12 mars 2010

Kitano : Un « Gosse de peintre » multi-facettes

Une vraie découverte pour moi.

Un peintre, un cinéaste, un animateur TV, un poète, un designer de jeux, … : un homme aux multiples talents : Beat Takeshi Kitano.

Grâce à l’exposition qui lui est consacrée à la Fondation-Cartier, je rencontre un artiste drôle, portant un regard acéré et tendre sur la société qui l’entoure.

Vous verrez son actualité est incroyablement riche !


afficheexpo.jpg




*
**




Avec cette exposition,

j’ai sans doute voulu amener une autre définition au mot « art »,

qui soit moins officielle, moins conventionnelle, moins snob, plus ordinaire
.”

Beat Takeshi Kitano



*
**
*


Quelques mots sur l'homme

"Kitano superstar"


Takeshi Kitano (北野 武, Kitano Takeshi) est également connu sous le pseudonyme de Beat Takeshi (ビートたけし, Bīto Takeshi).




L'homme est plein de failles, l'oeuvre, schizophrénique. Animateur télé, acteur, réalisateur, producteur, Takeshi Kitano est insaisissable. De lui le public français ne connaît qu'une facette, celle de Kitano le cinéaste, envers sombre et dramatique de Beat Takeshi, le showman.

Ce mois de mars est donc l'occasion de (re)découvrir toute l'ampleur du personnage avec la sortie de son dernier film, une rétrospective à Beaubourg ("Takeshi Kitano, l'iconoclaste", du 11 mars au 26 juin au Centre Pompidou), une autobiographie chez Grasset et, surtout, l'exposition de ses toiles et de ses installations à la fondation Cartier.


portrait2008.jpg

Autoportrait (2008)
Le réalisateur a commencé à peindre
après son accident de scooter (1994)
qui a failli lui coûter la vie et dont il porte encore les stigmates sur le visage.
Immédiatement identifiable,
sa gueule cassée oscille depuis entre impassibilité et tics nerveux


"Je ne sais pas pourquoi la France fait autant de cas de ma petite personne", savoure-t-il. Flagrant délit de minauderie ? Akira Kurosawa a pourtant dit de lui qu'il allait "sauver le cinéma japonais". Depuis vingt ans, pour presque autant de films, Kitano s'applique à relever le gant. Parfois de manière obscure, le plus souvent avec succès, public et critique. Son lion d'or à la Mostra de Venise pour Hana-bi (1997) a définitivement consacré son cinéma, fragile équilibre tragicomique entre l'extrême violence et la tendresse, le gag et la barbarie, la poésie et le burlesque.

Ses héros ?

Des yakuzas fêlés ou des flics fatigués, des guerriers vengeurs et des personnages taiseux auxquels Kitano l'acteur prête sa gueule abîmée par un accident de scooter en 1994, et dont les traits oscillent depuis entre impassibilité asiatique et tic nerveux. Un accident, vraiment ? "Peut-être, en vérité, un suicide raté." Le suicide, justement, hante son cinéma. "C'est la seule liberté qui nous soit offerte", confie-t-il.




Déroutant de la part de celui qui est devenu un empire. Depuis trente ans, au Japon, Kitano l'animateur squatte le petit écran : entre quinze et vingt programmes par semaine à la grande époque, huit aujourd'hui. Politiques, scientifiques, artistiques, de divertissement, ses programmes sont ceux d'un homme-orchestre qui s'intéresse à tout et réussit ce qu'il entreprend. Des sondages le plébiscitent même comme... Premier ministre !

Longtemps, pourtant, il y a eu malentendu. Lorsque, en 1983, il est révélé sur grand écran dans Furyo, sa réputation d'acteur de théâtre satirique et d'homme de télévision est si bien établie que le public japonais, dérouté, se sent trahi. La confusion persiste avec sa première réalisation, Violent Cop (1989), polar sombre et brutal.



Vingt ans et de nombreux succès plus tard - Hana-bi, donc, mais aussi L'été de Kikujiro, Aniki, mon frère, ou encore Dolls -, Kitano semble réconcilié avec Beat Takeshi.

Au point de sortir un nouveau lapin de son chapeau en répondant à l'invitation de la fondation Cartier, qui lui a donné carte blanche pour s'approprier les lieux. Et s'assumer, aussi, en tant que peintre, lui dont les toiles ponctuent les scènes de Hana-bi et habitent Achille et la tortue ?


achilletortue.jpg

"Achille et la Tortue"
Soit l'histoire de Machisu - clin d'oeil à Matisse – à
qui l'on répète depuis sa plus tendre enfance que "plus grand, il sera peintre".
Le petit garçon devenu homme, puis vieillard n'en démord pas
et s'acharne à se faire reconnaître comme tel. Jusqu'à l'absurde

(Source)


Ce n'est pas le propos de Gosse de peintre, où Kitano transforme plutôt le musée en parc d'attractions. Une exposition aussi atypique que son créateur. Un plaisantin qui, quoi qu'il fasse, est mû par un seul moteur : déstabiliser (Source du portrait).


*
**
*


Quelques mots sur l’expo « Gosse de peintre »
à la Fondation-Cartier



taxi2009.jpg

Taxi 2009



C’est avec plaisir, humour et sérieux que Beat Takeshi Kitano s’est lancé dans « Gosse de peintre », un projet singulier qui s’installe avec finesse et impertinence dans le monde de l’enfance.

chatbocal2009.jpg

Chat-bocal 2009



Inventée de toutes pièces par Beat Takeshi Kitano pour la Fondation Cartier pour l’art contemporain, l’exposition « Gosse de peintre », est présentée du 11 mars au 12 septembre 2010.

tamajii.jpg

Tama-Jii et Kon-Tan dans corps humain, 2009



Avec des peintures, des vidéos, mais aussi des objets insolites, des décors, des machines fantasques et sensationnelles, Beat Takeshi Kitano conduit le visiteur de surprise en gag, de jeu en leçon de chose, se moquant de l’art contemporain, jouant avec les sciences et s’amusant des clichés associés à son pays. (Source de la présentation)


dessinprpaexpo.jpg

Dessin préparatoire de l’exposition


*
**
*

Une autre rétrospective

Takeshi Kitano l'iconoclaste.

au centre Pompidou

Jusqu’au 26 juin 2010


armeimpriale.jpg

Objet de l’armée impériale

Le centre Pompidou organise une rétrospective intégrale de la filmographie de Kitano,
l'homme de télé arrivé au cinéma par hasard et en autodidacte avec Violent Cop (1989), polar sombre et brutal.

beattakeshikitani1996.jpg

Beat Takeshi Kitano, 1996



*
**
*


affichefilm.jpg



Un film

"Achille et la Tortue"








*
**
*


Un livre

Kitano par Kitano

de Takeshi Kitano avec Michel Temman

(Grasset)



Grasset publie « Kitano par Kitano », un autoportrait dicté au journaliste Michel Temman.

Le livre est saisissant - en ce qu'il s'accroche à l'insaisissable.

C'est la confession d'un hyperactif. Entre digressions brutales et répétitions obsessionnelles s'esquisse l'épopée d'un gamin pauvre parvenu à plusieurs sommets, et que seul aurait pu interrompre, en 1994, un de ces accidents qui ne surgissent pas tout à fait par hasard.



beattakeshikitani2010.jpg

Beat Takeshi Kitano, 2010 (daruma)




Extraits : ici


**
*


Sauf précision contraire, les photos proviennent de Libé.fr


motocameleon2010.jpg

Moto-caméléon 2010




Miss You

Commentaires

L'une des pépites de ma vidéothèque est "Zatoichi", un film inclassable de et avec Takeshi Kitano. A priori un "simple" film de sabre typiquement japonais avec le vieux samouraï aveugle qui protège les pauvres gens de méchants vraiment très méchants. Kitano s'est inspiré au départ d'un personnage traditionnel très populaire dont on trouve les multiples aventures sous forme de mangas, de films de série Z, etc.

Mais à cela s'ajoutent des scènes complètement loufoques (dont un apprenti samouraï qui ferait mieux de jouer aux châteaux de sable), ou poignantes (les petits enfants abandonnés forcés à se prostituer avant de devenir de dangereux escrocs pour survivre), ou d'une poésie fine et délicieuse (dans la façon de filmer en particulier), ou carrément chorégraphiques et musicaux totalement décalées (par exemple des paysans qui créent des rythmes hallucinants en travaillant dans les champs). Un régal !

Kitano avait eu le Lion d'argent du meilleur réalisateur à Venise en 2003 pour ce film.

J'ai aussi vu de lui un des volets de Battle Royale, hyper violent, difficilement supportable.

Quant à ses émissions à la télé, je viens d'entendre un sujet sur France-Info : il anime une émission comique grand public un soir, un débat politique hyper-sérieux un autre, un cours de mathématiques pour les enfants un autre, bref il échappe à toute classification et il adore ça.

Au sujet de ses peintures, il ne se voit pas du tout comme un artiste mais se qualifie de peintre du dimanche. D'ailleurs, il refuse de vendre ses toiles et il ne les signe jamais. Il a refusé pendant trois ans de les exposer lorsque la Fondation Cartier lui en a fait initialement la demande.

Il a eu dans les années 90 un accident de moto où il a failli perdre la vie, ce qui l'a marqué profondément. C'est seulement ensuite qu'il s'est lancé dans cette explosion d'activités créatrices tous azimuths, depuis la réalisation de films la plupart très sombres jusqu'à ses multiples personnalités télévisuelles.

Quelqu'un de vraiment fascinant.

Ecrit par : Anna Galore | 12 mars 2010

Le ressenti d'hier en préparant cette note se confirme en lisant ton commentaire :-)

L'Autoportrait en haute de la note a été réalisé après son accident et me touche énormément.
L'accident aurait pu avoir un impact définitivement sombre sur l'état d'esprit de ce créatif et on n'aurait pu que le comprendre.
Au lieu de cela, il s'est lancé dans toutes sortes d'activités de création, et notamment dans une peinture très colorée et gentiment moqueuse.
Savoir tirer une nouvelle force des galères que la vie peut amener avec elle et rebondir, ce n'est pas donner à tout le monde.

Chapeau bas devant cet artiste à part !

Ecrit par : Miss You | 12 mars 2010

Ahhh Kitano ! Lui c'est une de mes idoles japonaises. C'est un boss. Il touche à tout, et fait tout ça très bien.

Chez moi j'ai que Zatoichi et Battle Royale I&II en DVD avec lui comme acteur. Je déconseille le second volume de Battle Royale c'est pas top. Parcontre le premier est culte et complètement déconseillé aux âmes sensibles qui risquent de tomber dans les pommes dès les dix premières minutes. C'est ultra-violent mais loin d'être sans intérêt. A noter que dans ce film Kitano s'appelle... Professeur Kitano :D

Sinon je conseille Hanna-Bi, Aniki, Furyo et plein d'autres dans sa filmo...
Il anime aussi une émission qu'on pourrait comparer à notre Interville sauf qu'il y a 200 participants chacun pour soi et que les épreuves sont plus... décalées xD Et il est le Boss de Fin, la dernière épreuve, comme dans un jeu vidéo dans une espèce de tank en alu xD

Ecrit par : Netsah | 12 mars 2010

Merci pour tous ces conseils Netsah :-) Tu connaissais ses toiles ?

Ecrit par : Miss You | 13 mars 2010

Hier, j'ai découvert Zatoichi avec délice : à la fois drôle et triste, d'une infinie poésie, des moments gag et des séquences poignants d'humanité et de détresse, des gentils et des méchants, des combats au sabre et au baton qui sont autant de chorégraphies, des claquettes sous la pluie et une musique omniprésente et entêtante : un régal !!

Ecrit par : Miss You | 29 mars 2010

Écrire un commentaire