02 novembre 2010

Peter Lindbergh à Berlin et Paris

Je vous l’avais annoncé sur la note « Automne 2010, saison photographique ».

C’est maintenant chose faite !


stylbeatles.jpg








peterlindbergh.jpg
Peter Lindbergh




L'œil est bleu tendre, entre malice et profonde bienveillance. Improbable sexagénaire en chemise chambray, des stylos plein la poche réservée au paquet de cigarettes, Peter Lindbergh rassure tout en observant son sujet.


martiens.jpg



Un photographe est un drôle d'animal qui mélange des vertus contraires.

Ce jovial au rire instantané et contagieux encourage son modèle tout en discernant le détail, la grâce cachée, la douceur sous la cuirasse.


dalmatiens.jpg



Cet intuitif, fou de flamenco et du Grenadin Enrique Morente, libère la nature tout en cherchant la traversée des apparences. Sa Kate Moss est fraîche comme un jardin anglais. À Arles, cet été, ses portraits de Mick Jagger évitaient les grimaces d'usage, laissaient voir l'homme derrière la star.


motardstops1991.jpg



Ce grand gaillard au charme rond, digne de Baloo dans Le Livre de la jungle, sait apprivoiser Nicole Kidman, hiératique girafe que même Kubrick a mis du temps à dégeler pour Eyes Wide Shut.


duonyc.jpg



Il a ses entrées depuis trente ans chez Keith Richards et sa belle épouse scandinave, Patti Hansen, comme sur le plateau de l'ami Pedro Almodovar, où il vient de photographier un Antonio Banderas las, dans le rôle inattendu d'une aging beauty.


keithpatti.jpg



L'affiche bicolore de Parle avec elle, le profil bleu de l'héroïne dans le coma qui se superpose à celui en rouge de Rosario, la «torera» morte d'amour, c'est lui. Elle trône dans son studio de Saint-Germain, comme le trophée d'un ado, de retour de concert.


matadorq.jpg



Ce globe-trotteur vit à Paris depuis longtemps, mais garde au chaud l'Espagne des Domecq et des taureaux, et la Camargue à la lumière intense.


arles.jpg
Arles




« Les mines, le gris des usines géantes »


«Je viens de la Ruhr», résume simplement, de son fort accent allemand qui transforme les s en z, ce photographe sans affectation des beaux de ce monde.


bombe.jpg



«Il n'y a vraiment rien de joli là-bas. C'est la stricte construction humaine, la représentation même du travail, les mines, le gris des usines géantes, l'uniformité du paysage industriel, avoue, avec pudeur, celui qui changea son nom, Peter Brodbeck, pour Peter Lindbergh, moins terroir.


couplell.jpg



Plus je vieillis, plus je réalise que ma vision de la beauté, c'est exactement ça : la Ruhr.


guerre.jpg



Cette beauté, qui n'est pas belle à première vue, même un peu sinistre. Le contraire du joli, du soigné, du coquet chers à la publicité.


toureiffelx.jpg



C'est pour cela que je ne voulais pas travailler au début de ma carrière pour le Vogue américain. Cette femme soignée, magnifique, impeccable, sophistiquée, ne me touchait pas. Je ne pouvais pas la photographier. Cela n'a pas changé


cinecitta.jpg



Inutile de lui citer l'expressionnisme de Käthe Kollwitz (1867-1945), la femme peintre la plus connue de Berlin.

Se références sont plus directes, liées au présent. Wim Wenders est l'ami allemand dont il partage les goûts et les couleurs.


cinecitta2.jpg



À commencer par Les Ailes du désir (1987) et sa vision symboliste de Berlin où veillent les anges tristes Cassiel et Damiel. Berlin célèbre justement Peter Lindbergh cet automne au C/O, haut lieu de la photographie campé dans une ancienne poste impériale en brique rouge.


cinecitta3.jpg



«Berlin, c'est à la fois les racines de l'Allemagne, une grande ville où tout d'un coup on parle allemand et plus anglais. Et une présence très lourde, belle à sa façon étrange et terriblement attirante.


cinecitta4.jpg



J'aime cette ville détruite et reconstruite, ce feeling artistique émanant de tous ces gens qui parlent d'art toute la journée, qui sont toujours en train de découvrir, de créer quelque chose d'inachevé.


cinecitta5.jpg



Théâtre, peinture, musique, ils ont une faim de création.

C'est l'incarnation même de la jeunesse dans une ville





Texte signé Valérie Duponchelle pour le Figaro.fr






*
**
*



«Peter Lindbergh, On Street»,
jusqu'au 9 janvier,
au C/O à Berlin, Oranienburger Str 35/36).


ET


«Peter Lindbergh et les femmes»,
jusqu'au 10 novembre,
à la Polka Galerie, 12, rue Saint-Gilles, Paris IIIe.



cinecitta6.jpg



Le site de Peter Lindbergh



Miss You

Écrire un commentaire