06 décembre 2010

Reza - Une terre, une famille

Parmi les photographes que j’aime beaucoup, notamment parce que son regard, lucide et tellement humain, et son histoire personnelle me touchent profondément, il y a Reza Deghati, plus connu simplement comme Reza.

Il expose à La Villette jusqu’au 3 janvier 2011.


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Le parc de la Villette présente

"Une terre, une famille",

installation de photographies de Reza

spécialement conçue avec le photographe

comme une installation monumentale sur les 55 hectares du parc.






Déployées sur les folies, petits bâtiments rouges créés par l'architecte Bernard Tschumi, vingt-deux photos grand format invitent le promeneur à un face-à-face avec des histoires de vies remarquables, prises dans le maelstrom de l'histoire, de notre destinée commune.

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Du Rwanda à l'Afghanistan, du Cambodge à la Chine, la Mongolie et le Pakistan, du Caire à Jérusalem, c'est une invitation à un questionnement sur notre appartenance commune, à rencontrer, à travers les conflits, les douleurs, les rêves qui les animent, les divisent, les rassemblent, des femmes, des hommes des enfants, d'en approcher les singuliers récits, de réfléchir à un monde possible, plus juste.

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Le parti-pris de Reza dans cette installation est de recomposer, à partir d'une multitude de portraits, une fresque proche du tableau d'histoire.


Gigantesque machine dont nous sommes certes les spectateurs mais aussi, selon le point de vue, la distance aux images adoptée, l'un des personnages; où le jeu des regards est propre à nous interroger sur notre devenir.


Source



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Sindbad



Quel est le message que vous souhaitez faire passer ?

Reza :

Le message est simple, j’essaie d’expliquer que nous
faisons tous partie d’une seule humanité. J’essaie de susciter
l’empathie.

Regardez : cette personne qui souffre
est comme votre frère, votre cousin. Il faut l’aider.
Pour aider quelqu’un, il faut l’aimer. Or, le travail des
médias ne suscite pas de sympathie pour ces peuples. Montrer
toujours les gueules cassées par la guerre crée de l’aversion.
On n’aide pas quelqu’un que l’on trouve repoussant.



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Quand je parle de médias, je parle de tout le système médiatique,
qui est basé sur la publicité. Ce n’est pas l’information du monde
qui compte, c’est de créer un support pour vendre de la publicité.

À la télévision, le temps est découpé en tranches de 30 secondes :
30 secondes pour vendre telle lessive, tel produit, il y a aussi
30 secondes sur la guerre à Beyrouth et 30 secondes sur les
inondations au Pakistan. Sauf que les 30 secondes pour vendre
la lessive sont réalisées par les plus grands réalisateurs avec
des budgets énormes.

Mais quand on veut parler de malheurs
en Afghanistan ou en Afrique, alors il n’y a plus d’argent. Pour
couvrir ces actualités, on envoie de jeunes étudiants ou des
gens comme moi qui sont engagés
.

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Source des textes de cette note


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Quatre photos commentées par Reza :



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Résistances
Iran, Kurdistan iranien, village près de la ville de Mahabad, 1980.
« J’étais dans une ville qui était encerclée et pour partir de cette ville j’ai du marcher plusieurs jours dans la montagne en traversant des villages. En arrivant dans ce village, qui était lui aussi sous les bombardements, beaucoup de gens avaient déjà fui. Pourtant j’ai entendu des enfants qui répétaient des leçons. C’était tellement étrange. Je suis allé dans l’école et j’ai vu les enfants qui continuaient à apprendre leur leçon. On voit dans le regard de cet écolier qu’il est ailleurs. Il rentre la tête dans les épaules, on sent qu’il est accablé. »





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Exode
Rwanda, 1994.
Si cette jeune femme rwandaise voyait son portrait sur les affiches à Paris, comment pensez-vous qu’elle réagirait ?
« Je pense que non seulement elle comprendrait mais qu’elle en serait heureuse. Chaque fois que les personnes photographiées ont vu mes publications, elles m’ont remercié. Il faut que vous compreniez dans quelle détresse sont ces gens. Ils me disent : « regarde l’injustice que je subis, va dire au monde l’injustice dans laquelle je vis ». Ce n’est pas le portrait d’une jeune demoiselle parisienne que j’expose et qui pourrait s’offusquer de l’utilisation de son image. Les gens qui souffrent, qui ont perdu leur vie, qui ont perdu leurs espoirs, nous sommes leur porte-voix. »





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Comptine de guerre civile
Chine, Turkestan oriental, Artux, 1995.
« Cette photo a été prise dans une région, le Turkestan oriental, qui a été occupée par l’armée chinoise au même moment que le Tibet. Qui dit occupation dit emprisonnement des intellectuels, massacres, révolte des populations. Ils étaient en train de fêter ce que le gouvernement chinois appelle « les quarante ans de l’indépendance » mais en réalité il s’agit de quarante ans d’occupation. C’est important de montrer comment le gouvernement chinois impose sa présence sur ce pays. Pour affirmer la présence de l’armée, les enfants eux-mêmes paradent en habits militaires dès le plus jeune âge. Il y a deux ans il y a eu des émeutes dans cette région, avec plusieurs centaines de personnes tuées et plusieurs milliers de personnes mises en prison. Très peu de journalistes se sont intéressés à cette région, mal connue, alors que le monde entier connaît le combat du peuple tibétain pour la liberté. »





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Luttes et grâces
Pakistan, 1986.
« Cette photo de Benazir Bhutto a été prise avant qu’elle ne devienne Premier ministre. C’est Benazir militante que j’ai côtoyée, avec qui j’ai passé des mois à travailler. C’est une femme dans un pays musulman où les lois ne permettent pas à des femmes de prétendre au pouvoir et c’est ce qui m’intéressait chez elle. Le jour où elle a été élue Premier ministre je lui ai dit que je continuerai à exercer mon esprit critique quoi qu’il arrive. Si le pouvoir est injuste, alors je l’affronterai. Le pouvoir c’est comme un virus, une fois qu’il vous a attrapé, votre âme et votre corps doivent résister à diverses formes d’attaque : l’entourage, les pressions et les tentations. Ce sont autant de sirènes qui vous dévient, à terme, de vos engagements premiers de servir le peuple et votre pays. Malheureusement, la corruption de certains de ses proches entacha tristement son mandat.
À l’époque, en 1986, cette photo a permis de faire connaitre cette femme. Il y a eu des photos d’elle dans toute la presse, même dans Paris Match. Elle est rentrée dans les arènes les plus dures et les plus difficiles que sont les arènes politiques, surtout dans un pays comme le Pakistan.
»



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A lire aussi "La Terre de Reza à la Villette"


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"Je tente de partager les mondes que j'ai découverts
à travers mes images.
Je cherche à raconter, dénoncer, émouvoir, témoigner,
faire pleurer ou rire,
grâce à l'alphabet universel de la photographie
."

(Reza)



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Le site de Reza Destins croisés.org


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Sur le blog :

100 photos de Reza pour la liberté de la presse




Miss You

Commentaires

Certaines photos sont vraiment superbes ! Je pense en particulier au double portrait et à l'homme au chapeau qui semble danser.

Ecrit par : Anna Galore | 06 décembre 2010

La photo de ce danseur s'appelle "Sindbad" (je viens de le rajouter dans la note), je pense qu'il s'agit d'un derviche tourneur.

Reza avait aussi réalisé de très beaux portraits du Commandant Massoud dont l'un des plus connus est celui-ci http://www.nationalgeographic.com/adventure/0111/images/massoud_enlarge.jpg tiré du livre http://livre.fnac.com/a1252957/Reza-Les-annees-Massoud

Ecrit par : Miss You | 06 décembre 2010

"Le message est simple, j’essaie d’expliquer que nous faisons tous partie d’une seule humanité. J’essaie de susciter l’empathie. "

Et voilà qui est bien fait ;-) Ses photos sont toujours aussi belles. La classe, en tout.

anti

Ecrit par : anti | 06 décembre 2010

Belles photos percutantes. J'aime énormément le visage de cette femme Rwandaise dont le regard en dit long, détresse, colère, impuissance...Le nom de l'architecte Bernard Tschumi sonne familièrement à mes oreilles et pour cause, il est né à Lausanne.

Ecrit par : valentine | 06 décembre 2010

:-)

Ecrit par : Miss You | 06 décembre 2010

Ce soir, un portrait de Reza, sur France 5 de 21h40 à 22h50 (Durée : 1h10)

"Un soir avec... Parvaz, l'envol de Reza"


Laurence Piquet est à l'atelier Barok, à Paris, en compagnie de Marie-Monique Robin, grand reporter, dont le dernier documentaire «Notre poison quotidien» dénonce la présence de substances toxiques dans l'alimentation.

«Parvaz, l'envol de Reza» revient sur la carrière du photographe iranien Reza. Emprisonné dans les années 70 après la publication de son magazine «Parvaz», Reza devient peu après photographe, encouragé par son père.
En 1981, il s'exile à Paris et commence à réaliser des reportages photos pour des magazines. Il couvre notamment la guerre Iran-Irak. En Afghanistan, il rencontre le commandant Massoud.
En 2001, il crée l'association Aïna à Kaboul qui oeuvre dans les domaines de l'éducation et le développement de médias indépendants.
http://www.cesoirtv.com/programme/4500042/un-soir-avec.php

Ecrit par : Miss You | 24 mars 2011

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