23 février 2010

"Turner et ses peintres" au Grand Palais

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Cet Anglais taciturne qui ne tenait pas en place

était fasciné jusqu'au vertige

par le flux et le reflux de la lumière.


Au Grand Palais, William Turner

dialoguera avec

Canaletto, Claude Gellée dit le Lorrain, Ruysdael et Watteau.


Du 24 février au 24 mai 2010



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Vous restez assis sur une plage un beau jour d'été. Tout est calme, doux, tranquille. Mais si vous fermez un oeil assez longtemps, que se passe-t-il ? La mer et le ciel, partagés par l'horizon, deviennent une paroi verticale. Une sensation d'étouffement vous envahit, ainsi qu'il arrive quand certains papiers peints surchargés vous cernent dans une chambre d'hôtel.


canaletto.jpg Canaletto


watteau.jpg Watteau


À 14 ans, le jeune Turner, en bon Anglais follement épris d'espace, peint des marines. Il casse le vitrage de l'atelier pour voir l'océan.

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Il étudie les paysages de Ruysdael, là où la partie nuageuse forme une navigation apaisée dans le ciel. Le flux et le reflux de lumière le fascinent jusqu'au vertige. Mais il pressent quelque chose de suspect dans cette ordonnance du paysage.

Il y a comme un trompe-l'oeil dans la solidité de ces maîtres anciens, de Canaletto à Watteau, presque un mensonge.

gellee.jpg Gellée


vanruisdael.jpgRuysdael



Il ne croit pas à la tranquille assise de la bande de sable et au travail régulier des vagues.

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Son oeil voit autre chose, son esprit tourne à l'inquiétude. Il suit, fasciné, les mouvements perpétuels et ondoyants des formes océaniques. Il interroge les lignes de fuite des nuages. Même les rochers des Alpes, qu'il fréquente et arpente, sont des précipices fixés.

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Tout s'embue. L'univers est porteur de messages diffus, troubles et en fuite.


watteau2.jpgWatteau


gellee2.jpgGellée



Rafale boréale, écume dévoreuse, fond du ciel, évasion vers l'étrangeté : passages, échappées, vents incendiaires. Il se sent entraîné dans une sorte d'immense glissade. Turner le vertige.


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En plein ciel, un rond censé être le soleil rouge cache un orifice dantesque, un pubis arraché, sanglant et convulsif. Ses palais vénitiens sont des mirages suspendus sur un ondoiement ; un gondolier tente d'arracher sa gondole à un bourbier.

canaletto2.jpg Canaletto


vanruisdael2.jpgRuysdael



Poussières d'eau, tourbillons, gerbes, ondoiements mouillés, flammèches d'enfer, cirrus, halos, que de séductions pyrotechniques instables, un déchaînement qui devient chute.

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Examinez les délicates poissardes de Calais qui récoltent des appâts sur la plage à marée basse. La beauté diaphane de ces jeunes filles courbées, chevilles plantées dans l'étendue douce du sable. Elles ne voient pas ce que nous voyons : l'ouverture d'un cratère, la naissance d'une perturbation cosmique, une polarisation maléfique qui ressemble à un début d'apocalypse nucléaire. Il nous présente, Turner, un peu d'épouvante sur une jolie petite plage.

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Miss You

Commentaires

Ici, un diaporama de quelques unes des toiles exposées http://www.20minutes.fr/diaporama/1040-2-0-0-Exposition-Turner-et-ses-peintres-au-Grand-Palais.php

Ecrit par : Miss You | 23 février 2010

Je reviens de l'expo qui est MAGNIFIQUE! A voir absolument :-)

Ce qui est passionnant c'est qu' à chaque oeuvre de Turner se trouve côte à côte celle dont il s'est inspiré, que ce soit Canaletto, Claude Gellée dit Le Lorrain, Ruysdael ou Watteau.

Tout comme Munch, Turner est l'instigateur de cette période charnière qui annonce la fin du style académique. Il va casser les lignes, épurer, élargir les horizons, diluer les formes, changer les perspectives, assouplir. Tout cela avec un culot monstre car il n'avait que faire de la critique qui ne lui était forcément pas favorable! Sa bataille de Trafalgar, inspirée par l'oeuvre de Loutherbourg qui sublime la victoire de la flotte de Nelson, seule commande effectuée par le roi Georges IV, où il va dénoncer les horreurs de la guerre plutôt qu'exalter la gloire militaire (on voit le drapeau anglais à la mer flottant dans un bain de sang). Le tableau fit un vrai scandale! Et pour finir ce tableau subliminale qui marque la fin de sa vie "Tempête de neige". On se croirait dans une symphonie wagnerienne, magistrale! Il est noté sur cette dernière partie de sa vie qui marque son aboutissement: Turner noie désormais les formes sous des flots de matière picturale puissamment travaillée. Encore merci Miss, l'inspiratrice de cette visite à Paris :-)

Ecrit par : valentine | 27 mars 2010

Je n'ai pas vu l'expo en question mais d'autres de Turner et je te rejoins complètement Valentine. La comparaison Wagnérienne tient bien la route et, rigolo, je viens de voir un documentaire sur ce compositeur.

Allez, juste pour le plaisir, loin des tempêtes impressionnantes, une toute en finesse, mais oh combien profonde : http://www.dailymotion.com/video/x5sye1_parsifal-opera-de-richard-wagner-ou_music

anti

Ecrit par : anti | 27 mars 2010

"Il va casser les lignes, épurer, élargir les horizons, diluer les formes, changer les perspectives, assouplir. Tout cela avec un culot monstre car il n'avait que faire de la critique qui ne lui était forcément pas favorable! "

Une incroyable puissance, une machine en marche dans son travail et, en même temps, des toiles qui dégagent toutes une impression de douceur.

Je suis vraiment ravie que l'expo, comme celle de Munch, vous ait autant plu, que dis-je, enthousiasmé :-) Il ne me reste qu'à suivre votre exemple et y aller.

Parler d'une expo sur le blog ou entre amis, c'est partager un coup de coeur, une envie. Découvrir le plaisir de ceux qui ont eu envie d'y aller puis s'y sont rendus, ça fait vraiment chaud au coeur (Je pense aussi à Ramsès tellement ravi d'avoir vu "We want Miles"). Le partage est encore plus fort, plus beau. Ca encourage aussi à continuer.

Merci Valentine de ce joli retour.

Ecrit par : Miss You | 28 mars 2010

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