25 février 2011
A toutes les Géraldine, Elodie, Philippe, Sébastien…
Monsieur Le Président, merci de lire ce message :
Un p'tit bonheur sur une page,
Une douceur... pour l'Education Nationale.
Je le confie à la toile,
La grande toile du progrès,
Afin qu'il tisse les voiles...
De la solidarité,
Et qu'il rayonne aux ondes...
De l'humanité.

(Source photo)
Je suis Professeur des Écoles
Dans un petit village de l'Eure,
Trois cents âmes y demeurent,
Et vingt-six élèves à l'école...
Une classe, dite « unique »,
Mais cinq cours, dits multiples...
Dans cette école une chance,
Un p'tit morceau de bonheur,
Qui s'écrit avec ces trois lettres :
Employée de la Vie Scolaire...
Pour l'Éducation Nationale,
Un p'tit bonheur, c'est pas banal,
Un léger baume sur le coeur
De cette Grande Dame
Un peu... bancale !

(Source photo)
Notre bonheur, c'est Géraldine,
En silence elle participe
A la guérison d'la Grande Dame...
Elle est... une Valeur Ajoutée
HUMAINE rentabilité,
Et c'est du bonheur... assuré !
Dès le matin, elle s'active,
C'est sur le net qu'elle s'incline
Les courriers, les notes de service,
Toutes les infos de l'inspectrice,
Et celles de l'Académie....
Mes mots notés au brouillon,
Les compte-rendus de réunion,
Tapés, imprimés, photocopiés,
Enveloppés, adressés, timbrés,
Prêts à être distribués...

(Source photo)
Encadrés, les derniers dessins des CP,
Affichés, sinon... à quoi bon dessiner ?
Un CM vient montrer son texte sur le musée,
Elle l'aide à le recopier, à taper sur le clavier..
Afin de ne pas gêner, le travail commencé,
Un autre enfant vient finir avec elle l'exercice,
Elle explique et décortique, redonne de l'énergie...
Rangée la bibliothèque,
Notés les livres prêtés,
Elle prépare la maquette,
La une du journal scolaire...
Ah! Notre petit journal
« Magique », ils l'ont appelé
Quel travail de fourmi,
J'y passerai......des nuits ?
Sonne la récréation, une mi-temps pour souffler,
Elle me rejoint, souriante, à la main nos deux cafés,
Quelques chaudes gorgées, entre... deux conflits à régler,
Des solutions à trouver, des mots à reformuler,
Une écorchure à soigner, une blessure à consoler...
Et puis... c'est reparti !

(Source photo)
Sur les chemins de la connaissance,
Vaincre ainsi sans cesse l'ignorance,
Avec labeur, effort, sérieux,
S'ouvrir l'esprit, être curieux.
Ne pas oublier l'insouciance,
De tous ces êtres en enfance,
La bonne blague ! ... On la mettra dans le journal,
Les bons gags, et les rires, c'est vital !
Dans les pots
Les peintures sont bien préparées,
Quatre enfants sur un chevalet,
Deux à l'ordi pour recopier,
Les autres en dessin sur papier,
... Sans elle, jamais...
Ce ne serait si bien géré.
Le soir, coup de fil...
C'est Géraldine,
A sa voix, je perçois,
Une blessure qui abîme...
Écoute, me dit-elle... C'est à pleurer !
Du « Pôle Emploi » j'ai reçu... un imprimé,
Dans quelques semaines, c'est marqué,
Votre contrat est terminé...
Ils me demandent ce que j'ai fait,
Pour trouver un futur emploi...

(Source photo)
Sa voix se fêle... « J'ai un emploi ! »
Ils me demandent ce que j'ai fait,
pour me former, pour m'insérer,
Sa voix se gèle.... puis accélère : « Je... suis formée,
depuis trois ans, j'me sens utile, insérée et c'est varié,
pas bien payé, mais... j'veux rester ! »
Sa voix s'étrangle... C'est à pleurer...
Ils me demandent mes compétences
C'que j'ai acquis, que vais-je répondre ?
Il y a l'espace... d'UNE LIGNE
UNE LIGNE.... mais tu te rends compte !
J'ai honte, honte... il aurait fallu UNE PAGE
Au moins UNE PAGE pour répondre,
J'ai honte, honte... pour notre Grande Dame
Pour ceux qui l'ont créée, l'ont fait évoluer,
Qui a tant appris aux enfants,
Qui a tant encore à leur apprendre..
Et Géraldine ???
On n' lui dira même pas MERCI
Bien sûr, pas de parachute doré,
Et même pas d'indemnité
Ils lui précisent... Oh!...comme ils disent
D'étudier ses droits... pour... le R.M.I.
Elle a raison... C'est à pleurer...
Alors qu'on demande chaque jour,
A nos élèves de dire « Bonjour »
De dire « Au revoir » et.... « Merci »
De s' respecter, d'être poli
Comme vous dites, Monsieur Sarkozy...

(Source photo)
Que vais-je dire, à la p'tite fille,
Qui l'autre jour, près de moi, s'est assise,
Et, tout fièrement, m'a dit :
« Tu sais, Maîtresse, moi, quand j'serai grande,
J'irai au collège, comme mon grand frère,
J'irai au lycée, j'passerai mon bac,
Et je ferai... comme Géraldine ! »
Je sursaute... Mon coeur se serre...C'est à pleurer.
C. Picavet
Professeur des écoles
à l'école des Livres Magiques
Saint-Grégoire du Vièvre (Eure)

(Source photo)
En hommage à toutes les Géraldine, Florence, Sabrina, Laurence, Elodie,
à tous les Philippe, Sébastien, et bien d'autres
qui ont valorisé mon travail et participé à la guérison d'la Grande Dame... qui est encore bien malade...
Je ne crois pas à la peur, je crois à la force et à la magie des mots,
Et pour garder notre bonheur, il suffirait de quelque Euros...
Quel patron, quelle entreprise, après trois ans de formation,
Jetterait son salarié, pour prendre un autre, recommencer ?
Quel jardinier, quel paysan, brûlerait sa récolte mûre, après avoir semé, soigné ?
Je n'ai pas fumé la moquette
Je veux seulement que l'on arrête,
De prendre les gens pour des pions,
Qu'on arrête de tourner en rond !
Torpillé le « Chagrin d'école »En mille miettes de BONHEUR !
En l'honneur de tous ces p'tits bonheurs...
INONDONS LE NET
les amis, les décideurs, les chômeurs, les travailleurs, les directeurs, les inspecteurs, employés et professeurs, députés, ministres, rmistes ou artistes, chanteurs, compositeurs, rappeurs, slameurs, radios, journaux, télés, et à tous ceux qui sont... parents... d'un enfant... enfin à chaque être humain de ce pays qui j'espère un jour dans sa vie, a bénéficié d'un peu de bonheur, de cette Valeur Ajoutée HUMAINE rentabilité, dans le giron de la Grande Dame.
P.S. : Ironie..... A la rentrée, c'est presque sûr
Notre petite école rurale
Sera dotée d'une Valeur Matérielle Ajoutée,
Des fonds ont été débloqués,
Huit ordinateurs et un tableau interactif
Nous serons à la pointe du progrès !
Et pour cela, je serai formée !
Mais, qui m'aidera à installer, et à gérer,
Sans Valeur Humaine
Ajoutée ?

(Source photo)
C. Picavet
Professeur des écoles
à l'école des Livres Magiques
Saint-Grégoire du Vièvre (Eure)
Miss You
11:15 Publié dans Colère, Coups de coeur, Miss Terre et bouts de blogs, Tous des humains | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : influence d'internet






Commentaires
Ce texte est magnifique! Grand merci à toi Miss de le relayer ici. Des Géraldine, Elodie et tant d'autres, j'en ai dans mon entourage qui vivent de semblables situations et je suis d'autant plus touchée émotionellement. La machine administrative est redoutable quelqu'en soit le pays. Alors oui, indignons-nous et poussons un énoooooooooorme coup de gueule.
Ecrit par : valentine | 25 février 2011
Cette lettre date de mai 2009 ... Elle n'en reste pas moins d'actualité, peut être encore plus jamais ;-)
Ecrit par : Miss You | 25 février 2011
Lu aujourd'hui dans le journal...
Les enseignants du lycée Charles Tellier de Condé-sur-Noireau (Calvados) ont annoncé jeudi avoir interpellé leur ministre sur le suicide chez lui d'un collègue, dans un courrier mentionnant d'autres cas récents en Basse-Normandie, un autre suicide et une tentative, selon Sud.
"Mon long passage dans l'Education nationale n'a rien cassé (excepté moi). mes colères n'ont rien changé, je n'ai plus de force. Alors je pars", a écrit Bruno Simon, 49 ans, avant de se donner la mort le 11 février, selon les enseignants qui citent ce passage dans leur lettre au ministre Luc Chatel.
Les enseignants ont envoyé à l'AFP une copie de leur courrier, dans lequel ils demandent au ministre son "appui" pour "une réflexion commune sur le mal-être dans notre institution".
Selon un des enseignants, le reste de la lettre du défunt lue aux obsèques par la compagne du professeur décédé "met clairement en cause l'institution. Ce n'était pas quelqu'un de dépressif".
Interrogé par l'AFP, une porte-parole du rectorat a confirmé avoir entendu parler du suicide de l'enseignant de Condé-sur-Noireau mais a renvoyé à sa hiérarchie, non joignable dans l'immédiat, pour plus de commentaires.
(source AFP)
Ecrit par : Anna Galore | 25 février 2011
Je suis un instit. en retraite, ...et j'ai envie de pleurer à la lecture de ce texte...
La situation s'aggrave sans arrêt, et encore, malheureusement, nous n'avons pas tout vu...
Comme quelqu'un l'a dit avant moi...INDIGNONS-NOUS !!!
Ecrit par : mighe | 25 février 2011
"et j'ai envie de pleurer à la lecture de ce texte"
Oui, terrible histoire, en effet, et malheureusement il y en a plein d'autres à longueur d'année...
Ecrit par : Anna Galore | 25 février 2011
"une porte-parole du rectorat a confirmé avoir entendu parler du suicide de l'enseignant de Condé-sur-Noireau mais a renvoyé à sa hiérarchie, non joignable dans l'immédiat, pour plus de commentaires"
Certains silences sont de terribles mépris.
Une porte-parole silencieuse qui renvoit pour plus de commentaires à une hierarchie injoignable, c'est aussi lamentable qu'indécent.
Ecrit par : Miss You | 25 février 2011
Ah çà ! L'irresponsabilité de la République et donc des hommes et des femmes qui la représentent, c'est de pire en pire et pourquoi ? Parce qu'on ne gouverne plus un peuple mais on fait de la politique, on gère des budgets, "- Mais non ! Mais non ! Je ne crois rien ! J'ai répondu n'importe quoi. Je m'occupe, moi, de choses sérieuses !
Il me regarda stupéfiait.
- De choses sérieuses !
Il me voyait, mon marteau à la main, et les doigts noirs de cambouis, penché sur un objet qui lui semblait très laid.
- Tu parles comme les grandes personnes !
Ça me fit un peu honte. Mais, impitoyable, il ajouta:
- Tu confonds tout... tu mélanges tout !
Il était vraiment très irrité. Il secouait au vent des cheveux tout dorés:
- Je connais une planète où il y a un Monsieur cramoisi. Il n'a jamais respiré une fleur. Il n'a jamais regardé une étoile. Il n'a jamais aimé personne. Il n'a jamais rien fait d'autre que des additions. Et toute la journée il répète comme toi: "Je suis un homme sérieux ! Je suis un homme sérieux !" et ça le fait gonfler d'orgueil. Mais ce n'est pas un homme, c'est un champignon !
- Un quoi ?
- Un champignon !
Le petit prince était maintenant tout pâle de colère.
- Il y a des millions d'années que les fleurs fabriquent des épines. Il y a des millions d'années que les moutons mangent quand même les fleurs. Et ce n'est pas sérieux de chercher à comprendre pourquoi elles se donnent tant de mal pour se fabriquer des épines qui ne servent jamais à rien ? Ce n'est pas important la guerre des moutons et des fleurs ? Ce n'est pas plus sérieux et plus important que les additions d'un gros Monsieur rouge ? Et si je connais, moi, une fleur unique au monde, qui n'existe nulle part, sauf dans ma planète, et qu'un petit mouton peut anéantir d'un seul coup, comme ça, un matin, sans se rendre compte de ce qu'il fait, ce n'est pas important ça !
anti
Ecrit par : anti | 25 février 2011
Texte magnifique et terrible.. j'envoie le lien à tout va.
Au moins que l'on sache, et les commentaires aussi...
Ecrit par : sapotille | 26 février 2011
Fais passer Sapotille : ce n'est jamais trop connu, jamais trop su. Bien au contraire !
Pour tous les Géraldine, Elodie, Philippe, Sébastien, ... Merci à toi :-)
Ecrit par : Miss You | 26 février 2011
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