14 juin 2010

Takashi Murakami à Versailles

J’aime quand deux mondes se rencontrent et encore plus quand ces rendez-vous sont improbables : deux époques, deux arts, deux espaces, deux univers…

Après Jeff Koons et Xavier Veilhan, c’est à nouveau le cas lorsque Takashi Murakami expose à Versailles.

Je vous propose une interview accordée au Figaro par cet artiste japonais, auteur et réalisateur de manga, peintre, sculpteur, … en l’illustrant avec quelques unes de ses réalisations cueillies sur le net.


murakami.png




Takashi Murakami : « Mon Versailles, version manga »

Coqueluche des collectionneurs,
l'artiste japonais succédera à Jeff Koons et à Xavier Veilhan
en septembre chez le Roi-Soleil.





Assis au soleil sur les marches du parvis royal, face au Grand Canal, Takashi Murakami est inhabituellement détendu et accessible. En septembre, ses sculptures investiront pour trois mois le château de Versailles.

takashi1.jpg


À la tête d'un petit empire entre Tokyo et Long Island, il assume, à 47 ans, la valeur marchande de son art. Concentré, perfectionniste, exigeant, il dirige dans un bourdonnement de ruche ses équipes d'assistants, de peintres, d'artisans et de petites mains.

Rencontre avec un homme pressé, entre jet lag, discours officiels au château et dîners privés.

takashijellyfisheyesbla.jpg
Jellyfish eyes



LE FIGARO. Quelle importance a Versailles pour vous ?
Takashi MURAKAMI. Je suis très honoré de pouvoir exposer au château de Versailles. Surtout lorsque je réalise son contexte historique. La France a mis toute son énergie pour avoir le plus beau château et les plus beaux intérieurs du monde. Pour les Japonais, Versailles est un lieu particulièrement médiatisé.

La Rose de Versailles est un manga de filles dont l'héroïne s'appelle Lady Oscar. Il est passé longtemps à la télévision, un vrai phénomène culturel. Tout le monde au Japon connaît Versailles à travers ce manga.

takashirose.jpg
La Rose de Versailles



Votre souvenir de touriste ?
Justement, la superposition de ce que j'avais imaginé en lisant ce manga et la réalité. J'ai été impressionné par la grandeur démesurée de Versailles, mais aussi par son histoire faite d'audace et de bravoure, par le fait que le peuple s'est opposé à cette toute-puissance royale et qu'il a gagné. C'est quelque chose d'inimaginable dans la culture japonaise.

takashi3.jpg



Votre travail pourrait-il être montré dans un palais impérial au Japon ?
Absolument impossible.

takashi4.jpg


Est-ce intimidant ou excitant d'exposer chez le roi ?
J'ai un peu peur de la réaction du public devant la confrontation de mes œuvres à ce contexte historique, codé et connu à l'extrême.

murakamiversailles.jpg


Je ne sais pas si elle sera bonne ou mauvaise. Chaque salle royale a une histoire. Mais chacune de mes œuvres, aussi, a une histoire.

takashi5.jpg


Je pense que je ne serai pas aussi critiqué que Jeff Koons et son Balloon Dog, le choc visuel qui a fait le tour du monde, car je ne suis pas le premier.

Après Jeff Koons et Xavier Veilhan, je ne suis pas si nouveau que ça pour le public !

Ceux qui viennent à Versailles rêvent de s'immiscer dans un univers total fantastique. J'aimerais participer à ce rêve, le pousser à l'extrême.


takashi6.jpg



Pensez-vous ces deux univers artistiques compatibles ?
Jeff Koons s'était directement inspiré du portrait du roi, de la hiérarchie de la société d'Ancien Régime. De ce fait, cela collait extrêmement bien.

takashi7.jpg


Mes sources puisent dans le manga, d'autres concepts personnels que j'ai développés dans mon travail depuis des années.

Les symboles de la cour y sont, mais les correspondances pourront paraître décalées, superficielles. Il n'y aura pas un rapport direct avec le roi et son monde comme chez Jeff Koons.

takashi8.jpg


Je vais exposer plus d'œuvres, mais je ne vais pas occuper tous les appartements royaux
.


Y a-t-il un Murakami interdit à Versailles ? Par exemple, pourra-t-on voir un de vos My Lonesome Cowboy, comme celui qu'a exposé François Pinault à la Pointe de la douane, à Venise ?
Ce qui m'a choqué n'est pas de ne pas exposer cette sculpture. Mais de renoncer à accrocher mes peintures pour des raisons de conservation du patrimoine. Je suis d'abord peintre et j'ai dû me résoudre à montrer surtout de la sculpture.

missko.jpg


Bienséante ?
Pas de My Lonesome Cowboy, non. De toute façon, cette sculpture a été déjà beaucoup vue. Sur la vingtaine de ¬pièces exposées, six ou sept seront nouvelles.

D'autres, plus anciennes, seront retravaillées dans des versions différentes, comme Oval Buddha, une sculpture haute de 6 mètres
.

takashiovalbuddha.jpg
Oval Buddha



Vous êtes-vous redécouvert à Versailles ?
Cela a été l'occasion de relire l'histoire de France, de réviser. J'ai été impressionné par la force des Français qui ont fait cette révolution. C'est un pays très passionnel où la politique est une valeur forte et collective, point de vue assez éloigné du Japon, si complexe.

takashi9.jpg



J'admire la faculté de la France à vouloir toujours se renouveler. Et à le faire. À partir de rien, elle a bâti le château de Versailles. Républicaine, elle a transformé ce lieu. Contemporaine, elle y met de l'art contemporain. Quel courage !




Takashi Murakami
au château de Versailles
du 12 septembre au 12 décembre 2010
.


Interview signée Valérie Duponchelle



Miss You

Commentaires

Très joyeux, plein d'énergie, des couleurs à foison et le style manga dans ce qu'il a de plus ludique. J'aime beaucoup.

Ce que dit Murakami de Versailles et de son histoire est super intéressant.

Ecrit par : Anna Galore | 14 juin 2010

Voilà une exposition qui devrait ravir notre Netsah blogannational. D'ailleurs, en parlant Manga, il se tenait le festival Japanîmes la semaine dernière : http://www.festival-japanimes.fr/

anti

Ecrit par : anti | 14 juin 2010

.. comme je me posais la question d'un éventuel lien entre Takashi et Haruki.... j'ai découvert cet article .. héhéhé...

http://bibliobs.nouvelobs.com/blog/impressionsdasie/un-murakami-peut-en-cacher-un-autre

Ecrit par : sapotille | 14 juin 2010

Ton lien semble ne pas marcher... alors la réponse pour ceux que cela intéresse : les deux sont frères. J'ai lu plusieurs livres de Haruki, dont "Les amants du spoutnik" et le sublime "Kafka sur le rivage", un chef d'œuvre.

Par contre, ils n'ont aucun lien de parenté avec Ryu, auteur également, dont j'ai adoré "Raffles Hotel" et beaucoup aimé "Kyoko".

Ecrit par : Anna Galore | 14 juin 2010

ah bon? il ne marche pas? ici il fonctionne parfaitement; atta je réessaye..

Ecrit par : sapotille | 14 juin 2010

J'ai entendu parler de Japanîmes trop tard cette année, ce sera pour la prochaine fois ;-)

Super lien, aligato mucho Sapo :-) Haruki, j'en avais parlé ici http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2008/07/09/la-course-au-mouton-sauvage.html

Ecrit par : Miss You | 14 juin 2010

Un Murakami peut en cacher un autre
Par Marjorie Alessandrini
Murakami est-il le Dupont du Nippon? Ce patronyme, extrêmement répandu, est partagé par deux romanciers mondialement connus: Ryu, qui s’est fait connaître en particulier par “les Bébés de la consigne automatique” -sans doute son chef-d’œuvre; et Haruki, créateur d’un univers singulier, exprimé dans toute sa plénitude dans “Kafka sur le rivage”. Un lecteur m’écrit pour faire partager sa passion pour cet auteur, s’enthousiasme pour “Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil”. Et me fait penser qu’un Murakami peut en cacher un autre. Et même plusieurs.

Le nom de Murakami est également celui de Takashi, tête de file d’un nouveau courant de l’art contemporain made in Japan, une sorte de néo-pop art qui remixe la catastrophe nucléaire et le monogramme Louis Vuitton, les estampes japonaises et les mangas, dans un incroyable tourbillon, faisant apparaître, derrière la joliesse mièvre de fleurs ricanantes, un monde sinistre et menaçant. De Paris, où il a fait sensation il y a plusieurs saisons à la Fondation Cartier, au MOCA (Museum of Contemporary Art) de Los Angeles, où il crée actuellement l’évènement -et la polémique- en plaçant au cœur de son exposition une mini-boutique Vuitton, il s’impose dans une veine qui court de Salvador Dali/Avida Dollars à Andy Warhol – Andy The Divine qui prophétisait qu’un jour les grands magasins seraient des musées et les musées des grands magasins. Et fédère tout un groupe de jeunes créateurs du Tokyo Pop.



MOCA Los Angeles
Takashi Murakami fait visiter son exposition sur le site du MOCA Né en 1962, Takashi Murakami a sans doute été influencé par les œuvres des deux Murakami romanciers qui, eux, font partie de cette génération de l’après-guerre marquée par la violence nucléaire. Tous deux enfants d’Hiroshima, tous deux couverts de prix littéraires, ils reflètent, chacun à sa manière, l’histoire du Japon contemporain, un pays entre deux mondes, entre deux cultures, éternellement sous la menace d’un séisme – source d’inspiration pour l’un et l’autre. Les tremblements de terre, le choc de l’attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo par la secte Aum Shinrikyo, le terrorisme… sont inscrits dans leur univers romanesque. Tous deux ont voyagé, notamment en Europe et à New York; Haruki a enseigné la littérature japonaise à l’université de Princeton, Ryu a fait de la “Big Apple” le théâtre de plusieurs de ses romans. Tous deux sont passionnés de jazz, une musique qui court, lancinante, dans presque tous leurs livres: Haruki a été quelque temps directeur d’un bar jazz, “Peter Cat”, qu’il avait lui-même créé à Tokyo; Ryu a réalisé des interviews télévisées de jazzmen et témoigné sa fascination du jazz afro-cubain par plusieurs séjours à Cuba. Mais sur le même territoire, tous deux ont construit des œuvres extrêmement différentes.

Né en 1949 à Kyoto, Haruki Murakami a publié son premier roman, “Ecoute la voix du vent” en 1979. Son registre: une subtile mélancolie; et une façon très particulière de faire surgir de la normalité et du quotidien quelque chose d’étrange, de surréel. Surtout, il est passé maître dans l’art de suggérer une forme de communication entre les êtres, au-delà des mots et des gestes, dans des récits dont la composition peut être extrêmement sophistiquée. Une portée humaine et une recherche formelle qui lui ont valu d’être présenté, au Japon, comme “nobélisable”: les critiques de la presse nippone n’ont pas caché leur déception lorsque le Nobel a été attribué à Doris Lessing! De Haruki Murakami, la réédition de “L’éléphant s’évapore” est attendue en février 2008 chez Belfond. Le même éditeur annonce pour la fin de l’année prochaine la traduction (par Hélène Morita) d’un recueil de nouvelles paru en anglais sous le titre “Blind Willow Sleeping Woman”.

Né en 1952 près de Nagasaki, Ryu (Ryunosuke) Murakami s’est fait connaître en 1976 par un premier roman, “Bleu presque transparent”, alors qu’il était encore étudiant. Batteur dans un groupe de rock, animateur d’un talk show télévisé, marié à une vedette du show biz, c’est un personnage public qui affiche un look de yakuza et des attitudes de mauvais garçon. Romancier et cinéaste, il a lui-même adapté certains de ses romans au cinéma, et romancé certains de ses films. Peintre de la “Tokyo decadence”, il a su mieux que personne traduire le malaise de la jeunesse japonaise, notamment dans la trilogie “Ecstasy”, “Melancholia” et “Thanatos”, qu’il définit comme des “monologues sur le plaisir, la lassitude et la mort”. Son dernier roman, “Love and Pop”, est attendu pour mai 2008 en édition française. Si ses dernières publications explorent le monde des jeunes garçons enfermés dans le monde virtuel des jeux vidéo et internet, il faut relire “les Bébés de la consigne automatique”: ces deux enfants abandonnés dans des casiers mécaniques, sauvés par le miracle d’une volonté. Après une plongée dans les bas-fonds où se réfugient les marginaux,les pauvres, les drogués, l’un fascine les foules par sa voix étrange et atteint le statut de star, l’autre cherche le datura, le poison qui anéantira la capitale. Un récit presque prophétique (publié en 1980) et la métaphore de toute une génération.

Tel est l’univers dont a hérité Takashi « Tokyo Pop » Murakami. Et qui n’est, il faut le dire, pas très gai. Mais il y a la lumière intérieure, rayonnante, des personnages de Haruki. Le réalisme social et l’ironie amère de Ryu. Et chez tous deux la certitude qu’un instant de beauté pure peut racheter des abîmes de noirceur.
M. A.

Le catalogue de l’exposition au MOCA de Los Angeles, “©Murakami”, est un très beau livre co-édité par Rizzoli (New York). Disponible dans les librairies anglaises et à Paris chez Artcurial.


Les livres de Ryu Murakami sont publiés aux Editions Philippe Picquier. Ceux de Haruki Murakami sont publiés aux Editions Pierre Belfond.

Ecrit par : sapotille | 14 juin 2010

J'avais essayé de lire “Les bébés de la consigne automatique” (que je dois toujours avoir quelque part à la maison) mais je l'ai trouvé beaucoup trop sombre à mon goût...

"Raffles hotel" est un livre où chaque scène est racontée deux fois, chacune du point de vue d'un protagoniste différent participant à la scène. Absolument délicieux à lire, chaque personnage ayant, bien entendu, une perception très différente de la même scène. J'ai repris ce procédé dans le premier chapitre de "La femme primordiale", la scène à l'Intermarché entre un client et sa caissière (qui se trouvent être Charlie et Safiya).

"Kyoko" est l'histoire fascinante d'une jeune Japonaise, Kyoko, qui part à travers les USA à la recherche d'un souvenir qui la hante depuis l'enfance. L'originalité tient aux contraintes que s'est imposé l'auteur : un roman qui n'utilise ni violence, ni sexe, ni drogue. Il passe souvent très près de l'un ou l'autre mais l'évite à chaque fois.

Ecrit par : Anna Galore | 14 juin 2010

Finalement, ce qui reunit les trois est peut-être en effet ce que tu soulignes ..un certain art de l'évitement...
je ne savias pas que Takashi et Haruki étaient frères?
Haruki est un de mes auteurs favoris ( ce qu'en dit la journaliste me parait vraiment juste) et je lui vois une parenté avec Modiano!!!
;-)

Ecrit par : sapotille | 14 juin 2010

"un certain art de l'évitement..."

Intéressant... C'est, en effet, un point commun à pas mal de romans japonais que j'ai eu le plaisir de lire, comme ceux de Hitonari Tsuji - magnifique auteur également.

Ecrit par : Anna Galore | 14 juin 2010

"Ton lien semble ne pas marcher... "

C'est bizarre en effet... Il indique une erreur 502 et puis, après l'avoir retrouvé sur Google, quand on re-clique sur le lien que tu as mis Sapotille, ça marche... Très intéressant tout ça.

J'ai acheté "Kafka sur le rivage" il y a 3 ans, pas encore lu... Du plaisir en perspective. Un autre auteur japonais très sympa est Kyoichi Katayama, auteur notamment d'"Un cri d'amour au centre du monde", une pure merveille...

http://laboitealectures.canalblog.com/archives/2009/01/22/12185501.html

anti

Ecrit par : anti | 14 juin 2010

ahah... merci !

Ecrit par : sapotille | 14 juin 2010

"Haruki est un de mes auteurs favoris ( ce qu'en dit la journaliste me parait vraiment juste) et je lui vois une parenté avec Modiano!!! "

Voilà une raison supplémentaire de découvrir cet auteur, ce que je me promets de faire depuis longtemps... L'été s'en vient, les occasions de lire vont se multiplier :-)

"J'ai acheté "Kafka sur le rivage" il y a 3 ans, pas encore lu... " C'est un petit bijou, tu vas te régaler.

Ecrit par : Miss You | 14 juin 2010

J'ai vu il y a quelques années une expo de Murakami à Lyon au Musée d'art contemporain...c'est le Big Bang mental!!
Epoustouflant,super perfectionniste!et en me promenant à Venise au Palazzo Grassi ,il y a aussi une oeuvre monumentale de cet artiste.
A Versailles,ce sera explosif!

Ecrit par : syluanis | 14 juin 2010

Merci Syluanis de ton passage ici.
Le Palazzo Grassi me tente énormément. J'espère le voir un jour !

Ecrit par : Miss You | 15 juin 2010

Ce matin, sur "Bonjour"
Netsah disait "Dommage ça me fait un peu cher la visite de Versaille en partant de Toulouse mais j'adore :

http://www.youtube.com/watch?v=f7wxvfHTsng "

Alors pour lui, pour tous ceux ici qui aiment ce créateur japonais aussi génial que déjanté, voici quelques pistes :

- 10 choses à savoir sur l'inévitable Murakami http://www.lexpress.fr/culture/art/10-choses-a-savoir-sur-l-inevitable-takashi-murakami_919053.html
- une visite de l'expo http://www.lexpress.fr/culture/art/c-est-comment-murakami-a-versailles_919385.html
- une rencontre avec l'artiste http://www.lepoint.fr/culture/murakami-le-roi-de-la-planete-manga-investit-versailles-09-09-2010-1234638_3.php
- un (parmi d'autres) diaporama http://www.lexpress.fr/styles/diapo-photo/styles/design/murakami-a-versailles-cet-automne-2010_788351.html?p=0

Si certains d'entre vous ont la chance d'aller le voir à Versailles, n'hésitez pas à venir nous le raconter ;-)

Ecrit par : Miss You | 14 septembre 2010

J'irai, sûr! suis impatiente, d'ailleurs ;-)

Ecrit par : sapotille | 14 septembre 2010

On compte sur toi pour partager avec nous tes impressions !!

Ecrit par : Miss You | 14 septembre 2010

Oui mais par contre j'ai perdu mon chargeur de batteries d'appareil photo.. et j'en retrouve pas même à la fnac..grr..

Ecrit par : sapotille | 14 septembre 2010

Et sur internet, tu as essayé ?

Anna, une terre nette

Ecrit par : Anna Galore | 14 septembre 2010

Écrire un commentaire