09 janvier 2010
Les colonnes de Buren retrouvent leur lustre

Les célèbres colonnes de Buren dans la cour du Palais-Royal à Paris,
le 5 janvier 2010, après leur rénovation.
le 5 janvier 2010, après leur rénovation.
Vilipendées au moment de leur installation il y a 23 ans au Palais Royal, les "Colonnes de Buren" ont fait l'objet pour la première fois vendredi d'une sorte d'"inauguration" officielle par le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand à l'occasion de leur restauration.
Les palissades qui enfermaient les colonnes du sculpteur depuis plusieurs mois seront retirées samedi et le public aura à nouveau accès aux "Deux plateaux" -le nom exact de l'oeuvre, indique le ministère.
Désormais, l'eau coule en sous-sol et les plots lumineux, à présent encastrés, fonctionnent. Les colonnes zébrées de noir et de blanc ont été nettoyées.
"Lorsque l'oeuvre avait été livrée au public en 1986, il n'y avait eu aucune cérémonie officielle", se souvient Daniel Buren.
"D'une certaine façon, c'est comme si on faisait d'un seul coup une inauguration complète de ce travail et de sa restauration", déclare-t-il à l'AFP.
L'ancien ministre socialiste de la Culture Jack Lang, qui avait commandé l'oeuvre en 1985, était présent à cette cérémonie, qui rassemblait environ 150 personnes du monde de la culture dans un froid glacial.
"Aujourd'hui, les gens ont peine à imaginer la vague de violences verbales, de colère et de haine" que cette oeuvre avait déclenchée à droite et dans certains journaux, se souvient le député.
"L'appropriation de l'oeuvre de Buren par les visiteurs est mondiale", souligne Jack Lang.
"Ces colonnes sont devenues l'emblème de l'appropriation de la culture par chacun", a déclaré Frédéric Mitterrand lors d'une brève allocution.
Plébiscitée par le public français et étranger, l'oeuvre de Buren, installée dans la cour d'honneur du Palais Royal, sur un ancien parking, s'était sévèrement dégradée au fil des ans. Les dispositifs d'éclairage et la fontaine ne fonctionnaient plus.

"On était arrivé à un point de délabrement extrême", rappelle Daniel Buren. "La moitié de l'oeuvre n'était plus dans son état de présentation optimal", selon lui.
L'artiste avait laissé éclater sa colère en décembre 2007, dénonçant un "vandalisme d'Etat" consistant à ses yeux à ne pas réparer cette oeuvre.
"J'ai menacé de faire un procès pour défendre mon droit moral. Je demandais la destruction de l'oeuvre si l'Etat estimait qu'il n'avait pas les moyens pour la restaurer". "J'étais prêt à aller jusqu'au bout", assure-t-il.
Cela n'a pas été nécessaire car peu après cet éclat, la ministre de la Culture d'alors Christine Albanel avait donné un coup d'accélérateur aux travaux, déjà planifiés.
"Cette deuxième polémique, lancée à bon droit par Daniel Buren, a mis en exergue le devoir de l'Etat d'entretenir ses commandes publiques", a considéré Frédéric Mitterrand.
Lancée en novembre 2008, la rénovation de cette oeuvre a été conduite par le Service national des travaux.

"De loin, on ne voit pas beaucoup la différence. Les colonnes ont simplement été nettoyées et l'une d'elles, qui était fendue, a été recollée", souligne Daniel Buren.
Le revêtement de surface (de l'asphalte) a été intégralement refait. Le réseau de circulation d'eau et le dispositif de fontaine ont été entièrement repris. L'installation électrique, mise hors d'usage par un court-circuit, a été rénovée. Un nouveau dispositif d'éclairage, totalement encastré, a été mis en place en surface.
Le coût de l'opération, "toutes dépenses confondues", s'élève à 5,3 millions d'euros pour le ministère de la Culture, indique ce dernier. S'y ajoutent 500.000 euros de mécénat par le groupe Eiffage.
L'achat de l'oeuvre avait coûté à l'Etat un peu plus d'un million d'euros.
Miss You
11:15 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : architecture, restauration






Commentaires
C'est marrant... Enfin, si on veut... Hier, c'était le 14ème anniversaire de la mort de François Mitterrand... Pas un mot du petit trublion de neveu... Ni de la langue de... Pourtant, c'est bien l'ancien Président qui avait tenu à ce que ces colonnes soient érigées dans la Cour du Palais Royal (personnellement, je trouve ça laid...)
14 ans de pouvoir et 14 ans d'absence... 1 million € à l'achat, 6 millions € pour la réfection... (Ca coûte beaucoup plus cher de refaire que de faire...) Enfin, Daniel Buren est ravi, n'est ce pas l'essentiel ?
Ecrit par : ramses | 09 janvier 2010
Un ensemble assez curieux, en effet, mais que j'ai trouvé plutôt agréable à voir quand j'ai eu l'occasion d'y passer il y a quelques années.
Ecrit par : Anna Galore | 09 janvier 2010
Je sais que ces colonnes sont source de polémique depuis leur naissance et je sais aussi que leur cout de réfection va en faire cligner plus d'un.
Je les aime beaucoup, pour ce qu'elles sont en elles-mêmes et, au moins autant, pour leur mise en situation dans l'une des plus belles cours de Paris. Tout comme j'aime la pyramide du Louvre, pour ses lignes et pour sa place, tout comme j'aime Koons exposant au Chateau de Versailles, ...
Je trouve que ces rencontres improbables ajoutent à l'oeuvre comme à l'endroit qui l'accueille : une mise en valeur réciproque, la rencontre d'époques, d'architectures et de styles différents. Parfois, c'est beau, parfois, non.
Mais quand ça "fonctionne", il y a quelque chose de "magique" dans cette rencontre.
Ecrit par : Miss You | 09 janvier 2010
.. En fait, ce qu'on voit des "deux plateaux" n'est qu'une parite de l'oeuvre.. la profondeur de l'enracinement des colonnes par exemple compte aussi... Il y a beaucoupde conceptuel dans cette "oeuvre".
perso çà ne me plaît pas, je préfère l'extrême conceptuel, c'est à dire celui qui se lit ...
Quant à cette rénovation.. il y a tant de vrais chefs d'oeuvres en déroute en France..
Ecrit par : sapotille | 09 janvier 2010
Oui, on aurait mieux fait de passer un coup de bulldozer à ces horreurs et d'utiliser l'argent pour sauver du vrai patrimoine architectural.
Ecrit par : Grosnounours | 09 janvier 2010
Lol.. faut peut-être pas pousser..
... Mais pourquoi Buren en premier? En fait sans doute parceque les palissades, et le danger potentiel (eau et électricité ne font pas bon ménage) gênaient carrément le décors et la crédibilité de la ville de Paris...
Je ne pense pas un instant que Buren en soit à l'origine, même si on le lui a laissé penser.. D'ailleurs, esthétiquement, il en a été déçu (ils ont fait à minima).
Sans doute pas autant que beaucoup quand il ont vu son oeuvre pour la première fois hihihi..
Ecrit par : sapotille | 10 janvier 2010
..Ha.. j'ajoute: Buren fait de l'art "in situ" ben oui, justement c'est çà le truc: Avoir une place de choix où on sera obligé de vous regarder et vous tenir un minimum de considération..
C'est une métaphore de l'attitude contemporaine:
à la cour royale, sur les panneaux de pub, à la une des journeaux, etc..l'important est de se placer.
On à l'art qu'on mérite.
Ecrit par : sapotille | 10 janvier 2010
" on aurait mieux fait de passer un coup de bulldozer à ces horreurs "
Qu'on aime ou qu'on aime pas certaines choses et qu'on le dise, c'est un droit et une liberté, et je suis très attachée aux deux.
Qu'on veuille les détruire au seul motif que ça déplait à certains me semble outrancier, pour ne pas dire dictatorial.
"utiliser l'argent pour sauver du vrai patrimoine architectural"
Vrai ? Parce qu'il a l'heur de te plaire ?
Je ne partage vraiment pas ta vision des choses.
Ecrit par : Miss You | 10 janvier 2010
En effet, ça me déplaît.
Ca me déplaît, d'abord, parce que celà vient gacher une oeuvre plus ancienne.
Ca me déplaît parce que c'est le fait du prince, n'importe où, à proximité d'un monument classé ( et il m'étonnerait, que le Palais Royal ne le soit pas ), il faut remplir tout un tas de conditions très strictes pour faire le moindre ravalement sur un bâtiment, et que sans la protection de François Mitterand, ni les colonnes de Buren, ni la pyramide du Louvre, n'auraient pu voir le jour en ces lieux.
Quand à dire que ce serait dictatorial de vouloir les détruire, je ne crois pas avoir vu passer de référendum à ce sujet, ni à la construction, ni à la rénovation.
Si on a l'art qu'on mérite, quand je vois ça, je me demande ce que j'ai pu faire dans ma vie précèdente ;)
Ecrit par : Grosnounours | 10 janvier 2010
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