31 janvier 2012

Le café vu par David Lynch

David_lynch.jpgQuand on regarde une publicité pour le café à la télé, on a l'impression qu'il s'agit là de la boisson la plus aphrodisiaque ou la plus hallucinatoire jamais découverte par l'être humain. Et en plus, c'est en vente légale, alors que de toute évidence il s'agit d'un produit défendu qui nous plonge dans le stupre et le lucre les plus débridés.

Pas pour David Lynch. Le célèbre réalisateur, qui a conçu des films aussi décalés que Elephant Man et Eraserhand et aussi complexes (d'aucuns diront incompréhensibles) que Mulholland Drive ou la série Twin Peaks, est un fan absolu de café, au point de créer sa propre marque avec du café bio produit en commerce équitable.

Et qui aurait pu faire les spots publicitaires pour le promouvoir ? Personne d'autre que lui, bien sûr.

Il en a fait un premier 2010 où on le voit pendant plus de quatre minutes tenir dans la main la tête d'une poupée Barbie en gros plan, à qui il s'adresse pour lui vanter les mérites de son café.

Un second spot a été mis en ligne récemment. Oubliez la sensualité, l'érotisme, le merveilleux. Pour David Lynch, le café est noir. Et noir, c'est noir, comme le sont ses films.

Action !



Vous reprenez du café ?


Photo : Wikipedia

Mon père aimait le piano - inédit de R. Notenboom -

42146528657086806451610.jpgVendredi 27 janvier dernier, Robert Notenboom était l'invité de Samantha Barendson pour la soirée "Carte Blanche" qui se tenait à Lyon.

À cette occasion, le poète y a lu un court texte inédit délicieux, Mon père aimait le piano, inspiré par une série de trois photos : quelque chose qui ressemblait à un piano, une voie ferrée et la photo d'une caravane ou d'un mobil-home.

Ce texte, Robert est heureux de le partager avec vous. Le voici :

Mon père aimait la musique, le piano surtout. Toute ma famille aimait la musique et tout le monde avait un piano. Et c’était bien de jouer du piano.

Le nôtre était noir. C’était un piano droit. Je ne me souviens plus de sa marque. Je n’aimais pas sa sonorité. Je n’aimais pas la barre de cuivre que mon père avait fixée au-dessus des touches pour que je tienne bien mes poignets. Ni la toile que mon père avait tendue par-dessus pour que je ne puisse pas voir mes doigts pendant que je jouais. «Jouais», le mot est impropre, pendant que je m’échinais à taper des exercices qui dans mon souvenir s’apparentent à la torture. Des études de Czerny, je crois et d’autres sadiques dont j’ai oublié les noms.

Mon père était ingénieur aux chemins de fer. Il m’aurait voulu aussi bon que lui en maths et au piano. En maths, j’étais nul et je passais d’horribles soirées avec lui en pleurant sur « le calcul en riant ». Mon père était très fort en calcul mental. On lui disait 24 546 multipliés par 17 522, il vous donnait le résultat instantanément. Comme il avait une extraordinaire mémoire et la capacité de se représenter ce qu’il pensait comme s’il le voyait sur un écran, il était aussi imbattable aux échecs, imaginant à l’avance une série d’hypothèses et leurs répliques. Je me souviendrai toute ma vie des heures interminables passées en face lui, vaincu d’avance, à sa fureur désespérée parce qu’il aurait aimé que je fusse aussi brillant que lui et souffrait de me mépriser. Pareil en musique, il jouait très bien et par cœur. Des sonates de Beethoven. Il adorait Beethoven, disait-il. Il le jouait très vite, en virtuose, sans faire jamais passer une once se sentiment. Moi, j’ai très vite détesté Beethoven. Je préférais Bach. Mon père me disait que ce n’était pas normal d’aimer Bach quand on était nul en maths. Que Bach, c’était une musique pour mathématicien, qu’il n’y avait pas de sentiment dans Bach. Il faut que je vous dise qu’à cette époque reculée, il n’était pas à la mode de trouver du sentiment dans Bach. Il aurait donc compris que je ne l’aimasse pas. Notre voisin, qui habitait cette magnifique propriété de l’autre côté de notre rue, Marcel Von der Wiese, un grand pianiste, interprétait Bach de cette façon mécanique, coutumière à l’époque. Moi, Bach me tirait des larmes. Surtout si c’était moi qui le jouais. Mais comme je n’étais pas un virtuose, je le jouais mal, trop lentement. D’ailleurs, dans la journée, je ne faisais pas les exercices que mon père me demandait et préférait improviser ma propre musique, mais comme c’était des airs très lents, cela n’apportait rien, me disait-il, et ne me faisait faire aucun progrès. Au contraire, cela me faisait perdre du temps. Pour lui, c’était aussi vain et nuisible que le temps que je gaspillais à rêver ou à écrire de la poésie.

Pour bien comprendre ce qui arriva, il faut savoir comment ma mère et moi ressentions la présence de mon père. Le matin, comme il partait tôt pour l’usine, nous faisions semblant de dormir pour ne nous lever qu’après avoir entendu claquer la porte de fer de notre jardinet. Plusieurs rebondissements avant que la porte ne se referme pas vraiment. Depuis j’ai toujours détesté qu’on claque les portes. Je n’en ai jamais claqué une seule. De la même façon, mon père criait beaucoup eh bien, moi je n’ai pratiquement jamais crié. Ensuite, la journée se passait normalement. Paresseusement, puisque j’étais paresseux et que ma mère ne faisait pas grand-chose. Le soir, quand venait l’heure du retour de mon père, l’inquiétude montait, ma mère commençait à s’affairer à la cuisine ou ailleurs ; moi, je m’enfermais dans ma chambre.

Un jour, un jeudi matin, - en ce temps-là les mercredis tombaient le jeudi comme aujourd’hui à Lyon le jeudi est tombé un vendredi -, peu après le départ de mon père, - je sais, je n’étais pas non plus courageux – pris d’une sorte de rage froide au souvenir de la soirée de torture précédente, je descendis à la cave où mon père s’était fait une sorte d’atelier de bricolage – il aimait travailler le bois et, jeune, aurait aimé devenir menuisier – et en remontai avec un maillet et une hache. Calmement d’abord, l’excitation montant progressivement en moi, la hache de la main gauche – en plus de tous mes autres défauts, j’étais gaucher – le maillet de la droite, j’entrepris de démolir consciencieusement et systématiquement le piano. Je m’acharnai tout particulièrement sur la barre de cuivre, la toile tendue au-dessus d’elle et fis sauter les notes une à une comme les tortionnaires de ma jeunesse faisaient des dents des suppliciés. Puis je partis. Sans claquer la porte, la laissant grand ouverte.

Nous habitions le long de la voie ferrée, dans une des petites maisons mitoyennes de la « Deutsche Bahn ». Je la suivis, sans but, sans autre but que de partir. Je courais, chantonnant, psalmodiant plutôt des paroles rageuses comme pour entretenir ma colère. Puis, la folie qui s’était emparée de moi cédant à la fatigue, je cessai de courir et ralentis mon pas. J’avais perdu de mon assurance. En fait, je serais bien rentré à la maison, mais, terrorisé par ce qui se passerait, je continuai à marcher devant moi, m’efforçant de ne pas trop penser. Ce qui m’était assez facile parce que j’ai toujours eu une grande facilité pour m’évader dans une sorte de brume rêveuse. Il y avait deux voies, quatre rails ; cela ressemblait à une portée de musique grégorienne. Ne sachant vraiment où aller, inconsciemment, je me mis à divaguer d’un rail à l’autre au rythme des quelques notes que je fredonnais, les écrivant d’une façon éphémère, de mon pas de plus en plus hésitant.

Le soir tombait. J’avais froid. J’étais fatigué. Un rayon de lune donnait aux choses une apparence monstrueuse. Les rails brillaient, me montraient mon chemin. À la fois lumineux et inquiétant. Tout le reste était ténèbres..

Je ne chantais plus. Étais-je éveillé ? Je pense que je marchais encore, d’un pas assez rapide, machinalement, presque endormi quand j’aperçus à ma droite un abri qui ressemblait à une caravane que l’on aurait abandonnée là. Je m’en approchai. La porte était entrouverte. J’y entrai et me laissai tomber à terre entre des bidons d’huile ou d’essence. Mon sommeil s’y poursuivit, habité de cauchemars, de souvenirs.

Ce fut le froid qui me réveilla. La nuit était tombée. Par les planches disjointes de la caravane, j’aperçus comme une clarté, des lumières rouges, bleues, jaunes qui vacillaient. Me parvenaient également des cris, des rires, des chants, le miaulement d’une sorte de violon, d’autres instruments encore. Je me traînai jusqu’à la porte, la poussai. Elle s’ouvrit d’un coup et je fus comme projeté en plein milieu d’un groupe d’hommes, de femmes, d’enfants, comme happé par une scène de théâtre où tout un monde bigarré et bizarre chantait, jouait. Je fus accueilli par un grand éclat de rire de toute l’assistance.

- Tu as dormi là-dedans ? me demanda un vieil homme barbu dont les yeux bleus moqueurs étaient cependant pleins de gentillesse.

Sans attendre ma réponse qui n’aurait été qu’un vague bredouillement, il me fit signe de m’approcher du feu. Une vieille femme me tendit une tasse d’une boisson fumante. Probablement du thé. Le violoniste, un jeune homme grand et chevelu, brandit l’archet de son violon et tout le monde se tut pour que peu à peu naisse et s’élève une mélodie pleine de passion, soutenue par les balalaïkas et reprise en contrepoint par le cymbalum. La mélodie s’enfla jusqu’à une sorte d’extase à la fois enthousiaste et paradoxalement désespérée pour s’écrouler en cascade, le chant des balalaïkas torsadant avec celui du cymbalum. C’est à ce moment que je m’aperçus que j’aimais la musique.

Le temps me manque pour vous raconter la suite par le menu… mais s’il nous reste quelques minutes, je suis à votre disposition pour vous dire comment tout cela finit et faire la part du vrai et du faux. Mais alors, je vous demanderai de vous rappeler que le mensonge est souvent plus vrai que la réalité en ce qu’il exprime ce que nous avons de plus profond en nous, ce que nous aurions aimé vivre et n’avons su qu’esquisser.



anti

Photo Robert Notenboom © Samatha Barendson

Brûler l'obscur

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Il y a des périodes comme ça, que tout le monde connait. Des moments où il semble que tout va mal, que les ennuis s'accumulent et que chaque nouvelle contrariété vient un peu plus obscurcir les précédentes, depuis le petit agacement sans importance jusqu'au danger majeur d'ouragan destructeur.

Nous avons traversé cette phase sombre depuis des semaines, Anti et moi, non dans nos rapports qui sont au beau fixe mais vis-à-vis de ce qui nous entoure, à commencer par nos boulots, durement secoués par toutes sortes d'obstacles, d'autant plus difficiles à surmonter qu'ils nous tombaient dessus en synchronisme.

Hier matin, le moral était au plus bas. Et puis, parce qu'il y a toujours un fond et que quand on l'a atteint, on ne peut que remonter, la spirale négative a commencé à s'inverser.

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Anti a cru qu'à 10h10 elle arrivait en retard à un rendez-vous pour cause de portail électrique bloqué faute d'électricité et la personne qu'elle venait voir lui a dit que le rendez-vous n'était pas à 10h mais à 10h30. Elle n'était plus en retard, mais en avance. Un tout petit rien, mais un de bien.

De mon côté, une lueur d'amélioration filtrait à travers la mélasse qui englue ma boîte, avant de redisparaître, puis de s'affirmer de façon différente en fin de journée comme une vraie voie de sortie de crise, même si ce n'est que provisoire (tout ne l'est-il pas ? alors, savourons toutes les victoires, même si elles sont éphémères).

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Alors que je rentrais tard à la maison, le cœur enfin léger, en poussant la porte j'ai vu, entendu et senti en même temps la flambée qu'Anti avait lancée dans la cheminée. Et ça, c'est du bien-être immédiat, demandez à n’importe quel chat, il vous le ronronnera sans hésiter.

J'ai posé mes affaires. Anti était au téléphone et j'ai compris à ses mots qu'elle venait de confirmer avec l'un de ses nouveaux auteurs que son livre se ferait - un qu'il me tarde de découvrir tellement j'ai de tendresse pour celui qui l'a conçu. Lorsqu'elle a raccroché, nous avons parlé de nos remontées parallèles vers la lumière et la sérénité, parce que - et c'est heureux - il y a aussi des périodes comme ça, où tout se met à aller mieux.

Devant le feu qui brûlait l'obscur et réduisait nos soucis en cendres en nous offrant sa chaleur généreuse, il y avait un bonheur félin de profiter de l'instant, des fruits gorgés de soleil, une complicité de bonheur.

Très belle journée à vous

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30 janvier 2012

Ji Dahai expose à Nîmes

lycée camus exposition ji dahai - janvier 2012.png

EXPOSITION JI Dahai
du 10 au 31 janvier 2012
Vernissage : Le mardi 10 janvier à 17 h
Conférence d’ouverture : Le mardi 10 janvier à 15 h

Lycée Albert Camus
Bâtiment G salle polyvalente
51, avenue Georges Pompidou à Nîmes
30911 Mîmes cedex 2
Tél: 04 66 62 91 71
Fax: 04 66 62 98 36
Courriel: cdt.camus@ac-montpellier




Avec tout ce qui se passe en ce moment, j'ai omis de vous parler de l'exposition du peintre Ji Dahai qui se tient jusqu'à demain à Nîmes au Lycée Albert Camus. Peut-être vous souvenez-vous de l'article qu'Anna lui avait consacré en 2009 ? Non ? Alors voici ce qu'elle disait :

Ji Dahai est un peintre chinois qui vit depuis quelques années dans le sud de la France.

Je l'ai rencontré il y a un peu plus de deux ans, alors qu'il dédicaçait l'un de ses livres, "Le voyage d'un peintre chinois en Provence", après en avoir fait publier un premier sur son parcours le long des chemins de Compostelle.

Nous avions alors parlé de calligraphie et de son regard particulier pour peindre les paysages provençaux comme s'ils étaient des tableaux chinois. Nous avons eu par la suite quelques échanges par mail.

C'est ce qui m'a valu le plaisir de figurer parmi les destinataires d'un message donnant de ses nouvelles. (...)

Son mail se termine par ces mots : "En contemplant des roses toujours fleuries devant notre fenêtre, après une tempête de neige au sud de la France, nous vous souhaitons, Cécile et moi, une bonne et heureuse année 2009 !"


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Voici ce qu'en dit Jean-Louis Bougard dans la présentation de cette exposition :

Né en 1968 à Pékin, JI Dahai vit aujourd’hui en Provence. Issu de la tradition chinoise des Lettrés, inspiré par la calligraphie et la poésie contemporaine, cet artiste utilise l’encre sur soie et le papier Xuan pour exprimer la lumière, entre la lumière réelle et celle de son intérieur. Son œuvre est une ode à la beauté, la nature et l’amour.

Il peint la rosée, la montagne, les peupliers blancs ou les coquelicots. C’est chaque fois une caresse, un souffle, un murmure. Pour d’autres œuvres, la délicatesse du pinceau frôle ou s’affirme en un geste unique et d’une particulière sûreté pour dire sa pensée. Voyageur tranquille, il cueille et grave les pierres de montagnes et les galets des rivières pour en faire des sceaux. Sa grande maîtrise des matières en fait aussi un merveilleux céramiste. La matière n’est que le support de sa pensée. Et le regard du spectateur s’attarde et s’attache à ce propos jusqu’à l’ivresse.


Bonne exposition et/ou bonnes lectures !

anti

Le tétris, cépatris

Hier matin, quand Anti s'est réveillée, ça n'allait pas. Elle n'avait même pas envie d'aller faire notre petit jogging dominical, c'est dire. Après un petit moment, elle a fini par me dire ce qui la déprimait. C'était l'étagère face à notre lit.

DSCN7533.jpgSur cette étagère se trouvaient des tas de trucs liés à son boulot - des livres qu'elle a édités, en plein d'exemplaires, des enveloppes pour les envois, des emballages, ce genre de choses. Avant, elle était dans la chambre d'Enzo mais depuis les travaux, avec la place que prend l'escalier qui monte vers les combles, il a fallu la caser ailleurs et elle s'est retrouvée dans notre chambre. Et depuis plus de deux mois, elle est là, l'aménagement des combles étant loin d'être terminé faute de sous pour faire l'isolation.

S'endormir le soir et se réveiller le matin avec vue sur son boulot, merci mais non. Au bout d'un certain temps, trop c'est trop. Anti est passée à l'action : virer l'étagère et son contenu. Mais où ? Peu importe. Ben tiens, en bas, dans le débarras. Première étape, tout poser par terre et sur le lit. Seconde étape, bouger l'étagère, plutôt encombrante, sans la démonter.

On a fini par la porter, la trainer, la rouler jusqu'au rez-de-chaussée en passant par dehors. Le débarras était vraiment trop plein et pas assez profond pour la contenir. La buanderie ? Oui, à condition de déplacer un certain nombre d'autres choses diverses. Le grand jeu de tétris, l'une des spécialités d'Anti, a commencé. Une fois la place dégagée, impossible d'y faire glisser l'étagère, les alignements de portes étant trop étroits. Encore un détour par l'extérieur puis retour dans la maison par la porte de la chaufferie et hop, enfin, elle a pu prendre sa nouvelle place.

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Ensuite, c'était facile : on a descendu tout ce qu'elle contenait. Facile mais crevant. Pour me seconder, j'avais Enzo et Anghbor. C'est allé assez vite. Anti a tout rangé à nouveau pendant que je terminais une pile de repassage commencée le matin.

Mais ce n'était pas fini. Il y avait de la poussière un peu partout. Du coup, on a fait un ménage en grand. Et touche finale, Anti a pu ré-arranger la chambre de façon agréable, sans le mastodonte qui occultait tout le mur face au lit.

Encore quelques trucs de ci de là à fignoler et, la nuit étant venue, on a enfin pu se poser pour un apéro bien mérité avec Charlot et Gus. Bon, on n'avait pas fait notre jogging mais on a transpiré au moins autant. J'ai dit à Anti : et si on faisait une fête la semaine prochaine ? C'est Sylvia qui en a exprimé l'idée il y a quelques jours, pour célébrer l'anniv d'Anti comme il se doit. Aussitôt dit, aussitôt organisé.

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En quelques coups de fil et un mail, on a lancé les invitations. Et comme dans tout bon tétris qui se respecte, ça s'est mis en place sans difficulté : nos amis proches sont tous libres. Le tétris, c'est pas triste.

Très belle journée à vous

29 janvier 2012

Youssou N'Dour l'ostracisé

En ce moment, une guerre civile menace d'ensanglanter le Sénégal. La raison, vous en avez probablement entendu parler : le président actuel Abdoulaye Wade, 86 ans, se représente pour un troisième mandat et pour y parvenir a fait modifier la Constitution qui lui interdisait de le faire. Ce n'est pas le Conseil Constitutionnel qui va s'y opposer, il est formé de cinq membres tous nommés par le président.

Ce même Conseil a annoncé également que la candidature de Youssou N'Dour, pourtant déposée en respect parfait avec la Constitution, a été invalidée. Les 13 000 signatures que le chanteur mondialement connu avait déposées ont été réduites mystérieusement à 8 000. Cela, c'est la raison officielle, celle à laquelle personne ne peut croire au Sénégal.

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L'élimination truquée sur ordre de Wade de son adversaire le plus dangereux ajoutée à la candidature validée du président sortant qui s'accroche au pouvoir a mis le feu à la rue à Dakar et probablement dans d'autres lieux du Sénégal moins médiatisés.

Youssou n'est pas qu'un chanteur. Au Sénégal, il a lancé un organisme de micro-crédit, créé un studio d'enregistrement de très haut niveau, monté un groupe de presse complet (télévision, radio, quotidien). Tout le monde dans son pays se réjouit de sa gloire et de ses actions au profit de son pays.

Pourtant, aucun Sénégalais n'a jamais cru que Youssou pourrait vraiment se présenter aux élections, quelle que soit sa popularité. Un article dans le Huffington Post révèle aujourd'hui le sale petit secret qui le leur faisait penser.

Youssou N'Dour est un casté. Ce mot est le contraire de "homme libre".

Oui, il existe des castes au Sénégal qui se veut un pays africain moderne et démocratique. Elles touchent deux catégories de personnes : les forgerons et les griots. Youssou est casté parce qu'il est né d'une mère griotte. Et même si on attribue aux castés des pouvoirs positifs, un certain nombre de choses leur sont totalement interdites. Un casté ne peut pas être élu - il peut être ministre, il peut être riche, il peut être aimé de tous, mais pas élu. Il ne peut pas non plus être le gendre d'un "homme libre".

Et c'est ainsi qu'un vieux président trop accroché au pouvoir élimine son plus sérieux adversaire et tombe dans les pires travers d'un Ben Ali ou d'un Moubarak au risque de finir comme eux.

Et c'est ainsi qu'au Sénégal, son pays pour lequel il fait tant, Youssou est victime d'un racisme plus fort que sa gloire, plus fort que l'amour que les Sénégalais lui portent, plus fort que ses actions dont tout le pays se glorifie, plus fort que tout.

DSCN3343b.jpgSauf que cette fois, la rue s'enflamme. Plus personne ne veut de Wade. Et Youssou a annoncé qu'il ne renoncerait pas. Le Sénégal aura-t-il l'honneur de se libérer d'un dictateur en puissance et d'élire à sa place un "casté" qui pourrait lui donner une réelle renommée mondiale ?

Live again, Africa live again
Start to smile again
Africa dream again
Wake up, stand up Africa

Vis à nouveau, Afrique, vis à nouveau
Recommence à sourire
Afrique, rêve à nouveau
Réveille-toi, mets-toi debout Afrique



Photos : Montreuil 2005 (1), Nîmes 2011 (2)

Le web est né en France (sans rire)

S'il est difficile de dire qui a inventé Internet - une évolution plus qu'une invention puisque le réseau mondial a résulté de la fusion entre un réseau américain nommé Arpanet et un réseau européen nommé Earn - il est beaucoup plus simple de nommer l'inventeur du web. Aujourd'hui, on emploie indifféremment les mots internet et web comme s'ils étaient équivalents et, de fait, ils le sont devenus. Mais il y a à peine un peu plus d'une vingtaine d'années, rien qu'envoyer un message d'un endroit à un autre demandait de solides compétences en informatique et les sites web tels qu'on les connait aujourd'hui n'existaient pas.

Tim_Berners-Lee.jpgC'est un chercheur anglais du CERN (Centre Européen pour la Recherche Nucléaire) nommé Tim Berners-Lee qui a eu l'idée géniale en 1989 de combiner un hypertexte (c'est à dire un texte avec des liens) avec les protocoles d'échanges d'information très techniques qui étaient alors utilisés sur Internet. Il imagine en 1990 les trois principales technologies qui ont fait le web : les adresses web telles qu'on les connait aujourd'hui, le protocole qui permet de transférer des hypertextes (Hyper Text Transfer Protocol, le "http" qu'on trouve en tête de chaque adresse de site web) et le premier langage qui permet de créer des sites web, le HTML (Hypertext Markup Language).

Il développe aussi le premier navigateur web dénommé WorldWideWeb ("la toile d'araignée mondiale", d'où vient le fameux "www" qui se trouve au début de la plupart des adresses de sites web). A partir de là, n'importe quel particulier sans aucune compétence particulière va savoir naviguer d'un site à un autre rien qu'avec une souris. Et grâce à cet habillage qui rend tout très simple, l'internet va devenir presque du jour au lendemain le plus puissant et le plus banal des outils de communication et de partage d'informations.

Le CERN est un immense centre de recherche situé principalement en Suisse mais dont certaines parties débordent sur le territoire français. C'est le cas du bâtiment 31 où travaillait Tim Berners-Lee. Certes, l'unique porte d'entrée se trouvait en Suisse. Mais son bureau était, à quelques mètres près, de l'autre côté de la frontière sur le sol français. Dès lors, même si la plaque commémorative de la naissance du World Wide Web est située côté suisse, Tim Berners-Lee se fait un plaisir facétieux à confirmer qu'il a bien eu son idée (géographiquement) en France.

Et c'est ainsi que le web a été inventé par un Anglais, dans un centre de recherche suisse, mais sur le sol français.

Très belle journée à vous


Photo : Tim Berners-Lee, l'inventeur du web (Wikipedia)

28 janvier 2012

« La mort ne me fait pas peur, à la limite elle m’intrigue… »

photos-dominique-gutekunst.jpgJ'ai lu ce ce matin ce témoignage de Patrick Thomas que je trouve très beau et j'ai envie de le partager avec vous tous ici. Belle leçon de vie.

On lui a dit qu’il ne « finirait pas 2012 ». Lui pense qu’il n’en a plus que pour « quelques semaines ». Cancéreux en phase terminale, Patrick Thomas a appelé notre rédaction : « Je veux témoigner… »

On prend congé, et il s’installe en robe de chambre et pantoufles sur un tabouret de pêche, devant la porte de sa maison de Geispolsheim. Il fait à peine six degrés, le soir commence à tomber. Il s’allume un cigarillo. Pendant l’heure et demie qu’il nous a consacrée, Patrick, 58 ans, n’a cessé de se lever et de se rasseoir, tout en parlant. Assis, il se penchait rapidement en avant, se tenant le ventre ; puis il marchait un peu, s’accroupissait, se rasseyait de nouveau. « J’en ai marre d’avoir mal ! C’est du 24 heures sur 24… Hier, ça allait mieux, mais aujourd’hui, j’ai beau prendre le traitement… »

C’était dans son salon. Face à lui, Raymonde, celle qui partage sa vie depuis bientôt trois ans. Celle qu’il surnomme « la tendresse ». Et dont le seul regard justifie le surnom.

Face à lui aussi, un mur avec des photos. Les images de celui qu’il était il y a quelques mois encore : un type musclé, moustachu, ancien prof et champion de karaté. Le style fan de Johnny, ce qu’il est vraiment, d’ailleurs : dans son garage sont alignées des séries de portraits sculptés du chanteur… Car Patrick est aussi artiste-artisan : « Staffeur, mouleur, sculpteur », précise-t-il, « maître ouvrier, compagnon du Tour de France ». Il a travaillé sur le palais de Saddam Hussein, à Bagdad. C’était en 1990. Il a même été l’un des fameux « boucliers humains » occidentaux… « Le boulot, c’est ce qui me manque le plus. Moi, je bossais tout le temps, je ne prenais jamais de vacances… »

Ceci n’est pas si vieux, mais ceci file à toute allure dans les fosses du passé. L’homme a fondu. « Je faisais 82 kilos, j’en fais 64… » Il s’est voûté, s’est creusé, a perdu de sa superbe, pas mal de ses cheveux, mais son regard est toujours généreux. Il y a quelques jours, Patrick a appelé la rédaction de L’Alsace : « J’ai un cancer, je n’ai plus que quelques semaines à vivre, et je voudrais témoigner… » On lui demande quand on peut le voir, et il répond, avec cette gouaille de titi parisien qu’il se fera un point d’honneur de conserver jusqu’à la fin : « Quand vous voulez ! J’ai tout mon temps… Il faut prendre le temps de vivre, hein ? »

On peut dater le début de sa fin : c’était au mois d’octobre 2010. Il a mal à l’estomac. On découvre un cancer au pancréas, on lui enlève une tumeur. Mais c’est déjà l’emballement. Ça métastase à qui mieux mieux. En septembre 2011, on lui retire 80 % du foie et un morceau d’intestin. « Le docteur m’a dit que je ne finirai pas 2012. Moi, j’aimerais tenir au moins jusqu’aux élections… »

Ces jours-ci, pour Patrick et sa « tendresse », les minutes durent très longtemps. Elles ont une densité rare. « J’ai peur de l’après, confie Raymonde. C’est après que je vais craquer. Là, il faut en profiter jusqu’au dernier moment, il faut que je sois là pour lui. Des fois, je vais pleurer un bon coup à l’étage, et après ça va mieux. On profite de tous les moments ensemble. »

« Le soir, elle me force à manger, mais dès que je mange, ça me donne envie de vomir…, raconte Patrick. Mais c’est pas pour ça qu’on va s’engueuler, hein ? Ça sert à rien. C’est tellement simple de se faire un câlin, un petit bisou… C’est tellement bon, tellement beau… Je gamberge pas. Le soir, on s’endort en se tenant la main. »

Patrick ne veut perdre aucun de ces instants, et dans le même temps, il voudrait que ça se termine : « Va falloir que ça s’arrête. Mais de là à le faire moi-même, non… C’est fatigant… J’aimerais bien dormir une nuit complète de sept heures, c’est pas possible… C’est dommage qu’on ne puisse pas dire à un médecin : ‘‘On arrête les frais !’’ Je le ferais, si je pouvais. J’aimerais bien qu’on me pique. Je serai content de ne plus souffrir. Je souhaitais ne pas me réveiller, lors de l’opération pour le cancer du foie. Je me suis réveillé quand même… »

Il le dit, le répète, et on ne sait s’il ne s’en persuade pas autant qu’il ne le souhaite : la fin est proche. « Je ne suis peut-être pas normal, mais ça ne me fait pas peur. Je n’ai jamais eu peur de la mort, pas plus maintenant qu’avant. À la limite, ça m’intrigue : je suis curieux de voir ce qui se passe derrière… » Dieu, les anges, le paradis ? C’est pas le genre. « J’ai reçu une éducation religieuse, mais je suis athée. Ce que je sais, c’est qu’à ma place de mort, je n’aurais plus à m’inquiéter de quoi que ce soit. Non, c’est pour ceux qui restent que ça m’ennuie. Je n’aimerais pas être à leur place… »

Dans ces derniers jours, Patrick s’efforce de régler les problèmes, pas simples, de son ménage avec celle d’avant Raymonde. Elle, « la tendresse », il est prévu qu’elle aille vivre chez sa fille…

« Moi, j’ai bien vécu, poursuit Patrick, en bougeant dans la pièce, dans la mesure où je n’ai jamais été méchant. Quand on avait besoin de moi, je ne me suis jamais débiné. On m’a plus fait de mal que je n’en ai fait. »

Patrick l’artisan et Patrick le karatéka ont laissé place à Patrick le philosophe. « Faut prendre les choses du bon côté. On n’a pas le choix, on part quand même, ça sert à rien de se morfondre. Faire souffrir son voisinage, c’est pas bien. La mort, c’est comme la vie… On part comme on est venu au monde. On n’est pas éternels, on y passera tous… Oh oui, la vie est belle ! J’aurais dû m’en apercevoir avant : j’ai toujours bossé comme un malade, je regrette un peu de ne pas avoir plus profité des plaisirs de la vie. J’ai bien vécu, mais je ne me suis pas assez amusé, j’étais peut-être trop sérieux. Si c’était à refaire, j’irais plus souvent en vacances… Je dis aux gens : ‘‘Prenez le temps de vivre, ne courez pas… Vous loupez le train ? Prenez le suivant, y a pas mort d’homme’’… »

Humour ? Noir, mais humour quand même. Encore maintenant, Patrick et sa « tendresse » n’oublient pas de sourire, voire de rire, dès qu’une mince occasion se présente. De se taquiner comme toujours. On ne pense pas à la séance de chimio prévue le lendemain, à la dégradation lente, qui peut se faire soudaine d’un moment à l’autre.

« Quand on est mort, je me dis qu’on est au-dessus, et qu’on essaye de protéger les gens en dessous. Je lui ai dit, à la tendresse : quand je serai parti, tu vas sentir près de toi des caresses, des souffles, comme des effleurements… » Elle rétorque : « Mon grand-père m’avait dit : ‘‘Je reviendrai te dire comment c’est de l’autre côté’’, il l’a pas fait… » « Il est pas loin, assure Patrick. Ça va arriver, tu verras… »

le 28/01/2012 à 05:00 par Hervé de Chalendar Photos : Dominique Gutekunst - source L'Alsace.fr


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130 ans de réchauffement en 25 secondes

La NASA a mis en ligne l'un des films-catastrophe les plus effrayants jamais réalisés. Il ne dure que 25 secondes. Le problème, c'est qu'il ne s'agit pas d'une fiction, d'une anticipation ou d'une hypothèse. L'animation montre l'évolution du réchauffement climatique sur notre planète de 1884 à 2011.



Neuf des dix années les plus chaudes depuis que les relevés météo existent se sont produites depuis 2000, la dixième année étant 1998. La différence entre 2011 et l'année la plus chaude des annales (2005 et 2010 à égalité) est de seulement 0,12 degré.

Le réchauffement climatique est essentiellement dû à l'accroissement des gaz à effet de serre dans l'atmosphère, en particulier le CO2. Sa concentration en 1880, au début de l'ère industrielle, était de 285 parties par million en volume (ppm). En 1960, elle atteignait 315 ppm. Elle dépasse aujourd'hui 390 ppm et son augmentation, loin de se tasser, s'accélère. Le temps de résidence du CO2 dans l'atmosphère est de plus d'un siècle.

Que les années à venir soient encore plus chaudes est donc une certitude.

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Il y a ces nuages menaçants aux abords de mon boulot qui s'étaient éloignés jeudi matin pour mieux revenir à la charge vendredi soir. Grâce à l'énergie que déploie un honnête homme - à tous les sens du terme - à mes côtés, nous espérons bien les repousser à nouveau. Mais la semaine est finie, alors tout cela attendra lundi.

Entre temps, la vie continue et le week-end est un moment favorable pour l'apprécier pleinement.

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Nous l'avons commencé dès hier en rendant visite à Sylvana et Elsa pour un thé-café-sucreries en compagnie de François, notre artisan préféré qui fait des merveilles d'aménagements chez elles. Cela a été l'occasion de bien des rires et aussi, de scénettes émerveillées au contact de deux petites chattes noires espiègles et craquantes.

Nous avons été héroïques : malgré notre coup de foudre, nous ne les avons pas ramenées à la maison.

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La vraie entrée dans la parenthèse du weekend a commencé après mon dernier coup de fil boulot, quand nous avons lancé un bon petit apéro - Martini blanc complété de citron et de curaçao bleu pour Anti, vodka herbe de bison et tranches de citron pour moi. Pendant ce temps, des magrets de canard et une purée maison se préparaient sous l’œil attentif d'Anti. On s'en est régalé et le repas était très joyeux.

Pour aller chercher Gwlad, Anli et Mouayadi au hip-hop, on a pris la Xsara. En m'y asseyant, j'ai senti la gorge et les yeux me piquer. Anti m'a dit que c'était de l'huile essentielle d'eucalyptus. J'aurais juré qu'il s'agissait plutôt d'antimoustique parfum lacrymo. Le truc curieux, c'est que personne d'autre que moi ne l'a senti. Mais bon, la preuve que j'avais senti juste, c'est qu'il n'y avait pas un seul moustique. Non, mais.

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Pendant que nous étions dehors, Enzo a monté la garde devant la télé, entouré de ses copains chats. Avant-hier, Charlot a dormi avec lui, allongé de tout son long. Le plus souvent, c'est Che qui passe la nuit avec lui.

Hier, il a eu Maoré qui s'est endormi sur son oreiller, entre sa tête et une peluche. Là, c'était carrément craquant. Regardez...

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Ah oui, et aussi, j'oubliais : ça y est, c'est officiel, le nombre de personnes à avoir découvert au moins un de mes livres est désormais supérieur à 2 500 000. Cela représente un peu plus d'un internaute sur mille dans le monde.

Le point intéressant, c'est que plus de la moitié des téléchargements de ces dernières semaines ne sont pas des formats livres mais des ebooks ou des versions audio. J'ai beau le constater jour après jour, cela me semble toujours aussi irréel.

Très belle journée à vous

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