19 juillet 2010

« Le gout des pépins de pomme » de Katharina Hagena

Tout comme « Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates », voici encore une fois un titre comme je les aime, peut être aussi parce que j’adore le gout des pépins de pomme, au doux parfum d’amande.

Envie d’aller à la découverte de ce livre à propos duquel les critiques sont plutôt enthousiastes. Envie de ce moment de lecture qui mêle douceur, évasion, émotion, enfance, des rires aussi.

Un premier roman -ici celui de Katharina Hagena- m’évoque toujours une gourmandise.











Dans ce jardin poussent des pommes cloches. Elles sentent le citron, leur chair brunit vite. Anna aime les boscops, Bertha les cox orange. Anna les croque de bas en haut, elle mâchonne les pépins, les avale. Ils ont le goût du massepain. Bertha croque autour du trognon puis le jette. L'instituteur n'a jamais su avec laquelle des deux soeurs il avait couché cette nuit-là sous le pommier. Il aimait Anna. Mais la bouche mordue avait ce goût de cox orange.

Iris, bibliothécaire à Francfort, est la petite-fille de Bertha. Elle ne sait rien de cette nuit dans l'herbe et pas grand-chose de cette famille, la sienne, réunie auprès du cercueil de la grand-mère. On suit donc cette Iris, la narratrice. Elle a hérité de la maison familiale. Elle n'en veut pas. Trop lourde, trop lointaine.
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Elle s'y installe quelques jours, se pose, se promène, fouille les placards, les secrets, les robes de ses tantes. Elle découvre un "nazi" peint en rouge au fond du poulailler, elle cuit sa première compote de pommes. Au fait, qui était nazi ?

Non, pas grand-père, il écrivait de si gentils poèmes. Et pourquoi tante Inga émet-elle des décharges électriques lorsqu'elle vous effleure ? Depuis quand tante Harriet se teint-elle les cheveux au henné ? Comment est morte Rosemarie, la cousine, si jeune et déjà mauvaise ?

L'intrigue est domestique, elle nous conduit dans la grande plaine d'Allemagne du Nord, entre terre et mer. On peut refermer le livre et s'arrêter là.

Ce n'était donc que cela, Le goût des pépins de pomme , premier roman d'une Hambourgeoise professeur de littérature anglaise, spécialiste de Joyce, Katharina Hagena ?

Pourquoi alors un tel succès en Allemagne ? On le reprend. On comprend alors que l'auteur, spécialiste de Joyce, nous a parlé de bien autre chose.
Qu'elle nous raconte combien nos souvenirs sont commodes. Et que la famille est un corps qui choisit, pour continuer de vivre, d'oublier ensemble.

Critique signée Emilie Lanez




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L’avis d’Aifelle1, internaute



[…] Il y a beaucoup de tendresse dans ce roman, de la cruauté aussi, de la peur, de la ruse, de la rosserie, mais tellement de vie et de chaleur.

Il y a un ton indéfinissable entre mélancolie et bonheur perdu qui m'a ravie.

La narratrice nous révèle assez vite que Rosemarie, la cousine d'Iris est morte là, l'année de ses 16 ans et c'est tout ce qui a amené à ce drame qu'elle va se remémorer pendant ces quelques jours.

Cette plongée dans le passé est rendue plus légère grâce à l'éclosion d'une relation amoureuse entre Iris et Max, le petit frère de Mira, grande amie de Rosemarie.

Max, maintenant adulte, devenu avoué et chargé de régler la succession.

Leur histoire naissante est ponctuée de touches d'humour et de gaieté […]


La suite de l’avis d’Aifelle1 est sur le blog Le gout des livres


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L’avis d’autres lecteurs


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Un mini extrait


"Entre les groseilliers et les mûriers buissonnants, le potager prenait une allure plus sauvage. Mais cette partie du jardin était déjà complètement tapie dans l'ombre. Au delà s'étendait le bosquet de pins. Le sol y était de couleur rouille, nappé d'une épaisse couche d'aiguilles de pins.

Le pas, dès que l'on marchait dessus, se faisait élastique, silencieux, et l'on avançait, comme ensorcelé, jusqu'au moment où l'on débouchait de l'autre côté, sur le grand pré planté de fruitiers.


Autrefois, nous tendions, Rosemarie, Mira et moi, de vieux rideaux de tulle entre les arbres, et c'est là, dans ce que nous considérions comme nos maisons de fées, que nous jouions de longs et complexes drames d'amour
".


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L’avis de Pierre-Robert Leclercq - Le Monde du 8 janvier 2010




Le passé reprend forme et force comme une réponse affirmative à l'interrogation de Lamartine, "Objets inanimés avez-vous donc une âme/Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ?"

Katharina Hegena en donne une à son récit dans son évocation des aléas de la vie de ses quatre femmes, avec ce que cela comporte de bonheurs et de tragédies, de douleurs et de bouffonneries. De la grand-mère à sa petite-fille, c'est une saga qui s'étend sur trois générations...

Et ainsi nous avançons, comme pas après pas, dans ces existences dont les faces cachées se révèlent. Ces événements disparates pourraient être autant de juxtapositions d'historiettes, mais la romancière construit un récit d'une parfaite unité, à partir de ces vies dont chacune est intimement liée à toutes les autres.




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La chronique de France Info



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Khatarina Hagena
©HENRIK SPOHLER/LAIF-REA



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Crédit photos : pomme ; dessin



Bonne lecture !

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