09 août 2010
« Tournée » de Mathieu Amalric
Vous vous souvenez sûrement de la petite bande qui a mis le feu au tapis rouge à Cannes cette année : des femmes très en formes, aux robes incroyables et aux coiffures improbables, un Mathieu Amalric un peu freluquet mais tellement heureux, des sourires king size et une ambiance aussi dingue que belle.
C’était la troupe de « Tournée » qui venait présenter le film.
Je dois bien le reconnaître, leur folie m’avait bien plu.
Samedi, soirée ciné et envie d’aller voir ce film hors normes, au thème un peu brumeux pour moi (le New Burlesque cékoitesse ?), mais aux personnages bluffants et un contexte a priori sympa : une tournée, une troupe, des lieux, des individualités autour d’un projet commun, éblouir, divertir et toucher les spectateurs.
En quittant la salle, pari réussi : un film très touchant, où les fragilités des personnages sont à fleur de peau et les non-dits tellement forts qu’ils semblent criés, où les moments un peu tristes disparaissent dans le plus beau des sourires, où les rires sèchent les larmes avant qu’elles n’affleurent, où les plumes et les paillettes font oublier les fêlures et les salles de spectacle de deuxième zone.
Ce film est un très beau voyage dans l’émotion et les rires, dans les solitudes et la chaleur d’une troupe, où les petites lâchetés individuelles disparaissent et se noient dans les attentions et la générosité de cœurs gros comme ça.
Mathieu Amalric met le projecteur sur les beautés intérieure et extérieure de ces effeuilleuses aussi émouvantes que drôles et tendres.
Et il le fait magnifiquement bien.
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Réalisé par et avec Mathieu Amalric
Avec : Miranda Colclasure, Suzanne Ramsey, Linda Maracini, ….
Genre : Comédie , Drame

Producteur de télévision parisien à succès, Joachim avait tout plaqué - enfants, amis, ennemis, amours et remords - pour repartir à zéro en Amérique à l’aube de ses quarante ans. Il revient avec une tournée de strip-teaseuses «New Burlesque» à qui il a fait fantasmer la France… Paris !
De port en port, l’humour des numéros et les rondeurs des filles enthousiasment les hommes comme les femmes. Et malgré les hôtels impersonnels, leurs musiques d’ascenseurs et le manque d’argent, les showgirls inventent un monde extravagant de fantaisie, de chaleur et de fêtes. Mais leur rêve d’achever la tournée en apothéose à Paris vole en éclats : la trahison d’un vieil «ami» fait perdre à Joachim la salle qui leur était promise. Un bref aller et retour dans la capitale s’impose, qui rouvre violemment les plaies du passé...
Fiction/Documentaire
Dès l'écriture du scénario, Mathieu Amalric s'est retrouvé confronté à une indécision sur la "nature" de son projet, plus précisément au sujet de cette frontière ténue qui s'exprime entre la fiction et le documentaire. Alors qu'il aurait pu traîner ce trouble comme une appréhension périlleuse et perturber des choix à la fois artistiques et financiers, la réponse qu'il apporte éclaircit ses convictions : "Oui la question s’est posée dès le scénario, puis en préparation en termes de production. Que j’ai de plus en plus de mal à dissocier de la réalisation d’ailleurs. Là où l’on met l’argent, c’est déjà de la mise en scène, c’est là que le film se définit réellement en fait. Qu’on fabrique un dispositif juste.

Ainsi, comme il le précise plus loin, c'est de ce flottement qu'est née l'atmosphère du film. Il n'y a pas eu d'étiquette "formelle" à appliquer mais il s'est agit plutôt de reconnaître la mise en place d'un dispositif original. "Et donc on a eu l’intuition que pour préserver l’énergie immédiate, vitale des shows, il fallait mettre en place une vraie tournée. Que la caméra ne suffirait pas aux filles, qu’il leur fallait des salles pleines. Qu’on dormirait dans les hôtels où on tournerait… Du Havre à Rochefort, en passant par Nantes, on a offert un spectacle gratuit aux gens qui signaient une décharge. On n’aurait jamais pu se payer tous ces figurants !

Analyse de choix
Le rôle du producteur Joachim Zand qu'interprète Mathieu Amalric n'avait pas été prévu pour lui à l'origine du projet. Il nous raconte comment lui est venue la maturation de l'écriture de ce personnage : "J'ai probablement écrit le personnage (...) en réaction à un certain nombre de garçons délicats qu'on m'a fait jouer, à une certaine veine poétique que j'ai moi-même recherché, parfois. (...)
J'ai bien vu que je représentais quelque chose, que j'étais pris dans un phénomène générationnel (...) Je me souviens encore de la couverture de Télérama, ma première une, qui disait "Génération fragile", ça m'avait rendu dingue parce que je ne suis pas du tout fragile".

Une fois toute la production achevée, il s'est mis à travailler sur autre chose et lorsqu'il a revu le film deux mois après, une facette de son personnage (et de son film) que son esprit avait délaissé, s'est révélée à lui à nouveau: "ça m'a semblé terriblement tendu et désespéré alors que je n'avais que le souvenir de la joie du tournage, de l'énergie des filles, de leur force vitale (...).
J'avais effacé de ma mémoire le désespoir du personnage que j'interprète, l'image de quelqu'un qui peut exploser en vol à tout instant". Une image finalement proche des rôles qui l'ont fait connaître, grâce à Arnaud Desplechin en particulier, à propos de qui sa copine lui aurait dit : "Il n'y a que dans les films d'Arnaud que je te reconnais, toi, Mathieu".
Comme si cet aspect, filmique, affichait une réalité imparable et significative...
Festival de Cannes
Tournée a reçu le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2010.
Sélection
Tournée est le quatrième long-métrage de Mathieu Amalric qui, avec ce road-trip déjanté, honore l'exposition et la reconnaissance d'une sélection officielle au Festival de Cannes 2010.

Naissance d'un projet
C'est à la lecture en 2007, d'un article de Libération qui relate les frasques de ces amazones d'un nouveau genre, que le projet, dans les têtes depuis 2002 (!) a véritablement trouvé son sujet. Depuis qu'il s'était arrêté sur un recueil de Colette comme point de départ, Mathieu Amalric n'avait alors pas encore trouvé les véritables héroïnes qui sauraient retranscrire le goût de l'écrivain pour cette provocation "pleine de santé, déclaration de liberté par le corps, qui la définit si bien".
Après un temps de gestation fertile à l'imaginaire, étape "nécessaire" à son processus de création, il s'est finalement décidé à franchir le pas juste après que le producteur indépendant Humbert Balsan se soit suicidé, événement qui lui a "fait prendre de plein fouet la fin possible de ce qui nous constitue" et qui l'a réveillé, lui qui a toujours reconnu une fascination pour l'abnégation et le courage que ces producteurs peuvent avoir.

New Burlesque
Le film suit le parcours à travers la France d'une troupe de danseuses adepte du genre du "New Burlesque", né dans les années 90 aux États-Unis. Remis au goût du jour avec la très médiatique Dita von Teese, il s'agit au départ d'un mouvement lesbien, lui-même héritier des pionniers des années 20 et 30 où le burlesque est alors synonyme de satire sociale, numéros musicaux et grivoiseries.
Le New Burlesque est la continuation et la réinterprétation d’un genre profondément enraciné dans la tradition du music-hall anglais et américain qui, en partant du strip-tease, y réintroduit le théâtre, la chorégraphie, le glamour, l’humour, la satire et le sens de l’excès.

Bonne séance !
Miss You
14:00 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : films







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