j'ai mes habitudes. Garçon merveilleux de gentillesse. Piètre serveur mais un sourire toujours présent qui fait oublier ses maladresses. Joueur de guitare à son heure, il aime animer les dimanches des pensionnaires du Home pour personnes âgées qui jouxte le restau. Pour pas qu'elles se sentent seules dit-il. Il y met tout son coeur, accompagné de sa femme, portugaise, qui chante le fado. Tout le Cap-Vert réunit dans cet homme charmant...

Ecrit par : valentine | 06 janvier 2010

"Une destination dont on a rêvé aussi lorsqu'on hésitait sur l'endroit où passer nos vacances cet été, avant d'opter pour Cuba."

Tu m'étonnes ! Je rêve toujours d'y aller. Toutes les personnes que je connais qui y sont allées, y sont toujours dans leur tête et dans leur cœur.

L'une d'elle en parle toujours avec des larmes dans les yeux tellement on lui a arraché une nouvelle part de son être, de son âme même, quand elle a dû rentrer à Paris...

anti, J'trouve plus mon île, vous n'auriez pas vu la mer ?

Ecrit par : anti | 06 janvier 2010

"Cette douceur des uns à l'égard des autres, on la retrouve partout au Cap-Vert. Elle a même un nom : la morabeza. Une forme de gentillesse unique qui, mieux que tout, lie les Capverdiens à leur terre. "

Douceur et gentillesse, ce sont les deux premiers qualificatifs qui me viennent en tête en pensant à la famille capverdienne que j'ai connue quand j'étais à Levallois. Le père était l'un des cuistots du restau d'entreprise et il nous avait présenté sa femme à l'occasion d'une soirée de la boite. Les écouter raconter leur île, Santiago, et chanter certains morceaux a capella (le rhum aidant, l'auditoire larmoyait alors que ce n'était que du bonheur), a été le moment le plus beau de la fête. Quand il m'a annoncé (peu de temps avant que je parte aussi) que ça y était, la retraite ! et qu'ils rentraient chez eux pour de bon, il a eu le plus grand sourire que je n'ai jamais vu. Il était un peu triste de quitter toute la petite bande mais tellement heureux, c'était magnifique.

Ecrit par : Miss You | 06 janvier 2010

Miss,

Cette note est un bonheur complet... Le texte, d'abord, très évocateur du mystère de ces îles... La musique ensuite (ce CD de Cesaria Evoria que je ne connaissais pas et qui m'accompagnera sûrement tout au long de la nuit)... L'impression que j'avais et qui se confirme, que ces îles puisent leur source au Brésil et en Afrique... Merci de ce rayon de soleil tardif !

Ecrit par : ramses | 06 janvier 2010

Avec plaisir Ramsès, une pensée, un clic et hop là revoilà le soleil :-)

Ecrit par : Miss You | 07 janvier 2010

Miss, je reviens voir ces belles images, en écoutant toujours en boucle "Nha Sentimento", ce fabuleux CD que je ne connaissais pas de Cesaria Evora... Ce sont mes vitamines du jour et le soleil est revenu !

Ecrit par : ramses | 07 janvier 2010

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