23 octobre 2011
L'apprenti et le sage

Nous avons marché vers la place principale. De nombreuses personnes sérieusement imbibées d'alcools divers commençaient à partir vers d'autres lieux. Aussi dingue que cela puisse paraître, on pouvait sentir un nuage de pastis dans leur sillage. Après avoir pris un thé, nous sommes allés vers une galerie toute proche voir une boutique qu'on aime beaucoup, celle de Jean-Michel Testard, spécialiste de tapis orientaux mais aussi d'autres objets venus d'Asie. Nous avons eu de la chance, il était là. Je l'ai salué - nous nous sommes rencontrés à plusieurs reprises dans le passé - et nous avons commencé à bavarder.
Je lui ai demandé s'il peignait toujours - ses tableaux représentent souvent des scènes orientales croquées lors de ses voyages. C'est amusant comme une question banale peut ouvrir une porte qui laisse voir sur des trésors insoupçonnés.
- Non, je ne peins plus trop en ce moment. J'ai posé mes pinceaux pour me mettre à écrire.

Il nous raconte que lorsqu'il avait quinze ans, il a suivi les enseignements d'un maître très âgé en Afghanistan, qui lui a appris non seulement à tisser des tapis mais à comprendre la vie. Son manuscrit a d'ailleurs pour titre Apprentissage et il y voit les mots "apprends-tissage". Car ce que son maître lui a appris, c'est que le tissage a été le premier métier mis au point par les hommes qui nécessite une transmission, un "apprends-tissage".
Et il énumère tous les mots de notre vocabulaire qui, selon lui, gardent encore la trace de la place ancestrale du tisserand : on parle de tissu social, de trame d'un discours, de tisser des liens et donc, d'apprentissage pour tout ce qui est transmission des connaissances. Il nous raconte aussi le langage secret des motifs des tapis et les histoires universelles qui sont racontées par des dessins apparus il y a dix mille ans.
Son maître lui a aussi fait comprendre ce qu'est l'équilibre en l'emmenant voir un aigle voler et en lui disant de fermer les yeux pour mieux le voir voler. Pendant que le jeune apprenti imaginait l'oiseau, le maître lui disait : "Regarde bien, maintenant je vais lui enlever juste une toute petite plume et voilà, il n'arrive plus à voler droit et il tombe. Tu vois, l'équilibre, il suffit de très peu pour le perdre".

Il raconte tout cela avec bonhommie. Sa joie de vivre est évidente. Et tous les jours il remercie mentalement son maître pour tout ce qu'il lui a appris et il mesure le chemin qu'il a parcouru, d'apprenti à sage.
Très belle journée à vous
08:30 Publié dans Accueil | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : rencontre






Commentaires
Jolies couleurs, jolis jeux de mots.
Ce magasin est un lieu de pensées et on a envie de s'asseoir dans le fauteuil qui nous tend les bras pour se laisser porter et ressentir.
Ecrit par : Terrevive | 23 octobre 2011
C'était un régal, en effet ! Je pense que tu aimerais beaucoup rencontrer ce monsieur passionnant.
Ecrit par : Anna Galore | 23 octobre 2011
Ce week-end est définitivement placé sous le signe de l'enchantement. Cette rencontre avec Michel en fait partie intégrante. J'ai pensé aussi à toi Kathy quand il racontait sa science du tissage et cette fabuleuse histoire d'apprentissage au fin fond de l'Afghanistan... Soupir de bonheur... ah ! oui ! il faut quand même aller faire à manger là ;-)
A un petit peu plus tard,
anti
Ecrit par : anti | 23 octobre 2011
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