25 février 2010

Les mystères d'une « Nuit d’hiver »

Pendant longtemps, « Nuit d'hiver » de Chagall est restée en territoire tchèque,

propriété d'un collectionneur privé.

Puis, deux versions du tableau ont surgi.

Laquelle est de trop ?

Retour sur une histoire rocambolesque.



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Nuit d'hiver
Gouache sur 66,7 x 51,1 cm, peinte en 1929-1930



Comment prouver lequel est le vrai, lequel est le faux ? La police tchèque a du mal à y voir clair. Nuit d'hiver, une œuvre méconnue de Chagall, est restée pendant plus de soixante ans en territoire tchèque, cachée de tous.

Aujourd'hui, la justice française affirme que le tableau est un faux et que, conformément à la législation hexagonale, il doit être détruit.

L'argument des experts : un tableau identique a été vendu aux enchères à Londres pour la somme de 400 000 livres. "Nous voulons obtenir la confrontation physique des deux tableaux, afin de les évaluer. C'est seulement de cette façon que l'on pourra indiquer lequel des deux est l'original", insiste Petr Kral, inspecteur de la police tchèque.

C'est à la fin des années 1920 que Nuit d'hiver est exécuté par Chagall.

Le peintre tchèque Vladimir Sychra (1901-1963) l'acquiert à Paris peu après. "Il l'a acheté directement au peintre. Admirateur inconditionnel de Chagall, il souhaitait avoir en sa possession une de ses toiles", assure Frantisek Nabelek, un membre de la famille Sychra.

Le tableau reste ensuite pendant plusieurs décennies chez Sychra, son existence étant connue de seulement quelques spécialistes et amis. Après la mort de Sychra, sa femme en hérite et le conserve jalousement tel un joyau familial.


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Nuit enchantée



En 1987, l'affaire commence. "La veuve de Sychra a reçu à cette époque la visite de deux messieurs : Jan Dvorak, un historien de l'art, et Milan Heidenreich, un émigré tchèque. Ils voulaient la persuader de vendre la toile", raconte Emil Celeda, un ancien policier reconverti en marchand de tableaux.

Selon Celeda, la veuve, résolue à ne pas se séparer du tableau, aurait toutefois autorisé Dvorak à en prendre des clichés.

L'intéressé confirme aujourd'hui cette information. "C'est vrai, il s'agissait d'une toile rare, je voulais donc en conserver une trace. Mais Heidenreich a pris mes négatifs. J'ignore ce qu'il en a fait." Un faux de très grande qualité aurait ensuite été exécuté, vraisemblablement en Allemagne, à partir des photos prises par Dvorak.

Survient le premier mystère :

Selon Celeda, rien ne permet d'affirmer que Heidenreich soit ait gardé le faux, soit l'ait échangé, chez la veuve de Sychra, contre l'original. Ce qui est sûr, c'est qu'en 1991 il apporte "son" Chagall à Paris, où le Comité Chagall lui délivre une attestation d'authenticité [réunissant les héritiers de Chagall et leurs représentants, ce comité veille à défendre le droit moral du peintre].

"Il est très difficile de faire apparaître la contrefaçon d'une toile telle que Nuit d'hiver. Les couleurs, diluées à l'eau, sont impossibles à dater", commente Celeda. La même année, Heidenreich envoie le tableau à Londres. Il y est vendu aux enchères pour 400 000 livres.

Apparaît alors le deuxième mystère :

"Avant que la vente n'ait lieu, Heidenreich meurt dans un accident de voiture, dans des circonstances mystérieuses. Et l'on ignore l'identité de celui qui a encaissé l'argent de la vente aux enchères", affirme Celeda. Entre-temps, la veuve de Sychra est décédée, laissant en héritage la toile de Chagall.


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St Paul, la Nuit bleue



"En apprenant qu'un tableau identique avait été vendu à Londres, nous avons fait expertiser le nôtre en République tchèque. Or l'expertise a prouvé l'authenticité de notre Chagall à nous", raconte Frantisek Nabelek, un parent de la veuve Sychra. Un collectionneur tchèque achète le tableau et décide en 2003 de le présenter pour expertise au Comité Chagall.

"Le Comité déclara qu'il s'agissait d'un faux, exécuté à la même période que l'original", nous précise M. Vyskocil, l'avocat du collectionneur tchèque, qui souhaite garder l'anonymat.

Les Français confisquent alors la toile, s'appuyant sur l'obligation de la détruire en tant que faux.

La désapprobation du propriétaire tchèque conduit l'affaire devant le tribunal de grande instance de Paris.

"Entre-temps, en République tchèque, nous avons porté plainte. On espère que la police pourra prouver que la toile expertisée par le Comité Chagall en 1991 est un faux", affirme l'avocat Vyskocil.

Encore faut-il la localiser.

"Nous nous sommes adressés à la maison de ventes aux enchères de Londres et attendons les informations sur l'acquéreur du tableau", précise l'inspecteur Petr Kral.

Le tribunal français, lui, attend le résultat de l'enquête tchèque. Pourtant, s'il décide, ultérieurement, que le Comité Chagall doit détruire la toile, la police tchèque sera impuissante. "Si les lois françaises l'autorisent, on ne peut rien y faire", conclut Petr Kral, un responsable de la police tchèque.





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Titre inconnu (1973)


Les autres « Nuits » de Chagall qui illustrent cette note proviennent du net



Miss You

Commentaires

Le faux étant tellement vrai, manquerait plus qu'ils détruisent le vrai! Concernant Chagall, il est l'un de mes peintres préférés. J'ai visité l'exposition Chagall "entre ciel et terre" en 2007 à la Fondation Gianadda de Martigny. Magnifique!

Ecrit par : valentine | 25 février 2010

"Le faux étant tellement vrai, manquerait plus qu'ils détruisent le vrai ! "
Oui ce serait ballot :-(
Quel imbroglio cette histoire quand même.

Je ne connais pas très bien ce peintre mais les tableaux découverts de ci de là me plaisent énormément. Je le mettrais quelque part entre Klimt (le "dragon" de la nuit enchantée par exemple) et Peynet pour certains personnages , il y a quelque chose de l'enfance chez lui que je trouve émouvante.

Cette Fondation Gianadda propose décidément de superbes expos et rétrospectives. C'est loin de chez vous ?

Ecrit par : Miss You | 25 février 2010

Chagall était un grand amoureux, d'où ta réflexion sur Peyney! Ses tableaux sont également très emprunt de sa culture juive originaire de Russie. La Fondation Gianadda est à Martigny, c'est-à-dire à moins d'une heure en voiture de chez moi éh éh!

http://www.google.ch/url?q=http://www.gianadda.ch/wq_pages/fr/expositions/&ei=OaqGS9ucK5WlsQaMwNGaDw&sa=X&oi=smap&resnum=1&ct=result&cd=1&ved=0CAgQqwMoADAA&usg=AFQjCNGFlkX6Vj_myzB__myd870wZ842ZQ

Ecrit par : valentine | 25 février 2010

La fondation Gianadda est un site magnifique (intérieur comme extérieur) et les expositions sont exceptionnelles.
A voir absolument !!!

Ecrit par : Nymphéa | 25 février 2010

Valentine, je ne dirai qu'une chose : hé hé :-)

Je note Nymphéa, je note !

Ecrit par : Miss You | 25 février 2010

... Je note aussi... et çà sera un but de vacances. Si j'ai des vacances.

"Nous voulons obtenir la confrontation physique des deux tableaux, afin de les évaluer. C'est seulement de cette façon que l'on pourra indiquer lequel des deux est l'original", insiste Petr Kral, inspecteur de la police tchèque. "

C'est la première chose à laquelle j'ai pensé parceque voir un Chagall en reproduction ou être dans son espace .. C'est autre chose.. carrément!

Je me demande sur quels indices se fonderont les experts pour faire preuve, chercheront-ils les directions des touches, les empâtements et les associations de pigments.. puisque l'analyse des couleurs elles-mêmes et des supports ne seront ici sans doute d'aucun secours...
ah.. si un lecteur de ce blog averti pouvait me répondre..

Ecrit par : sapotille | 25 février 2010

Sapotille,
C'est une histoire de mélange de plomb et d'eau je crois .....

Ecrit par : Colors | 25 février 2010

Merci Colors! tu veux dire que les experts connaissent le mélange initial de Chagall et le comparent à celui tenté par le faussaire? c'est intéressant..

Ecrit par : sapotille | 26 février 2010

J'adore ce genre d'histoire, il y a de quoi écrire un polar.
Sapo, c'est un peu ça. Pour déterminer l'authenticité d'un tableau, quand il est trop récent ou que le faux supposé est presque contemporain, les chercheurs analysent un infime échantillon pour le comparer aux autres œuvres avérées de l'artiste : épaisseur de la couche picturale, composition précise des mélanges de pigments et leur provenance, proportions des mélanges, analyse du vernis s'il existe, origine de la toile support... A cela s'ajoute les rayons X qui permettent de découvrir le dessin préparatoire et son trait, à comparer avec les dessins préparatoires de l'artiste, la photographie en lumière rasante qui permet de détailler le sens de la touche du pinceau et de vérifier sa conformité avec le reste de l'œuvre... Il y a aujourd'hui de vrais moyens... qui n'empêchent pas les experts de se planter, et c'est ça qui est drôle !

ça me rappelle quelques histoires de faux dévoilés, dont un Poussin acheté une fortune par le Louvre. Mais je salue toujours le génie des faussaires qui arrivent encore à faire illusion, ce sont eux aussi de vrais artistes...

Ecrit par : Adele Riner | 26 février 2010

Merci à vous pour toutes ces précisions. Je me demandais hier en postant cet article comment les experts travaillaient. Plein de réponses au réveil. Décidément ce blog est une mine :-)

Et ce matin : un autre artiste, une autre authentification http://www.liberation.fr/culture/0101621447-un-van-gogh-authentifie-au-pays-bas

Ecrit par : Miss You | 26 février 2010

J'adore Chagall ; j'ai visité son exposition à Nice et ai ramené une carte "Lumières du mariage" ; c'est féerique.

Quelle histoire ce tableau ! attendons la suite ! J'espère que Miss You suit de près l' affaire pour nous tenir au courant !

Ecrit par : Kathy Dauthuille | 26 février 2010

Sapo, non c'était la formule pour faire de l'or, j'ai confondu !!!

Ecrit par : Colors | 26 février 2010

"Mais je salue toujours le génie des faussaires ..." d'accord avec toi Adele et merci pour tes précisions.

Ecrit par : valentine | 26 février 2010

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