15 février 2011
« Érér’ikamba – La parole de l’arbre »
"Mié tonda Wé" veut dire "Je t'aime" en langue Ômyènè.
Trois mots qui viennent du Gabon.
L'Afrique a éduqué un enfant blanc et a éveillé en lui d'autres regards.
Je vous en parlais hier.
J’ai découvert sur Le Midi Libre ce portrait d’un homme de cœur et de convictions, un homme qui aime les arbres, et j’ai eu envie de le déposer ici.
L'appel de la forêt, Christian Allié l'a entendu tout enfant, au Sénégal, au détour d'une balade en savane avec ses parents coopérants. Jeune adulte, après un retour sur ses terres natales héraultaises, Christian rêve tant des arbres d'Afrique qu'il décroche un emploi de prospecteur de bois au Gabon.
C'était en 1973, « avant le début de la destruction massive des forêts. Alors, on respectait les diamètres d'exploitation ». Volontaire, l'homme est indépendant et bosse au contrat. Vingt ans. Il crapahute dans toutes les réserves, côtoie les firmes étrangères et les politiques locaux ; partage sa pitance avec les ouvriers ; échange avec les Pygmées. Et « voit, effaré, la dérive d'un commerce qui ne vise qu'à rentabiliser ».
Fin du XXe siècle, Christian Allié quitte « le Gabon sur un coup de gueule ! » Un vrai.
Poussé devant « le président et le Premier ministre gabonais, des forestiers chinois et des représentants des Eaux et forêts qui s'entendaient, les uns, pour fermer les yeux quand les autres pillent » les ressources. Indigné, Christian Allié expulse alors toute sa « colère en anglais, en français et en Guinée, pour qu'ils comprennent bien que, au nom du profit, ils massacrent la forêt et tout ce qui vit autour ! »
Ulcéré par la violence des dégâts, l'homme dit avec humilité : « L'émotion m'a bouleversé... D'autant plus que même les zones soit disant protégées sont pillées. Et avec l'aval du préfet... Tout le monde y trouve son compte et personne ne dit rien. Sauf les plus pauvres qui vivent là » et dont les râles sont couverts par le fracas des engins...
Si le coup de gueule peut soulager la conscience, il « n'a rien changé aux pratiques. Fatalement », soupire Christian Allié, qui a vu ses collègues lui tourner le dos et sa femme le quitter. Sonné, il est revenu en France. Échoué à Montpellier, il a retrouvé ses parents et amis. A pensé repartir couper du bois mais refusé « huit propositions de contrat au Congo, en Sierra Leone et à Madagascar, où il ne reste que 10 % de réserve forestière ! C'est plus un boulot de forestier mais de mercenaire ».
Et puis, il a repris ses notes et ses cahiers d'antan. Mémoire de missions au cœur de la forêt gabonaise. « Je ne savais pas qu'en faire. »
Mais sa voix cassée se réchauffe soudain quand il conte ce rêve, fait trois nuits consécutives : « Je discutais avec un arbre de Villeveyrac. » Un arbre tutélaire auquel il raconte la beauté de ses frères d'Afrique et leur destin apocalyptique.
De ce songe est né un livre : La parole de l'arbre, publié chez Dédicaces.
« Une maison canadienne qui fait des éditions numériques et des impressions à la commande. Ça évite le pilon, donc la destruction inutile de forêts. »
Avec l'association Maïa, Christian Allié va participer à des lectures vagabondes et des interventions en milieu scolaire. Pour parler de la filière du bois et de la magie des arbres, « ces êtres vivants qui sont nos racines, nos ancêtres ».
Leur rythme de croissance, leur force, leur fragilité. Échanger. Se livrer. Et en projet aussi, un retour au Gabon, « pour planter. Je dois bien ça à tous les arbres coupés. »
À l'heure où l'État français envisage de démanteler l'Office national des forêts et de céder à des exploitants privés la gestion des forêts publiques, communales et domaniales, la parole de Christian Allié prend aussi une dimension symbolique.
Article signé Camille Solveig-Fol pour Le Midi Libre
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Le site de Christian Allié
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Érér’ikamba – La parole de l’arbre
Miss You
11:18 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs, Raconte-moi une histoire | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : livres, arbres, gabon, déforestation









Commentaires
J'aime cet homme, ses convictions et ses coups de gueule. Puisse-t-il être entendu! Je pense à ma tristesse en traversant la forêt landaise dévastée soi-disant par les tempêtes mais bien aidée par la main de l'homme. Le pin ne rapporte plus........
Ecrit par : valentine | 15 février 2011
:-) Pareil
"Christian Allié va participer à des lectures vagabondes et des interventions en milieu scolaire. Pour parler de la filière du bois et de la magie des arbres, « ces êtres vivants qui sont nos racines, nos ancêtres ». "
Transmettre, voilà probablement ce qui m'émeut le plus chez lui.
Ecrit par : Miss You | 15 février 2011
C'est quelque part un représentant vivant de la sagesse et il y a été très souvent associé.
Il faut apprendre ou réapprendre à considérer les arbres.
Ecrit par : Kathy Dauthuille | 15 février 2011
Magnifique engagement que celui de cet homme. Son livre donne envie d'être lu.
Ecrit par : Anna Galore | 15 février 2011
Merci beaucoup.....Pour l'Afrique et "Tous" ceux qui y vivent, tous les arbres de toutes les forêts !
Plus nombreux nous serons à transmettre la parole de l'arbre, plus les humains sauront respecter "La vie",................;la vie dans tous ses états !
Akéwa, merci en langue Omyènè Gabon.
Christian
Ecrit par : Christian Allié | 23 mars 2011
Merci à vous pour votre passage ici.
Ecrit par : Anna Galore | 23 mars 2011
Akéwa, pour tout et pour tous les arbres dont vous parlez si bien.
Ecrit par : Miss You | 23 mars 2011
L'engagement, le témoignage, la poésie envoûtante de la forêt tropicale, la passion de l'arbre, notre ancêtre à tous, autant de raisons de lire ce livre....Gracias señor!!!
Ecrit par : marie-claude-sya | 24 mars 2011
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