24 septembre 2010
« Traîne pas trop sous la pluie »
Richard Bohringer, j’aime !
L’homme, le comédien, l’auteur-conteur à la scène ou à la radio. J’ai lu et relu « C’est beau une ville la nuit, blues » et suivi son émission sur Europe 2, comme autant de voyages au goût de pluie et de nuit.
En lisant ce joli portrait signé Emilie Trévert, je me suis régalée. Je le dépose ici.
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« Bohringer nous met la fièvre »

"Y disent que j'suis un acteur qu'écrit. Ça me dérange... parfois."
Le reste du temps, il s'en fout, Bohringer : il écrit ! Et parle aussi, beaucoup.
Façon slam, c'est sur la scène de L'Européen, à Paris, qu'il interprète pendant près de deux heures sa dernière prose, « Traîne pas trop sous la pluie ».
Un texte qui a vu le jour sur un lit d'hôpital, où, il y a quelques mois seulement, le comédien était cloué par une hépatite C doublée d'un cancer.
À presque 70 ans, Richard Bohringer n'a rien perdu de sa fougue.
L'oeil pétillant, les cheveux en bataille, il donne de la voix et fait swinguer les mots.
"C'est trop beau les mots, c'est trop fou !" Seul sur sa petite estrade, encerclé de bouteilles d'eau minérale -oui, il jure avoir "quitté" l'alcool !-, il nous emmène en voyage.
Un voyage intime et sincère dans les tréfonds de sa mémoire où, comme porté par la fièvre, il embarque le spectateur dans sa folie.
Première escale : l'enfance. Ce fils d'une Alsacienne et d'un officier allemand y rend hommage à sa grand-mère qui l'a élevé.
"Ma mamie, c'est une dure, elle a un pétard dans son cabas !" Sa "mamie", celle qui lui avait tricoté "un pull-over vert", dont le petit banlieusard du Val-d'Oise avait un peu honte...
Pourtant, ce pull lui sauvera la vie lors d'une nuit d'errance à Harlem, l'année de ses vingt ans.
Le début des galères.
New York/Saint-Germain-des-Prés. Le jazz et Dexter Gordon.
On se retrouve dans la minuscule chambre que Bohringer partage -en même temps que les seringues- avec le saxophoniste. "Il était junky et moi aussi. Je vous conseille pas ce voyage." Alcooliques, toxicos, boxeurs...
Le poète baroudeur fait revivre ses ex-compagnons de route dans des dialogues délirants et féeriques. Mais Bohringer ne tombe jamais dans le sordide.
Relevé de ses (més)aventures, il ne garde que le meilleur. "Tout est beau dans ma mémoire. J'ai fait pousser des fleurs sur la merde", jure-t-il.
Enfiévré, tel le malade qu'il a été dans sa chambre d'hôpital, il divague. Un rêve éveillé dont il ne sort que pour cancaner sur l'actualité.
Dans ses petits intermèdes improvisés, il se moque de la tambouille de la rue de Solferino, mime Nicolas Sarkozy ou raille les bobos, le bio et les Vélib' qui saccagent son Paris d'antan...
Avant de faire une dernière escale en Afrique. "Africa mama !" clame-t-il en amoureux de cette terre où les boubous virevoltent et où les odeurs vous enivrent.
L'Afrique noire, qu'il a découverte grâce à son ami Bernard Giraudeau, à qui il rend hommage, conscient de sa chance à lui.
"À 20 ans, on veut mourir ; à 70 ans, on veut rester."
Tout est dit. Bohringer a plus que jamais la rage de vivre.
Portrait signé Emilie Trévert
Crédit photo Dexter Gordon
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Une bio express
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"L'important, c'est d'être un homme, dans le sens humain."
(Richard Bohringer)
Miss You
11:15 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note








Commentaires
"Tout est beau dans ma mémoire. J'ai fait pousser des fleurs sur la merde"
Ah oui, joli portrait, et jolie phrase.
Ecrit par : Adele Riner | 24 septembre 2010
:-)
Poète et gouailleur à la fois.
Ecrit par : Miss You | 24 septembre 2010
Je ne peux pas penser Bohringer sans penser Léotard, je les aime ceux-là. Une sensibilité d'écorché vif!
Ecrit par : valentine | 24 septembre 2010
"Tout est beau dans ma mémoire. J'ai fait pousser des fleurs sur la merde"
C'est très bouddhiste en fait, c'est comme les fleurs de lotus.
"Je ne peux pas penser Bohringer sans penser Léotard"
Pareil. Ils sont associés dans ma mémoire. Ce sont deux films : "L'addition" pour le premier, "La balance" pour le second.
Richard Bohringer était l'invité des "4 vérités" sur télématin le 17 septembre dernier. Malheureusement, l'émission n'est plus visible en ligne depuis aujourd'hui ;-(
Tant pis !
anti
Ecrit par : anti | 24 septembre 2010
Moi ce que je préfère chez Bohringer c'est sa fille. Elle est trop bien ^^ Drôle, bonne comédienne, et intelligente (et belle aussi).
Ecrit par : Netsah | 24 septembre 2010
Moi aussi, j'associe toujours Bohringer et Léotard. Des gueules cassées, belles, émouvantes et aussi fortes qu'ils sont fragiles.
Ecrit par : Anna Galore | 24 septembre 2010
On peut les retrouver ensemble (et avec d'autres pointures) dans le huis clos de Deville, "Le paltoquet" http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=2053.html que je reverrais volontiers.
Sinon, une jolie trouvaille faite ce midi :
« J’ai appris à écrire sous une tonnelle de roses blanches débouchant sur un potager fleuri où les vers acides des poireaux se mélaient aux rouges anémiés des carottes trébuchantes. J’ai appris à écrire sous une tonnelle blanche la nuit, dans le silence, à la limite du cri, et mon cœur battait aux rythmes des mots jetés comme des paysages dont la flamboyance me laissait pantelant…
L’écriture est la seule vérité. Etre vertical. Jeter les germes de l’amer. Trouver le son qui fera rebondir. L’inspiration court comme un nuage. Vite et sans remords. Le désespoir d’écrire devient cristal. Les cannibales de la mémoire font tomber les larmes sur le clavier. Ecrire. Dieu païen, aide ton serviteur. Donne-moi l’oiseau bariolé. Celui qui aide à souffler la page blanche. Ma révolte. Mon drapeau d’amour.
Je veux écrire de la musique avec les mots. Je veux être guitare héros…Je suis pas un gars de la syntaxe. Je suis de la syncope. Du bouleversement ultime. Je me fous du verbe et de son complément. Faut pas faire le malin avec les mots. Faut les aimer. Ca file du bonheur les mots. »
Richard Bohringer.
(source http://www.leverbefou.fr/festival2009.html )
Ecrit par : Miss You | 24 septembre 2010
Ben ça c'est de la plume...
Ecrit par : Adele Riner | 24 septembre 2010
:-) Je trouve aussi.
"Faut pas faire le malin avec les mots. Faut les aimer. Ca file du bonheur les mots."
Et, un petit bonus, le père et la fille http://the-ou-cafe.france2.fr/index-fr.php?page=emission2&id_article=2735
Ecrit par : Miss You | 25 septembre 2010
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