21 avril 2010

Les "bifurcations" d’André Brink

Voici une autobiographie (j’en lis assez peu) que je vais lire cet été.

D’abord pour son auteur, André Brink, à qui je dois mon premier coup de cœur pour l’Afrique du Sud, en découvrant, adolescente, « Une saison blanche et sèche ».

Ensuite pour le pays qu’il aime tellement fort et qu’il sait faire aimer malgré tout.

Enfin, pour toutes les rencontres qu’il a pu faire, et les combats que cet Afrikaner a menés pour contribuer à ce que son pays devienne la nation arc-en-ciel.


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"Post-scriptum, avril 2009 : depuis peu, les événements en Afrique du Sud se succèdent à une vitesse faramineuse et chacun affecte les relations entre les communautés blanche et noire."

Un an plus tard, les lignes qui referment les mémoires d'André Brink, descendant de colons boers arrivés en Afrique il y a des siècles, collent douloureusement à l'actualité violente de son pays natal : "Les vieux clivages entre Noirs et Blancs sont encore au coeur du problème."




Une semaine après l'assassinat du leader suprématiste blanc Terre'Blanche , et à quelques mois de la Coupe du monde de football, l'écrivain afrikaner, sans le perdre tout à fait, est revenu du grand espoir si bien traduit par le film Invictus.

"Ces dernières années, on pourrait même parler d'une résurgence du racisme. La tragédie est qu'elle est encouragée non seulement par l'attitude butée de Blancs d'extrême droite, mais aussi par les actions et l'attitude de certains dans le camp même de l'ANC ", écrit Brink, qui poursuit : "L'ANC est devenu l'ennemi du peuple" ; "Les hooligans ont pris le pouvoir".

Et il est plus radical encore à l'égard du président Jacob Zuma...




Les mémoires de l'auteur de "L'amour et l'oubli" sont une lecture irremplaçable pour pénétrer la complexe, douloureuse et passionnante histoire contemporaine de son pays, en suivant ce qu'il nomme ses "bifurcations".

C'est à Paris en 1960, où ce fou de Camus découvre qu'il peut partager un repas avec des étudiants noirs, que le regard qu'il porte sur son pays se transforme radicalement.

À partir de 1968, où il se trouve de nouveau en France en pleine révolution de mai, il va s'engager, dans son pays, contre l'apartheid.

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"Retour au jardin du Luxembourg"
(Préface de Nelson Mandela)



L'itinéraire d'une conscience a souvent été abordé dans son oeuvre romanesque, mais ici cette conscience s'incarne à la première personne avec une sincérité crue : Brink ne cache rien de son enfance blanche, bourgeoise, où le Noir n'existe pas, où la violence imprègne déjà les relations entre les êtres, ne cache rien, non plus, de son soutien aux débuts de l'apartheid, en conformité avec son milieu afrikaner.

Comment ce chemin l'a mené vers le militantisme anti-apartheid que l'on sait, quelles en furent les rencontres fondamentales (sa grande amitié avec Breyten Breytenbach, peintre et poète emprisonné), tout vient dans le désordre des souvenirs, sous la forme de confidences, de récit de voyages, d'un moment romanesque, d'un extrait de journal...




Brink y dévoile aussi la genèse de ses romans, y compris ceux qu'il n'a pas publiés, la censure (il faut lire comment, envers et contre tout, "Une saison blanche et sèche" est sorti de l'imprimerie !), mais encore l'exil de compatriotes.

L'auteur vit toujours en Afrique du Sud, où il est né en 1935, et semble avoir cédé non pas tant à ses éditeurs qu'à sa quatrième et jeune épouse, Karina, pour mettre au jour une vie qu'il raconte ici entre intime et collectif.




C'est que Brink est un homme à femmes, ou plutôt s'est beaucoup transformé par elles. Elles l'inspirent toujours, comme le prouvent admirablement quelques-unes des plus belles pages de son livre : sur la poétesse Ingrid Jonker, qui a failli le "rendre fou".

Ou sur "H", rencontrée en 1966, et qui a beaucoup joué sur sa conscience politique.

S'il est impossible de résumer plus de 500 pages de mémoires, on peut en revanche vivement recommander la lecture d'un livre qui réussit à donner la "texture" d'une vie vouée à la littérature et à son pays.









Miss You

Commentaires

Quel chemin... Ce genre de personnalité et d'engagement impressionne et fait du bien au Monde.

Ecrit par : Anna Galore | 21 avril 2010

Vivement l'été, j'avoue avoir hâte de me plonger dans ses bifurcations.

Et, si j'y arrive (la liste des "à lire" est toujours plus longue que le temps pour le faire), je suis bien tentée ensuite par "Les imaginations du sable", d'abord parce que je trouve le titre très beau et que le résumé lu ici ( http://livres.fluctuat.net/andre-brink/livres/les-imaginations-du-sable/ ) me conforte dans cette sensation.

"Horrifiée par l'apartheid, déçue par les prétendus "libéraux", Kristien Muller a quitté très jeune l'Afrique du Sud avec la ferme intention de ne plus jamais y revenir. Onze ans après, à la veille des élections, un coup de téléphone l'y ramène : Ouma, sa grand-mère adorée et centenaire va mourir. Grièvement blessée au cours d'un attentat criminel qui a détruit son invraisemblable demeure - un palais baroque édifié grâce aux plumes d'autruche - la vieille dame refuse de rendre le dernier soupir avant d'avoir transmis à sa petite-fille le moins conventionnel mais le plus précieux des héritages : celui de l'histoire d'une nation à travers ses femmes.
Neuf générations de prodigieuses rebelles qui, par la voix de l'invincible mourante tissent les Milles et Une Nuits de labeur d'une Afrique qui n'en finit pas d'accoucher. Des femmes dont les aventures souvent burlesques défient l'imagination. Lottie disparue à la recherche de son ombre, Samuel à la chevelure assassiné, Petronella, la prophétesse encyclopédique, Rachel la folle et bien d'autres, mais surtout la fameuse, l'étrange, l'indomptable Ouma qu'une escapade à Paris avec le séduisant petit-fils d'un colporteur juif n'a pas empêchée de revenir faire huit enfants, - de pères plus ou moins inconnus - parmi lesquels la mère de Kristien et d'Anna, le dernier maillon d'une chaîne fascinante et tragique.
Car la cruauté, l'horreur et la mort abondent autant que le talent et l'humour dans ce roman, hymne magnifique à l'Afrique, mère de toutes les femmes. Avec au bout, un jour de printemps, un miracle, un indicible espoir"

Ecrit par : Miss You | 21 avril 2010

Des mémoires qui me tentent bien moi aussi...
Merci Miss pour ce beau billet... glissé entre plein d'anniversaires... c'est la fête dans le sud !! :-))

Ecrit par : macile | 21 avril 2010

Coucou macile ;-) Je viens de chez toi et j'y ai trouvé un joli écho avec la nation arc-en-ciel !

La fête ? Oui, croquer dans la vie à pleines dents et lui sourire chaque fois dans toutes les couleurs :-)

Ecrit par : Miss You | 22 avril 2010

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