14 juin 2011
Des corridas humaines sous Franco
En marge du concert de Youssou à Nîmes, nous avons fait la connaissance de Jules qui nous a raconté un souvenir d'enfance renversant.
Comme nous étions au pied des arènes et un jour de féria, en plus, Jules a lancé la conversation sur les corridas en précisant qu'il n'aimait pas ça du tout. Nous lui avons répondu que nous non plus et que nous étions même actifs auprès d'associations pour obtenir son abolition.
Jules nous a alors dit pour quelle raison hors du commun il n'avait jamais aimé la corrida. Âgé aujourd'hui d'une cinquantaine d'années, il est d'origine espagnole. En pleine montée du franquisme à la fin des années 30, son grand-père était républicain. Il a été arrêté puis torturé et exécuté d'une façon dont nous n'avions jamais entendu parler : au cours d'une corrida privée où il s'est retrouvé à la place du taureau.
Les tortionnaires franquistes pratiquaient des corridas humaines.
Le prisonnier était poussé dans une petite arène et, face à lui, des picadors et un torero venaient le torturer en suivant exactement le rituel sinistre de la corrida - coups de piques pour lui faire perdre du sang, banderilles plantées dans le corps et au bout, mise à mort transpercé par l'épée du matador.
Si vous avez lu mon livre Le soleil sous la Terre, vous vous doutez de ce qu'ont pu être nos pensées à l'écoute de ce souvenir sinistre. La réalité dépasse toujours la fiction, surtout lorsqu'on croit imaginer le pire.
Le père de Jules, républicain également, a fini par fuir l'Espagne et à se réfugier en France à Bourges, comme beaucoup d'autres. C'est ainsi que Jules est né en France.
De temps en temps, il revient en Espagne pour retrouver ceux de sa famille restés au pays et il essaie de passer par dessus le fait que certains d'entre eux, dans les années noires, ont aussi été des franquistes et des délateurs.
Devenu adulte, il a voulu une fois assister quand même à une corrida. Il était tout au bord de l'arène. Il nous a raconté que ça a été un vrai massacre, une agonie interminable avec du sang qui giclait et un taureau refusant de mourir qu'il a fallu achever, à quelques mètres de lui, à coups de poignard.
Depuis, Jules n'a plus aucun doute sur le fait que la corrida est une horreur injustifiable, en plus d'être une torture franquiste.
Photos : (1) Jules pendant le concert de Youssou, (2) anti-corrida.skyrock.com/
08:30 Publié dans Accueil, Tous des humains | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : rencontre, le soleil sous la terre, corrida






Commentaires
Je n'ai rien trouvé sur ces pratiques de corrida humaine sous Franco sur internet mais je veux bien le croire sur parole ; la folie des hommes bien souvent dépasse la fiction.
La rencontre de Jules a été un des très beaux moments de la soirée de dimanche dernier, beau parce que Jules à ce désir d'aller à la rencontre de l'autre et cette ouverture sans fausse pudeur.
anti
Ecrit par : anti | 14 juin 2011
Sur cette histoire de corrida humaine, j'ai cherché aussi en préparant ma note mais rien non plus, comme tu sais.
Le problème, c'est que l'association des mots-clés "corrida" + "torture" mène vers tous les sites anti-corrida, que "corrida" + "Franco" ne donne rien non plus puisque Franco était un fervent afficionado et que même "corrida" + "Franco" + "torture" ne donne rien puisque "Franco" et "torture" sont très liés pour des raisons évidentes.
La seule chose que cela confirme est que la corrida est une torture, même aux yeux des aficionados.
Ecrit par : Anna Galore | 14 juin 2011
Oui ! je pense qu'il y a une réalité, car en lisant cet article, je me suis souvenue que quelqu'un m'en avait déjà parlé, il y a de nombreuses années, et cela m'avait horrifiée ! Hélas ! en même temps rien d'étonnant, ce que l'homme fait subir comme souffrances aux animaux il peut également le faire à ses semblables !
Ecrit par : sylvana | 14 juin 2011
Une fois de plus, la preuve est faite de la capacité sans limite de l'homme à l'abominable.
Hier en fin d'après-midi, alors que la feria s'achevait, en entendant l'orage gronder puis éclater, j'avais la sensation que le ciel manifestait sa colère devant les horreurs de la corrida.
Ecrit par : Miss You | 14 juin 2011
Comme au temps des gladiateurs !
Je suis en état de choc ; il n'y a pas de limite à la barbarie.
Ecrit par : terrevive | 14 juin 2011
Je suis d'origine Espagnole par mon père et j'ai des cousins en Espagne qui on fait des recherches généalogique.
Je savais que mes arrière-grands parents avaient été exécutés en Andalousie, mais ce que je ne savais pas c'était de quelle manière ! Mes cousins m'ont rapporté que dans les arènes de Badajoz des corrida humaines avaient été organisées et que mes arrières-grands parents faisaient parti des victimes de Manolito. Grand toréador proche de Franco mais ça personne n'en parle !!!
J'ai été horrifiée par cette histoire mais comme vous je n'ai rien trouvé sur le sujet sur la toile à par les propres de Jules.
Ecrit par : d'origine Espagnole | 03 septembre 2011
Merci pour votre témoignage qui vient confirmer l'existence de ces horreurs.
Ecrit par : Anna Galore | 03 septembre 2011
Sujet tabou : Suite à votre article au mois de juin, j'ai essayé d'aborder le sujet sur Midi Libre avec un commentaire qui bien entendu a été censuré !Ces témoignages seraient intéressants à être divulgués, cela ternirait d'avantage l'image de la corrida.
Hier en passant à Générac (petite bourgade à 2 Km de mon village (Beauvoisin) j'ai aperçu la gendarmerie devant les arènes. Je me suis fait un plaisir de rouler doucement -pour une fois j'étais en règle avec mon C.T.) ils n'étaient pas là pour les automobilistes, mais parce que les arènes avait été taguées par les anti-corrida. J'étais ravie, cela m'a ramenée 20 ans en arrière. N'empêche que le soir en revenant de Nimes, ils avaient concrétisé leur IGNOMINIE (terme que j'adore, emprunté à Anti). Ils étaient trois pelés et un tondu à fêter leur forfaiture. Je n'avais qu'une envie, c'est de revenir 20 ans en arrière...N'empêche que le mot "torture" tagué en rouge se voit quand même sous les couches de peinture repassées à la va vite !!!
Ecrit par : sylvana | 03 septembre 2011
Merci pour votre témoignage "d'origine Espagnole". Il serait intéressant que d'autres personnes puissent apporter des informations, y compris votre famille qui a découvert ces faits.
Sylvana ;-)) Allez, on continue !!! Droit devant !!! Je t'ai mis une petite note qui devrait te réjouir !
anti
Ecrit par : anti | 03 septembre 2011
"N'empêche que le soir en revenant de Nimes, ils avaient concrétisé leur IGNOMINIE (terme que j'adore, emprunté à Anti)." reprend Sylvana;
C'en en est même arrivé à de "L'IgnoNIMIE"
Ecrit par : terrevive | 03 septembre 2011
Excellent !
Ecrit par : Anna Galore | 03 septembre 2011
Décidément, pendant des années, on n'entend jamais parler de certains sujets et puis il suffit que ces sujets soient une fois abordés, après ils arrivent à vous sans que vous n'ayez rien provoqué. Hier après-midi, un couple d'un certain âge -77 et 80 ans originaire de Redessan (village à une quinzaine de Km de Nîmes), m'apporte deux chatons que des personnes avaient déposé chez des voisins. La gentille dame, très touchante a pris ces chatons, mais avec l'intention de pouvoir les caser, elle a deux chats mais étant donné son âge, ne voulait absolument pas les garder. Donc une bonne discussion s'engage sur les animaux. Ces personnes habitent près des arènes, et bien entendu le sujet de la corrida et ses atrocités se sont imposés tout naturellement. Tous les deux m'ont dit très spontanément : "Madame, savez-vous que sous Franco, certains condamnés à mort étaient tués par Manolete (célèbre toréro des années 40) avec les mêmes règles qu'une corrida ? Je leur ai demandé comment ils avaient appris cela ! Là les souvenirs sont plus flous, ils ne savent plus si on leur avait raconté ou s'ils l'avaient vu dans les journaux. La seule chose dont ils se souviennent c'est d'avoir vu une photo. Mais il semblerait que les réfugiés espagnols en ont fait mention au début, et peut être voyant l'intérêt que les gens du sud accordaient à cette pratique barbare, et déjà traumatisés, ils ont préféré se taire. Peut-être assiste-t-on à l'effet inverse !!! Tant mieux !!!
Ecrit par : sylvana | 24 septembre 2011
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