16 janvier 2010
Dennis Stock, photographe d’icônes
DeanDennis Stock est mort lundi 11 janvier, en Floride à l’âge de 81 ans. Ce photographe prolifique, auteur de 28 livres, est surtout connu pour avoir saisi James Dean marchant au petit matin, à Times Square, silhouette de héron sous la pluie, mains dans les poches et clope au bec.

Ce portrait légendaire, pris en 1955 à New York, reste comme le miroir idéal de «Jimmy», où se fige sa grâce mélancolique, moue de rockeur débutant et grâce cancre. Ils s’étaient rencontrés à Hollywood via Nicholas Ray, qui s’apprêtait alors à tourner la Fureur de vivre.
DeanStock avait 27 ans, et Dean 24 ans. Ce sera le début de leur amitié, entretenue par un objectif glouton face à un modèle surnaturellement photogénique. Jimmy dans la ferme de son oncle, les pieds dans la porcherie ; Jimmy à deux pas de l’Actors Studio ; Jimmy dans un cercueil capitonné, en Dracula frileux, sept mois avant le crash…
La Planète des singes«J’ai aimé faire ces photos, confiera Dennis Stock à Libération en 2007, car Dean est, ce qu’on appelle en allemand, un "jeder Mann", un homme quelconque. Quand il s’est tué, ça m’a déprimé. J’ai demandé à quitter Hollywood.»
La Planète des singesHumaniste.
Né en 1928 à Woodstock dans l’Etat de New York, Stock s’engage tôt dans la marine à la mort de son père. Retour à la vie civile en 1947.
Maccarthisme et RosenbergPremier stage chez Eugene Smith, qui le recommande à Gjon Mili, un Américain d’origine albanaise, «assez dur», selon l’apprenti : «C’est avec lui que j’ai tout appris. D’abord à balayer le studio, puis à maîtriser la technique de la lumière, les flashs et la stroboscopie, dont Gjon fut un des premiers maîtres. Enfin, à faire de la photo.»

Ses essais sont remarqués, notamment un reportage, qu’il juge «très classique», c’est-à-dire humaniste, sur l’arrivée des réfugiés d’Allemagne de l’Est au port de New York. Lauréat du prix Life du jeune photographe, ce fils d’immigrés est contacté par Robert Capa, la tête chercheuse de l’agence Magnum (TAG Magnum).
Il y entrera en 1951 (et sera sociétaire en 1954), après avoir parcouru l’Espagne, les routes de l’Alaska en compagnie des routiers, l’Ethiopie… Capa lui suggère de tenter sa chance à Hollywood.
The MisfitsIl s’y plaira, le temps d’apprivoiser quelques stars immortelles, toujours en noir et blanc. La beauté rêveuse d’Audrey Hepburn («Mon type de femme»). Marlon Brando en Napoléon. John Wayne sur le tournage d’Alamo, poursuivi par un cheval de stuc…
Montgomery Clift
The Misfits«Iconoclastes».
Après le cinéma, le jazz. «J’ai grandi dans les quartiers les plus pourris de New York. Il n’y avait que des petits Blancs et des Noirs.
Miles DavisJe n’ai pas eu de difficulté avec les musiciens de jazz.» Miles Davis, Louis Armstrong et tant d’autres, comme des ombres portées dans les boîtes de nuit. Instantanés d’encre noyés de fumée, où Dennis Stock excelle à enregistrer la tension des musiciens, comme sur du papier buvard.

L’ami de Jimmy était un homme de son temps. Il fut aussi là pour prendre le pouls de l’Amérique des années yé-yé, tendance Easy Rider.
Venice Beach Rock FestivalLes bikers, les beatniks, les nudistes seront tous au rendez-vous, prêts à entrer dans le cadre : «Les jeunes de l’époque étaient iconoclastes et anticapitalistes, comme moi. La Californie était une terre d’expérimentation, un des rares endroits où l’on gardait une chance de ne pas devenir automatiquement un Américain moyen.»
Times SquareDernier flash : nuit noire sur Paris, 1958. Deux amoureux à Saint-Germain-des-Prés, enlacés l’un dans l’autre, chuchotant à la terrasse du Flore. Chaises empilées, fin de service. Deux témoins : le garçon de café, balai en main, patience d’ange. Et Dennis Stock, avec son appareil photo qu’il ne quittait jamais.

Miss You
13:45 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : photographie, magnum






Commentaires
Encore une très belle note, Miss ! Photos nostalgie... Celle de Miles Davis est superbe (sans doute prise au "Blue Note"), celles aussi de James Dean et de Marilyn Monroe... Un passé pas si lointain... Le temps a filé vite...
Ecrit par : ramses | 16 janvier 2010
"Un passé pas si lointain... "
Rigolo, je me faisais la réflexion exactement inverse en préparant la note.
J'ai eu l'impression d'un monde ancien : les sensations sont sans doute dues aussi au noir et blanc, à des acteurs pour la plupart décédés, des évènements politiques devenus partie de l'Histoire ... la fin d'une époque ... Un chapitre riche et intéressant du cinéma qui reste dans la mémoire collective.
Ecrit par : Miss You | 17 janvier 2010
"Un passé pas si lointain... "
Tout est relatif... Pour moi, il ne l'est pas... J'ai vécu tout ça dans ma jeunesse... Et elle ne me paraît pas si lointaine que ça... Question de générations !
Ecrit par : ramses | 17 janvier 2010
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