31 mai 2010
Les serres du Jardin des plantes renaissent
Une très belle nouvelle lue dans Le Monde, et que j’ai envie de saluer avec une première photo sublime, cueillie sur le blog d’Adele-Céline, où l'on peut retrouver avec bonheur toute l’histoire de ce Jardin.
Figuier étrangleur, Ficus religiosa - ce ficus sous lequel Bouddha aurait atteint l'éveil -, Ficus mucuso, aux contreforts rappelant ceux du fromager cambodgien, bananiers envahissants, liane solide comme une corde d'amarrage, caoutchouc, plante carnivore, caféier, sabal (palmier géant) : cette jungle n'est pas celle du centre de Java, elle s'épanouit à Paris, sous la grande serre du vénérable Jardin des plantes (créé en 1626), qui rouvre ses portes, mardi 2 juin, après six ans de fermeture pour restauration.
L'occasion de réinventer une muséographie qui sensibilise le visiteur à la sauvegarde de la planète. Les jardiniers et botanistes s'affairent à pomponner cette végétation luxuriante qui a passé plusieurs hivers rigoureux, livrés au vent et au gel, la totalité de la verrière ayant dû être remplacée.
Arrosage, bassinage, brumisation, dépoussiérage... rien n'est omis pour redonner leur lustre à ces plantes vaillantes qui, bien enracinées en pleine terre, ont bravé les intempéries et les travaux.
Les quatre serres de l'ancien jardin royal ont été restaurées, le vitrage entièrement démonté, pour 8 millions d'euros, financés par l'Etat, avec l'apport de 750 000 euros de mécénat.
La restauration "de fond en comble" ne pouvait plus attendre, précise Eric Joly, le directeur du Jardin des plantes, qui a conduit le projet.
Le vaste pavillon Art déco, jamais rénové, devenait dangereux : "Des désordres dans sa structure provoquaient le détachement de fragments métalliques et l'éclatement des vitres. Je l'avais même interdit au personnel", précise le responsable.
La longue galerie attenante, de la même époque, dans laquelle la collection des plantes désertiques est en cours d'installation, a subi le même sort.
Quant aux deux serres jumelles rénovées en 1980, elles ont été nettoyées et, comme les trois autres, mises aux normes techniques de sécurité et d'accès aux personnes à mobilité réduite.
Cette longue campagne de travaux a été l'occasion de repenser totalement le contenu des serres.
Le pavillon Art déco reste voué aux tropiques comme le jardin d'hiver de Jules André - détruit en 1930, et à l'emplacement duquel il a été bâti. Il reste réservé à cette forêt imaginaire où le Douanier Rousseau venait puiser son imagination : la carte d'artiste du peintre témoigne de son assiduité.
Venues de tous les continents, les plantes se livrent ici une vraie concurrence d'accès à la lumière, comme ces épiphytes qui poussent sur la canopée de grands sujets, sans être pour autant des parasites. "Il existe un monde inconnu à 30-50 mètres de haut, qui abrite des insectes et même des batraciens, des milieux naturels que l'on connaissait très mal", indique Eric Joly.
D'autres spécimens se contentent d'une faible luminosité en produisant des pigments rouges sur leurs feuilles, comme cette broméliacée flamboyante de la famille de l'ananas accrochée à un tronc à un mètre du sol.
En enrichissant la jungle originale du Jardin des plantes par des sujets venant de tous les continents, Denis Larpin, botaniste, spécialiste des milieux tropicaux, a choisi de montrer ce qu'il appelle les "plantes ressources" : comme l'acajou, le bananier, le caféier, le cacaoyer, la vanille ou la pervenche de Madagascar, une plante médicinale utilisée dans le traitement de certaines formes de cancer.
Dans la serre consacrée aux déserts, dont tous les sujets viennent des collections très riches du Museum national d'histoire naturelle, la maison mère, on découvre la capacité des plantes à résister au soleil et à la sécheresse, jusqu'à parfois disparaître sous le sable pendant plusieurs années, pour ré-émerger à la première averse.
Certaines développent des épines, des poils laineux. D'autres, comme les agaves, se rétractent en forme de rosette pour piéger l'humidité, ou développent, à la base du tronc, une sorte de gourde : c'est le cas du nolina du Texas et de l'arbre bouteille, le baobab.
Le cactus, lui, est gorgé d'eau : on le voit ici sous les formes de cierge, de raquette, ou en "coussin de belle-mère".
Le plus rare est dans la serre de Nouvelle-Calédonie, en cours d'installation. Certaines plantes endémiques arrivées dans les années 1980 sous forme de graines, comme le "désespoir du singe", font partie des collections. Les autres, venues de l'île du Pacifique, jamais montrées en France, ont été les plus difficiles à faire voyager.
Fougère"Les négociations avec le service de protection des végétaux, à Roissy, département des douanes, ont été complexes : en Europe, il est interdit d'importer de la terre non traitée contre les nématodes", indique Eric Joly.
Or il est impossible de transplanter de grands sujets sans leur substrat d'origine. Il a fallu plus d'un mois pour débrouiller l'affaire et trouver un compromis.
Le plus surprenant est la serre de l'histoire des plantes, aménagée par Dario de Franceschi.
Le botaniste paléontologue a mis en scène les plantes d'aujourd'hui, familières de nos sous-bois et prairies, comme les mousses, les fougères, les prêles, représentantes actuelles des premiers groupes de végétaux, apparus il y a 420 millions d'années.
FougèreGuidé par une liane métallique qui donne de précieuses informations, sonores et sur écran numérique, on découvre l'arbre généalogique de l'apparition des plantes terrestres à la surface du globe, leurs systèmes de reproduction (à spores, graines ou ovules), comme leurs secrets les plus précieux : ceux, par exemple, du ginkgo biloba, rescapé de la fin du carbonifère permien, il y a 290 millions d'années - "une usine chimique formidable", précise Dario de Franceschi.
"Passer de l'émerveillement à l'engagement",
tel est le but d'Eric Joly,
qui veut,
à l'ombre de ces serres,
sensibiliser le visiteur au sort de la planète.
Article signé Florence Evin
tel est le but d'Eric Joly,
qui veut,
à l'ombre de ces serres,
sensibiliser le visiteur au sort de la planète.
Article signé Florence Evin
Miss You
11:15 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs, Nature | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : jardins extraordinaires, architecture industrielle, arbres


















Commentaires
J'adore ce genre de promenade dans les sentiers des jardins, les serres, les galeries, les pavillons... découvrir de nouvelles plantes et Miss You est douée pour nous guider chaque fois.
Ecrit par : Kathy Dauthuille | 31 mai 2010
En voilà une bonne nouvelle !
J'ai toujours adoré les serres du jardin des Plantes. A l'époque où j'animais un cours de carnet de voyages à Paris, j'étais copine avec le gardien et il me permettait de venir y dessiner avec mes élèves quand c'était fermé au public. Ce sont de merveilleux souvenirs...
Et je trouve qu'elles méritaient bien ce lifting, ces serres sont vraiment des chefs d'œuvre d'architecture métallique !
Ecrit par : Adele Riner | 01 juin 2010
Merci Kathy.
Entièrement d'accord Adele ! Je trouve même incroyable que le pavillon Art Déco n'ait pas été entretenu jusque-là : il est tellement représentatif de ce Jardin.
J'imagine l'ambiance particulière à être dans ces lieux, fermés au public, quel cadeau !
Ecrit par : Miss You | 01 juin 2010
Écrire un commentaire