30 janvier 2010

Le Diable a 10 ans et la collection à 20 ans

Dans le cadre du Festival de la Biographie qui a lieu ce week-end à Nîmes, je suis allée assister à la table ronde qui réunissait Marion Mazauric, fondatrice de la maison d’édition Au Diable Vauvert, Louis-Paul Astraud, écrivain, directeur de collection, Jean-Paul Mahieu, écrivain et Claudine Plas, écrivain et c'était passionnant.

Passionnant parce que c'est une maison d'édition gardoise que j'aime, dont j'aime la ligne éditoriale (de la culture jeune), dont j'aime les auteurs et la patronne. Passionnant de voir cette équipe unie pour de vrai, capable de communiquer. Ainsi, quand on a présenté l'idée de cette nouvelle collection à Marion Mazauric, elle a tout de suite vu que c'était une bonne idée mais l'a refusée ;-) C'était il y a deux ans, Au Diable Vauvert était en pleine expansion et Marion n'avait pas les épaules pour ce lancement.

- Oui mais c'est une bonne idée non ?

- Oui, mais je ne peux pas ! Va demander à Louis Paul, il te dira non lui-même !


Et... il a dit oui ! Résultat : avec son aide de directeur de collection, les premiers titres sortent le mois prochain ;-)

La nouvelle collection biographique “A vingt ans” est une idée vraiment intéressante. Il s'agit de présenter ces écrivains qui font partie du patrimoine littéraire français tels qu'ils étaient à 20 ans, autant dire, quels hommes (ou femmes) ils étaient à cette époque.

Si une centaine d'auteurs ont déjà été répertoriés pour figurer dans cette collection (comme Genet, Duras, Colette, Céline Hemingway ou encore Faulkner), pour l'instant, la collection est lancée avec trois titres : Proust, Flaubert et Vian.

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Gustave Flaubert à 20 ans : Un vieux garçon, par Louis-Paul Astraud


Gustave Flaubert à 20 ans ne ressemble pas du tout à l'image que l’on se fait de lui aujourd’hui. Loin d’être un jeune homme isolé qui écrit avec peine, il est un fougueux adolescent qui veut vivre des aventures et écrit avec une facilité déconcertante. Presque trop.

A l’âge du baccalauréat, Gustave Flaubert vit ce que l’on pourrait appeler une sérieuse crise d’adolescence. Sous l’influence de son meilleur ami, de cinq ans son aîné, le gentil collégien s’est mué en un lycéen qui boit, fume et à évoque à tout bout de champ ses virées au bordel. Son père, le médecin le plus en vue de Rouen, pourrait lui pardonner ces incartades si Gustave ne trouvait pas le moyen de se faire renvoyer du lycée pour indiscipline six mois à peine avant le bachot. Il lui promet de réussir l’examen en candidat libre. Pari tenu ! Son père le récompense par un voyage en Corse. Sur le chemin du retour, il se laisse séduire par une femme qui a quinze de plus que lui. Son initiation lui laisse un goût amer, elle vient rabaisser la belle image qu’il se faisait de l’amour, en particulier de celui qu’il ressent pour la belle Elsa Schlesinger. C’est que, durant toute sa jeunesse et malgré ses fanfaronnades, Flaubert est un romantique qui vit passionnément. La vie n’est jamais à la hauteur de ses aspirations. Il se réfugie dans l’écriture qui est alors un exutoire pour ses angoisses existentielles. Obligé par son père de suivre des études de Droit, il en est libéré par une mystérieuse maladie nerveuse. A la mort de son père, alors qu’il est âgé de 24 ans, plus rien ne s’oppose à ce qu’il se consacre à sa vocation littéraire et réconcilie en elle son goût pour l’extravagance et son profond désespoir.

La rencontre avec Marie Arnoux (l’héroïne de L’Education sentimentale), la description des plaisirs amoureux de Madame Bovary de même que son suicide, l’attrait pour l’Orient de Salammbô, ou encore la fascination pour la tentation de Saint Antoine, en un mot l’ensemble de l’œuvre littéraire de Flaubert, tout cela était déjà en germe dès sa jeunesse. Il fallut seulement du temps, une quinzaine d’années de travail quotidien, pour qu’il parvienne à domestiquer son écriture et donner naissance à ses chefs d’œuvre. Il fit ainsi mentir tardivement sa réputation, notamment dans sa famille, d’habitué à l’échec par paresse et à laquelle lui-même avait fini par croire par pessimisme. Il fit preuve pour cela d’une volonté qui confine à l’obstination.

Lire Gustave Flaubert à 20 ans, c’est découvrir la genèse des grandes œuvres de l’auteur mais c’est surtout découvrir que réconcilier les deux Flaubert qui cohabitaient en lui, l’amuseur plein de joie de vivre et l’angoissé pessimiste convaincu de l’inanité de l’existence, fut le grand défi de sa jeunesse. De ce premier succès dépendait tous les autres.

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Marcel Proust à 20 ans : Le temps de la recherche, de Jean-Pascal Mahieu.


À 20 ans, on le voit chez Madame Arman de Cavaillet, chez Mme Strauss, chez Madame Lemaire ; il y croise Anatole France, Dumas fils, Maurice Barrès, les Daudet mais aussi les grands noms de l'aristocratie : la comtesse de Chevigné, le comte de Montesquiou, le comte de Turenne ou encore la princesse Mathilde. Dans les comptes-rendus mondains que donnent les journaux, son nom est de plus en souvent cité.

Mais comment diable a fait le jeune Marcel Proust pour s’introduire dès ses vingt ans dans les salons les plus mondains de Paris ? Il part pourtant avec de sérieux handicaps pour mener une vie mondaine. Son père est le fils d’un épicier de village. Sa mère appartient à une famille juive. A une époque et dans un milieu qui entretiennent le culte de la naissance, et à quelques années à peine de l’affaire Dreyfus, il s’agit là de deux péchés originels qui semblent irréparables. Et puis Marcel est victime d’une santé fragile. Comment ne pas passer pour un fâcheux quand on porte en permanence même en été une écharpe et un épais manteau ? Mais il y a pire : un goût si prononcé pour les garçons qu’il ne cherche pas dans sa jeunesse à le cacher et qu’il en parle souvent avec ses parents. L’heure n’est pas encore à l’acception amusée de l’homosexualité.

On croit que le jeune Proust manque de volonté, qu’il se laisse vivre. Erreur. Il en fallait au contraire beaucoup pour vaincre ses handicaps, et plus encore pour s’opposer à son père qui veut lui imposer un travail. Pour lui échapper, la technique de Marcel est le repli stratégique : le premier d’entre eux est son engagement inattendu dans l’armée. Une manière de gagner une année, une décision difficile à prendre pour cet asthmatique qui n’a jamais quitté sa mère plus d’une semaine ; il sera avant-dernier au classement de son régiment. A son retour, il se lance à corps perdu dans les études : les Folies Bergères, l’Alcazar, l’Odéon… Il est nommé bibliothécaire dans une bibliothèque où il ne mets jamais les pieds : il a gagné, ses parents le laissent tranquille, il peut enfin se consacrer uniquement à sa vocation littéraire.

Des salons à l’écriture

On a parfois l’impression que Marcel Proust a passé une jeunesse dorée de dilettante et que soudainement, une fois la trentaine passée, il fut comme touché par la grâce littéraire qu’il lui permit d’écrire son chef d’œuvre : La Recherche du Temps perdu. Ce portrait de Marcel Proust à 20 ans permet de mesurer au contraire la continuité qui existe entre le jeune Marcel fasciné par les salons et le Proust de la maturité qui les dissèque avec ironie. Les femmes et les hommes du monde qu’il a rencontrés durant sa jeunesse Belle Epoque étaient déjà des personnalités, il en fera ses personnages.

Dans ce que disait l'équipe du Diable cet après-midi, Proust est celui qui a tout compris au monde. Il était ambitieux, dans le sens noble du terme, ambitieux de devenir et avait compris toute l'importance du réseau, des salons, du faire savoir quoi. Il est en somme le premier qui pense à instrumentaliser tout cela pour faire sa renommée.

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Boris Vian à 20 ans : J'avais vingt ans en 1940 par Claudine Plas.


Reprenant un leitmotiv de Boris Vian, le livre raconte à la manière d'un récit, le jeune homme que Boris était à 20 ans, avec au cœur du livre la question fondamentale de l'engagement.

De l’exode en juin 40 quand Boris, élève ingénieur quitte à bicyclette l’école Centrale repliée à Angoulême pour tenter de retrouver ses parents, en passant par les surprises- parties de Ville d’Avray, les souvenirs d’enfance, les copains, l’ambiance potache,sa santé fragile, ses premiers émois sentimentaux, la rencontre avec Michelle Léglise (sa première femme) et le Major (son meilleur ami), son mariage, son premier job d’ingénieur, sa passion pour le jazz et les premiers écrits… jusqu’à l’assassinat de son père à la Libération, suivi par la signature de son premier roman Vercoquin et le Plancton chez Gallimard et par l’écriture de L’Ecume des jours, ce livre découvre une facette de Boris Vian sans doute moins connue, mais qui contient en germe le célèbre auteur, ingénieur, musicien et pataphysicien….

Il décrypte l’enfance et la jeunesse de Boris : son milieu familial, sa formation intellectuelle et artistique, sa vie affective et amoureuse, les zazous et le jazz, le rôle des intellectuels pendant la guerre, et, surtout, ceux qui l’ont marqué. Il éclaire sa personnalité, la naissance de ses multiples talents et la genèse des œuvres qui le rendront célèbre.

De bien beaux moments de découvertes en perspective.

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Commentaires

Mais quelle idée géniale que cette collection "A 20 ans" ! Bravo à l'équipe du Diable, autant pour cette nouvelle collection que pour tout ce qu'elle a fait pour démarrer, subsister puis enfin réussir à s'imposer comme une maison d'édition de qualité (et une de plus à avoir fait sa place dans notre région).

Ecrit par : Anna Galore | 30 janvier 2010

Belle idée en effet, je commencerai bien par l'exemplaire sur Vian : "L'écume des jours" est un bouquin que j'avais adoré ado. A relire !

Ca me fait penser dans un autre registre à une émission que j'aimais beaucoup, dans laquelle Christine Ockrent posait la question à des politiques et des journalistes, notamment, "Qu'avez vous fait de vos vingt ans ?".

Ecrit par : Miss You | 30 janvier 2010

Boris Vian est mort à l'âge de 39 ans. Sa bio sur Wiki donne une idée de son extrême vivacité intellectuelle... C'était aussi un très grand passionné de jazz.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Boris_Vian

Ecrit par : ramses | 31 janvier 2010

Oui! C'est un excellente idée cette collection! On sous estime somplètement l'impact et la nacessité des biographies dans l'éducation littéraire et ) mon avis, l'éducation totut court!

Il y a deux ans, comme je faisais du soutien scolaire, je me souviens avoir déploré le manque de connaissance biographique d'un de mes "soutenus" (lol). Il stagnait, ne pouvant absolment pas s'ouvrir à des textes de personnes lointaines, mortes, d'un milieu totalement différent du sien et qui plus est, pour être réalistes, étaient plutôt un obstacle sur son chemin qu'une invite au futur.. à priori. Et il voulait vivre, lui!!!! ;-)
Alors j'ai tenté le tout pour le tout et je lui ai raconté les errances de Rimbaud et de quel ferment sont nourrit les poèmes, etc.. il n'en revenait pas.
Mais c'était un fieffé cossard et il ne restait plus beaucoup de temps avant l'épreuve... Je craignais un peu qu'il ne puisse compbler ses lacunes à temps.. je me revois encore soupirer.. Bon, maintenant si tu tombes sur Rimbaud.. tu es sauvé... Il est "tombé" sur Rimbaud et a eu 16.
Sa mère m'adore. mdr
sinon les édition "au diable vauvert" sont ne effet d'une grande qualité. je me souviens vous avoir parlé de "rites d'automne" de dan O'brien, sur ce blog. C'est un très bel objet livre. Couverture douce comme les plumes des autours, subtil jeu de mat et brillant pour une silhouette indiscernable au remier abord, heureuse surprise de l'approche... Photos montages "à lire" aussi, qui ont du sens.. un dessein...repérages des chapitres comme jalons sur le sentier.. papier légersouple et solide et.. corrections remarquables! dans ce monde disorthographié, un havre ...
Et en plus pas cher pour un livre de cette qualité!(22euro en librairie)

Ecrit par : sapotille | 31 janvier 2010

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