13 septembre 2010
Le Cylindre de Cyrus est de retour
En entendant la nouvelle ce matin du « prêt » du Cylindre de Cyrus pour quatre mois à l’Iran par le British Muséum, j’ai eu envie d’en savoir un peu plus sur cette pièce du patrimoine universel.
Le retour provisoire à la maison de ce qui serait la « première déclaration des droits de l’homme » me laisse dubitative sur les suites à prévoir.
Je suis très attachée au principe de la restitution par les grands musées occidentaux des trésors qu’ils s'étaient appropriés lors de campagnes de fouille et diverses guerres coloniales des derniers siècles.
Le retour du Cylindre en Iran est un pas dans ce sens mais il n’est que provisoire.
A moins, bien sûr, que l'Iran n'en décide autrement...
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Le Cylindre de Cyrus
Le Cylindre de Cyrus est un cylindre d'argile
sur lequel est inscrit en akkadien cunéiforme
une proclamation du roi de Perse Cyrus II.
Ce texte est consécutif à la prise de Babylone par ce dernier,
après sa victoire sur le souverain local, Nabonide, en 539 av. JC.
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Son histoire
Il a été découvert à Babylone en 1879, et est depuis exposé au British Museum de Londres, où il se trouve toujours en 2010.

Ce document est couramment mentionné comme étant la « première charte des droits de l'homme», mais une telle filiation est controversée.
En 1971, l'ONU l'a traduit dans toutes ses langues officielles.
On peut en fait le restituer dans une tradition mésopotamienne présentant l'idéal du roi juste, dont le premier exemple connu est celui du roi Urukagina de Lagash, ayant régné au XXIVe siècle av. J.-C., et dont un des autres illustres représentants est Hammurabi de Babylone, avec son fameux code (le Code d'Hammurabi sur Wiki).
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Sa restitution aux autorités iraniennes
Le British Museum avait prévu de prêter ce trésor archéologique à l'Iran en 2010, mais le refroidissement des relations entre l'Iran et la Grande-Bretagne, suite à la réélection contestée du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, a poussé l'Iran, par la voie d'une annonce faite le 7 février 2010, à rompre toute relation avec le prestigieux musée britannique, annulant ainsi le prêt du Cylindre.
Finalement, il est prêté à l'Iran le 10 septembre 2010 pour une durée de quatre mois afin d'être exposé au public après 40 ans d'absence du pays.
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Son contenu
Présentation générale
Ce texte est avant tout un acte de propagande royale, montrant la façon avec laquelle le nouveau maître de Babylone s'attache ses nouveaux sujets, en mettant en avant sa valeur, en s'inscrivant dans la tradition babylonienne, et en s'appuyant sur les groupes de personnes hostiles à Nabonide.
La proclamation des décisions justes prise par Cyrus II n'est qu'une partie du texte. Le début retrace les événements ayant amené à la prise de Babylone par Cyrus : il y est décrit comment Nabonide était un mauvais roi qui a attiré sur lui la colère du grand dieu national Marduk, qui a alors cherché un nouvel élu pour sa ville et choisi Cyrus. Il a permis à ce dernier de remporter une grande victoire contre les Mèdes, et, devant l'attitude juste de celui-ci, il l'a chargé de prendre Babylone pour devenir le « Roi du Monde ».
Le texte décrit comment cet avènement fut reçu avec une grande satisfaction par les Babyloniens, contents d'être débarrassés de Nabonide.
Cette partie du texte est très proche dans l'esprit de la Chronique de Nabonide, relatant les mêmes événements avec la même partialité. Elle retranscrit l'état de pensée des anciens opposants de Nabonide, dont devaient faire partie les puissants membres du clergé de Marduk à Babylone que celui-ci avait beaucoup lésé.
Viennent ensuite les mesures prises par Cyrus pour les Babyloniens : il règne pacifiquement, délivre certaines personnes de corvées injustes, octroie aux gens des pays déportés le droit de retour dans leur pays d'origine, laisse les statues de divinités autrefois emmenées à Babylone revenir dans leurs sanctuaires d'origine et, pour conclure, proclame la liberté totale de culte dans son empire.
La fin du texte, lacunaire, commémore la reconstruction de Dur-Imgur-Enlil, une muraille de Babylone.
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Un extrait
« Je suis Cyrus, roi du monde, grand roi, puissant roi, roi de Babylone, roi de Sumer et d'Akkad, roi des quatre quarts, le fils de Cambyse, grand roi, roi d'Anšan, petit-fils de Cyrus, grand roi, roi d'Anšan, descendant de Teispès, grand roi, roi d'Anšan, d'une lignée royale éternelle, dont Bel et Nabû aiment la royauté, dont ils désirent le gouvernement pour le plaisir de leur coeur.
Quand je suis entré à Babylone d'une manière pacifique, j'établis ma demeure seigneuriale dans le palais royal au sein des réjouissances et du bonheur. Marduk, le grand seigneur, fixa comme son destin pour moi un coeur magnanime d'un être aimant Babylone, et je m'emploie à sa dévotion au quotidien.

Ma vaste armée marcha sur Babylone en paix ; je ne permis à personne d'effrayer les peuples de Sumer et d'Akkad. J'ai recherché le bien-être de la ville de Babylone et de tous ses centres sacrés.
Pour ce qui est des citoyens de Babylone, auxquels [Nabonide] avait imposé une corvée n'étant pas le souhait des dieux et ne [...] convenant guère [aux citoyens], je soulageai leur lassitude et les libérai de leur service. Marduk, le grand seigneur, se réjouit de mes bonnes actions.
Il donna sa gracieuse bénédiction à moi, Cyrus, le roi qui le vénère, et à Cambyse, le fils qui est ma progéniture, et à toute mon armée, et en paix, devant lui, nous nous déplaçâmes en amitié.
Par sa parole exaltée, tous les rois qui siègent sur des trônes à travers le monde, de la Mer Supérieure à la Mer Inférieure, qui vivent en des districts fort éloignés, les rois de l'Ouest, qui résident en des tentes, tous, apportèrent leur lourd tribut devant moi et à Babylone embrassèrent mes pieds.
De Babylone à Assur et de Suze, Agade, Eshnunna, Zamban, Me-Turnu, Der, d'aussi loin que la région de Gutium, les centres sacrés de l'autre côté du Tigre, dont les sanctuaires avaient été abandonnés pendant longtemps, je retournai les images des dieux, qui avaient résidé [à Babylone], à leur place et je les laissai résider en leurs demeures éternelles.
Je rassemblai tous leurs habitants et leur redonnai leurs résidences. En plus, sur commande de Marduk, le grand seigneur, j'installai en leurs habitats, en d'agréables demeures, les dieux de Sumer et Akkad, que Nabonide, provoquant la colère du seigneur des dieux, avait apportés à Babylone. Puissent tous les dieux que j'installai dans leurs centres sacrés demander quotidiennement à Bel et Nabû que mes jours soient longs, et puissent-ils intercéder pour mon bien-être. [...] Le peuple de Babylone bénit mon règne, et j'établis toutes les terres en de pacifiques demeures.»
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Crédit photos
• Cyrus II Le Grand
• Soldats perses
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Plus à lire ?
• Un long article du Larousse
sur La dynastie achéménide
• Sur le blog
Babylone, perverse et merveilleuse
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L’Iran acceptera-t-il de le “restituer” à la fin des quatre mois ?
J'ai beaucoup de mal à y croire.
Peut-on le lui reprocher ?
Miss You
13:45 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : archéologie, iran









Commentaires
"Je suis très attachée au principe de la restitution par les grands musées occidentaux des trésors qu’ils s'étaient appropriés lors de campagnes de fouille et diverses guerres coloniales des derniers siècles. "
Moi non. Bien des pièces archéologiques ont été sauvées des pillages et des destructions parce que des pays démocratiques les avaient extraites, restaurées et mises en sécurité. En faire une liste est impossible, elle serait trop longue. Il suffit de penser à la destruction de l'art bouddhique en Afghanistan pour se faire ou refaire une idée. Il s'agit de patrimoine de l'humanité pas de patrimoine d'un pays. Le fait qu'elles soient dans un endroit ou un autre relève aussi de l'histoire de l'humanité. Nous avions déjà eu, il me semble, cette discussion il y a quelque temps. Ramsès avait témoigné de bien des horreurs constatées à ce sujet en Égypte.
http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2010/05/11/chefs-d-oeuvre-disputes.html et là : http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2009/02/16/au-pays-des-pharaons-noirs.html par exemple.
Rappelons que c'est parce que les égyptiens voulaient noyer leurs temples de Nubie que l'Unesco via Christiane Desroches Noblecourt a crée le Patrimoine Mondial de l'Humanité.
anti
Ecrit par : anti | 13 septembre 2010
Je n'ai aucune confiance a priori pour un régime totalitaire quel qu'il soit. Déjà, un régime démocratique mais légitimement nationaliste ne rendrait vraisemblablement jamais une pièce archéologique ou artistique enlevée de son territoire s'il parvenait à se la faire "prêter". Alors, une dictature qui crache ouvertement à la figure de la plupart des autres puissances de la planète et qui leur tient tête sur des sujets autrement plus graves tels que le nucléaire, faut pas rêver...
Je pense donc que le risque de ne plus jamais revoir ce fameux rouleau est supérieur à 99%.
Je ne connais pas le nombre de visiteurs annuels du musée de Téhéran où sera exposé l'objet mais je ne pense pas qu'il approche même de très loin celui du British Museum. Et j'imagine mal que des touristes de pays non alliés de l'Iran (c'est à dire la plupart des pays du monde) aillent à Téhéran pour visiter ce musée rien que pour ça et encore moins qu'une expédition armée soit mise sur pied par la Grande-Bretagne pour récupérer le cylindre si Ahmadinejad ne fait rien pour le renvoyer.
Ecrit par : Anna Galore | 13 septembre 2010
Intéressant, on voit là le lien avec les plaquettes sumériennes. C'est une période qui suscite ma curiosité.
Ecrit par : Kathy Dauthuille | 13 septembre 2010
Je suis tout à fait consciente que bien des pièces ont été perdues (ou, pire, volontairement détruites comme les Bouddhas de Bamiyan) dans un passé plus ou moins proche et je le regrette.
Je suis également consciente que les "appropriations" par les grands musées occidentaux ont permis la sauvegarde et la restauration de nombreux trésors qui auraient surement disparu sans cela.
Cela veut-il que des telles pertes ou destructions vont forcément et partout se reproduire si on rend petit à petit à chacun des pays d'origine concernés leurs trésors ? Je ne le crois pas.
Ce qui était vrai en Egypte l'est-il toujours ? Dans les commentaires sous « chefs d’œuvre disputés » Ramsès précisait que, lorsqu’il s'est agi de restaurer la momie de Ramsès 2, c'est en France que les Egyptiens l'ont envoyée.
Cet exemple montre à mon avis que l’Egypte a évolué et qu’elle est décidée à prendre soin, directement ou en faisant appel à d’autres Etats, à accueillir et sauvegarder son patrimoine historique).
La Grèce serait-elle à ce point indifférente à ses trésors archéologiques qu’elle ne saura pas les conserver ? Je ne le pense pas.
Il y a dans cette confiscation/appropriation par les musées occidentaux qui perdure un a priori (pour ne pas dire une forme de mépris) qui me dérange, comme si seuls les occidentaux étaient conscients de la valeur de ces pièces et seuls capables de les conserver. Je n’en suis pas du tout convaincue.
Attention, je ne dis pas qu’il faut tout rendre, ni tout de suite. Certains états sont encore trop fragiles, financièrement ou du fait de guerres (civiles ou frontalières) pour assumer la tâche. Dans ces cas là, le rôle de conservateur des musées me semble indispensable. Conservateur, oui, propriétaire, jamais.
D’autres pays en revanche me semblent tout à fait fondés à réclamer le retour de leurs pièces. La Grèce par exemple.
Pour ce qui est de l’Iran, je suis à peu près certaine que le Cylindre ne reviendra pas à Londres au bout des quatre mois. Je suis d’ailleurs sidérée que le B. Museum l’ait « prêté » à cet pays tellement peu fiable, alors même que ce musée refuse de rendre certaines des stèles du Parthénon.
Quant au peu de chance de revoir dans un musée occidental un original restitué à son pays d’origine, cela ne me dérange que si l’original risque d’y être détruit.
En revanche, si je le sais « en sécurité » et conservé dans ce pays, n’en voir qu’une copie dans un musée occidental ne me gêne pas du tout.
Ecrit par : Miss You | 13 septembre 2010
A ce sujet Kathy, je te recommande la lecture de ce livre :
http://www.gallimard.fr/ecoutezlire/fiche_udf.htm
une rareté, mais je l'ai à la maison si tu veux y jeter un œil.
anti
Ecrit par : anti | 13 septembre 2010
Je suis étonnée de la confiance aveugle énoncée vis-à-vis de la Grèce qui est sur-endettée au delà du possible et subit des crises à répétition, en aucun cas, elle ne serait en mesure d'assumer en plus la conservation de nouvelles œuvres. Petit rappel concernant la Grèce et son patrimoine, c'est en utilisant le Parthénon comme poudrière que le temple a été détruit...
Je ne parle pas d'une supériorité de l'occident sur le reste du monde mais de celle, bien réelle de la démocratie et de la stabilitée sur les dictatures et les pays instables en ce qui concerne ce qui nous occupe, à savoir la transmission culturelle. Le pari sur l'avenir, nul ne peut le faire ni dans un sens, ni dans l'autre, alors, autant ne pas prendre de risques.
Tu cites Ramses dans sa conclusion : Dans les commentaires sous « chefs d’œuvre disputés » Ramsès précisait que, lorsqu’il s'est agi de restaurer la momie de Ramsès 2, c'est en France que les Egyptiens l'ont envoyée.
mais la ligne au-dessus change tout : "Quand on voit l'état pitoyable du Musée du Caire, les quelques pièces exposées au British Museum ou au Louvre sont beaucoup plus en sécurité de conservation... "
De même, il ajoutait "La conception est différente de celles de Gizeh, puisqu'on y accède par des porches. La plupart des pyramides ont, semble t'il, été "démontées", pour en récupérer les pierres , sans doute destinées à d'autres constructions moins sacrées..." Et les pillages sont légions.
Pour ma part, je considère qu'on ne peut pas faire "comme si" c'était réalisable dans le meilleur des mondes. J'attends des garanties sérieuses pour considérer ces éventualités.
"Quant au peu de chance de revoir dans un musée occidental un original restitué à son pays d’origine, cela ne me dérange que si l’original risque d’y être détruit."
Ben oui, toute la question est là.
"En revanche, si je le sais « en sécurité » et conservé dans ce pays, n’en voir qu’une copie dans un musée occidental ne me gêne pas du tout."
Le tout est de "savoir" s'il est durablement en sécurité (bis repetita)
anti
Ecrit par : anti | 13 septembre 2010
Merci Anti, je n'arrive pas à ouvrir le lien mais je serais ravie de jeter les deux yeux sur ton exemplaire.
Ecrit par : Kathy Dauthuille | 13 septembre 2010
Ah oui, ça ne marche plus. Du coup j'en ai mis un autre, si tu veux tenter à nouveau.
Ecrit par : anti | 13 septembre 2010
Oui, là je peux voir, et suis toujours intéressée de le consulter.
Ecrit par : Kathy Dauthuille | 13 septembre 2010
"Le tout est de "savoir" s'il est durablement en sécurité (bis repetita)"
Là, nous sommes d'accord.
Merci de cet échange enrichissant.
Ecrit par : Miss You | 13 septembre 2010
Je suis d'accord avec Miss sur le principe, et entièrement d'accord sur le principe de "sécurité". Moi aussi, je suis dubitative quant à la restitution du fameux cylindre à la fin du délai.
Mais ce que je trouve le plus ironique dans tout cela, c'est de confier - même si c'est son origine - l'ancêtre de la déclaration des droits de l'homme à un pays qui les piétine aussi allégrement ! Joli symbole...
Ecrit par : Adele Riner | 13 septembre 2010
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