08 février 2010
Auguste Maquet, l’autre Dumas !
A l’occasion de la sortie du film « L’autre Dumas », je viens de lire ce riche portrait d'Auguste Maquet, celui qui a coécrit bon nombre des récits de Dumas qui m’avaient enchantés, gamine, et que j’ai redécouvert pour certains l’été dernier, avec le même plaisir.

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Il était bien bon.
Il était bien faible.
Le "nègre" de Dumas est réhabilité dans un film.
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Il était bien bon.
Il était bien faible.
Le "nègre" de Dumas est réhabilité dans un film.
Qui ignore Dumas ? Qui connaît Maquet ? Et pourtant, que serait le prolifique auteur sans son infatigable second ?
Un jour où Le Siècle attend son feuilleton du "Vicomte de Bragelonne", le journal, paniqué, s'aperçoit qu'à Saint-Germain-en-Laye, chez Alexandre Dumas, le texte a été perdu. Il faut absolument de la copie.
Un journaliste se rend illico chez Auguste Maquet, collaborateur connu et reconnu de Dumas. On interrompt son dîner, on l'embarque au siège du Siècle. De sept heures à minuit, les feuillets se succèdent et, à 1 heure du matin, le journal est tiré.
Le lendemain, le feuilleton Dumas est retrouvé à Saint-Germain et l'on compare : sur les 500 lignes du texte Maquet, une trentaine de mots sont différents, le reste est identique...
L'anecdote, sidérante, fut citée lors du procès qui, en 1858, opposa Maquet à son ancien maître Dumas.
À cette époque, le torchon brûle dans le tandem. Maquet veut l'argent que Dumas lui doit et être reconnu comme coauteur des Trois Mousquetaires, du Comte de Monte-Cristo, du Vicomte de Bragelonne, de La reine Margot et d'une dizaine d'autres textes écrits à quatre mains entre 1842 et 1852.
Il obtiendra ses fonds, mais aucune reconnaissance.

Si vous passez d'aventure dans la 54e division du Père-Lachaise, chemin Montlouis, ne ratez pas l'éloquente tombe de Maquet. Gravés dans la pierre, on y relève à gauche les fameux titres dumasiens, à droite des oeuvres plus confidentielles signées du seul Maquet : La belle Gabrielle, La Maison du baigneur, Le Beau d'Angennes ... Triste revanche posthume que les ans recouvrent de leur mousse.
Ouvriers et patrons
L'attelage Dumas-Maquet peut donner lieu à toutes les interprétations. À tous les clivages. Les dumasiens négligent le "nègre", en font un tâcheron, un greffier. Un indispensable certes, mais terne dans la vie, plat dans son style, dépourvu du génie bouillonnant de son maître.
Bernard Fillaire vient au contraire, dans un essai stimulant mais excessif (Alexandre Dumas, Auguste Maquet et associés, Bartillat), de faire de Dumas un bandit de grand chemin trop pressé de vivre pour avoir le temps d'écrire. Un détrousseur de textes qui se contente de recopier ce que le fidèle Maquet lui fournit ventre à terre. On imagine les néolibéraux votant Dumas, au nom d'une libre entreprise qui ne connaît pas l'exception culturelle.

L'ironie de l'histoire veut qu'à l'heure où la France s'apprête, en 1848, à abolir l'esclavage, trime dans les soutes de Paris un nouveau type d'esclave, le "nègre littéraire". La faute à la grande presse : en 1836, la publication des Mystères de Paris, d'Eugène Sue, a instauré les cadences infernales du roman-feuilleton. La littérature devient une chaîne, avec ouvriers et patrons.
Lancé sur les fonts baptismaux de la révolution romantique de 1830, le dramaturge Dumas se cherche un second souffle, romanesque. Maître d'ouvrage cherche petites mains, qui seront parfois prestigieuses : Théophile Gautier paie de sa personne, suivi par Nerval, aux abois depuis que sa luxueuse revue, Le Monde dramatique, l'a ruiné.
C'est Nerval qui, fin 1838, présente à Dumas Auguste Maquet, son condisciple du lycée Charlemagne, avec qui, d'ailleurs, il a déjà cosigné une pièce... Maquet est un refusé. L'Université n'a pas voulu de ce professeur chevelu qui, sous le pseudonyme d'Augustus Mac Keat, pond des textes brumeux.
"Vous n'êtes pas un nom" (journal La Presse)
Dans la foulée, le milieu littéraire va le recaler. "Vous avez fait un chef-d'oeuvre, mais vous n'êtes pas un nom et nous ne voulons que des noms", lui rétorque-t-on à La Presse, qui a apprécié son roman historique La Conspiration de Cellamare.

Même son de cloche au théâtre Saint-Antoine après lecture de son Soir de carnaval : "Vous n'êtes pas un nom." À l'époque, on ne prêtait déjà qu'aux people. Mais Nerval, qui vient de renoncer lui-même à son nom pour un opéra signé Dumas, va jouer au saint-bernard. Son maître, pour le nouveau théâtre de la Renaissance, est en quête de textes. Dumas lui fait une fleur. On retravaille Un soir de carnaval, rebaptisé Bathilde, et on laisse le nom de Maquet, qui voit sa pièce mise en scène. Mais c'est un prêté pour un rendu. En fuite à Florence pour échapper à ses créanciers, Dumas s'intéresse au roman refusé de Maquet, La Conspiration de Cellamare.
Le lui céderait-il pour une parution en feuilleton ? Maquet, qui se croit redevable, s'efface. Rebaptisé Le Chevalier d'Harmental, le roman est publié par Le Siècle en 1841. C'est un triomphe. Maquet est redemandé. Le tandem se forme.
Maquet est un érudit. Un fouilleur d'archives, de mémoires. Mais aussi un imaginatif, qui a la science du plan et la rigueur que n'a pas Dumas le débridé, le digressif. Porthos l'herculéen, le bon vivant, a souvent été vu comme un autoportrait de Dumas. Il serait en réalité inspiré du grand-père de Maquet.

"Esprit sévère et pittoresque, Maquet est l'homme qui travaille le plus au monde, il sort peu, parle peu", écrit Dumas dans ses Impressions de voyage. Dumas, qui sort et parle beaucoup, signe seul et touche seul. Mais il travaille aussi d'arrache-pied, inonde de billets Maquet qui le fournit en lignes à remanier. "Voilà deux jours que vous me laissez sans copie et voilà deux jours par conséquent que vous faites de moi l'homme le plus malheureux de la terre."
Une lettre de trop
L'association convient aux deux jusqu'à ce qu'en 1845 un certain Mirecourt publie un pamphlet contre Dumas, le négrier. Dumas le fait condamner pour racisme, mais devant la Société des gens de lettres il reconnaît la copaternité avec Maquet. Avant de lui faire écrire une lettre où son pisse-copie renonce à tous les droits de propriété et de réimpression des ouvrages qu'ils ont écrits ensemble. Maquet est bien bon. Et bien faible. Cette lettre fera perdre à Maquet son procès en 1858. La littérature ne se partage pas.

Auparavant, en 1852, Maquet se sera lancé dans une série de romans historiques. Enfin seul !
"Dans cette galerie que j'ai composée en société avec l'écrivain célèbre que l'on nomme aujourd'hui le plus fécond de nos romanciers, il est resté des cadres vides." On devine l'homme blessé pressé de se venger.
Ses livres ont du succès, mais aucune postérité. Pendant ce temps, Dumas, toujours bien entouré, continue de produire à la chaîne. Mais ses grands livres sont derrière lui. Maquet lui manque, comme il manque à Maquet, qui l'a imité et s'est acheté un château. Pour sa bibliothèque, il a fait relier un exemplaire des Trois Mousquetaires en maroquin rouge. En lettres d'or, on peut y lire : " Les Trois Mousquetaires, par A. Dumas et A. Maquet".
Article signé Par François-Guillaume Lorrain
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A l’exception de la première (source wiki), les photos qui illustrent cette note proviennent du site allociné.fr.
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A lire aussi pour la petite histoire,
les anecdotes du tournage.
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A l’exception de la première (source wiki), les photos qui illustrent cette note proviennent du site allociné.fr.
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A lire aussi pour la petite histoire,
les anecdotes du tournage.
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Miss You
15:30 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : films






Commentaires
Une histoire extraordinaire, en effet. On imagine toute la souffrance de Maquet, tout au long de sa collaboration avec Dumas qui était seul à en tirer gloire.
La profession de "nègre" n'est pas près de disparaître. Régulièrement, on révèle que tel ou tel a été la plume d'un personnage bien plus médiatique et bien moins talentueux. Rares sont ceux qui finissent par se faire en fin un nom pour ce qu'ils sont - de vrais auteurs. Parmi eux, Erik Orsenna, Max Gallo et Dan Frank sont certainement parmi les plus célèbres. Sans parler des innombrables "plumes" de divers hommes politiques (Christine Albanel pour Chirac, Henri Guaino pour Sarkozy, Georges Pompidou pour De Gaulle, etc.)
Un chouette article à ce sujet dans Wiki : http://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A8gre_litt%C3%A9raire
Ecrit par : Anna Galore | 08 février 2010
Trop bien cet article de Wiki !
Parmi les "connus", et dont j'ignorais qu'il ait été le nègre littéraire d'autres, figure aussi Howard Phillips Lovecraft, qui a prêté sa plume à diverses œuvres de science-fiction.
Ecrit par : Miss You | 08 février 2010
Ah ça, c'est sûr, ce n'est pas prêt de s'arrêter. Je me souviens d'une interview de Dan Franck (qui a écrit en tant que nègre littéraire 62 livres signés par d'autres personnes) qui racontait un passage à Apostrophe. Il présentait son livre en même temps qu'un autre auteur qui présentait un livre que Dan Franck lui-même avait écrit en tant que nègre... Il disait qu'il était assez mdrr de voir l'autre le présenter avec autant d'ardeur ! En fait, c'est peut-être plus facile quand c'est pas son propre texte ;-)
Le fait d'être nègre littéraire peut quand même permettre à des personnes de vivre de leur plume ou d'améliorer leurs revenus en écrivant. On peut certes se désoler et trouver ça pas bien de ne pas en faire des auteurs à part entière mais personnellement j'en connais pas mal qui aimerait savoir leur histoire publiée à je ne sais combien de millier d'exemplaires sous le nom d'un autre que pas publié du tout.
C'est tout le système de l'édition et plus largement celui de la com aussi, tout comme les cadences qui deviennent infernales qui font que.
"Vous avez fait un chef-d'oeuvre, mais vous n'êtes pas un nom et nous ne voulons que des noms"
Malheureusement, c'est vrai, les grands éditeurs cherchent plus des auteurs que des publications. Des gens qui vont attirer les médias d'une manière ou d'une autre plutôt que des textes. Ils sont bien rares les "Dilettante".
anti, pour les textes avec Auteur d'Origine Contrôlé.
Ecrit par : anti | 08 février 2010
"Malheureusement, c'est vrai, les grands éditeurs cherchent plus des auteurs que des publications. "
Ca me donne envie de saluer les petites maisons qui découvrent des pépites et leur donnent une vraie chance. Et, si ensuite les grandes s'en mordent les doigts, tant pis pour elles.
Ecrit par : Miss You | 08 février 2010
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