04 mars 2010

La "Sainte Russie" au Louvre



Une plongée dans l'art russe avant Pierre Le Grand,

méconnu et peu représenté dans les collections françaises :

l'exposition "Sainte Russie"

réunit au Louvre du 5 mars au 24 mai

dans le cadre de l'Année de la Russie en France

des oeuvres pour beaucoup jamais montrées à l'étranger.



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Icône de saint Georges terrassant le dragon, XVe siècle.




Quelque 400 pièces - icones, orfèvreries, manuscrits - montrent comment les artistes russes ont peu à peu pris leur autonomie par rapport aux modèles apportés par Byzance.


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Vierge de Tolga, fin du XIIIe siècle.
Provenance : église de l'Exaltation-de-la-Croix du monastère de Tolga, près de Iaroslav



Dans une scénographie théâtralisée, l'exposition parcourt toute l'histoire de la Russie ancienne, du baptême du prince Vladimir de Kiev en 988, qui marque l'entrée du pays dans la chrétienté, aux réformes radicales de Pierre Le Grand (1682-1725) qui scelle son arrimage à l'Europe.


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Bataille des Novgorodiens contre les Souzdaliens
dite aussi "Miracle de la Vierge du signe", XVe siècle.
Provenance : Novgorod



Dans la Rous' de Kiev, où l'église est grecque dans ses usages et ses structures, l'esthétique byzantine est prépondérante, notamment à travers les icones, comme la célèbre Vierge de Vladimir.


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Objets liturgiques pour l'Eucharistie, 1679.
On distingue une calice, un diskos (disque),
une astérisque, une assiette, une cuillère et enfin une lance



Mais l'art de ce premier âge d'or "va se démarquer très tôt de la tradition", explique Jannic Durand, commissaire de l'exposition avec Tamara Igoumnova.


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La Nativité de la Vierge, 1497.
Peinture de l'ensemble "Iconostase de la Dormition du monastère Saint-Cyrille du lac Blanc :
cinq icônes du registre des Fêtes"



Et l'influence occidentale sera plus manifeste encore après la fragmentation de la Rous' en principautés rivales, comme le montrent les impressionnantes "Portes d'or" de la cathédrale de Souzdal, associant iconographie byzantine et technique occidentale.

portesorsouzdal.jpgPortes d'or


Cette évolution connaît un coup d'arrêt avec les invasions mongoles en 1223 puis en 1237. Seule la principauté de Novgorod, dont les icones opposent franchement le rouge et le blanc, échappe à la déferlante tatare.

Après ces temps de rupture, c'est de l'essor politique de Moscou que va naître la nouvelle Russie. Une première victoire contre les Mongols en 1380, et l'installation à Moscou du pouvoir religieux expliquent en partie cette montée en puissance.


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Couvercle de la châsse du tsarévitch Dimitri, 1628-1630.
Provenance : Moscou, ateliers du Kremlin.
Au centre : Icône du Saint Pierre, métropolite de Moscou, XVIe siècle.
À droite : Pokrov d'Alexandre Nevski, 1670-1680.
Provenance : Solvytchegodsk, atelier des Stroganov



Elle se confond aussi avec le grand peintre d'icones Andrei Roublev, dont très peu d'oeuvres ont été conservées et dont le mythe a été exploré par le cinéaste Andrei Tarkovski.


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Epitaphios du prince Dimitri Shemiaka, 1444.
Don du prince Dimitri Shemiaka au monastère Saint-Georges, Novgorod



La domination de Moscou culmine avec Ivan IV "le Terrible", premier tsar en 1547, qui se pose ainsi en successeur des empereurs byzantins.

Elle s'accompagne d'installation de monastères dans les régions les plus reculées. Est ainsi partiellement reconstituée dans l'exposition l'imposante iconostase (cloison séparant le sanctuaire de la nef) du Monastère de la Dormition-St-Cyrille du Lac Blanc, qui superpose quatre niveaux d'icones.


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Icône Saint Demetrios de Pskov, deuxième quart ou milieu du XVe siècle.
Provenance : église monastique Sainte-Barbe du village de Petrov construite en 1618



En même temps, souligne M. Durand, "la Russie n'est pas éloignée de la Renaissance". Des architectes italiens viennent à Moscou, des livres sont imprimés vers 1550, mais l'imprimerie est finalement interdite pour hérésie.


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Chronique de Radziwi ?? :
le baptême du prince Vladimir, XVe siècle



Une crise dynastique ouvre en 1598 le "Temps des troubles" et celui du règne agité de Boris Godounov. C'est à lui qu'on doit un chef d'oeuvre présenté au Louvre : le grand "oklad" (couverture protectrice d'une icône) de la Trinité, une parure d'or et de pierres précieuses qui recouvrait la seule icone attribuée à Andrei Roublev.


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Oklad de la Trinité d'André Roublev.
Offert par le tsar Boris Godounov en 1599-1600 à l'église de la Trinité Saint-Serge
pour l'icône de la Trinité d'André Roublev.
Complété par le tsar Michel Ier Romanov en 1626 puis, à nouveau, en 1754



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L'accession au trône de Michel 1er Romanov marque la restauration de l'Etat, mais aussi un siècle de "vives contradictions", note Jannic Durand, entre la volonté de revenir aux traditions et des "essais d'emprunt à l'Occident", avec l'introduction progressive du portrait à la cour.


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Portrait du patriarche Nikon, vers 1660-1665.
Provenance : monastère de la Résurrection de la Nouvelle-Jérusalem, Istra


C'est d'ailleurs sur deux portraits emblématiques que se clôt l'exposition : celui de Feodor III Romanov représenté en habit de cour dans un hiératisme quasi oriental et celui de son demi-frère Pierre Le Grand, campé en armure par un peintre britannique dans la tradition occidentale du 17ème siècle.


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Actes des Apôtres et Épîtres, vers 1410-1420.
Provenance : monastère Saint-Cyrille de Beloozero, Saint-Pétersbourg




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Calice à deux anses, XIe siècle.
Une orfèvre de Kosta (Constantin) faite d'argent fondu et argent repoussé, ciselé et doré






Miss You

Commentaires

Je te remercie pour ta note Miss qui complète à merveille ma dernière visite à la Fondation Gianadda qui avait pour thème "Images saintes - Maître Denis - Roublev et les autres" de la galerie nationale Tretiakov de Moscou.

Dans ma petite brochure explicative, voici ce qui est écrit à propos de l'iconostase:

"L'iconostase est la frontière entre le monde visible et le monde invisible". Paroi élevée au niveau de l'abside des églises orthodoxes qui sépare les croyants de l'autel, mais dans le même temps les relie au monde céleste. Son usage se répand entre le XIVe et le XVIe siècle. L'iconostase est divisée en plusieurs registres horizontaux. Les deux registres supérieurs sont dévolus à l'église de l'Ancien Testament avec les patriarches et les prophètes. Un troisième registre comporte les douze grandes fêtes de l'Eglise orthodoxe (quatre fêtes de Marie, six fêtes du Christ, la Pentecôte et l'Exaltation de la Croix). Un quatrième registre contien la Déisis. Le dernier registre, le plus bas, comporte des figures en pied de saints locaux, d'anges, de la Vierge et du Christ. Au centre, la porte est réservée à l'Annonciation et aux évangélistes, elle symbolise l'entrée du royaume des cieux.

A propos d'icônes, les plus anciennes connues datent du Vème siècle et sont conservées au Monastère Sainte-Catherine sur le Mont-Sinaï.

A visiter, la magnifique église orthodoxe russe de Nice, édifice le plus important en dehors de la Russie.

Ecrit par : valentine | 04 mars 2010

Si tu aimes les icones Valentine, il y a un superbe livre qui les évoque : c'est "L'oracle della luna" http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2008/12/06/l-oracle-della-luna.html dont Anti avait parlé. A lire absolument !!

J'ai adoré ce bouquin et chaque fois que je croise une icone, comme en parlant de l'expo que j'aurais adoré voir "Les trésors cachés du Mont Athos" http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2009/05/10/le-mont-athos-et-l-empire-byzantin-tresors-de-la-sainte-mont.html , j'y repense avec délice.

A propos de l'Eglise orthodoxe russe de Nice, il faut absolument la voir si vous êtes dans le coin. Il y a d'ailleurs une influence architecturale particulièrement forte sur cette partie de la Côte d'Azur, liée à la présence des russes blancs chassés par la Révolution d'Octobre
Voici ce qu'en dit Wiki http://fr.wikipedia.org/wiki/Cath%C3%A9drale_orthodoxe_russe_Saint-Nicolas_(Nice)

Et cette news de l'AFP du 20 janvier "La justice française a attribué à la Fédération de Russie, mercredi, la propriété de la prestigieuse cathédrale Saint-Nicolas de Nice, au coeur d'une longue bataille judiciaire, pas encore terminée, entre l'Etat russe et une association cultuelle locale." http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5g_DXGbacVWsuBKq2wz7ZWcLRryNg

Ecrit par : Miss You | 04 mars 2010

L'Oracle della luna, Anna nous en avait parlé lorsque nous sommes venus à Nîmes et puis j'avais oublié....Cette fois, je vais dare-dare l'acheter.

En même temps que la visite de l'église orthodoxe de Nice, il faut se rendre au cimetière russe pour se rendre compte de l'importance de la présence des Russes blancs à Nice à cette époque.

Ecrit par : valentine | 04 mars 2010

J'ai découvert ce matin un très beau diaporama des pièces de l'expo dans Le Point http://www.lepoint.fr/culture/2010-03-04/voyage-au-coeur-des-tresors-de-la-russie/249/2/1515/0/ et je l'ai utilisé pour ré-illustrer cette note ;-)

Ecrit par : Miss You | 08 mars 2010

Magnifiques photos du Point. Merci Miss pour tes recherches. Somptueuse la Trinité d'André Roublev, toute sertie de pierres précieuses, quel travail de maître.

Ecrit par : valentine | 08 mars 2010

Je me suis régalée et j'étais ravie de "trouver" enfin une jolie photo de cette Trinité, sublime :-)

Ecrit par : Miss You | 09 mars 2010

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