16 octobre 2010
« A Giverny, chez Claude Monet » de Marc Elder
Une découverte ! Un long entretien entre amis, entre Marc Elder, critique et historien de l'art, et Claude Monet.
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• Date de Parution : 19/05/2010
• Collection : La Petite Collection (1001 Nuits)
• Prix public TTC : 3,90 €
• Code ISBN / EAN : 9782755505726 / hachette : 4206132
• Nombre de pages : 160
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Quelques mots de l’éditeur
« J’ai mis du temps à comprendre mes nymphéas, confie-t-il,
et puis tout d’un coup j’ai eu la révélation des féeries de mon étang.
J’ai pris ma palette.
Depuis ce temps je n’ai guère eu d’autre modèle. »
C’est par Giverny et son bassin de nymphéas
– choisis au hasard sur un catalogue par le maître lors de l’aménagement du jardin –
que débute et se conclut le long entretien accordé par Claude Monet (1840-1926) en 1924 à Marc Elder.
Le peintre nous fait l’honneur d’une visite des lieux et d’un parcours dans sa carrière.
Ce livre, jamais réédité, est le seul témoignage direct de Claude Monet.
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Extraits
À Josse et à Gaston Bernheim-Jeune
Quand je fus appelé, voici quelques années, à entreprendre une collection de peintures modernes pour le musée de Nantes, vous vîntes m’apporter spontanément le secours d’une générosité avertie et de bienveillantes relations.
Je vous dois les premiers dons, les premiers donateurs. À mon désir d’approcher Claude Monet, somme des temps héroïques du bel art impressionniste, vous avez répondu avec empressement.

Vous connaissiez le maître, vous l’aimiez, vous le serviez. Ce petit matin de printemps où je gagnai Giverny dans le train de Gisors, qui s’ébat parmi les poulaillers de Vernonnet avant de flâner au bord de l’Epte, j’avais votre introduction en poche. Toutes les barrières, et même l’inflexibilité du terrible portier Sylvain, étaient déjà renversées.
Plus tard, devenu l’ami du maître et le vôtre, je vous trouvai prêts au moment de recueillir les entretiens de Giverny. Vous aviez à cœur de les publier, à la fois comme un témoignage d’affection envers Monet et comme un document sur cette peinture française dont vous avez toujours été les champions. Il suffit d’avoir effleuré vos merveilleuses collections pour savoir quel amour du beau vous anime ! J’ai opéré des conversions dans ces salons de l’avenue Henri-Martin où les leçons de Cézanne, de Renoir, de Monet sont indiscutables.
Depuis plus de vingt ans, c’est vous qui avez assuré la circulation des grandes séries de Vétheuil, de Venise, des Matinées sur la Seine, des Nymphéas. Vos mains amicales et diligentes portaient au bout du monde la gloire de Monet, si bien que le Japon, touché d’enthousiasme, affréta un navire pour le charger de ses œuvres. Aujourd’hui, vous répandez mes modestes souvenirs. Je dois trop à Claude Monet pour ne pas le remercier d’abord. Mais votre part vient ensuite, mes chers éditeurs. Je vous prie de croire qu’elle est bonne.
Marc ELDER,
avril 1925.

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"L’étang"
"L’étang"
Le maître tire sa montre :
– Dix heures et demie, dit-il, allons les voir : ils sont ouverts.
Nous descendons la grande allée sous les épicéas chargés d’ombre. À droite et à gauche les iris s’étendent par larges nappes aériennes qui font comme une buée lilas dans le soleil. Partout la terre disparaît sous le faix des œillets, des azalées, des campanules, des pieds-d’alouette, et l’air est embrasé par les roses qui assaillent le tronc des arbres, les arceaux, et retombent avec des grâces convolutées d’appoggiature. Il faut traverser la route et cette voie ferrée qui fait dire à Clemenceau : « Claude Monet, qui a un chemin de fer dans son jardin ! »
Les nymphéas ont leur enclos au seuil des prés de la Seine.

Comme les belles personnes, les nymphéas se lèvent tard ; encore faut-il que le soleil vienne les en prier. Ils s’ouvrent sous les doigts d’or du magicien, mais se refusent à l’ombre. Et le soir, c’est encore lui qui les referme, un à un, à mesure qu’il sombre derrière la futaie. Quel sujet pour un poète – un poète d’hier, car aujourd’hui l’autobus a remplacé la fleur –, ces vierges d’eau dont les chastes voiles ne s’écartent que devant les regards brûlants du soleil !
Une main dans la poche, la cigarette dans la barbe, Claude Monet marche avec cette tranquillité ferme qui est le propre d’un bel équilibre et d’une santé parfaite. Il est vêtu d’étoffes claires, ne souffrant jamais sur lui ni aux entours les couleurs sombres. L’hiver, de grands manteaux beiges et un gilet de taupe, tendre, soyeux – des taupes du jardin, naturellement. En toute saison, des chapeaux rustiques, feutre ou paille, bien campés sur le chef. C’est la silhouette du bon jardinier, trapu, d’aplomb, évoquant à la fois la force sylvestre et les clartés d’avril. Mais, s’il se retourne, vous voyez son œil aiguisé, volontaire, tranchant, imprévu dans la bonhomie apparente.

– D’où vous est venu, mon cher maître, ce goût pour les nymphéas ?
– Ma foi, je n’en sais rien … Attendez que je réfléchisse… Il y avait un ruisseau, l’Epte, qui descend de Gisors, en bordure de ma propriété. Je lui ai ouvert un fossé, de façon à remplir un petit étang creusé dans mon jardin. J’aime l’eau, mais j’aime aussi les fleurs. C’est pourquoi, le bassin rempli, je songeai à le garnir de plantes. J’ai pris un catalogue et j’ai fait un choix au petit bonheur, voilà tout…
C’est par un pont en dos d’âne, couvert de glycines, qu’on pénètre dans le jardin aquatique. En juin, il semble qu’on traverse un tube de vanille tant le parfum est épais. Les grappes blanches et mauves, d’un mauve léger qu’on dirait peint à l’aquarelle, croulent comme des raisins fantaisistes dans la verdure aqueuse des lianes. En passant, la brise vendange l’arôme. Le bruit des pas attire les poissons qui s’attroupent dans l’ombre au-dessous du flâneur. On se penche et l’on découvre sa propre image que le bec d’un chevenne crève soudain comme un doigt une pellicule.

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Une critique
Pas assez connu, Marc Elder ; confessons-le même : quasiment inconnu. Et pourtant, quelle plume, quelle écriture ! Douce, envoûtante, modeste ! Si vous ne connaissez pas ce critique et historien d'art qui n'a écrit qu'une poignée de livres - du reste, il lui suffit d'un seul pour décrocher le Goncourt en 1913 -, ouvrez au plus vite ce témoignage d'une rare proximité sur le maître de l'impressionnisme, vous en aurez le souffle coupé.
Dans ce petit bijou jamais réédité depuis 1924 (Monet meurt en 1926), Elder raconte son ami, leurs souvenirs, leurs repas partagés, leurs promenades et leurs conversations ; il nous emmène dans chacune des pièces de sa maison, nous décrit chaque recoin de son jardin, splendide à toutes les saisons, bref, il nous offre un portrait inédit et attachant de Monet, le tout dans une langue impeccable, tirée à quatre épingles. Une vraie féerie, un rêve de lecture.
Critique signée Marine de Tilly
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Miss You
11:15 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : giverny, jardins extraordinaires, monet








Commentaires
Quelle beauté !
Ecrit par : eMmA | 16 octobre 2010
Giverny est pour moi l'un des plus beaux jardins de France.
J'ai commandé ce petit (en nombre de pages) livre et j'ai hâte de m'y plonger.
Ecrit par : Miss You | 17 octobre 2010
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