08 novembre 2011

Les avions vont voler à l'huile de friture

alaska airlines.jpgAprès les premiers tests réalisés par Virgin Atlantic en 2008 et par KLM en juin dernier, les compagnies aériennes américaines se mettent au biocarburant, motivées notamment par l'intégration du transport aérien au système européen d'échange de quotas d'émissions de CO2 dès 2012.

C'est ainsi qu'un vol United reliant Houston à Chicago a utilisé en début de semaine un mélange composé de 60% de fioul traditionnel et 40% de carburant à base d’algues, produit par l’entreprise californienne Solazyme dont je vous avais parlé de façon détaillée il y a un an.

La compagnie Alaska Airlines va, elle, utiliser sur certains de ses vols moyens-courriers un mélange utilisant 20% d'huile de cuisson usagée. «Nous pouvons utiliser de l’huile végétale ou de l’huile de cuisson, a expliqué Robert Ames, vice-président de la société Dynamic Fuels, qui produira le carburant pour Alaska Airlines. Une bonne image à donner est la graisse de friture produite par McDonald’s.»

Les émissions de gaz à effet de serre des avions devraient être réduites de 10% sur ces trajets. Seul inconvénient : le bio-carburant coûte six fois plus cher que le kérosène. Mais la quantité d’huile pouvant être exploitée laisse espérer une baisse des coûts

L’armée américaine devrait faire voler quarante de ses avions avec un mélange à base de bio-carburants d’ici à 2013. Solazyme espère pour sa part produire 90 millions de litres de carburant à base d’algues par an dès 2014.

Le système de quotas d’émissions européen va contraindre toutes les compagnies aériennes entrant ou sortant de l’Union européenne à racheter l'équivalent de 15% de leurs émissions de CO2 (moyennées sur la période 2004-2006) et devrait leur coûter 380 millions d'euros en 2012.


Cette note reprend de larges extraits d'un article d'Audrey Chauvet (20 Minutes)

25 avril 2011

Green, le Lien désintégré

Green-013.jpgJ'ai vu hier sur la chaîne Planète un documentaire saisissant et émouvant. Il s'intitule Green (vert) et se situe en Indonésie. Aucun commentaire n'accompagne les images, la tragédie qu'elles racontent s'en passe parfaitement et sa portée n'en est que plus universelle. Le film est disponible en téléchargement gratuit, son auteur souhaite qu'il soit diffusé librement le plus largement possible.

Green est le nom qui est donné à une femelle orang-outang. Elle est seule dans un monde qui ne lui appartient plus, victime de la déforestation et de l'exploitation intensive des terres ainsi mises à nu. Elle est recueillie par des hommes qui tentent de lui redonner goût à la vie après l'avoir découverte errante sur des terres boueuses et dévastées, là où se tenaient autrefois les arbres qui constituaient son habitat.

Green-132.jpgLes séquences où, malgré toute la tendresse de ses soignants, Green apparait en train de se laisser mourir parce que son monde a disparu, entrecoupées de plans sur ce que devient la forêt, sont poignantes. Elles m'ont, plus d'une fois, fait penser à Avatar, le film de James Cameron. Avec Green, on sent le Lien, celui qui unit les arbres, la terre et les êtres que la forêt abrite. On en comprend toute l'importance vitale, on le perçoit physiquement se désintégrer et rendre toute envie d'y survivre tout simplement inconcevable. Dans la vraie vie, sur notre planète, ce sont rarement les Nav'is qui gagnent.

Les gens qui font cela ne sont ni méchants, ni gentils. D'une certaine façon, ils ne sont même pas conscients de l'enfer vers lequel ils entraînent les habitants les plus anciens de la forêt primitive. Ils déboisent la jungle pour planter à la place des palmiers et ainsi récolter des millions de tonnes d'huile de palme, une substance présente dans quasiment tous les aliments industriels que nous consommons, ainsi que dans les cosmétiques ou pour faire des biocarburants dont nous remplissons nos réservoirs avec l'impression de faire du bien à la planète.

Green-122.jpgQuant au bois des arbres abattus, il sert à fabriquer nos meubles, nos escaliers, nos bibelots, le papier sur lequel sont imprimés nos journaux, nos livres, nos prospectus publicitaires. Et ce bois éparpillé, éclaté en millions de morceaux, c'est le souffle vital irremplaçable arraché aux animaux de la forêt, leur sang, leur poumon, leur cœur, leur âme, ce sans quoi ils ne peuvent vivre.

Nous sommes donc collectivement les bénéficiaires de ce qui se passe là-bas et ailleurs. Nous sommes les complices du désastre écologique que cette activité provoque soi-disant pour notre bien-être. Et si nous avons un minimum de conscience, nous nous sentons profondément désemparés par ce que ce film nous expose sans prononcer un mot, sans donner de leçon, juste en montrant la forêt qui meure et nos cousins primates qui y vivent devenir des clochards errants sans rien comprendre au cauchemar qui s'abat sur eux, jusqu'à s'en laisser mourir. Vous n'oublierez jamais toute la détresse qu'ils font passer dans leur regard.

Le film est également proposé en DVD pour 10 ou 15 euros à votre choix, l'auteur vous l'envoyant ensuite par courrier. Patrick, c'est son nom, veut encourager ceux qui le verront à arrêter de consommer des produits issus de la déforestation en Indonésie et de boycotter les industriels et les banques impliquées. Il demande aussi que nous évitions le plus possible de consommer des produits à base d'huile de palme, d'acheter des objets en bois tropical, d'utiliser du bio-diesel.

Un objectif difficile, comme le montre le générique de fin : il donne la liste interminable et souvent désagréablement familière de toutes ces entreprises qui exploitent la déforestation pour nous fournir tous les produits qui nous entourent.


Le site de Green : http://www.greenthefilm.com/. Téléchargement gratuit du documentaire, infos complémentaires sur la déforestation en Indonésie, liste des entreprises concernées, conseils de consommation.
Les photos sont tirées du site.

13 octobre 2010

L'avenir est dans les algues

solazyme-logo.gifJonathan Wolfson est le fondateur et patron de Solazyme, une entreprise de biotech californienne créée en 2003 qui met au point des procédés permettant de tirer des algues aussi bien de l'huile végétale comme une alternative à l'huile de palme que des biocarburants visant à remplacer purement et simplement les produits pétroliers.

Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il est pris au sérieux.

L'US Navy lui a déjà commandé 75 000 litres d'algocarburants en septembre dernier et a annoncé qu'elle souhaitait atteindre 50% d'énergies renouvelables d'ici 2020, afin de supprimer sa dépendance énergétique actuelle envers les pays producteurs de pétrole.

Les multinationales Chevron (pétrole) et Unilever (produits d'entretien, cosmétiques dont les savons Dove, alimentaire dont les glaces Magnum) sont parmi ses investisseurs, aux côtés d'autres groupes agroalimentaires, de Richard Branson et de la banque d'affaires Morgan Stanley. Près de 100 millions d'euros ont ainsi été investis pour développer le procédé inventé par Solazyme pour produire en grande quantité et de manière durable du biodiesel, des huiles alimentaires et cosmétiques.

article_wolfsonphoto.jpgDans une interview donnée à 20 Minutes, Wolfson a déclaré : «De nombreuses entreprises ont apporté des fonds: Unilever, mais aussi de grands groupes agroalimentaires et des producteurs d’huile végétale».

Ce qu’ils espèrent en investissant dans les algues, c’est pouvoir remplacer l’huile de palme par une huile moins nocive pour la santé et l’environnement: «Nous menons des recherches depuis deux ans avec Unilever pour développer de nouvelles alternatives durables aux huiles végétales. Dans un premier temps, ce sera pour les cosmétiques et les produits d’hygiène corporelle. Les algues peuvent réellement améliorer la qualité des approvisionnements».

solazyme2.jpgL'huile de palme est en effet loin d'être un produit idéal. Non seulement elle est extrêmement riche en acides gras saturés nocifs pour la santé, mais sa production a un impact écologique désastreux. Elle reste pourtant massivement utilisée par les industriels du monde entier en raison de son très faible coût. Wolfson est, lui, convaincu que «les algues peuvent devenir compétitives avec l’huile de palme! Et elle le seront de manière beaucoup plus pérenne».

Le procédé de Solazyme est basé sur la fermentation de déchets végétaux grâce à l’action des algues. Dans le cadre du partenariat signé avec Unilever, il est prévu «de pouvoir produire de l’huile d’algues en grande quantité d’ici à 2012 ou 2013».

L'opération de fermentation se réalise dans des silos qui peuvent être installés n'importe où. Solazyme a conclu un autre partenariat, cette fois avec Colombia Ecopetrol, une des plus grosses entreprises colombiennes, qui produit actuellement de la canne à sucre et souhaite s’orienter vers la production de biodiesel et de carburants renouvelables.

Jonathan Wolfson vient de nommer au poste de vice-président pour la partie Carburants Cameron Byers, un ex-dirigeant de BP. Plus que jamais, les carburants de demain ne seront plus noirs mais verts.


Photo de Jonathan Wolfson : 20 Minutes
Autres illustrations : site web de Solazyme

04 décembre 2009

Espagne : de l'énergie propre à base... d'olives

PB100434.JPGCeux d'entre vous qui suivent ce blog depuis plus d'un an connaissent ma sympathie pour l'olivier. Ce matin, j'en ai découvert, avec Anti, une nouvelle vertu.

France 2 a diffusé, en effet, un petit reportage fascinant, à l'approche du sommet de Copenhague. En Espagne, et plus précisément en Andalousie, dix centrales totalisent une capacité suffisante pour subvenir aux besoins en électricité de 250 000 foyers. Leur source d'énergie ? La biomasse résultant de la culture des oliviers.

L'Espagne est le premier producteur mondial d'huile d'olive, avec 1,4 millions d'hectares d'oliviers. Une fois les olives cueillies, elles sont traitées pour donner de l'huile. Sont rejetés les noyaux, bien sûr, mais également les restes végétaux et en particulier la pulpe résiduelle. Ce sont ces déchets que les Espagnols ont imaginé de récupérer, depuis 2006, pour produire une énergie totalement propre.

Le procédé consiste à broyer les noyaux pour les transformer en granulés combustibles qui dégagent 5000 kcal/kg. La pulpe est traitée pour rendre 30 à 40% d'huile supplémentaire. Le tout subit diverses transformations pour donner un produit qui va ensuite être consumé dans une chaudière.

Le bilan carbone est neutre : le CO2 qui est émis par la combustion est absorbé de façon naturelle par les oliviers voisins et le reste des rejets dans l'atmosphère consiste en de la simple vapeur d'eau (en fait, selon l'agence de l'énergie andalouse, il y aurait même 69 000 tonnes de CO2 économisées in fine par ces centrales). Quant à l'huile excédentaire récupérée, il est prévu de l'utiliser comme biocarburant pour les voitures.

Même si elle ne peut être mise en oeuvre que dans des régions qui s'y prêtent, voilà une façon extrêmement astucieuse de fournir une électricité rigoureusement non polluante.

11 juin 2009

La voiture au chocolat

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Ce sont les chercheurs britanniques de l'université de Warwick qui ont dévoilé, mardi 5 mai, ce qui pourrait être le véhicule roulant aux biocarburants le plus rapide du monde.

Le carburant provient de résidus de chocolateries et mélange d'huiles végétales. Son volant est fait de fibres dérivées de carottes et autre légumes-racines, le siège est en fibres de lin et en mousse d'huile de soja.

Il a été construit pour respecter les normes de la formule 3, et ses concepteurs comptent bien le voir atteindre les 145 km/h lors des premiers essais de vitesse, prévus d'ici quelques semaines, après quelques réglages : pour l'instant, le "WorldFirst" est capable de rouler à 60 km/heure en vitesse de croisière. Le directeur de projet, James Meredith, dit avoir voulu prouver qu'il est possible de construire une voiture rapide, efficace, et respectueuse de l'environnement.

anti, source AFP/Le Monde

 

25 avril 2009

La Californie lutte contre l'effet de serre

Une bonne nouvelle, un pas de plus, un pas vers l'avant...


La Californie a adopté, jeudi 23 avril, une nouvelle réglementation en matière d'émissions de gaz à effet de serre des carburants, une première mondiale qui ouvre la voie au développement de solutions plus propres. Cette norme exige des raffineries, producteurs et importateurs de carburants vendus en Californie une réduction de 10 % de "l'intensité carbone" de leurs produits d'ici à 2020. Des objectifs plus ambitieux sont définis à des échéances plus lointaines par ce texte adopté par l'autorité de régulation de la qualité de l'air.

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Les partisans de ce programme ont salué une décision historique, susceptible d'entraîner les Etats-Unis et d'autres pays dans le sillage de la Californie.

C'est en effet la première fois qu'un gouvernement adopte une règle sur les carburants dans le cadre de la lutte contre le changement climatique. Jusqu'à présent, seuls les véhicules étaient visés par les réglementations en matière d'émission de gaz à effet de serre.

Le texte prévoit, en outre, l'intégration dans le "bilan carbone" des carburants non seulement les gaz échappés des véhicules mais tout le cycle de vie du combustible, de sa production à sa consommation. Il devrait en être de même pour les autres combustibles.

Ainsi l'impact des biocarburants sera-t-il mesuré à l'aune des émissions des véhicules mais aussi en tenant compte de la déforestation dans les régions exploitées. Les compagnies pétrolières et raffineries pourront se conformer à la nouvelle règle en améliorant leurs produits ou en rachetant des droits à polluer ou des carburants répondant à la norme à d'autres firmes.

La décision californienne pourrait faciliter le travail de Barack Obama, qui plaide pour l'adoption d'un plan contraignant de réduction des émissions de gaz à effet de serre, avec un objectif de moins 80 % d'ici à 2050.

Le Monde.fr


Crédit photo AP/Denis Poroy
"Vue sur Coronado, dans le sud de la Californie, le 27 octobre"



Miss You

24 septembre 2008

Biocarburants: vers une bonne solution?


La meule de foin, Claude Monet

Nous avons parlé souvent ici de l'effet pervers des biocarburants: celui de provoquer par contrecoup une pénurie alimentaire accompagnée d'une hausse des prix, ce qui frappe surtout les pays les plus pauvres.

Voir par exemple: Biocarburants: une fausse bonne idée

Des chercheurs ont réagi de façon intelligente face à cette prise de conscience. Ils travaillent à la mise au point de procédés permettant d'extraire des biocarburants dits de seconde génération, dont les sources ne seraient pas en concurrence avec les cultures vivrières.

Il s'agit en particulier d'utiliser les déchets agricoles (paille, par exemple) ou les plantations de ligneux (saules, peupliers, etc.), riches en lignocellulose (40% de la biomasse mondiale) qui elle-même peut être ensuite transformée en éthanol.

L'Institut National de Recherche Agronomique (INRA) explore la piste de récoltes pérennes. D'autres équipes, en France et aux USA, essaient d'obtenir le même résultat à partir de différentes espèces d'algues, qui pourraient ensuite être cultivées dans ce but.

A suivre...

14 avril 2008

Les raisons de la colère

Lu ce matin cet article qui permet de mieux comprendre les causes des émeutes actuelles un peu partout dans le monde :



Les raisons de la colère





De Haïti à la Thaïlande, les tensions liées à la hausse des prix des produits alimentaires préfigurent une crise d'ampleur planétaire.

Par Christian Losson


Week-end d’une planète en proie à l’insécurité alimentaire: manifestations au Bangladesh, où le sac de riz coûte la moitié du revenu quotidien; Premier ministre démis à Haïti, où un policier de l’ONU est mort; tensions au Burkina Faso à la veille d’une grève générale contre la hausse des prix… La crise va perdurer, martèle la FAO, l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Les céréales, qui ont augmenté de 37 % en 2007, devraient encore flamber en 2008, entraînant «la multiplication des émeutes de la faim». 37 pays sont touchés. Voici les racines de la crise.

La mode des biocarburants

Le baril de pétrole au sommet (112 dollars) précipite la ruée vers l’or vert. L’Union européenne veut incorporer 10% de biocarburants dans la consommation totale d’essence et de gazole d’ici à 2020. George Bush, lui, rêve de voir 15% des voitures rouler aux biocarburants d’ici à 2017. Même les pays en déficit alimentaire, comme l’Indonésie ou le Sénégal, s’y mettent, sacrifiant des terres arables. Un emballement qui «a accru la demande de produits alimentaires», dit Bob Zoellick, président la Banque mondiale. «Entre 20 et 50% de la production mondiale de maïs ou de colza ont ainsi été détournés de leur usage initial», note le FMI. Et le cours du maïs, utilisé pour l’éthanol, a doublé en deux ans. «Si l’on veut substituer 5 % de biocarburants à l’essence et au gazole, il faudra y consacrer 15 % de la superficie des terres cultivables européennes», calcule l’Agence internationale de l’énergie. L’ère du pétrole cher provoque un autre dommage collatéral: l’explosion du coût du fret.

L’orgie de spéculation

Confession, vendredi, d’un économiste à Washington: «C’est de la folie! Le blé vaut de l’or!» C’est un autre effet pervers de la crise des subprimes. Essorés par le marché des crédits, les fonds d’investissement placent leurs billes sur les matières alimentaires. Soja, blé, maïs, voilà les nouvelles valeurs refuge ! Le riz bondit de 31% le 27 mars, après l’annonce par quatre pays de la suspension de leurs exportations au moment où les Philippines réclamaient 500 000 tonnes. «Les fonds s’engouffrent, achètent, et stockent», dit un intermédiaire. Le sénateur démocrate américain Byron Dorgan flingue «l’orgie de spéculation». Qui booste jusqu’à 10% du prix des denrées alimentaires. Walt Lukken, président de La Commodities Futures Trading Commission (CFTC), le gendarme des marchés des matières premières, s’en est même ému. A quand une (réelle) régulation?

Les effets de la libéralisation

«On nous impose, nous, poids plume, de boxer contre les poids lourds sur le ring commercial», nous confiait, il y a six mois, Jacques-Edouard Alexis, Premier ministre haïtien démis samedi de ses fonctions. «Les politiques de libéralisation à marche forcée, prônées pendant des décennies par le FMI et la Banque mondiale, ont contribué à rendre les pays pauvres encore plus vulnérables», dénonce Sébastien Fourmy, d’Oxfam. Et les petits fermiers du Sud se sont vus laminer par les produits subventionnés exportés par les pays riches (poulet, céréales, etc.). «Victimes aussi de leur propres gouvernements qui n’ont pas dédié (ou pas pu) une part de leur budget à la paysannerie», ajoute un expert de la FAO. Malgré les promesses, l’aide au développement des pays riches accuse une baisse de 8,4 % en 2007 (-15 % pour la France). «L’aide dédiée à l’agriculture est 50 % moins importante qu’en 1984», note Claire Meladed, de l’ONG Action Aid. La Banque mondiale veut doubler l’aide à l’agriculture en Afrique. Suffisant?

Les bouleversements du climat

Même l’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’en alarme : les changements climatiques nuisent à la santé et à l’alimentation. «Sécheresse en Australie ou au Kazakhstan, inondations en Asie, ouragans en Amérique latine et un hiver record en Chine», égrène le Programme alimentaire mondial (PAM). Tendance lourde. D’autant que l’agriculture intensive joue contre l’environnement. Achim Steiner, patron du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), assure : «Dans les grands pays, on atteint des limites en termes de disponibilité de terres arables et d’eau, et de réduction de la fertilité des sols.» Mais il resterait une marge pour les petits paysans : «Si on fournit de bons engrais à 70 % de petites cultures, on peut doper la production de 20 %», note Gilles Hirzel, de la FAO. Sans céder au chantage des OGM…

L’évolution des modes de vie

Nourrir 60 milliards d’animaux à viande chaque année revient à produire autant de céréales que pour 4 milliards d’habitants. Rajendra Pachauri, prix Nobel de la Paix 2007, nous confiait: «Mangeons moins de viande, c’est bon pour le climat.»L’arrivée de néo-consommateurs des grands pays émergents complique les choses : «Ces classes moyennes consomment de plus en plus de poulet et de porc, eux-mêmes transformateurs de céréales», dit Pascal Lamy, patron de l’OMC. «Si les Chinois mangeaient autant de viande que les Américains, ils absorberaient 50 % des céréales mondiales», ajoute l’écologiste Lester Brown.

Inutile, pourtant, de verser dans le néomalthusianisme. Les agronomes l’assurent : la planète peut doubler ses productions pour alimenter les 9 milliards de Terriens en 2050. «A condition d’investir, d’innover, de réguler, et réfléchir», souffle un diplomate africain. «Et c’est pas gagné»….

(Source Libération du 14 avril 2008)

11 avril 2008

Bientôt un tsunami alimentaire ?

La hausse des prix des denrées de base nourrit la révolte des pays les plus pauvres



Troubles dans plus de 30 nations.
Les institutions tirent la sonnette d’alarme.


Emeutes face à l’envolée du pain en Egypte. Manif monstre contre le prix des tortillas à Mexico. Grève générale au Burkina Faso dénonçant la flambée du mil. Marche d’enfants contre la faim au Yémen. Distribution du riz sous la protection de M-16 aux Philippines. Protestants tombés sous les balles à Haïti…

Dans plus de 30 pays en développement, la foule est poussée dans la rue par «la hausse de 45 % en neuf mois» des denrées alimentaires, selon Jacques Diouf, patron de la FAO, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. L’inflation «menace les récents gains contre la pauvreté et la malnutrition», selon les ONG.

Les Français ou les Américains dépensent 16 % de leur budget pour se nourrir ? Une famille nigériane 73 %, une Vietnamienne 65 %… «Il n’y pas plus de marge pour survivre», note Robert Zoellick, président de la Banque mondiale.

Tous les produits de base sont frappés. Le riz, malgré une production en hausse de 1 %, a atteint un prix record depuis dix-neuf ans. Les produits laitiers ont bondi de 80 % en 2007. Les céréales de 42 %.

«Le drame, c’est qu’on a désinvesti sur l’agriculture, et qu’on paye le prix de l’explosion démographique aggravée par les phénomènes de changement climatique», estime Gilles Hirtzel, de la FAO. Autres raisons de l’emballement : la consommation accrue de viande et de produits laitiers dans les pays émergents ; la ruée vers les biocarburants ; le coût sans précédent de l’énergie et du transport (fret), dopé par un pétrole à 112 dollars le baril… Et la spéculation des traders qui voient dans les matières premières ou alimentaires des valeurs refuges.

Louis Michel, commissaire européen au Développement, redoute «un tsunami humanitaire». Paris et Londres ont promis, hier, de voler au secours de ce facteur de déstabilisation planétaire. Ces deux mêmes pays ont le plus amputé leur aide au développement en 2007.

C. Lo.
(Libération du vendredi 11 avril 2008)

20 février 2008

Biocarburants: une fausse bonne idée?

Les biocarburants sont des carburants tirés de l'exploitation agricole. L'argument écologique ("carburant vert") est souvent mis en avant pour les promouvoir.

Le problème, c'est qu'il faut 4 fois plus de production agricole pour faire du biocarburant que pour produire de la nourriture. C'est là qu'on voit le risque.

Les régions les plus industrialisées et donc les plus consommatrices de carburant auront tendance à faire produire du biocarburant par les régions les plus pauvres afin de ne pas pénaliser leur propre stock de nourriture. Du coup, ce sont les régions les plus fragiles par rapport aux risques de famine qui se trouveront encore plus fragilisées si il leur est imposé (en faisant miroiter aux agriculteurs les profits qu'ils en tireront) de consacrer leurs terres fertiles à produire du biocarburant pour les riches plutôt que de la nourriture pour la population locale... entraînant ainsi encore plus de famine.