11 février 2010
Avatar, de la fiction à la réalité
En Inde,
la tribu des Dongria Kondh
vit le scénario du film "Avatar"
la tribu des Dongria Kondh
vit le scénario du film "Avatar"

La tribu des Dongria Kondh vit loin des studios d'Hollywood. Ses 8 000 membres logent dans de petites maisons en boue séchée, recouvertes de feuilles de palmier, sans électricité ni télévision, reclus dans une montagne de la région de l'Orissa, au fin fond de l'est de l'Inde. Leur histoire ressemble pourtant à s'y méprendre au scénario d'Avatar, le film réalisé par l'américain James Cameron, et qui bat chaque semaine des records au box-office mondial.
Comme la tribu des Na'vi qui, dans le film, tente désespérément d'empêcher les humains d'exploiter les ressources minières de leur terre sacrée, les Dongria Kondh sont menacés d'expropriation par une compagnie britannique, Vedanta Resources, qui veut exploiter la bauxite de leur montagne.
"Le drame d'Avatar - si l'on fait abstraction des lémuriens multicolores, des chevaux à longue trompe et des guerriers androïdes - se joue aujourd'hui sur les collines de Niyamgiri en Orissa", explique Stephen Corry, directeur de l'organisation non gouvernementale (ONG) Survival International, qui défend les peuples indigènes.

Lundi 8 février, l'ONG a publié dans Variety, un magazine américain consacré à l'industrie du spectacle, un appel à James Cameron pour venir en aide à la petite tribu de l'est de l'Inde.
"Avatar est une fiction... bien réelle. En Inde, la tribu des Dongria Kondh lutte pour défendre sa terre. (...) Nous avons vu votre film. Maintenant, visionnez le nôtre", lui demande l'ONG.
En Orissa, les collines de Niyamgiri sont vénérées comme des temples car elles abriteraient, selon les croyances des Dongria Kondh, l'esprit du dieu Niyam Raja. Chaque jour, les habitants font des prières devant de petites statuettes en bois posées le long des sentiers de terre, avec, à leurs pieds, des fruits en guise d'offrandes, ou des animaux sacrifiés.
Pour le géant minier britannique Vedanta Resources, détenu par Anil Agarwal, un milliardaire indien, ces collines abritent surtout un gisement de bauxite d'une qualité exceptionnelle. Une usine a déjà été construite au pied des collines pour transformer la bauxite en aluminium.

Mais elle attend toujours l'ouverture de la mine pour fonctionner à 100 % de ses capacités. 120 familles de la tribu des Dongria Kondh, qui ont accepté d'être embauchées, vivent désormais dans des maisons en ciment.
Vedanta Resources leur a promis des infrastructures médicales, des écoles et des terres pour se reconvertir à l'agriculture. Nombreux sont les enfants de la tribu à être victimes de sous-nutrition, et à peine 5 % de la population sait lire ou écrire.

Mais, d'après un rapport publié par l'ONG Amnesty International mardi 9 février, l'usine inaugurée par Vedanta Resources en 2006 aurait déjà commencé à polluer les cours d'eau, menaçant la santé des habitants.
"Nous avions l'habitude de nous baigner dans la rivière. Mais, désormais, j'ai peur d'y emmener mes enfants. Mes deux fils se plaignent de démangeaisons", a témoigné l'une des habitantes auprès des auteurs du rapport.
Les ONG locales craignent aussi la disparition des forêts denses qui servent de "garde-manger" aux Dongria Kondh. Les habitants vivent de la cueillette et vont chercher dans l'épaisse végétation qui les entoure, des plantes médicinales. L'institut indien de la faune et de la flore a mis en garde contre les dommages irréversibles sur l'environnement qu'entraînerait le creusement d'une mine.

Vendredi 5 février, l'Eglise d'Angleterre a annoncé qu'elle se retirait du capital de Vedanta Resources - où sa participation était de 6 millions de dollars (4,4 millions d'euros) - au motif que l'entreprise ne répondait pas à ses attentes en matière de "respect des droits de l'homme".
Deux ans plus tôt, c'est le fonds souverain norvégien qui s'était désengagé de son capital pour les mêmes motifs.
Les ONG locales dénoncent les menaces et intimidations dont sont victimes les membres de la tribu pour quitter leurs terres. En dépit de ces critiques, l'entreprise a rappelé, mardi 9 février, qu'elle investirait 10 millions de dollars dans la protection de la colline, et qu'elle "stimulerait l'économie des communautés locales" grâce à l'ouverture de la mine. Le projet, qui a obtenu le feu vert de la Cour suprême indienne en août 2008, devrait commencer dans quelques mois.
La tribu des Dongria Kondh semble plus proche de l'extinction que du happy end d'Avatar.
Miss You
13:30 Publié dans Colère, Miss Terre et bouts de blogs, Tous des humains | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : deforestation, ressources naturelles, eau potable, films, amnesty







Commentaires
J'ai vu un reportage sur ce sujet ce matin sur France 2, qui reprenait l'article du Monde. L'histoire n'est malheureusement pas unique. Pire, elle est fréquente.
Je ne sais pas si James Cameron pourra y faire quelque chose mais c'est déjà une très bonne chose que tout le monde en parle grâce à l'initiative de cette ONG.
Je lisais encore hier le combat très similaire d'une tribu aborigène au nord de l'Australie, qui résiste depuis près de 30 ans aux tentatives de la Cogema, devenue Areva, d'exploiter un gisement d'uranium estimé à 5 milliards de dollars qui se trouve sous leurs terres et leurs lieux les plus sacrés (une région nommée Koongarra). Leur stratégie a été d'agir pour faire classer leurs terres en tant que parc naturel par le gouvernement australien. Aux dernières nouvelles que j'ai pu trouver (qui datent de 2009 sur le web), Areva n'a toujours pas reçu d'autorisation d'accès et encore moins de forage.
Ecrit par : Anna Galore | 11 février 2010
"L'histoire n'est malheureusement pas unique. Pire, elle est fréquente. "
En effet, mais on en entend parler de plus en plus ;-) Et ça, c'est bien ! Comment ne pas penser à ce qui se passe au Chili, au Pérou, plus généralement en Amérique du sud, aux Indiens d'Amérique du Nord, etc. ?
"Je ne sais pas si James Cameron pourra y faire quelque chose mais c'est déjà une très bonne chose que tout le monde en parle grâce à l'initiative de cette ONG."
En tout cas, maintenant, une bonne partie de l'humanité a été touchée en plein cœur par ce sujet et ces menaces raisonneront en nous à chaque fois qu'elles pointeront le bout de leurs sales griffes !
anti, ensemble, c'est tout.
Ecrit par : anti | 11 février 2010
Absolument !
Ecrit par : Miss You | 11 février 2010
Ce pourrait être un des mérites d'Avatar, de faire prendre conscience de ces pillages organisés dans les endroits les plus reculés de la planète. Le traitement de la bauxite est l'un des plus polluants... Près de chez nous, à Gardanne (BdR), un pipe-line a été construit il y a plusieurs dizaines d'années pour déverser en Méditerranée, à quelques centaines de mètres de la côte, des millions de mètres cubes de boues rouges... Rouges comme les maisons de Gardanne, souillée à jamais par Péchiney, avec la bénédiction du Maire... Avant, c'était la mine de charbon...
Ecrit par : ramses | 11 février 2010
Bonjour,
Est-il possible de savoir dans quelle émission de France 2 les Dongria Kondh étaient évoqués hier matin?
Sinon, Survival propose que l'on se mobilise ! On peut écrire au gouvernement indien :
http://survivalfrance.org/agir/lettres/dongria
Merci beaucoup pour cette information !
Ecrit par : Camille | 12 février 2010
Bonjour Camille.
Je pense qu'Anna parlait de l'émission Télématin (?).
Pour la mobilisation, vous avez parfaitement raison : on peut écrire et envoyer par mail ou, semble-t-il plus idéalement, par poste une protestation au gouvernement indien. J'ai d'ailleurs mis le lien en bas de note "comment aider ?" ;-)
Merci pour eux de votre soutien. Plus nombreux nous serons à nous manifester, plus la pétition aura d'effets.
Ecrit par : Miss You | 12 février 2010
Oui, il s'agit bien de Télématin. Loin de l'image gnan-gnan qui lui est habituellement associée, elle rassemble une série de chroniqueurs et de journalistes souvent brillants et très professionnels.
Ecrit par : Anna Galore | 12 février 2010
Entièrement d'accord.
Je ne l'ai découverte que l'automne dernier, un peu par hasard, quand la Matinale de Canal ne m'a plus autant intéressée. Le départ de Brice Toussaint puis de Marie Colmant a fait perdre à ce programme beaucoup du piquant et de l'humour que j'y aimais.
Ecrit par : Miss You | 12 février 2010
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