21 février 2010

Redécouvrir le Machu Picchu

Anna parlait hier du "Soleil sous la terre", premier roman à venir de sa nouvelle trilogie "La porte de toute merveille".

En attendant le plaisir de la lire, je découvre ce matin l'histoire des découvertes successives d'un lieu qui me fascine depuis longtemps, un lieu dédié au soleil, où s'acheminent portes et couloirs secrets et sacrés : Le Machu Picchu.



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(Le Temple du Soleil ou Torreón)



Le fameux temple inca n'a pas été découvert par Indiana Jones.

Ni par Bingham, un archéologue américain, comme le prétend l'Histoire.

Un Allemand l'aurait devancé d’après The Independent.

Tous l'ont pillé.




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(Vue prise au sud.
A la gauche apparaît le secteur Hanan de la ville
et à droite le secteur est séparé par la place principale)



En 1911, quand Hiram Bingham atteignit le Machu Picchu, guidé par des Péruviens, la découverte fit du professeur de l'université [américaine] de Yale un homme à la fois riche et très respecté.

Avant que son livre sur le site, La Fabuleuse Découverte de la cité perdue des Incas (Pygmalion, 1997), ne devienne un best-seller, il avait enseigné à l'université Harvard et à celle de Princeton, et occupé les fonctions de sénateur et de gouverneur du Connecticut.

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Il exerçait une telle influence sur l'archéologie au début du XXe siècle que quelques-uns ont même avancé qu'il aurait pu servir de modèle au personnage d'Indiana Jones.

Mais peut-être les revendications de Bingham sont-elles sujettes à caution, lui qui affirmait avoir été le premier à trouver la cité perdue des Incas au Pérou. A la lueur de recherches approfondies menées par un historien américain, Paolo Greer, il semblerait que la cité ait en réalité été découverte quelque quarante ans plus tôt par un homme d'affaires allemand.

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(Reconstruction d'un bâtiment inca sur le site)


On sait peu de choses d'Augusto Berns, obscur entrepreneur aujourd'hui presque oublié, mais des documents retrouvés dans les archives américaines et péruviennes par Greer montrent que Berns aurait découvert le site archéologique le plus célèbre du Pérou en 1867, avant d'établir une société qui s'employa à piller le Machu Picchu et alentour.

Berns, qui avait fondé une modeste affaire de fabrication de traverses au Pérou dans les années 1860, tomba sur les ruines du Machu Picchu après avoir acheté des terrains limitrophes destinés à l'exploitation forestière. Il se lança alors dans l'exploration de la citadelle, de 1867 à 1870.

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(Pachacútec selon la chronique de Martín de Murúa - 1615)



Dans les archives péruviennes, des documents rédigés de la main de Berns relatent comment l'entrepreneur a retrouvé des structures souterraines scellées. Bernes prédisait qu'elles "contiendraient sans aucun doute des objets de grande valeur", les "trésors des Incas".

Son entreprise, la Companhia Anonima Explotadora de las Huascas del Inca (Société anonyme d'exploitation des sites incas), bénéficiait de l'appui de certaines des personnalités les plus importantes du Pérou, dont le président de l'époque, Andres Avelino Caceres.

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(Roche taillée sous le Temple du Soleil à Machu Picchu)



En 1887, le gouvernement péruvien consentit au pillage du Machu Picchu, concluant même avec Berns un accord qui l'autorisait à exporter ses trouvailles s'il en attribuait 10 % au gouvernement. Un des associés de Berns aurait été le directeur de la bibliothèque nationale du Pérou. Le vice-président de l'entreprise était professeur de pathologie à l'université de Lima et collectionneur d'antiquités – il vendit ensuite sa collection à un musée de Berlin.

Le Machu Picchu fut construit au XVe siècle par l'empereur inca Pachacuti, qui y fut probablement inhumé (il mourut en 1471). La cité disposait d'un temple important dédié au Soleil qui, comme la tombe de Pachacuti, était orné d'une grande quantité d'or.

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(Le Pont de l'Inca, contrôlant l'accès au Machu Picchu depuis l'ouest)



Cet or fut en grande partie dilapidé en 1532, quand les Incas tentèrent en vain de verser une rançon pour récupérer leur dernier empereur régnant, Atahualpa, fait prisonnier par les conquistadores espagnols. Mais on peut supposer que Berns trouva dans l'édifice nombre de céramiques précieuses – qui n'avaient pas servi pour la rançon.

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(Vue de la rivière Urubamba à partir des terrasses du Machu Picchu)



Ces révélations surviennent alors que les Péruviens exigent de plus en plus fermement que leur soient restituées les pièces trouvées par Hiram Bingham au Machu Picchu, dont des milliers de tessons de céramique et des ossements actuellement conservés à l'université Yale.

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(Entrée vers le quartier sacré et le quartier des nobles)



Paolo Greer a lancé un appel à l'aide internationale pour retrouver les trésors perdus des Incas. Il a dressé une liste de 57 contacts de Berns – des Américains, des Britanniques, entre autres, qui auraient pu acheter des objets retrouvés par l'Allemand au Machu Picchu.

Mais, jusqu'à présent, aucun catalogue n'a été retrouvé. Les recherches vont maintenant s'étendre aux Etats-Unis et en Europe, dans l'espoir de remonter la piste de ces trésors perdus jusqu'à des collections privées.

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(Terrasses du côté est dans le Secteur Agrícole)



Repères

• Edifié dans les Andes, à 2 400 mètres d'altitude, le Machu Picchu (qui signifie "vieille montagne", en quechua) servait de tombeau, à l'instar des pyramides égyptiennes. Il abritait aussi, selon les spécialistes, des salles où se déroulaient des assemblées et cérémonies secrètes rassemblant les quelque 200 à 300 dignitaires incas.

• Le site est inscrit depuis 1983 au Patrimoine mondial de l'humanité. En 2007, il a été désigné comme l'une des Sept Nouvelles Merveilles du monde.






Article signé David Keys


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(Machu Picchu et ses environs)


Source photos Wiki


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(Vue depuis l'intérieur)


Sur Google Map


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(Vestiges)



A lire aussi :

Machu Picchu, un périple aux confins du sacré

En route pour Machu Picchu






Miss You

Commentaires

Article intéressent qui donne envie d'y aller. Honte à cet entrepeneur allemand.
La dernière vidéo montre un panorama magnifique. Comme si on était !!! Merci.

Ecrit par : Nymphéa | 21 février 2010

"Honte à cet entrepeneur allemand."

Oui, et Hiram Bingham, l'Eminent professeur de Yale, ne s'est pas privé non plus :-(

Je suis toujours partagée à propos de ces découvreurs de trésors et de cités inconnues :

- reconnaissante parce qu'ils ont permis de les mettre à jour et d'en faire partager la connaissance au plus grand nombre et
- furieuse qu'ils s'en mettent plein les ... fouilles à l'occasion de ces découvertes et qu'ils dépouillent les populations locales.

Ces trésors partent ensuite vers les capitales occidentales et les collections privées de riches égoïstes.
Ils échappent alors à ceux à qui ces vestiges appartiennent de plein droit : les populations pillées et leurs descendants.

Quand ils atterrissent dans des grands musées (type le Louvre ou le British museum), ils deviennent visibles pour beaucoup (et parmi le public, une grande partie n'aurait pas eu la possibilité de les admirer) mais je reste persuadée que ces grands musées, et encore plus les collectionneurs privés, devraient rendre les merveilles mises à jour, quitte à en exposer des copies.

Après tout, les techniques permettent de réaliser de superbes copies et, à titre personnel, ça ne me dérangerait pas du tout de voir exposer des reproductions, un peu comme à Lascaux où la grotte a été reproduite à l'identique. L'originale est sauvegardée et le public, pas moins gâté.

Merci Nymphéas de ton commentaire.

Ecrit par : Miss You | 21 février 2010

"ces grands musées, et encore plus les collectionneurs privés, devraient rendre les merveilles mises à jour, quitte à en exposer des copies"

Tout à fait d'accord ;)

Beau dimanche Miss You.

Ecrit par : Nymphéa | 21 février 2010

Une très intéressante histoire, dont aucun (re)découvreur ne sort grandi, en effet.

Lors de récentes inondations violentes, en janvier, le site s'est retrouvé isolé du reste du monde pendant plusieurs jours, avec un certain nombre de touristes coincés sur place. Tout s'est bien terminé mais l'accès au site va devoir rester fermé pendant des mois le temps de réparer la voie ferrée qui permet de s'y rendre au plus près. Du coup, le gouvernement péruvien prévoit une grosse campagne de pub au niveau mondial pour parler des autres sites incas bien moins connus de ce pays, afin d'essayer d'attirer quand même un maximum de touristes venant d'habitude uniquement pour le Macchu Picchu.

Ecrit par : Anna Galore | 21 février 2010

Bon, ben, toujours autant envie d'y aller moi ;-)

Concernant les inondations, Kathy m'avait signalé cet article intéressant : "Pluies diluviennes sur le Machu Pichu ! Qui en a parlé?"

http://vivrevouivre.over-blog.com/article-pluies-diluviennes-sur-le-machu-pichu-44791973.html

anti

Ecrit par : anti | 21 février 2010

"Pluies diluviennes sur le Machu Pichu ! Qui en a parlé?"

Plutôt curieux, ce titre ! Toute la presse mondiale en a parlé :

http://news.google.com/news/search?aq=0s&pz=1&cf=all&ned=fr&hl=fr&q=machu+picchu&oq=macch

Ecrit par : Anna Galore | 21 février 2010

Je pense que ce titre est dû au fait que la presse n'a commencé à en parler que début février comme l'indique ton lien alors que cela a eu lieu le 24 janvier...

anti

Ecrit par : anti | 21 février 2010

En fait, le lien que j'indique montre que les articles sont sortis en France à partir du 26 janvier (dépêche AFP reprise partout), les opérations de secours ayant commencé le 25. Il semble d'ailleurs que l'article de Vivrevouivre reprenne directement certains passages de la dépêche de l'AFP, que voici :

Pluies au Pérou: au moins 7 morts et 2.500 touristes bloqués au Machu Picchu
(AFP) – 26 janv. 2010

LIMA — Des hélicoptères continuaient mardi à décoller vers la citadelle inca du Machu Picchu pour récupérer plus de 2.500 touristes bloqués dans cette région du sud-est du Pérou, où inondations et glissements de terrain ont fait au moins sept morts, dont une étrangère et un guide.

Ce pont aérien sans précédent dans le pays andin a permis d'évacuer 75 touristes lundi et au moins 50 autres mardi, malgré des conditions climatiques exécrables qui ont interrompu les opérations mardi matin.

Le gouvernement péruvien a mobilisé quatre hélicoptères de la police et de l'armée, et deux appareils privés pour déplacer les touristes américains, européens et latino-américains.

Les Etats-Unis ont également envoyé quatre hélicoptères, a indiqué à Washington le porte-parole de la diplomatie américaine Philip Crowley.

Quelque 1.900 touristes sont bloqués à Aguas Calientes, village situé en contrebas du Machu Picchu, et 670 autres sur le "chemin de l'inca", parcours montagneux emprunté pendant plusieurs jours par les touristes les plus courageux qui veulent atteindre au petit matin les ruines de la citadelle.

C'est sur ce chemin qu'est décédée une touriste argentine, Lucila Ramballo Sarlo, 23 ans, écrasée lundi dans un campement ravagé par un glissement de terrain qui a également blessé trois autres Argentins, selon l'Institut national de la Culture de Cuzco.

Un guide touristique péruvien, Washington Huaralla, 33 ans, est aussi décédé au cours d'un éboulement sur le "chemin de l'inca", fermé lundi au tourisme par les autorités locales.

Deux autres hommes sont morts noyés, un autre emporté par une avalanche, tandis qu'une mère et son enfant ont été tués par l'effondrement de leur maison à Cuzco.

Plus de 13.000 personnes ont perdu tout ou partie de leurs biens, selon la Défense civile.

La voie ferrée reliant Agua Calientes à Cuzco, joyau de l'empire inca et principale ville touristique du Pérou, s'est retrouvée bloquée en raison de nombreux éboulements, prenant au piège les 1.900 touristes étrangers.

Au moins deux d'entre eux ont néanmoins pu sortir de la zone en marchant sur cette voie ferrée, selon la compagnie Inca Rail.

L'un des 300 Chiliens coincés à Aguas Calientes, Fernando Celis, a accusé certains touristes d'avoir payé les secours pour être évacués en premiers.

"Hier (lundi), un hélicoptère a emmené les personnes âgées, les malades et quelques touristes qui avaient plus d'argent. Il n'y a quasiment plus d'Américains. Il ne reste que des routards américains et anglais, mais les gens voyageant avec un tour-opérateur, qui avaient visiblement plus d'argent, ont déjà tous été évacués", a-t-il affirmé au journal en ligne Emol.

"Ils ne nous ont pas donné à manger. Chacun doit s'organiser pour s'alimenter", a-t-il ajouté, en assurant que les habitants avaient profité de la situation pour doubler leurs prix.

Le gouvernement a envoyé deux tonnes d'aide humanitaire par voie aérienne et 20 tonnes par voie terrestre, ainsi que plus de 1.000 tentes pour les sinistrés, selon la Défense civile.

Perchée sur un pic montagneux à 2.500 m d'altitude, la citadelle du Machu Picchu est le fleuron du patrimoine péruvien. Quelque 800.000 personnes visitent annuellement ce site, soit près de 2.500 par jour.

Ecrit par : Anna Galore | 21 février 2010

Merci pour l'info. En fait, Vouivre reprend un article d'un autre blog (cité) qui doit effectivement reprendre la dépêche. Donc oui, le titre est étonnant si on s'y attarde.

anti

Ecrit par : anti | 21 février 2010

Il existe un deuxième site semblable à celui de Machu Picchu, qui s'appelle Choquequirao (autre ville perdue des Incas) ; c'est aussi une forteresse de pierre. Quand Hiram Bing-ham arriva, il fut surpris d'y voir des inscriptions qui dataient de 1834.
Endroit vertigineux également.

Ecrit par : Kathy Dauthuille | 21 février 2010

Fascinant, ce Machu Picchu... 10 hélicos pour évacuer 1.900 personnes, ça a dû prendre un certain temps...

Ecrit par : ramses | 22 février 2010

Voici un lien http://www.enjoyperu.com/frances/guiadestinos/choquequirao/index-choquequirao.htm vers la cité Choquequirao, mentionnée par Kathy.

Effectivement, ça laisse rêveuse :-)

Ecrit par : Miss You | 22 février 2010

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