18 février 2012

Pesticides : 800 000 professionnels vont devoir retourner à l'école

Nous vous parlions dernièrement de la condamnation de deux empoisonneurs (Monsanto et Eternit condamnés, sale temps pour les empoisonneurs). De nombreux lecteurs du blog sont intéressés par un monde plus respectueux de la nature aussi je vous recommande le site : Bioaddict.fr, très riche, dont voici un article tout à fait dans l'air du temps.

logo-bg2.pngPesticides : 800 000 professionnels vont devoir retourner à l'école, un article de Mathilde Emery.

800 000 professionnels concernés par les produits phytosanitaires, dont les agriculteurs, les distributeurs, et les conseillers, vont devoir suivre obligatoirement une formation ou une évaluation. L'objectif est de réduire le recours aux pesticides, de mieux sécuriser leur utilisation et de diminuer les risques pour la santé et l'environnement.

Beaucoup d'agriculteurs se plaignent de ne pas avoir été, et de ne toujours pas être, bien informés sur la toxicité des pesticides et le bon usage de ces produits. Cette mésinformation, qui n'est pas innocente de la part de certains industriels, a indiscutablement entrainé des utilisations abusives et inconsidérées de pesticides, qui ont ainsi mis, et continuent à mettre notre santé en péril, et la leur aussi. Monsanto vient ainsi d'être reconnu coupable de l'intoxication d'un agriculteur qui avait utilisé le Lasso, un herbicide très puissant.

Dans le cadre du Grenelle de l'Environnement, les ministères de l'Ecologie et de l'Agriculture ont donc mis en place en 2008 le plan " Ecophyto 2018 " avec pour objectif réduire progressivement l'usage des pesticides de 50% d'ici 2018. Ce plan prévoyait une formation adaptée des professionnels avec la remise d'un " certificat individuel produits phytopharmaceutiques " (dénommé Certiphyto) validant la formation (mais ce n'est pas un diplôme). Et il s'inscrit dans le cadre européen d'une utilisation des pesticides compatible avec le développement durable.

800 000 professionnels à évaluer et à former

Plus de 140 000 professionnels ont ainsi pu bénéficier de la formation entre 2009 et 2010. Mais c'est très insuffisant.

Le dispositif Certiphyto a donc été généralisé début janvier 2012 auprès de tous les professionnels qui ont un lien avec les produits phytopharmaceutiques. Et c'est donc 800 000 personnes qui vont devoir se former rapidement : les distributeurs, les conseillers et les utilisateurs professionnels. Ces derniers représentent la catégorie la plus nombreuse notamment composée des agriculteurs qu'ils soient exploitants agricoles ou salariés, sans oublier ceux qui sont dans les dispositifs d'entraide et les professionnels qui travaillent en CUMA ( Coopératives d'Utilisation de Matériel Agricole). Sont concernés aussi les professionnels des entreprises des territoires qui font des travaux agricoles ou forestiers, les entreprises d'application professionnelle, les entreprises du paysage et aussi les entreprises qu'on appelle " les grands comptes " et qui ont un lien avec les pesticides, la SNCF par exemple qui assure l'entretien des voies. Et enfin, les personnes qui travaillent dans les collectivités territoriales devront également être formées. La formation porte sur la réglementation des produits phytopharmaceutiques, la préservation de la santé et de l'environnement et les techniques alternatives.

" Le certificat individuel, va donc devenir obligatoire à court terme pour utiliser à titre professionnel les produits phytopharmaceutiques, les vendre ou conseiller leur utilisation. Et ce certificat, qui concourt à l'agrément des entreprises, sera également obligatoire pour acheter les produits phytopharmaceutiques à usage professionnel" indiquent les ministères de l'Ecologie et de l'Agriculture.

Bien entendu un délai est accordé pour acquérir la formation. Ainsi les personnes en activité dans les entreprises soumises à agrément pour les activités d'application en prestation de service, de distribution ou de conseil à l'utilisation de produits phytopharmaceutiques, auront jusqu'au 1er octobre 2013 pour obtenir le certificat.
Pour les professionnels des secteurs dont les entreprises ne sont pas soumises à agrément la date limite a été fixée au 1er octobre 2014.

Comment obtenir le certificat ?

Plusieurs voies d'accès au certificat ont été retenues afin de répondre à la diversité des professionnels :

La première est celle de la formation d'une durée de deux à quatre jours, sur quatre thèmes : la réglementation, la santé, la protection de l'environnement et les techniques alternatives.

Une deuxième voie est réservée aux personnes qui ont déjà des connaissances avérées en la matière, qui ont suivi des stages, par exemple, ou qui, dans le cadre de leur activité professionnelle, on suivi l'actualité en matière de réglementation, en matière de travaux de recherche, en matière d'évolution de technologie. Pour obtenir le certificat un test suffira. Il portera sur les 4 mêmes thèmes que la formation.

Enfin, bien entendu, les personnes qui ont obtenu des titres ou diplômes depuis moins de 5 ans seront exemptées.

Où s'adresser ?

En pratique la demande de certificat doit être effectuée par téléprocédure en se connectant sur le site www.mon.service-public.fr et en suivant les instructions.
La formation est assurée par les 300 organismes habilités par les DRAAF et accessibles sur les sites des différentes DRAAF ou DAAF.
C'est la DRAAF ou la DAAF qui instruit le dossier. Le directeur de la DRAAF ou de la DAAF délivre le certificat qui est ensuite édité et expédié au bénéficiaire par FranceAgriMer, un établissement public du ministère de l'Agriculture.
Enfin la durée de validité du certificat est de seulement 5 ans, mais elle est portée à 10 ans pour les personnes qui travaillent en exploitation agricole
Nul doute que ces actions de formation et de sensibilisation vont ouvrir les yeux de beaucoup de ceux qui doutaient de la toxicité des pesticides, ou qui ne voulaient pas savoir.

Mathilde Emery


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anti

23 janvier 2012

Humus, Homme, Humilité, Terre

Par la suite, bien avant les dieux, vinrent les virus.

Dans l’immense chaudron des océans, les éruptions continues et les décharges incessantes d’éclairs monstrueux créèrent les briques élémentaires de tous les futurs systèmes vivants. Les acides nucléiques formèrent les premiers brins d’ADN. Il en fut de même pour les acides aminés qui s’enchaînèrent en protéines de plus en plus complexes. Tout cela grâce à un troisième miracle :
aucun de ces assemblages n’aurait jamais pu se faire sans le rôle de catalyseur joué par l’argile.

La première des convergences.

Tout le reste n’a été qu’évolution.

L’argile… L’Homme descend d’un mélange de terre et d’eau, comme le racontent les mythes fondateurs.


Anna Galore, in Le septième livre


Hier, en travaillant un cours de SVT avec Anghbor, je lui ai parlé de Lydia et Claude Bourguignon, les fondateurs du LAMS qui est un laboratoire d'analyse de sol spécialisé dans l'étude écologique de profil cultural pour restaurer la biodiversité des sols de terroir afin d'améliorer la qualité et la typicité des vins et des denrées agricoles. Si vous avez vu le documentaire de Coline Serreau : "Solutions locales pour un désordre global", vous vous souvenez certainement de ce couple fort sympathique.

Et je suis tombée sur cette vidéo :



dans laquelle Claude Bourguignon nous parle du mot humus qui a donné le mot homme, le mot humilité...

L’humilité, un texte de Philo pour tous

Le terme humilité est à rapprocher du mot humus, qui en est la source étymologique, et qui a donné par ailleurs le terme homme. Cela semble signifier que l’humilité consiste, pour l’homme, à se rappeler qu’il est poussière (ou littéralement : « fait de terre », c’est-à-dire de la matière la plus commune). Cela semble indiquer aussi que l’humilité est une attitude proprement humaine : et de fait, si l’homme n’est pas le seul être dont on puisse dire qu’il fut tiré du limon, il paraît bien être le seul à le savoir.

Mais du coup, il est aussi le seul à pouvoir l’oublier — et pire : à vouloir l’oublier. Au-delà de l’image du matériau (terre, humus), le terme d’humilité renvoie en effet à l’idée d’une provenance étrangère, d’une impuissance à être sa propre origine ; il paraît impliquer aussi, du même coup, l’idée d’une incapacité à s’accomplir par ses seules forces ; en un mot, il s’agirait d’avouer qu’il n’est rien en nous, hormis peut-être nos fautes et nos manquements, que nous puissions nous attribuer à nous-même, à nous seul. Or cette double impuissance n’est pas facile à admettre ; elle semble, à certains, incompatible avec la dignité de l’être humain, et sa reconnaissance constituerait à leurs yeux une intolérable humiliation.

Mais justement, est-ce une même chose d’être humble et d’être humilié ? Être humble, est-ce se rabaisser, se manquer de respect à soi-même ? Cela doit-il conduire, en particulier, à accepter que les autres nous traitent comme « moins que rien » ?

Humilier quelqu’un consiste à nier sa dignité, ou du moins à manifester uniquement ses pauvretés et ses déficiences ; concrètement, cela revient souvent à le réduire à son animalité, ou à sa dimension purement physique : rien de plus humiliant pour un homme, par exemple, que de voir l’accomplissement de ses fonctions organiques privé du secret ou de l’habillage qui l’humanisent. Mais refuser cette humiliation, serait-ce manquer d’humilité ? Et inversement, faudrait-il refuser d’être humble pour échapper à l’humiliation ? Non pas, si humilité et affirmation de sa dignité sont, en vérité, compatibles, voire indissociables. Telle est du moins la position que l’on s’efforce ici de préciser.

D’une part, l’humilité ne consiste pas à se croire dépourvu de dignité, mais à se savoir incapable d’en être soi-même la source, et à se reconnaître impuissant à exister « à la hauteur » de celle-ci. En tant qu’être humain, je suis bien plus qu’un peu de boue (ou d’humus), contrairement à ce que suggère l’étymologie prise au pied de la lettre. Mais ce que je suis de plus, je ne me le suis pas donné à moi-même ; en outre, par mon comportement envers moi-même comme envers autrui, sans doute le trahis-je bien plus souvent que je ne l’honore. Ainsi, autant mon refus de ma dignité ne serait pas une vraie humilité (mais quelque chose qui pourrait être une profonde ingratitude), autant l’humilité véritable se manifeste par l’acceptation du fait que l’aide d’autrui m’est absolument indispensable. L’aide dont j’ai eu besoin pour être, tout simplement, en ce sens que je dois ma venue à l’être, et mon statut d’être pourvu de dignité, à autre chose ou à quelqu’un d’autre que moi-même. L’aide dont j’ai besoin, ensuite, pour tenter de ne pas être trop indigne de ma dignité : car précisément, celle-ci a quelque chose d’infini et d’absolu, qui fait de son plein respect une tâche au-dessus de mes forces — voire des forces humaines en général. Ainsi se préciserait la conciliation évoquée plus haut : être humble, ce n’est pas se considérer comme sans valeur, c’est au contraire voir sa propre grandeur et se sentir petit devant elle.

D’autre part et par conséquent, l’humilité ne saurait conduire à se laisser traiter comme un être sans valeur, et à accepter toutes les humiliations. Nulle incompatibilité entre être humble et exiger le respect : car ce dont j’exige le respect, à savoir ma dignité, c’est aussi ce dont je reconnais ne pouvoir être l’auteur. En ce sens, je demeure effacé et discret (« humble ») lors même que je mets en avant ma dignité d’être humain.

Concluons : il semble particulièrement important de ne pas se tromper sur le vrai sens de l’humilité, car toute erreur à son sujet irait forcément de pair avec une méprise sur le vrai sens de la dignité, et donc sur la juste attitude à avoir envers soi-même comme envers autrui.

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A lire et à relire :

le très bel article de Sylvie : La prédation, c'est le viol

Vandana Shiva, la victoire des Neuf Graines

et plus généralement tous les articles regroupés sous le tag
Femmes je vous aime


anti, commençons par retrouver notre lien à la Terre.



21 janvier 2012

Kokopelli en marche pour la Victoire !

1778474754.jpgKokopelli ? Vous vous souvenez ? Non ? Alors relisez cet article, Kokopelli, un Joueur de Flûte Enchantée dans le Rêve de Gaïa.

Hier, j'ai reçu un mail de notre voisin d'Alès, qui m'a fait chaud au coeur ! Lisez plutôt :

Procès devant la Cour de Justice de l'Union Européenne:
Kokopelli en marche pour la Victoire !


Communiqué de Kokopelli du 19 janvier 2012


L’avocat général chargé du dossier Kokopelli devant la Cour de Justice de l’Union Européenne a donné aujourd’hui lecture publique de ses conclusions. Nous avons la joie d’annoncer qu’elles nous donnent entièrement raison !

En effet, le magistrat conclut à l’invalidité de l’interdiction de commercialiser des semences d’une variété non inscrite au catalogue officiel, et ce aux motifs que cette interdiction, portée par la législation Européenne aussi bien que par la réglementation Française, viole le principe de proportionnalité, la liberté d’entreprise, la libre circulation des marchandises, ainsi que le principe de non discrimination. La quasi-totalité de nos arguments ont été retenus !

De plus, l’avocat général n’a pas manqué d’affirmer, au contraire de ce qui était avancé par nos nombreux adversaires (Commission Européenne, Conseil de l’Union Européenne, République Française, Royaume d’Espagne et société Graines Baumaux), que, d’une part, les règles relatives à l’admission des semences au Catalogue Officiel n’ont « aucun rapport avec la santé des plantes », d’autre part, que « il appartient aux agriculteurs de décider des variétés qu’ils cultivent », enfin que cette législation limite excessivement le choix des consommateurs qui n’ont « ni accès aux denrées alimentaires ou autres produits issus de variétés qui ne satisfont pas aux critères d’admission, ni la possibilité de cultiver eux-mêmes ces variétés, par exemple dans leur propre jardin ».

De même, l’avocat général rappelle à juste titre que « le fait que les agriculteurs soient cantonnés à des variétés admises réduit enfin la diversité génétique dans les champs Européens ».

Il en conclut logiquement que « les inconvénients de l’interdiction de commercialiser des semences de variétés non admises l’emportent manifestement sur ses avantages. »

Nous sommes extrêmement satisfaits de ces conclusions et nous avons maintenant l’immense espoir que la Cour suive l’avis de son avocat général et vienne enfin mettre un terme au totalitarisme pluri-décennal de la législation sur le commerce des semences.

Pour plus d’information, voir sur le site de la Cour de Justice de l'Union Européenne (conclusions de l'avocat général disponibles dans plusieurs langues).

Blanche MAGARINOS-REY

Avocate de l’Association Kokopelli.



anti, ravie !

05 novembre 2011

La planète n'est pas en danger. L'humanité oui.

Une analyse intéressante de Pierre Barthélémy sur son blog hébergé par Slate, dont je reproduis ici les principaux extraits en vous incitant à aller lire son article en intégralité.

Indien.jpg[...] On a pu constater, au fil des dernières années, une multiplication des campagnes médiatiques pour, je cite, “sauver la planète”. Pour “sauver la planète”, ne mangeons plus de viande car une vache élevée, c’est x hectolitres d’eau, y tonnes de CO2, z flatulences et éructations remplies de méthane. Pour sauver la planète, préférons le vélo à l’auto sur les petits trajets. Pour sauver la planète, isolons bien nos maisons et ne les chauffons qu’à 19°C. Pour sauver la planète, préférons des appareils électroménagers moins gourmands en électricité ou des ampoules basse consommation. Pour sauver la planète, recyclons nos déchets. Pour sauver la planète, lavons-nous moins souvent et nos vêtements aussi. Pour sauver la planète, consommons local. Pour sauver la planète, sortons du capitalisme [...]

A lire tous ces slogans, j’ai envie de dire une chose. Ceux qui les ont écrits se trompent de sauvetage. Ce n’est pas la planète qu’il faut sauver en agissant ainsi, mais bien l’humanité et, plus précisément, si l’on enlève l’hypocrisie, notre style de vie très confortable : je doute en effet que la majorité des humains mangent de la vache tous les jours, roulent en voiture, chauffent leurs maisons, aient quantité de grille-pain, de mixers et de machines à laver. Pour être très clair : la planète n’est pas à sauver parce qu’elle n’est pas en danger. [...] La vie a toujours repris ses droits même lorsque, il y a 250 millions d’années, 96% des espèces marines ont disparu ainsi que 70% des vertébrés terrestres.

Pourquoi ? Parce que ce système naturel qu’est la Terre s’ajuste aux conditions qui lui sont imposées. Dans le cas du réchauffement climatique, la planète retrouvera, dans quelques siècles, un équilibre. Simplement, il sera bien loin de celui que nous connaissons et nos descendants risquent d’y laisser des plumes [...]

Invoquer la sauvegarde de la planète pour inciter les gens à un mode de vie plus respectueux de l’environnement est un argument défectueux. Ne pas expliciter qu’en ayant dépassé les limites de notre biosphère nous mettons en péril la survie même de notre propre espèce s’avère une manière de fermer les yeux sur nos responsabilités et sur les défis qui nous attendent. [...].

C’est bien l’humanité qu’il faut sauver. La planète, elle, se sauvera toute seule.


Pierre Barthélémy
La planète n’est pas en danger. L’humanité oui

30 septembre 2011

Abel Granier, écologiste visionnaire

Abel Granier et Jane 30.10.04.jpgJ'ai appris hier par un ami la disparition d'Abel Granier, à l'âge de 95 ans. Authentique visionnaire de la cause écologique, Abel Granier a consacré les plus belles années de sa longue vie à implanter et à développer l'agriculture biologique en Tunisie, pays où il a vécu une grande partie de son existence.

En 1953, Abel et Jane Granier prennent en charge la ferme de Bordj-Tell en zone semi-aride dont les terrains collinaires érodés et ruinés par les monocultures céréalières et les labours incessants ne portent plus que des productions dérisoires entre ravins et sommets pierreux.

Ils traiteront et réhabiliteront ces terres en utilisant les connaissances de l’histoire de l’Antiquité tunisienne et méditerranéenne pour l’un et l’expérience de la biodiversité locale pour l’autre.

De 1953 à 1960, une forêt de 70 000 arbres est plantée, une oliveraie de 11 000 oliviers est installée, ainsi que des prairies de sulla et luzerne, un programme d’assolements sur 10 ans, la création d'un troupeau de moutons de race et la constitution d'une étable de vaches laitières. De 1965 à 1969, la ferme de Bordj-Tell est considérée comme un modèle agricole pour tout le Nord de la Tunisie. Elle est actuellement louée par l’État à des sous-exploitants.

En 2001 est créée l'Association Abel Granier qui a pour but de pérenniser son œuvre : créer une conscience agronomique dans la société qui ignore trop souvent d’où proviennent les aliments nécessaires à son existence et mettre à profit l’expérience acquise à Bordj-Tell en établissant les moyens d’une formation pratique pour communiquer les procédés culturaux expérimentés avec succès dans la réhabilitation des sols détériorés et fragiles. Ses membres sont répartis entre la France, l'Allemagne, la Suisse et la Tunisie.

Les plantes se nourrissent de la terre et je me nourris des plantes (Diderot)

abel granier 1.jpgPour recréer un sol vivant à partir de terres épuisées par une agriculture intensive peu soucieuse de leur pérennité, il faut rétablir la biosphère en obtenant la réapparition de la matière organique sur un terrain dégradé, en restaurant un milieu favorable aux micro-organismes, partenaires des végétaux, et en assurant l'absorption des intrants et des eaux pluviales.

Seules des plantes soigneusement choisies peuvent rétablir la matière organique. Il existe en effet des plantes pionnières, riches en résidus azotés importés de l'atmosphère par leurs partenaires microbiens, des plantes dont les racines restructurent le sol et assurent la conservation de l'azote et des plantes capables de subir la sécheresse élevée du climat du Maghreb où l'association a l'essentiel de son activité.

A titre d'exemple, la luzerne établie entre les oliviers permet de nourrir des vaches et des chèvres qui assurent une production laitière. La luzerne apporte également de l’azote aux arbres, assure le couvert végétal protecteur pour éviter l’évaporation des eaux d’irrigation et restructure le sol permettant un meilleur enracinement des arbres. Les jeunes oliviers commencent dès lors à entrer en production dès la 3ème année de plantation.

Grâce à Abel Granier, un nombre croissant d'étudiants et de petits exploitants locaux ont appris à réhabiliter de façon écologique leurs sols dégradés et assurer un suivi de leur planning agricole. Son association va désormais poursuivre sa route sans lui pour pérenniser son magnifique travail au service de la Terre et des bienfaits qu'elle nous offre lorsqu'elle est respectée.

Très belle journée à vous

abel granier 2.jpg

Site officiel : Association Abel Granier


29 septembre 2011

Vandana Shiva, la victoire des Neuf Graines

J'ai lu, que dis-je, j'ai dévoré le weekend dernier un livre passionnant de Lionel Astruc préfacé par José Bové. Il retrace les combats et les victoires de Vandana Shiva contre le pillage de la biodiversité, en particulier dans son pays, l'Inde.

vandana shiva couverture.jpgVandana Shiva est née en 1952 dans l'Uttar Pradesh, au nord de l'Inde, dans les contreforts de l'Himalaya. Son père, initialement ingénieur dans l'armée avec salaire confortable, avait tout plaqué pour devenir un modeste garde-forestier par amour pour sa mère, femme cultivée ayant choisi de devenir agricultrice par conviction philosophique. Très influencée par l'exemple de Gandhi qui filait son propre coton pour se vêtir, elle donnait à ceux qui s'étonnaient de son choix la même réponse que lui : "Pourquoi d'autres devraient-ils le faire à ma place?".

Le grand-père de Vandana a succombé à une grève de la faim lorsqu'elle avait 4 ans. Pour lui, l'instruction était la base de l'émancipation et il refusait l'idée dominante à cette époque interdisant aux femmes de suivre des études. Avec l'appui de tout son village, il avait alors cessé de se nourrir et de boire pour obtenir l'ouverture d'une école pour filles là où il vivait. Les dignitaires cédèrent, malheureusement trop tard pour qu'il puisse voir sa victoire. Aujourd'hui, l'école Chotty Ram existe toujours et accueille 3000 jeunes filles.

L'impasse du nucléaire

Vandana Shiva, profondément motivée par ces influences fortes, se lança dans des études brillantes et apprit la relativité et la mécanique quantique avec un professeur particulier pendant qu'elle suivait les cours de son collège. Arrivée à l'âge de 20 ans, elle était considérée comme une physicienne de haut niveau et grâce à l'obtention d'une bourse prestigieuse, devint au début des années 70 la seule femme employée à la Commission de l'énergie atomique indienne, aux côtés de l'élite du domaine. Jusqu'au jour où sa sœur Mira, qui s'était lancée dans la médecine, lui posa la question : "Sais-tu quels risques tu cours avec ce travail ? Sais-tu par exemple à quel niveau de radiations tu t'exposes ? Sais-tu que tu peux un jour accoucher d'enfants déformés si tu continues ?"

Avec une sincérité totale, Vandana alla directement poser ces questions à ses collègues, qui lui répondirent des banalités. Elle raconte encore aujourd'hui : "Je ne supporte pas que l'on fasse obstruction au progrès de la connaissance ! J'ai été profondément choquée mais aussi effrayée de voir que cette discipline en laquelle je croyais tant pouvait être à ce point instrumentalisée." Elle claque la porte de la Commission et quitte l'Inde pour le Canada, où elle se lance dans des études théoriques sur la mécanique quantique.

DSCN5687.jpgEnlacer les arbres

Elle avait entretemps rejoint un mouvement de femmes indiennes nommé Chipko, ce qui signifie "enlacer les arbres". Ce mouvement s'était créer spontanément en 1973 dans certains villages pour s'opposer à la déforestation de leurs terres menée par certaines firmes. Les femmes encerclaient de leurs bras les arbres par groupes de trois, malgré les intimidations et parfois les coups.

C'est de cette époque que provient une conviction profonde de Vandana : à ses yeux, les seuls "experts reconnus" de la Nature sont les paysans et en particulier les femmes qui connaissent chaque graine, chaque plante, chaque arbre, chaque écosystème dans tous leurs détails. En Inde, les femmes travaillent trois fois plus longtemps que les hommes dans une ferme et elles sont, là-bas comme ailleurs, les plus conscientes des nécessités fondamentales de la vie.

Ainsi est né le concept d'écoféminisme, central au reste de son action.

A peine sa thèse en mécanique quantique soutenue dans l'Ontario en 1978, elle revient en Inde pour agir au quotidien aux côtés de Chipko. Son premier succès est remporté contre une industrie minière qui détruit des collines et pollue gravement l'eau près de son village natal. Elle réunit tellement de données démontrant la nocivité des carrières en question qu'elle parvient à traîner l'entreprise minière en justice devant le Cour suprême de l'Inde et à la faire condamner. Le verdict stipule que "quand le commerce détruit la vie, alors ce commerce doit cesser et la vie continuer."

Les neuf graines

En 1987, elle assiste à un séminaire dont les médias n'ont jamais parlé. Il se tient à Bogève, village minuscule de Haute-Savoie. Il rassemble des représentants d'entreprises, d'associations, ainsi que des activistes et des scientifiques venus d'une vingtaine de pays, qui s'intéressent à l'impact des biotechnologies sur la santé et l'environnement dans le tiers-monde. Il s'agit du premier de tous les débats mondiaux sur les organismes génétiquement modifiés et la question des brevets sur le vivant.

DSCN5688.jpgCe qui va lancer le vrai combat de Vandana Shiva, ce ne sont pas les déclarations des activistes mais des industriels présents. Ces derniers évoquent leurs plans pour développer les OGM et prendre le contrôle des semences par le dépôt massif de brevets. Ils ajoutent qu'une concentration de leurs entreprises sera indispensable pour qu'il ne reste que quelques multinationales hyper-puissantes. C'est exactement ce qui s'est produit dans les années qui ont suivi, avec entre autres le rachat de de presque tous les semenciers de la planète par Monsanto.

Dans l'avion qui la ramène en Inde, Vandana essaie de résumer les choses avec un graphique. Elle voit dans l'histoire récente de l'humanité trois révolutions majeures : la révolution industrielle, la révolution chimique et celle qu'elle entrevoit, la révolution des graines. Elle va poser les bases de son combat en ces termes : de quel droit allait-on empêcher les paysans de reproduire eux-mêmes leurs semences ? Et pourquoi devraient-ils payer ce que la Terre leur offre gratuitement ?

Dans les mois et les années qui suivent, elle va créer et donner de l'ampleur une association qu'elle nomme Navdanya, ce qui signifie en hindi les neuf graines mais aussi le don renouvelé. Ce nom fait référence à une coutume paysanne. Pour savoir quelles semences planter pour la saison à venir, ils plantent neuf graines dans un pot le premier jour de la saison et regardent celles qui se développent le mieux au bout de neuf jours.

Le but de Navdanya va être de collecter, protéger et reproduire les multiples semences anciennes connues de tout temps par les paysans et de faciliter leur diffusion à qui en veut, plutôt que de recourir aux semences industrielles de bien moindre qualité et qui, de plus, rendraient les paysans esclaves des multinationales. Ils sont aujourd'hui plus de 500 000 à bénéficier en Inde de ce système d'échange basé sur le partage.

DSCN5684.jpgLes autres combats

Vandana Shiva est rapidement devenue l'une des altermondialistes les plus connues, aux côtés de José Bové, Teddy Goldsmith (créateur en 1969 de la revue The Ecologist), Maude Barlow qui lutte depuis 1990 sur la préservation de l'eau et le rôle central de la femme, et Jerry Mander, auteur de nombreux livres contre la croissance depuis les années 70. Ils ont mené plusieurs combats ensemble, faisant plier Coca-Cola qui implantait des usines polluantes en Inde ou manifestant contre l'OMC à Seattle en 1999.

Le livre sur Vandana raconte bien d'autres histoires, plus passionnantes et porteuses d'espoir les unes que les autres, en particulier sur le rôle de Darwan, jeune assistant de Vandana devenu son plus proche second grâce à ses réussites remarquables auprès de paysans à qui il a redonné non seulement leur savoir ancestral mais leur dignité, après une vague de suicides effarante dans leurs rangs (40 000 en 20 ans), liée à la diffusion de semences industrielles et de pesticides qui finissaient par ruiner des familles par dizaines de milliers.

Je vous en recommande la lecture avec la plus grande force.

Très belle journée à vous

DSCN5686.jpgVandana Shiva, victoires d'une Indienne contre le pillage de la biodiversité
Un livre de Lionel Astruc, préfacé par José Bové.
Editions Terre Vivante www.terrevivante.org
Prix : 18 €, 190 pages
ISBN 978-2-36098-043-7

Vandana Shiva sur Twitter : http://twitter.com/#!/drvandanashiva
Le site de Navdanya : http://www.navdanya.org

Les photos qui illustrent cet article sont tirées du livre.

04 juillet 2011

Des méduses bloquent une centrale nucléaire

méduse.jpgDes histoires comme celle qui suit, il s'en produit de plus en plus souvent. Elles font irrésistiblement penser au livre génial de Denis Marquet, Colère, dont nous recommandons à tous la lecture. Dans cette fiction souvent dépassée par la réalité, la Nature décide un jour de se débarrasser de son pire agresseur : l'être humain. Un thème qui entre dans ce que l'on nomme les théories Gaïa, exploitées par plusieurs autres romans mais qui sont loin d'avoir la même force.

Il y a quelques jours, une centrale nucléaire écossaise sur le rivage de la mer du Nord est tombée en panne. Tout s'est bloqué. Deux des réacteurs alors en service et refroidis par un circuit pompant de l'eau directement dans la mer toute proche ont dû être arrêtés d'urgence.

Les filtres étaient envahis par des méduses, empêchant l'eau d'arriver en quantité suffisante.

Pourquoi y avait-il autant de méduses à cet endroit la semaine dernière alors que la centrale, gérée par EDF Energy, existe depuis des années ? Parce que la température des océans et des mers augmente de façon de plus en plus sensible en raison du dérèglement climatique global. De ce fait, les méduses prolifèrent comme jamais auparavant.

Des incidents analogues se sont déjà produits. Début juin, c'est un phoque gris de l’Atlantique qui a bloqué le système de refroidissement d’une centrale du sud-ouest de l’Angleterre.

On peut parier qu'ils vont se multiplier. L'an dernier, une image satellite de la mer du Nord en plein été montrait qu'elle était envahie sur une surface phénoménale par des algues qui n'auraient jamais dû pousser là, mais qui l'ont fait "grâce" à l'augmentation de la température de l'eau par rapport aux normales des 120 dernières années. Elles non plus ne doivent pas être très bonnes pour les filtres où elles finiront par arriver tôt ou tard.


Photo : Wikipedia

11 juin 2011

Biomimétisme, quand la nature inspire des innovations durables

L'être humain tel qu'il existe aujourd'hui est apparu il y a environ 100 000 ans. Ensuite, comme toutes les espèces vivantes, il s'est petit à petit adapté à son environnement. Puis il a voulu adapter l'environnement à ses besoins. Et depuis un peu plus d'une centaine d'années - c'est à dire un millième à peine de la durée totale qu'il a passé sur Terre - il a tellement accéléré les choses que ses activités ont déréglé le climat planétaire, empoisonné les sols destinés à sa nourriture, éradiqué directement ou indirectement des dizaines de milliers d'autres espèces, perturbé l'air que toutes les formes de vie respirent avec des substances artificielles toxiques et pillé jusqu'à l'épuisement tout ce qui pouvait l'être.

Leaf_1_web.jpgLes premiers écologistes n'ont réalisé l'étendue de ce désastre généralisé qu'il y a une cinquantaine d'années, ainsi que son issue inévitable - l'extinction prématurée de notre espèce dans un avenir effroyablement proche. Et ce n'est que depuis guère plus de dix ans que cette prise de conscience a gagné une population suffisamment large pour que l'espoir de redresser la barre à temps ne devienne une possibilité sérieuse, même si elle est encore fragile.

Il y a quelques jours, j'ai entendu une chronique sur France-Info parlant d'un livre publié en 1997 par Janice Benyus, une scientifique américaine. Ce livre vient enfin d'être publié en France sous le titre "Le biomimétisme, innovation inspirée par la Nature". Il s'agit d'une nouvelle façon de voir la valeur de la Nature.

Anti a déjà consacré un article détaillé à ce sujet il y a quelques mois sur le blog.

L'idée est à la fois simple et lumineuse : dans la Nature tant qu'elle n'est pas perturbée par l'homme, la vie est auto-suffisante.

Il n'y a aucun gaspillage, tout est recyclé, aucune source d'énergie polluante n'est nécessaire ni aucune intervention sur les sols pour qu'ils produisent toute la nourriture nécessaire aux espèces qui en vivent. Cette mécanique parfaite est le résultat de 4 milliards d'années d'évolution, c'est à dire une durée 40 000 fois plus longue que tout le temps que l'Homme a passé sur Terre. La question est : ne peut-on pas s'inspirer de la Nature pour adapter à nos besoins toutes les innovations technologiques incroyablement efficaces qu'elle propose et ainsi vivre en harmonie avec elle plutôt que de continuer nos bricolages plus destructeurs les uns que les autres ?

« Lorsque nous plongeons aussi profondément notre regard dans celui de la Nature, nous nous rendons compte que toutes nos inventions existent déjà (...) sous une forme plus élégante et à bien moindre coût pour la planète. En architecture, nos poutres et nos étais les plus sophistiqués sont déjà présents dans les feuilles de nénuphar et les pousses de bambou. Les termitières, avec leur température constante de 30 °C, surpassent notre chauffage central et notre climatisation. »

D'après Janice Benyus, les leçons que nous donne la Nature sont les suivantes :

- Elle utilise une source d'énergie principale : l'énergie solaire.
- Elle n'utilise que la quantité d'énergie dont elle a besoin.
- Elle adapte la forme à la fonction.
- Elle recycle tout.
- Elle parie sur la biodiversité.
- Elle travaille à partir des expertises locales.
- Elle limite les excès de l'intérieur.
- Elle utilise les contraintes comme source de créativité.

A partir de ces observations, des chercheurs se sont mis à travailler sur des panneaux solaires qui, au lieu d'être comme ceux que nous connaissons aujourd'hui et qui ont un rendement limité, s'inspirent de ce que les plantes font de façon naturelle avec une efficacité mille fois meilleure. Leur but est de mettre au point des systèmes de production d'hydrogène ou d'électricité imitant le processus de photosynthèse.

D'autres travaillent sur un filtre à eau ultra-pure constitué de membranes et de portes protéiques imitant les systèmes à l'œuvre dans la nature.

velcro.jpg
Le velcro a été créé sur le modèle du fruit de la bardane. En créant des pantographes en formes d'ailes reproduisant la structure de celles du hibou, le bruit du Shinkansen (le TGV japonais, très bruyant) a été fortement diminué. La combinaison de natation Fastskin s'inspire de l’épiderme du requin mako.

Des habitations climatisées de façon naturelle sans aucune source d'énergie artificielle ont été construites en s'inspirant des termitières.

Des chercheurs du CNRS ont récemment mis au point des micro-nageurs artificiels mimant les spermatozoïdes, dans le but de leur faire un jour transporter de très petites quantités de médicaments à travers les vaisseaux sanguins, ce qui réduira considérablement leur toxicité potentielle.

LotusEffekt1.jpgDes parois de cabines de douche, des fenêtres auto-nettoyantes et des revêtements d'avion ont été conçus en mimant la structure des feuilles de lotus qui permet d'évacuer l'eau sans effort (le lotus et d'autres plantes, en fait, rassemblent toute l'eau qu'elles reçoivent en son centre).

De même, un récupérateur d'eau hautement performant a été construit en reproduisant les caractéristiques de la carapace des scarabées.

Et on en est seulement au début. Des milliers d'autres innovations sont là, sous nos yeux, et ne demandent qu'à être recopiées.

Une prairie naturelle ne nécessite aucun engrais, aucun pesticide et pourtant elle se renouvelle indéfiniment année après année sans jamais s'épuiser, grâce à la diversité des plantes qui la composent, des insectes qui la parcourent ou l'ensemencent, des oiseaux qui la traversent pour maintenir le nombre d'insectes à un niveau raisonnable et des mammifères qui la fertilisent après s'en être nourris. N'est-ce pas là une source d'inspiration merveilleusement prometteuse ?

Très belle journée à vous

Certains éléments de cette note proviennent de l'article Biomimétisme de Wikipedia
Illustrations : Wikipedia

Sur le blog : Le biomimétisme : quand l'industrie s'inspire de la nature pour mieux la respecter

Biomimétisme - Quand la nature inspire des innovations durables, de Janine M. Benyus, Éditions Rue de l'échiquier
ISBN : 978-2-917770-23-8, 400 p., 23 €

06 mai 2011

Le prix des meubles pas chers

article_wwf.jpgAcheter des meubles en bois exotique pour un prix cassé de quelques dizaines d'euros ? C'est ce que vous propose le site We Want Furniture.

Au moment de confirmer votre commande, vous aurez droit à un petit film qui vous montre en quelques dizaines de secondes les différentes étapes depuis la coup des arbres jusqu'à la fabrication des meubles... et les conséquences sur l'environnement : destruction de la faune sauvage, dérèglement climatique accru et pollution.

Il s'agit en fait d'une campagne organisée par le WWF. En effet, 40% des importations de bois exotique en France sont illégales. Les images qui sont utilisées proviennent pour la plupart du film Green dont je vous ai parlé ici sur le blog.

La Banque Mondiale estime que 20% de la forêt tropicale a disparu à cause de son exploitation abusive : plus de 140 000 km2 sont détruits chaque année dans le monde. Or, la forêt tropicale joue un rôle important dans la régulation du climat grâce à sa capacité d’absorption du CO2 et abrite un nombre important d’espèces animales. Les grands singes du bassin du Congo ou les orangs-outans d’Indonésie sont les premières victimes de la pression exercée sur les forêts tropicales, menacées également par la conversion en terres agricoles et les exploitations minières.

Le site We Want Furniture, ainsi que la campagne «Je dis non au bois illégal» du WWF, espèrent sensibiliser les consommateurs aux enjeux environnementaux qui se cachent derrière leurs terrasses en teck. Et encourager l’achat de produits labellisés FSC (Forest Stewardship Council), censés assurer la gestion durable des forêts.


Les deux derniers paragraphes de cette note viennent d'un article d'Audrey Chauvet dans 20 Minutes

25 avril 2011

Green, le Lien désintégré

Green-013.jpgJ'ai vu hier sur la chaîne Planète un documentaire saisissant et émouvant. Il s'intitule Green (vert) et se situe en Indonésie. Aucun commentaire n'accompagne les images, la tragédie qu'elles racontent s'en passe parfaitement et sa portée n'en est que plus universelle. Le film est disponible en téléchargement gratuit, son auteur souhaite qu'il soit diffusé librement le plus largement possible.

Green est le nom qui est donné à une femelle orang-outang. Elle est seule dans un monde qui ne lui appartient plus, victime de la déforestation et de l'exploitation intensive des terres ainsi mises à nu. Elle est recueillie par des hommes qui tentent de lui redonner goût à la vie après l'avoir découverte errante sur des terres boueuses et dévastées, là où se tenaient autrefois les arbres qui constituaient son habitat.

Green-132.jpgLes séquences où, malgré toute la tendresse de ses soignants, Green apparait en train de se laisser mourir parce que son monde a disparu, entrecoupées de plans sur ce que devient la forêt, sont poignantes. Elles m'ont, plus d'une fois, fait penser à Avatar, le film de James Cameron. Avec Green, on sent le Lien, celui qui unit les arbres, la terre et les êtres que la forêt abrite. On en comprend toute l'importance vitale, on le perçoit physiquement se désintégrer et rendre toute envie d'y survivre tout simplement inconcevable. Dans la vraie vie, sur notre planète, ce sont rarement les Nav'is qui gagnent.

Les gens qui font cela ne sont ni méchants, ni gentils. D'une certaine façon, ils ne sont même pas conscients de l'enfer vers lequel ils entraînent les habitants les plus anciens de la forêt primitive. Ils déboisent la jungle pour planter à la place des palmiers et ainsi récolter des millions de tonnes d'huile de palme, une substance présente dans quasiment tous les aliments industriels que nous consommons, ainsi que dans les cosmétiques ou pour faire des biocarburants dont nous remplissons nos réservoirs avec l'impression de faire du bien à la planète.

Green-122.jpgQuant au bois des arbres abattus, il sert à fabriquer nos meubles, nos escaliers, nos bibelots, le papier sur lequel sont imprimés nos journaux, nos livres, nos prospectus publicitaires. Et ce bois éparpillé, éclaté en millions de morceaux, c'est le souffle vital irremplaçable arraché aux animaux de la forêt, leur sang, leur poumon, leur cœur, leur âme, ce sans quoi ils ne peuvent vivre.

Nous sommes donc collectivement les bénéficiaires de ce qui se passe là-bas et ailleurs. Nous sommes les complices du désastre écologique que cette activité provoque soi-disant pour notre bien-être. Et si nous avons un minimum de conscience, nous nous sentons profondément désemparés par ce que ce film nous expose sans prononcer un mot, sans donner de leçon, juste en montrant la forêt qui meure et nos cousins primates qui y vivent devenir des clochards errants sans rien comprendre au cauchemar qui s'abat sur eux, jusqu'à s'en laisser mourir. Vous n'oublierez jamais toute la détresse qu'ils font passer dans leur regard.

Le film est également proposé en DVD pour 10 ou 15 euros à votre choix, l'auteur vous l'envoyant ensuite par courrier. Patrick, c'est son nom, veut encourager ceux qui le verront à arrêter de consommer des produits issus de la déforestation en Indonésie et de boycotter les industriels et les banques impliquées. Il demande aussi que nous évitions le plus possible de consommer des produits à base d'huile de palme, d'acheter des objets en bois tropical, d'utiliser du bio-diesel.

Un objectif difficile, comme le montre le générique de fin : il donne la liste interminable et souvent désagréablement familière de toutes ces entreprises qui exploitent la déforestation pour nous fournir tous les produits qui nous entourent.


Le site de Green : http://www.greenthefilm.com/. Téléchargement gratuit du documentaire, infos complémentaires sur la déforestation en Indonésie, liste des entreprises concernées, conseils de consommation.
Les photos sont tirées du site.

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