29 janvier 2010

Il aura fallu 130 ans…

Cent trente ans après, cinq Indiens Kawésqars reposent en paix.

Les corps de cinq d’entre eux,

exhibés dans des zoos européens à la fin du XIXe siècle,

viennent d’être rendus à leur terre, en Patagonie
.




kawesqara.jpg

Kawésqars - Non daté © Museo Histórico Nacional




Ici, il n’y a pas de rues, juste une longue passerelle de bois face aux habitations précaires de l’une des localités les plus reculées du Chili. A une journée de bateau de Puerto Natales, Puerto Edén est situé sur l’île Wellington, au milieu des canaux patagoniens. Sa population n’atteint pas 300 habitants, parmi lesquels les onze derniers représentants d’un peuple en voie d’extinction, les Kawésqars.

Cette ethnie oubliée est sortie pendant quelques heures de son ostracisme : le 12 janvier, les squelettes de cinq de ses membres ont été rapatriés en avion depuis la Suisse vers Santiago, où ils ont été reçus en grande pompe [lors d’une cérémonie présidée par la présidente du Chili, Michelle Bachelet] avant d’être acheminés vers leurs terres ancestrales.

canot.jpg



En 1881, onze Indiens Kawésqars étaient capturés comme des animaux par une expédition allemande et emmenés en Europe pour être exhibés au Jardin d’acclimatation de Paris et au zoo de Berlin.

Après une tournée en Allemagne, ils ont fini leurs jours à Zurich, où ils n’ont pu survivre longtemps.

En 2007, des chercheurs travaillant sur ces “zoos humains” – qui firent florès en Europe au XIXe siècle – ont retrouvé la trace de cinq de ces Indiens à l’université de Zurich.

Après de nombreuses démarches, leurs dépouilles ont été autorisées à regagner leur terre d’origine. Grethe, Lise, Piskouna, Henry et Capitan (des noms donnés par leurs ravisseurs) ont été emmenés en avion de Santiago à Punta Arenas.

Dans la capitale de la Patagonie, la veillée funèbre a duré jusqu’au lendemain, puis les dépouilles ont été transportées à bord d’un bâtiment de la marine vers l’île Karukinka, dans le détroit de Magellan.

hutte.jpg Hutte en construction


Là, les membres de la communauté kawésqar, dans le cadre d’un rite réservé, sans témoins non indiens, les ont déposés au fond de cavernes, dans leurs paniers de joncs, comme le veut la tradition.


Angel Acuña, professeur d’anthropologie sociale à l’université de Grenade, étudie le peuple kawésqar sur le terrain. Il n’est pas optimiste quant à leur avenir.

Il n’y a pas plus de dix personnes qui peuvent se faire comprendre en kawésqar, explique-t-il. Et, hormis un couple qui la parle en privé, personne ne pratique cette langue au quotidien. […] Dans les institutions chiliennes, je n’ai vu aucune initiative vraiment efficace pour faire renaître la culture kawésqar. On ne peut même plus parler de préservation, car la culture de ce peuple autochtone a disparu il y a des années.”

mereetfils.jpg


Jusqu’à l’arrivée de l’exterminateur blanc, les Kawésqars naviguaient dans les fjords glacés de Patagonie. Ils y ramassaient des fruits de mer et capturaient des phoques dont ils tiraient leurs vêtements et leur combustible.

Aujourd’hui, la peau de phoque sert à recouvrir artisanalement les petits canoës que des vieillards, les derniers Kawésqar, vendent comme souvenirs pour 2 000 pesos [moins de 3 euros], dans des échoppes installées sur la passerelle, aux touristes en croisière qui font escale une fois par semaine à Puerto Edén.



Sources Courrier International et La Vanguardia


*


A l’exception de la première,
les photos qui illustrent cette note
proviennent du site Limbos.org,
ainsi que l'extrait qui suit :



femmecanot.jpg



Ils croyaient qu'après la mort,
les bons allaient dans un bois très agréable,
où ils pouvaient manger à satiété tout ce qu'ils avaient apprécié pendant leur vie,
alors que les mauvais étaient précipités dans un puits très profond,
dont ils ne pouvaient plus jamais sortir
.



Miss You

Commentaires

... je suis passé par différents stades en lisant cet article.. curieux, nauséeux, haineux, ému, curieux, et étonné...

Ecrit par : Netsah | 29 janvier 2010

Très Freaks tout ça...

C'est une belle fin en tout cas, un pas de plus dans la reconnaissance de l'Autre et son respect. Décidément, il se passe des choses.

anti

Ecrit par : anti | 29 janvier 2010

Terrible histoire...

Elle me rappelle celle de Saartjie Baartman, la Vénus Hottentote.

http://fr.wikipedia.org/wiki/V%C3%A9nus_hottentote

Ecrit par : Anna Galore | 29 janvier 2010

En lisant l'article ce matin, j'ai ressenti un peu tout ça aussi. Des images et des mots de l'expo http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2008/11/27/terre-natale-ailleurs-commence-ici.html me sont aussi revenus en tête et notamment ceux-là :

« Écoutons ces gens, qu’ils soient Chipaya, Yanomami, Afar, écoutons ces gens, et donnons-leur un peu la parole afin qu’on puisse les entendre s’exprimer dans leur langue, avec leur façon de parler, leur expression du visage. » dit Raymond Depardon

L’enracinement, la relation qu’entretient une population avec sa terre, sa langue, son histoire s’incarnent dans la monumentale projection d’un film de Raymond Depardon spécialement réalisé pour cette exposition. Avec Claudine Nougaret, qui a accompli la prise de son, ils ont voyagé au Chili, en Éthiopie, en Bolivie, en France et au Brésil à la rencontre de nomades, de paysans, d’îliens, d’Indiens tous menacés de disparaître ou vivant en marge de la mondialisation.

Ils prennent la parole dans leur langue maternelle, langue ancrée dans la terre – « je suis née dans ma langue » dit une femme – et déclarent leur colère et leur douleur face aux menaces et aux craintes qui pèsent sur leur existence."


L'homme montre une fois encore à quel point il peut manquer d'humanité.

Ecrit par : Miss You | 29 janvier 2010

Comme Netsah, je suis passée par différentes émotions : choquée, émue, triste mais aussi, j'ai ressenti de l'espoir. Comme tu dis, Anti, celle de la reconnaissance et le respect de la différence de l'Autre.

Ecrit par : catherine | 29 janvier 2010

Pour en savoir sur le phénomène des Zoos humains
www.deshumanisation.com

Ecrit par : Victoire | 29 janvier 2010

Très impressionnant, votre site. Enormément de documentation, une vraie mine.

Ecrit par : Anna Galore | 29 janvier 2010

Merci pour le lien Victoire, votre site est effectivement très riche.

Ca serre le coeur de découvrir ce qu'il contient mais c'est aussi une source d'informations de première importance.

Ecrit par : Miss You | 30 janvier 2010

Écrire un commentaire