07 avril 2010

La pub au service des grandes causes

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Les Arts Décoratifs possèdent un important fonds d’affiches et de films

réalisés pour des associations et des institutions françaises

qui ont recours à la publicité pour faire entendre leur voix.



L’exposition « La publicité au secours des grandes causes »

donne à voir, à travers plus de 150 affiches et autant de films,

comment cette communication s’est développée pour frapper les consciences :

des premières affiches réalisées par des graphistes engagés aux films

dont la réalisation est confiée à des cinéastes de renom,

en passant par les images réalistes issues du photo-journalisme.



L’exposition s’articule autour de six grands thèmes :

les droits de l’homme, l’humanitaire, l’écologie, la santé, l’exclusion et l’aide sociale, l’éducation et le civisme.




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Haut Comité d’étude et d’information sur l’alcoolisme, 1958
Affiche de Pierre Laurent Brenot © DR



Plusieurs de ces organisations non gouvernementales (ONG) naissent dans le sillage de Mai 1968, à l’image de Médecins du monde en 1971. À la fin des années 1970, les « French Doctors » créent une deuxième vague d’ONG. Ces médecins français qui, au moment de la guerre du Biafra (1968), s’étaient révoltés contre le silence des humanitaires liés par le secret, ont été témoins des pires horreurs.

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Action contre la faim, 2002
Photographie de Jonh Jones pour l’Agence verte © DR



À cette époque, faute de moyens suffisants – la totalité des fonds récoltés étant investis sur le terrain – mais aussi par conviction idéologique, la communication institutionnelle est pratiquement inexistante. Les associations utilisent avant tout les relations presse comme tribune pour sensibiliser le grand public et les prises de parole des fondateurs sont toujours très militantes.

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Comité d’éducation pour la santé sans tabagisme, 1976
Affiche de Milton Glaser © DR



Créées ou soutenues par des intellectuels engagés issus du mouvement de Mai 1968, ces associations partagent avec les graphistes, eux aussi très présents dans ce mouvement, les mêmes notions d’engagement, de combat et de militantisme. C’est donc naturellement que les affiches, alors seul média « publicitaire » à être utilisé, sont pour la plupart confiées à des graphistes, notamment le collectif Grapus et des personnalités comme Alain Le Quernec ou Roman Cieslewicz.

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Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), 1984
Affiche de Raymond Savignac © DR


À partir du milieu des années 1980 et au début des années 1990, de nombreuses associations se créent, étendent leurs actions et leur terrain d’intervention. Leur multiplication entraîne une concurrence qui les conduit à se professionnaliser, à penser en termes de stratégie et de communication institutionnelle (par le biais de l’affichage et de spots télévisés) et donc à se tourner vers les agences de publicité.

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Amnesty. Quelque part partout, 1978
Affiche d’Alain Le Quernec © DR



L’autre raison qui amène les associations à investir dans la communication institutionnelle est l’urgence de lever des fonds. C’est à cette époque que se fait la répartition des donateurs français entre les différentes associations. Le discours devient plus direct : aux illustrations des graphistes, les publicitaires préfèrent le réalisme parfois cru de la photographie de type journalistique, montrant la victime ou l’humanitaire afin de mettre le public face à une réalité difficile. L’idée est qu’un message choquant sera plus efficace car provoquant un sentiment de culpabilité.

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Association Emmaüs, 2006
Atelier Nous travaillons ensemble © DR



La campagne d’Action contre la faim « Leïla, 100 francs plus tard », en 1994, est sans doute celle qui a marqué ce nouveau type iconographique. Aujourd’hui, si l’utilisation de la photographie est toujours dominante, le photojournalisme a laissé la place à des photographies où le réalisme est mis en scène, comme dans la dernière campagne de la Fondation Abbé Pierre (2007). Ce constat vaut également pour les films publicitaires qui, dans les années 1980 et 1990, privilégient la mise en scène en prises de vue réelles ou animées.

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Action contre la faim, 1994
Agence DDB&Co © DR


Si, comme les entreprises marchandes, les associations utilisent la communication de marque afin d’inscrire leur nom dans l’esprit du grand public, la différence essentielle dans les campagnes dites institutionnelles est la nécessité de sensibiliser, de faire partager une indignation : pour une association de lutte contre le sida comme Aides, le but premier n’est pas la vente ou le profit, mais une prise de conscience collective.

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300 000 enfants soldats rêvent de n'être que des enfants
Amnesty International, 2007
Photographie Michael Lewis pour l’agence publicitaire TBWA © DR



François Bordas, professeur au CELSA, souligne le fait que « la ressemblance c’est la professionnalisation de la communication, et la différence c’est l’éthique. Une ONG doit se mettre des limites si elle ne veut pas tomber dans le racolage publicitaire ou dans une activité que l’on pourrait qualifier de commerciale ».

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Reporters sans frontières, 1990
Agence Alice Lowe & Partners © DR


L’autre différence porte sur les moyens financiers : la plupart des associations n’ayant pas les moyens nécessaires pour développer un plan médias, elles cherchent à obtenir auprès de ces derniers de l’espace gracieux. Pour lever des fonds, les associations utilisent essentiellement le marketing direct en sollicitant des sociétés spécialisées en fundraising qui opèrent via des mailings, l’organisation d’événements et toutes autres techniques de marketing (street marketing, mailing, marketing téléphonique, etc.).

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Civisme et Démocratie (CIDEM), 2001
Photographie de Sébastien Meunie pour l’agence BDDP&Fils © DR



C’est pourquoi le gouvernement, via le Premier ministre, délivre chaque année depuis 1997 le label « Grande cause nationale » à un problème social. Les organismes à but non lucratif concernés sont autorisés à diffuser sur les chaînes publiques télévisées et radiophoniques douze spots publicitaires destinés à faire naître une prise de conscience nationale sur le problème mis en évidence. Ce label permet donc sans frais aux organismes ou aux associations désignés de médiatiser un problème de société.

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Comité français d’éducation pour la santé (CFES), 1975-1980
Anonyme © DR



En 1997, la grande cause nationale était la protection de l’enfance, en 1998 la défense des droits de l’homme, en 1999 l’esprit civique, en 2000 la sécurité routière, en 2003 le handicap, en 2005 le sida, en 2007 la maladie d’Alzheimer, en 2009 les dons d’organes et en 2010 la violence faite aux femmes.

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2006
Agence Nous Travaillons Ensemble © DR



Ces dernières années, des agences comme Limite ou TBWACORPORATENON PROFIT se sont spécialisées en France dans la communication des grandes causes et ont également développé à l’égard des entreprises marchandes ce que l’on appelle le business éthique ou le goodvertising (la publicité vertueuse) en faisant de l’éthique un thème de marketing dans les pratiques d’entreprise.

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Sécurité routière, 2002
Photographie de Laurent Seroussi pour l’agence Louis Alice © DR



Le comportement des consommateurs ayant profondément changé – on cherche à être plus éthique, « éco-responsable » –, les marques doivent désormais prendre en compte ce nouveau phénomène sociétal, en s’appuyant sur ces deux piliers : le profit et l’éthique.

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Reporters sans frontières, 2003
Photographie de Laurent Seroussi pour l’agence Saatchi& Saatchi © DR



Dans un rapport récent sur ce sujet, l’ex-vice-président des États-Unis, Al Gore, dit : « Nous sommes à l’aube du plus grand changement qu’ait connu le modèle économique dans l’histoire de l’humanité et la publicité est en train de jouer le rôle le plus important de son histoire. La communication même du message publicitaire est une partie de la solution, en ce sens que [la publicité] peut mettre ses compétences les plus pointues pour délivrer les solutions. »

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2008

Photographie de Dimitri Daniloff pour l’agence Lowe Stratéus © DR



L’idée en effet est que la publicité, réussissant à merveille à faire vendre pratiquement tout et n’importe quoi, peut aisément faire « vendre » de vraies solutions pour le bonheur de l’humanité.




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Vidéos à regarder sur le site du Musée

• Une initiative sympa ? Carte blanche à Monsieur Poulet

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OPHLM Aubervilliers, 1981
Grapus © DR



Miss You

Commentaires

Certaines sont vraiment géniales. Je ne les connaissais pas toutes mais presque, ce qui montre bien à quel point elles peuvent s'inscrire dans les mémoires. L'évolution du vocabulaire graphique est frappante, comme toujours, entre les pubs qui datent d'il y a cinquante ans, à la limite de la naïveté gnan-gnan ("les belles plantes"...), et celles plus récentes.

Celle d'AICF est tout simplement magnifique.

Ecrit par : Anna Galore | 07 avril 2010

Heureusement que les publicitaires, à l'instar des avocats, peuvent défendre des causes justes dans le lot de mensonges dont on nous bombarde le cerveau à longueur de journée.

J'avais parlé de cette campagne de pub choc de la fondation Hulot il y a quelques temps, elle s'inscrit parfaitement dans ce cadre : http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2008/11/25/terrorisme-ordinaire.html Je pense qu'il y en a d'autres mais là, pas le temps et le tag publicité n'est pas complet, loin de là.

anti

Ecrit par : anti | 07 avril 2010

Merci d'avoir ajouté le tag publicité à cette note, je savais bien que j'en avais oublié (au moins) un :-)

Ecrit par : Miss You | 07 avril 2010

Toutes ces afffiches délivrent un message fort.

Géniale, l'idée de faire poser Karl Lagerfeld en gilet jaune, l'a t'il fait gratuitement ?

Ecrit par : ramses | 07 avril 2010

Il parait qu'en fait, il a posé sans le gilet jaune et que ce dernier a été ajouté par Photoshop. Mais ça ne change rien à l'humour de cette pub.

Ecrit par : Anna Galore | 07 avril 2010

Il est clair que la créativité peur servir de grandes causes. C'est vraiment un bel hommage que cette exposition.
Si vous voulez vous trouverez sur mon site un compte-rendu de la conférence qui a eu lieu à l'occasion de cette expo avec notamment les dirigeants de Médecins sans Frontières et Amnesty
[http://influence-ethique.fr/wp-admin/post.php?action=edit&post=227]
et vous y trouverez aussi plein d'exemples de campagnes pour des grandes causes y compris des campagnes qui utilisent l'humour ce qui n'est pas le plus courant ni le plus facile pour une grande cause.

Ecrit par : Aurélia | 07 avril 2010

"Il parait qu'en fait, il a posé sans le gilet jaune et que ce dernier a été ajouté par Photoshop"
Quel cabot ce Karl :-)
Pas grave, je l'aime bien quand même.

Plein de choses très sympas sur votre site Aurelia (la page "humour" est gorgée de pépites). Merci de votre passage ici.

Ecrit par : Miss You | 07 avril 2010

oups désolée je viens de voir que je m'étais trompée de lien donc pour le compte-rendu de la conférence c'est ici :
http://influence-ethique.fr/articles/227

merci d'être venue visiter mon site, en effet l'utilisation de l'humour par les grandes causes m'intéresse particulièrement j'écris un mémoire dessus d'ailleurs.

En tout cas cela fait plaisir de voir que le sujet de la pub et des grandes causes se retrouve aussi ailleurs que sur des blogs orientés "com".

De mon côté j'ai aussi découvert un blog très sympa! bonne continuation!

Ecrit par : Aurélia | 07 avril 2010

Merci Aurelia et bon courage pour la rédaction du mémoire ;-)

Ecrit par : Miss You | 08 avril 2010

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