12 avril 2010
Henry Moore à l’état brut
Retour, à la Tate Britain de Londres,
sur les années d'avant-garde du grand artiste britannique :
Henry Moore.

En 100 sculptures et 50 dessins,
tous les clichés sur le roi des jardins anglais disparaissent.
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sur les années d'avant-garde du grand artiste britannique :
Henry Moore.

En 100 sculptures et 50 dessins,
tous les clichés sur le roi des jardins anglais disparaissent.
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Seated Woman 1957
(Reproduced by permission of The Henry Moore Foundation)
Le talent se dilue-t-il dans le succès ?

La Tate Britain se garde de répondre à cette question portant ombrage au plus célèbre des sculpteurs britanniques, Henry Moore (1898-1986), que le public associe à une Reclining Figure en bronze, sensuellement allongée dans un jardin parfait (Fondation Louisiana, Copenhague).

Coupant court à toute idée de rétrospective qui engrangerait les dernières années hyperproductives d'un artiste quasi centenaire, la Tate Britain a dépoussiéré le mythe Henry Moore et rendu à ce révolutionnaire du Yorkshire son art brut, radical, forgé dans la pierre humble de son île, dans l'admiration des arts premiers et sous le choc des deux guerres mondiales.

Premier constat, sa popularité intacte malgré les critiques récurrentes sur le trop-plein de sa longue carrière. Le maître d'hier fait toujours école.
Il y a des nuées de professeurs et d'écoliers, carnets de dessin en mains, dès la première salle de cette exposition concentrée sur les années 1930 à 1960 (soit une centaine de sculptures et une cinquantaine de dessins).

Bien plus que pour les blasphèmes pétaradants de couleurs de Chris Offili, au rez-de-chaussée du même musée.
Bien plus que pour les vénérés Arshile Gorky ou Theo van Doesburg, à la Tate Modern, de l'autre côté de la Tamise.

L'Angleterre se reconnaît dans cet artiste au jardin, a priori paisible comme la campagne, et qui s'est imposé sur le marché de l'art international en Picasso insulaire (Stones in a Landscape, superbe feuille de 1936 qui résume le thème de la sculpture dans l'espace).

Les premières années de Henry Moore sont les plus surprenantes, tant elles sont loin de ces clichés, tout doux tout ronds.
On se croirait dans un temple aztèque ou à l'arrière d'une bétonneuse endiablée.
Ce fils de mineur, lecteur des apôtres du prolétariat anglais que sont D. H. Lawrence et Thomas Hardy, a beaucoup regardé les arts premiers.
Il a retranscrit leur beauté sauvage qui ignore tout sentimentalisme dans une série de masques de 1928-1929 en gneiss et autres modestes pierres métamorphiques, voire en béton gris qui a la même nuance sourde. Le marbre, trop noble, est alors banni.
Le jeune Henry Moore sculpte des femmes callipyges au corps trapu comme les Baigneuses de Dinard chez Picasso, croisement hybride de l'archéologie et de l'art moderne.
L'œil est excentré, le nez de biais comme dans un dessin de trois-quarts, les bras sont puissants, presque carrés. La fresque primitive n'est pas loin (Reclining Figure, 1929, en pierre brune de Hornton aux craquelures comme des veines ou des blessures).
Ses femmes toutes puissantes dans leur pose impudique et directe, ses ¬Mother and Child où l'enfant qui tète semble dévorer sa mère, renvoient à un monde souterrain, assez animal, où les pulsions de Dr Freud règnent en maître. La Grande Guerre et ses gueules cassées font le reste.

Reclining Figure, 1929, en pierre brune de Hornton.
(Reproduced by permission of The Henry Moore Foundation)
On regarde autrement, ensuite, la marche de ce sculpteur vers l'abstraction et la forme pure.
Elle éclate en majesté dans la dernière salle avec les six Reclining Figures sculptées dans l'âme des ormes anglais.
Jusqu'au 8 août à la Tate Britain, Londres.
Article signé Valérie Duponchelle pour le Figaro.fr
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Source des photos : Wiki,
sauf précision contraire.
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La Fondation Henry Moore
Miss You
11:15 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : sculpture










Commentaires
En fait, j'aime beaucoup... la photo de lui au début de l'article.
Par contre, ses œuvres, pas vraiment, à part peut-être la troisième à partir du haut (femme étendue en blanc).
Ecrit par : Anna Galore | 12 avril 2010
"En fait, j'aime beaucoup... la photo de lui "
Arf, mdrrrrrr .
J'aime beaucoup les deux dernières, qui me font un peu penser à certaines femmes de Botero, en beaucoup moins jovial.
Ecrit par : Miss You | 12 avril 2010
En fait, c'est ça qui me gêne : j'ai vu les mêmes styles de sculpture chez d'autres mais en mieux chez ces autres (j'aime beaucoup les personnages de Botero, par exemple).
Ecrit par : Anna Galore | 12 avril 2010
J'avoue mes lacunes... Je ne connaissais pas Henry Moore...
J'aime bien les formes arrondies des 3 avant-dernières.
Ecrit par : ramses | 12 avril 2010
bof...
J'ai jamais compris pourquoi mon prof d'archi aux beaux-arts l'idolâtrait? ptêt que c'est parce qu'il est infiniment plus facile à suivre (à copier...ouiouioui je l'ai dit) qu'un autre? Et qu'il n'y a rien comprendre en plus? (ok je sors et j'attends que quelqu'un de compétent m'explique)
Ecrit par : sapotille | 12 avril 2010
Allez, j'arrête mon char. J'aime vraiment Moore, c'est un de mes sculpteurs préférés. Mais je ne sais pas pourquoi et j'assume totalement ce que j'ai écrit plus haut. Excepté le bof.
;-)
Ecrit par : sapotille | 12 avril 2010
Sapotille,
"j'attends que quelqu'un de compétent m'explique..."
En fait, dans la famille Moore, je connais seulement celui qui a fait la Loi, Demi (bien roulée également) et Michael le trublion... Mais c'est la branche US... Henry, ça doit être le "sérieux" de la famille...
Ecrit par : ramses | 13 avril 2010
Mdrrrr Ramsès :-)
"Henry, ça doit être le "sérieux" de la famille..."
A moins qu'il ne soit l'Anglais de la bande, décalé ;-)
Ecrit par : Miss You | 13 avril 2010
Merci Ram', merci Miss... C'est donc du côté psychogénéalogico qu'il faudrait se tourner pour comprendre.. okokok..
Ecrit par : sapotille | 13 avril 2010
Excellent article ; je cherchais des "compléments" à l'exposition que je viens de voir à paris au Musée Rodin. J'avais déjà vu des "Reclining Figure" (celle de la Fondation Gianada de Martigny est très belle)... et j'avais adoré tout de suite...
Je rapproche aussi la sculpture de Henry Moore de celle de Marino Marini... Qu'en pensez-vous ?
Ecrit par : Derbékian | 07 novembre 2010
A propos de l'expo au musée Rodin http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2010/11/06/henry-moore-l-atelier.html
C'est vrai qu'il y a certaines proximités entre le travail de Moore et celui de Marini http://fr.wikipedia.org/wiki/Marino_Marini
et notamment dans les silhouettes que ce dernier a peintes http://www.google.fr/images?hl=fr&expIds=17259,26637,27285,27404&xhr=t&q=marino+marini&cp=13&wrapid=tljp128915603208000&um=1&ie=UTF-8&source=univ&ei=1_XWTOmjDs_2sgaxmO3dCA&sa=X&oi=image_result_group&ct=title&resnum=2&sqi=2&ved=0CDMQsAQwAQ
Une nouvelle idée de note !
Ecrit par : Miss You | 07 novembre 2010
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