24 juillet 2010
Le langage de Joan Miró
Dans le cadre de l’exposition "Miró. Les couleurs de la poésie" à Baden Baden (Bade-Wurtemberg), voici un long extrait de l’article signé Philippe Dagen consacré à Joan Miró.
Ou quand le regard de l’artiste se fait langue nouvelle, qu’il nous chuchote d’une toile à l’autre.
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Intérieur hollandais
[…] On pense simplement qu'on est dans Miró, chez qui il est naturel que les nuits soient d'un vert ou d'un bleu intense et qu'une femme soit bien plus petite qu'un oiseau.

Femme face au soleil
Ces anomalies, ces disproportions et bien d'autres singularités constituent la langue visuelle dans laquelle Miró dit le monde et les sensations qu'il ressent à son contact.

Le chasseur
Quand il a commencé à travailler, vers 1916, il existe des langues visuelles dominantes : la photographie, la publicité et les modes traditionnels de l'imitation artistique, postimpressionnisme compris.

Maternité
Dès 1922 ou 1923, Miró ne veut plus d'aucune d'elles. Au lieu de l'aider à voir et à sentir, elles l'en empêchent. Elles font obstacle à son regard, comme les lieux communs font obstacle à la parole.

Le danseur
En peu de temps, sans savoir qu'André Breton fait de même en poésie au même moment, il se débarrasse de toutes les locutions graphiques et picturales usuelles et usagées. Il commence à inventer des formes autres et à les arranger ensemble.

Naissance du monde
Par exemple, il lui apparaît qu'à un certain niveau élémentaire de conscience, un corps féminin est bien suffisamment indiqué par un triangle et peu de cercles, à moins que le triangle, s'ouvrant, ne se métamorphose en un ovale divisé en deux par une ligne centrale, ce qui le fait ressembler à une feuille d'arbre.

Il lui apparaît également que les êtres humains, quand ils se regardent ou se touchent, perçoivent des qualités telles que l'élasticité des chairs ou le grain de la peau. Au squelette, à la boîte crânienne, ils ne songent que si on les y force.

Dessin-collage (chapeau)
En conséquence, Miró étire les anatomies, les rend serpentines et fluides, sans souci des proportions ordinaires. Une réflexion du même ordre vaut pour les animaux, dont il juge qu'il est plus important de signaler les fonctions essentielles - le vol de l'oiseau, la puissance sexuelle du taureau - plutôt que les caractéristiques morphologiques.

Combat du taureau
On pourrait poursuivre à propos de la nuit, dont il fait comprendre qu'elle est exaltation de la lumière plus forte que le jour, ou de l'eau, qui est mouvement et épaisseur. […]

L’or de l’azur
« Un plaisir inépuisable signé Joan Miró »
Article intégral de Philippe Dagen
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Source des toiles illustrant cette note
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Miss You
11:15 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : peinture, miro, allemagne






Commentaires
Un article très intéressant à lire sur "Miro, l'homme qui a renversé la peinture" sur Le Figaro http://www.lefigaro.fr/culture/2011/03/05/03004-20110305ARTFIG00004-le-monde-reve-de-mir.php
Ecrit par : Miss You | 08 mars 2011
Oups, j'oubliais de préciser qu'une très belle expo sur le peintre et surtout sur le sculpteur qu'a été Miro s'annonce au Musée Maillol (Paris) à partir du 16 mars prochain
http://www.sortiraparis.com/art-culture/joan-mir-sculpteur-au-musee-maillol-38065.html
Ca donne bien envie :-)
Ecrit par : Miss You | 08 mars 2011
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