10 juillet 2011
Odilon Redon à Fontfroide et à Montpellier
Après son étape parisienne au Grand Palais, et avec une escale à l’Abbaye de Fontfroide (où se trouve la plus belle des réalisations décoratives de Redon), l'exposition « Odilon Redon. Prince du rêve » est présentée au Musée Fabre de Montpellier jusqu’au 16 octobre 2011.
Outre la découverte ou des retrouvailles avec le travail de Odilon Redon, artiste aux inspirations multiples, cette exposition permet de voir sous un autre angle une des nombreuses merveilles architecturales de notre pays et l’un de mes lieux préférés parmi tous : l’abbaye cistercienne de Fontfroide (dont je vous avais un peu parlé ici et là).
Redon à l'abbaye de Fontfroide
C'est au cours de l'automne 1908 que Redon découvre pour la première fois l'abbaye de Fontfroide, située au pied des Corbières, à une dizaine de kilomètres de Narbonne. Il y est invité par le propriétaire des lieux, son ami Gustave Fayet (1865-1925), un peintre originaire du sud de la France qui cultive ses terres viticoles et collectionne des oeuvres d'artistes de son temps, en particulier de Gauguin et d'Odilon Redon.
Fayet a acquis en 1908 l'abbaye cistercienne de Fontfroide, fondée à la fin du XIe siècle et laissée à l'abandon depuis 1901. Avec son épouse Madeleine, il entreprend de grandes restaurations et décorations, faisant appel à Redon en 1910 pour la réalisation de panneaux destinés à l'ancien dortoir des moines transformé en bibliothèque. […]
Sous les voutes de Fontfroide
[…] C'est lorsque Redon séjourne pour la seconde fois dans l'abbaye, à Pâques 1910, qu'il s'entend avec Fayet pour décorer la grande pièce carrée de près de dix mètres de côté. Deux grands panneaux de 6,5 mètres de large et 2 mètres de haut, divisés en trois parties, se feront face sur les murs latéraux, tandis qu'au-dessus de la porte sera placé un panneau d'un mètre de large.
Redon a toute latitude pour le choix du sujet.
Il rentre à Paris et commence la réalisation du premier des grands panneaux, Le Jour, dont il vient superviser l'installation à la fin de l'été 1910 avant de commencer sur place le second panneau, La Nuit.
Il décrit dans une lettre à Bonger l'atmosphère dans laquelle ces travaux se déroulent :

« La Nuit »
© Henri Gaud
"Je vous écris de sous la voûte de la grande salle que je décore, dans le vieux cloître.
J'ai emporté le travail pour le continuer sur place. Ca m'intéresse énormément. […]
J'ai risqué la représentation (toujours indéterminée) d'un quadrige conduit par un ou deux être ailés,
sorte de fleurs - au milieu des montagnes et de divers gris lumineux.
Au mur de face est un autre panneau que j'esquisse en noir,
et avec la permission de laisser au dévergondage toute la fantaisie imaginaire possible.
Le Noir sur grande surface est terrible. Il ne faut pas en abuser, je le vois.
On ne sait, on n'apprend qu'au cours d'une exécution.
C'est la première fois que je me tourmente en face de pareille surface […].
Je conduis la chose, entouré d'une société d'invités fort vivants, enjoués,
sous le soleil gai et lumineux du Midi.
Belle région, non loin de celle que représenta Cézanne, aussi Van Gogh.
Je la vois avec des yeux autres, naturellement".
Après avoir terminé, in situ, Le Jour, Redon travaille donc à La Nuit, qu'il terminera à l'inverse à Paris et ne sera installé qu'à l'automne 1911.
Le Jour, La Nuit, Le Silence
Dans leur opposition thématique, comme dans les sujets représentés, les deux panneaux peuvent être perçus comme une synthèse de l'art de Redon. Le jaune éclatant qui domine Le Jour, l'exubérance des fleurs qui envahissent les parties latérales sont caractéristiques du Redon de la seconde période, celui qui se passionne pour la couleur. […]
[…] La Nuit, quant à elle, ressuscite des formes souvent présentes dans les Noirs des années 1870-1880 : ange déchu, têtes ailées, femmes voilées… Mais ces visions semblent plus douces, moins inquiétantes que les créatures d'autrefois.
Aux visages souriants ou paisibles, Redon a donné les traits des habitants de Fontfroide et de leurs amis : les deux femmes voilées sont Madeleine Fayet et sa fille Simone, on reconnaît dans les feu-follets papillonnant à droite de l'arbre les profils de Camille Redon, de Gustave Fayet et de ses deux fils, Léon et Antoine… […]
[…] Mais qu'il s'agisse du Jour ou de La Nuit, de l'époque des Noirs ou de la période colorée, une même constante unit tout l'oeuvre de Redon : le caractère mystérieux et onirique de ses créations. Cette atmosphère est en adéquation parfaite avec le contenu de la bibliothèque de l'abbaye de Fontfroide qui regorge d'ouvrages traitant d'occultisme et d'ésotérisme, domaines qui passionnent les intellectuels français à la fin du XIXe siècle.
Comme un ultime clin d'oeil aux obsessions de Redon et aux caractéristiques du lieu, le dernier panneau, sous lequel on passe en quittant la bibliothèque, représente au milieu d'halos dorés un mystérieux personnage au visage sombre qui pose son index sur ses lèvres.
Intitulée Le Silence, cette oeuvre semble inviter le spectateur au calme et à la sérénité propres à une bibliothèque et à une abbaye, tout en gardant le secret sur le monde ambigu et indéfini des rêves.
Extraits du superbe dossier à lire
sur le site du Musée d’Orsay
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(source photo)
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Lumières d'Odilon Redon
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11:15 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : musées, musée fabre, peinture, nîmes et ses alentours















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