29 avril 2010
RSF a 25 ans – 101 photos de Magnum

Le petit dernier sort aujourd’hui, pour un très bel anniversaire (25 ans de lutte, de témoignages, malgré tous les obstacles),
et... C’est une merveille !!
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Extrait de la préface signée Robert Badinter :
« Les sorciers de notre temps »
Rendons grâce à l’agence Magnum. Nombre des plus célèbres photographes de presse (Robert Capa, Henri Cartier-Bresson, Elliott Erwitt, Raymond Depardon, Marc Riboud, etc.) ont parcouru le monde sous son sigle prestigieux. Et ce bel album témoigne de leur talent, de leur courage et de leur humanité.

Marc Riboud
Washington D. C, 21 octobre 1967.
Devant le Pentagone, lors d'une marche pour la paix au Vietnam,
Jane Rose Kasmir, donne un beau visage à la jeunesse américaine
C’est l’histoire cruelle de notre temps que nous découvrons en tournant avec émerveillement les pages. On y retrouve quelques-unes des photos les plus célèbres, celles qui ont forgé notre mémoire collective : le milicien républicain foudroyé sur le front de Cordoue en 1936, sous l’éclatant soleil de l’Andalousie.

Robert Capa
Ou l’adolescent à califourchon sur le mur de Berlin le 11 novembre 1989, symbole joyeux du totalitarisme vaincu.
Voici aussi les portraits de ceux qui ont marqué notre temps : Che Guevara avec son cigare à La Havane en 1963.

Elliott Erwitt
Le dalaï-lama, encore jeune adolescent, arrivant à Delhi au terme de son exode du Tibet.
Ou Jacqueline Kennedy, le visage voilé sous le regard de Robert Kennedy, lors des funérailles du président assassiné.

Elliott Erwitt
Et encore Martin Luther King devant le Lincoln Memorial délivrant son discours : « J’ai fait un rêve » en 1963.

Ce bel album que je tiens pour un honneur de préfacer est doublement précieux : par la qualité exceptionnelle, artistique et historique, des œuvres réunies ; et parce que ces photos témoignent du talent et du courage de ces “reporters sans frontières” pour lesquels il ne saurait y avoir de Liberté sans liberté de la presse.
Robert Badinter
Sénateur des Hauts-de-Seine
Ancien Garde des Sceaux
Ancien Président du Conseil constitutionnel,
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L’information est précieuse, protégeons-la ensemble !
En vente dès le 29 avril 2010
Chez votre marchand de journaux, votre libraire, dans les Fnac, Virgin, Relay, Maison de la Presse et Mag Presse.
Source textes et photos
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D'autres photos à découvrir ou retrouver dans l'album

Elliott Erwitt

Stuart Franklin

Abbas Kiarostami
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03 février 2010
Robert Doisneau, du métier à l’oeuvre
Voilà plusieurs fois que nous évoquons Robert Doisneau sur le blog sans lui consacrer la note qu’il mérite.
Je profite donc de la rétrospective de la Fondation Cartier-Bresson (jusqu'au 18 avril prochain) pour y remédier et, cadeau bonus, découvrir des merveilles moins célèbres que le "Baiser de l'Hôtel de ville" par exemple, mais tout aussi émouvantes.
Mercredi, jour des enfants. Quel meilleur moment pour retrouver l'un des regards les plus tendres qui soient ;-)

Le nez au carreau, 1953.
Fasciné par la banlieue, Robert Doisneau lui a consacré des photos devenues des classiques de la photographie française, pleines de lyrisme et d'un esprit ludique propres à l'artiste enfantin qu'il a été tout au long de sa vie.

Jeux africains, 1945.
La Fondation Cartier-Bresson inaugure la saison en lui consacrant une belle exposition.

La voiture fondue, 1944.
Intitulée « Du métier à l'œuvre », elle retrace l'évolution artistique de ce photographe majeur à travers une centaine d'épreuves originales réalisées à Paris et ses environs entre 1930 et 1966.

Cachan, 1948.
"Comme tous les familiers de la rue, Doisneau a su fixer cette gravité rayonnante qui isole un être humain de la foule, ces moments de grâce qui rassemblent des passants dans « l'illusion d'un instant » comme dans une géométrie de rêve".
Jean-François Chevrier

Bidonville à Ivry, 1946.
Longtemps Robert Doisneau a été perçu comme le chantre du pittoresque parisien.
Illustrateur de génie, il a su comme personne saisir l'image agréable, l'anecdote inattendue : on a reconnu en lui le professionnalisme et la poésie simple de l'instantané.

Football, Choisy le Roi, 1945.
Mais l'œuvre de Robert Doisneau est infiniment plus complexe.
L'exposition de la Fondation Cartier-Bresson propose une sélection d'une centaine d'épreuves originales, choisies en majorité parmi les trésors de son atelier et dans diverses collections publiques ou privées.

A la file
Les images présentées ont été réalisées entre 1930 et 1966 à Paris et dans sa banlieue.

Sphères
Cette relecture tend à montrer comment Robert Doisneau est passé « du métier à l'œuvre », avec une gravité insoupçonnée, en inscrivant sur la pellicule un monde dont il voulait prouver l'existence.

Passage parisien
Zoomorama de l'expo sur Rue89
"Toute ma vie je me suis amusé, je me suis fabriqué mon petit théâtre."

Le vélo de Tati, 1949
Des livres de et sur Robert Doisneau
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24 janvier 2010
Paris célèbre Izis, photographe rêveur

Izis, Paris des Rêves

Beau visage, profil noble, Izis incarne avec élégance tout le charme de la vieille Europe centrale qui mêle courtoisie, virilité et un certain détachement.

Ce photographe discret, caché sous le pseudonyme d'«Izis», qui pourrait évoquer la déesse égyptienne, ou, à défaut, une femme, est un homme posé qui fait face en égal à un monstre sacré.
Jacques PrévertBoutonné jusqu'au col comme un écolier aux cheveux blancs, le sourcil hérissé et l'œil piqué de curiosité, Chagall l'écoute en son atelier du quai d'Anjou, le plus privé de l'île Saint-Louis, en 1969.

Six ans plus tôt, le peintre n'a autorisé qu'Izis à le regarder travailler sur le plafond de l'Opéra de Paris.

Et à le photographier, tout petit devant son grand œuvre. Une des deux rotondes de cette exposition «Izis» éclate du rouge triomphant de Chagall.

Izis, pseudonyme public comme un slogan et homme méconnu.
Roland PetitReporter de Paris Match élu par ce peintre rude et réputé sans partage.

Ils sont là tous les deux à revivre comme des héros de Cocteau sous la voûte de la salle Saint-Jean de l'hôtel de ville, dans une exposition au fort parfum familial qui vise le grand public par ses accents sincères.
Comment peut-on disparaître, corps et âme, dans le tintamarre de la célébrité ?

C'est la question du sphinx que pose cet hommage sensible et décousu à Izis, dont le livre Le Paris des rêves, publié en 1950, fut réédité seize fois et vendu à 170.000 exemplaires, record qui laisse rêveur.
Edith PiafPourtant, aujourd'hui, qui, dans le monde de la photographie française, citerait Izis avant Doisneau, Cartier-Bresson, Lartigue ?
«Inconsolable mais gai.»
C'est par une phrase de L'Hurluberlu d'Anouilh que son fils Manuel Bidermanas, cocommissaire tout en rondeur bougonne de l'exposition, décrit son père : «Homme angoissé, hanté par son passé, sans doute désespéré, mais pas amer, capable de voir ce qui est beau, d'avoir l'humour d'un pitre.»

Né Izraël Biderman en 1911 dans une Lituanie misérable sous contrôle russe (le «z» de son prénom est dû à une erreur d'état civil), devenu Izraëlis Bidermanas à l'indépendance, en 1918, il est surnommé le «rêveur» à l'école hébraïque.
C'est ce trait d'enfance qui frappe le plus dans cet accrochage d'un Paris d'adoption et mélancolique, en retrait du monde.

Cette propension à la distance poétique, on la retrouve dans ses photos vagabondes sur les quais de Seine où les dormeurs s'enroulent autour des bornes d'amarrage, comme des blessés ou des lutins.

Émigré sans le sou à Paris, exploité comme travailleur clandestin dans des laboratoires photographiques qui le laissent parfois dormir sur place, survivant en zone libre au moment où sa famille lituanienne est assassinée par les nazis, Izis est un héros triste à la Dickens.

Son innocence est finalement récompensée.
Ses portraits des maquisards, francs, nets, secrets, ont tous quelque chose d'un autoportrait.
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13 juin 2009
Henri Cartier-Bresson, l'oeil du siècle

Présentée à l’occasion du centenaire de la naissance d’Henri Cartier-Bresson, cette exposition propose un parcours à partir des 320 œuvres conservées au sein des collections de la Maison Européenne de la Photographie.
Les deux grands ensembles qui la constituent sont le résultat d’un long travail sur les archives du photographe, qui avait donné lieu à deux expositions : “Paris à vue d’œil” au musée Carnavalet en 1984, et “Des Européens” à la MEP en 1997.
Incarnant le célèbre “instant décisif”, ces images mêlent émotion et regard acéré.

L’exposition est réalisée en collaboration avec la Fondation Henri Cartier-Bresson et en partenariat avec le Parisien et France Culture. (Maison Européenne de la Photographie)

L’appareil photographique est pour moi un carnet de croquis,
l’instrument de l’intuition et de la spontanéité,
le maître de l’instant qui, en termes visuels, questionne et décide à la fois.
Pour « signifier » le monde,
il faut se sentir impliqué dans ce que l’on découpe à travers le viseur.

Cette attitude exige de la concentration,
de la sensibilité, un sens de la géométrie.
C’est par une économie de moyens
et surtout un oubli de soi-même
que l’on arrive à la simplicité d’expression.

Photographier : c’est retenir son souffle
quand toutes nos facultés convergent
pour capter la réalité fuyante ;
c’est alors que la saisie d’une image
est une grande joie physique et intellectuelle.

Photographier : c’est dans un même instant et en une fraction de seconde
reconnaître un fait et l’organisation rigoureuse de formes perçues visuellement qui expriment et signifient ce fait.
C’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’œil et le cœur.
C’est une façon de vivre.
(Henri Cartier-Bresson)

1. Un Leica pour découvrir le monde
Né à Chanteloup (Seine-et-Marne), Henri Cartier-Bresson découvre le travail des peintres surréalistes à l’âge de 15 ans. Entre 1927 et 1928, il suit les cours du cubiste André Lhote à Paris. En 1931, il se rend en Côte d’Ivoire où il réalise ses premières photographies.

À son retour, il achète son premier Leica — un appareil photographique extrêmement maniable qui deviendra son plus fidèle complice — et se consacre dès lors entièrement à son art qu’il pratique, à l’instar des surréalistes, comme une écriture automatique appliquée au monde de l’image.
Dès 1932 est organisée à la galerie Julien Levy (New York) sa première exposition de photographies. C’est à l’occasion d’un voyage en Espagne, en 1933, qu’il réalise ses premières grandes photographies de reportage. Il séjourne ensuite un an au Mexique pour une mission ethnographique (1934) et expose aux côtés du Mexicain Manuel Álvarez Bravo à Mexico.

Henri Cartier-Bresson se rend ensuite aux États-Unis où il étudie le cinéma auprès du photographe américain Paul Strand (1935). Il assiste le cinéaste Jean Renoir sur La vie est à nous (1936), Une partie de campagne (1936, sorti en 1946) et la Règle du jeu (1939). De même, il réalise personnellement deux documentaires sur l’Espagne — Victoire sur la vie et l’Espagne vivra (1937).
2. Le capteur de « l’instant décisif »
Commence alors pour lui une importante carrière de photojournaliste, caractérisée par la recherche constante de l'« instant décisif », celui qui suspend le mouvement dans une éternité, moment où tout se complexifie du fait d'infinis reflets dans l'eau, d'un jeu surréaliste entre rêve et réalité, et par-dessus tout, de l'expression même, fugitive, de l'élégance et de la légèreté.

Souhaitant abolir la frontière entre art et document photographique, il publie son célèbre recueil Images à la sauvette (1952). C’est en préface de cet album qu’il développe sa conception de la photographie dans « l’Instant décisif », un texte devenu référentiel.
3. Le cofondateur de l’agence Magnum
Henri Cartier-Bresson est fortement marqué par les années de guerre. Prisonnier ayant réussi à s’évader, il photographie la libération de Paris en août 1944 et sort un documentaire sur les prisonniers de guerre et les déportés (le Retour, 1944-1945).

En 1946, il séjourne de nouveau aux États-Unis afin de finaliser une exposition de son œuvre au MoMA de New York — manifestation à l’origine « posthume », l’artiste vivant dans la clandestinité ayant été déclaré disparu.
En 1947, Henri Cartier-Bresson fonde avec quatre autres photographes indépendants — Robert Capa, George Rodger, David Seymour et William Vandivert — l’agence coopérative Magnum Photos, qui porte le reportage à son apogée tant dans le domaine des grands conflits historiques que sur la scène sociale, politique et privée.

De 1948 à 1950, il passe trois ans en Orient : en Inde, il photographie Mohandas Gandhi quelques heures avant son assassinat ; il est en Chine lors de la proclamation de la République populaire et témoigne de la victoire du communiste Mao Zedong ; il parcourt l’Indonésie alors qu’elle accède à l’indépendance.

En 1954, Henri Cartier-Bresson est le premier photographe occidental à être admis en Union soviétique. Quatre ans plus tard, il effectue un nouveau voyage en Chine, à l’occasion du dixième anniversaire de la République populaire. En 1963, le photographe est à Cuba pour Life Magazine, puis au Mexique. En 1966, il s’éloigne de l’agence Magnum qui conserve toutefois le droit d’exploitation de ses archives.
À partir de 1974, l’artiste se consacre à la photographie de portrait et de paysage, et reprend en parallèle le dessin et la peinture. Il décède en 2004.
4. L’œil du Siècle
Au hasard de ses rencontres et de ses amitiés, Henri Cartier-Bresson a réalisé le portrait d’artistes et d’intellectuels : Henri Matisse (1944), Jean Renoir (1946), Édith Piaf (1946), Jean-Paul Sartre (1946), Georges Braque (1947), Simone de Beauvoir (1947), Albert Camus (1947), François Mauriac (1952), Marilyn Monroe (1960), Alberto Giacometti (1961), Arthur Miller (1961), André Breton (1961), Martin Luther King (1961), Che Guevara (1963), Coco Chanel (1964), Samuel Beckett (1964), Marc Chagall (1964), Igor Stravinski (1967), Marcel Duchamp (1968), Alexandre Calder (1970), le dalaï-lama (1993), l’abbé Pierre (1994), etc.

Lauréat du Grand Prix national de la photographie (1981), Henri Cartier-Bresson a été à l’honneur dans de nombreux musées : exposition au musée du Louvre (1955) et au Grand Palais à Paris (1970), au MoMA de New York (1946, 1987), au Centre national de la photographie (1988) et la Bibliothèque nationale de France (2003).
Les photographies d’Henri Cartier-Bresson ont été publiées dans diverses revues et magazines et ont été rassemblées dans plusieurs ouvrages, notamment — outre Images à la sauvette (1952) — les Européens (1955), Moscou vu par Henri Cartier-Bresson (1955), China (1964), l’Homme et la Machine (1969), Vive la France (1970), Visages d’Asie (1972), Photoportraits (1985).
En 2003, a ouvert à Paris la Fondation Henri Cartier-Bresson, qui a pour mission de conserver et promouvoir le fonds Henri Cartier-Bresson, mais également d’encourager la création des nouveaux talents. Ainsi, le Grand Prix international Henri Cartier-Bresson (HCB Award) créé en 1988 sur l’initiative du Centre national de la photographie a-t-il été relancé à cette occasion.

Aussi sur le blog :
• Once 40 acres and a mule à la Magnum Gallery
• Magnum Cuvée 68
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17 avril 2009
Saul Leiter, « Dancing in the street »

Après le succès de la rétrospective consacrée par la fondation Henri Cartier-Bresson (Paris) à Saul Leiter en 2008, le musée expositionsNicéphore Niépce propose de s’intéresser plus particulièrement au travail en couleur de ce photographe.


À la fin des années 1940, à une époque où en Europe seul le noir et le blanc semble digne d’intérêt, l’américain Saul Leiter joue de la couleur pour capter les silhouettes anonymes des passant new-yorkais.

L’originalité de ses cadrages, alliée à une maîtrise technique de la lumière et de la chromie, métamorphose la métropole en un univers flottant aux accents oniriques.

À travers une quarantaine dœuvres issues de la collection privée d’Aforge Finance, l’exposition invite à s’imprégner d’une atmosphère poétique et à partager une vision de la rue très éloignée de la photographie traditionnelle.

Saul Leiter choisit ses sujets sans changer ses habitudes. Photographe de la rue, il est surtout le photographe de sa rue. Il déambule dans son quartier, flâne autour de son bloc pour capturer le quotidien.

Son regard reste à hauteur d’homme, au ras du sol. Son oeil, rapide, capte des images fugaces. Le temps s’arrête et le banal est découpé, bouleversé par le cadrage, le sur-cadrage et les plans successifs.

Les premiers plans sont utilisés comme des aplats de couleur. Les figures ne sont plus que formes. Les ombres, les flous, les reflets, les transparences modifient les sujet et invitent à une vision renouvelée.

Le photographe répartit les couleurs par touches, il construit ses images à la manière des expressionnistes, atteignant parfois les limites de l’abstraction.

Les images de Saul Leiter nous transportent dans un monde doux, cotonneux, apaisant, loin du New York frénétique et impressionnant habituellement immortalisé sur pellicule. Les angles sont arrondis, les contours deviennent flous. La ville se fait rêve.

Redécouvert par galerie Howard Greenberg (New York) dans les années 1990, ce pan de l’œuvre de Saul Leiter était jusqu’ici peu connu. La notoriété du photographe s’appuyait essentiellement sur ses travaux pour la mode et les magazines tel que Harper’s Bazaar.

Remettre en lumière cet aspect plus personnel et intime de sa création permet d’en souligner le caractère précurseur et d’évoquer une carrière aux multiples facettes.

(Texte extrait du site Châlon.fr)



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01 avril 2009
Helen Levitt, « La chorégraphie de la vie »
(Helen Levitt)

Helen Levitt est morte dans son sommeil dimanche 29 mars, à New York, sa ville natale, dont elle avait saisi la beauté avec son Leica. Elle avait 95 ans et n’avait guère changé sa philosophie de l’art de vivre en solo. Elle préférait s’occuper de ses chats, lire un bon policier ou jouer au gin-rami plutôt que de s’afficher au vernissage de ses multiples expositions.

La Fondation Henri Cartier-Bresson, à Paris, lui avait rendu un vibrant hommage en septembre 2007. Et son galeriste, Laurence Miller, avait alors souligné combien cette femme, réputée peu commode, était exigeante : «Helen est plus viscérale qu’intellectuelle. Elle n’a jamais eu aucun plan de carrière ni le moindre désir d’être célèbre, même si elle est reconnue comme un maître de la photographie. Elle est la doyenne des artistes de ma galerie.»

Intuition. Née le 31 septembre 1913 à Brooklyn, Helen Levitt abandonne tôt ses études. Premier job chez un photographe commercial, dans le Bronx, où cette fille d’immigrants se familiarise avec la chambre noire, avant de portraiturer les amis de sa mère.

Choc en avril 1935, lorsqu’elle découvre les photographies d'Henri Cartier-Bresson, de Walker Evans et de Manuel Alvarez Bravo, accrochées à la galerie Julien Levy, sur Madison Avenue, au pied de Central Park.

Dès lors, comme eux, cette autodidacte retiendra l’intuition comme matière première de ses photographies, mais s’abstiendra de toute incursion dans le photojournalisme. Par timidité, précisera-t-elle, et manque d’attrait pour la technique.

De fait, elle inventera son propre monde, arpentant sans a priori les quartiers populaires de New York, vite rénovés en confettis poétiquement mystérieux.

Ce qui l’intéresse, ce n’est pas de témoigner de l’Amérique sous Roosevelt, c’est de ravir, à Spanish Harlem ou dans le Lower East Side, les passages secrets de la rue. Les enfants frondeurs, leurs gribouillages à la craie, leurs graffitis de bagatelle.

La bizarrerie du trafic des piétons face aux voitures. La solitude des gens réfugiés à leurs fenêtres. Et la chorégraphie de la vie à l’emporte-pièce, entre comédie à l’italienne et documentaire à la Rossellini.

La reconnaissance ne tarde pas. «Personne ne la surpassait», lancera John Szarkowski, le conservateur chargé de la photographie au Museum of Modern Art, lorsqu’il lui accorde une exposition personnelle en 1943 : elle a 30 ans. Y sera dévoilé l’un de ses clichés les plus reproduits : trois gosses en route pour Halloween, ravis sur le perron, avec leurs masques de fortune.

Photographe du seuil, toujours en retrait, Helen Levitt n’importune pas ses modèles. Pas de message social, pas d’état des lieux, mais une empathie certaine, visible lorsqu’elle séjourne au Mexique, comme assistante de Luis Buñuel, en travail de commande pour le Museum of Modern Art. Ses instantanés dévoilent des ouvriers aux couleurs de cendre, pétrifiés par leur labeur. Ce voyage mexicain (en 1941) sera sa seule escapade hors de Manhattan.

Bigoudis. Ses confrères l’admirent. Walker Evans, par exemple (elle l’accompagnera dans le métro quand il fera ses photos incognito). L’écrivain James Agee aussi. Ils réaliseront ensemble, avec Janice Loeb, In The Street, un bijou de quatorze minutes monté en 1952, version live de ses images immobiles.

Un moment tentée par le cinéma, Helen Levitt revient à ses premières amours en 1959. Coup d’éclat : elle s’initie à la couleur grâce à des bourses de la Fondation Guggenheim.
Tout a changé. Les trottoirs se vident de leurs locataires, effondrés devant la télévision, qu’importe ! Helen Levitt continue à traquer les dessous candides de sa ville natale. Des poules devant un parterre de chaises sous plastique. Les croqueurs de pastèques.

Les ladies en bigoudis. Le surpeuplement des cabines téléphoniques. Et une banquise d’enfants en goguette, ses sujets fétiches, prêts à en découdre avec les passants.
Même si la photographe se sentait «vacillante», Helen Levitt a su imposer avec force sa vision d’un New York d’en bas, loin des miradors de la réussite. Son unique credo : «La beauté est dans la réalité elle-même.»
(Texte de Brigitte Ollier)

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21 mars 2009
Marc Riboud, l’instinct de l’instant

Dans le numéro 4 de Polka, il y a un long article consacré à Marc Riboud . Celui dont Henri Cartier-Bresson disait « tu es né géomètre, quelle chance tu as, si rare », car partout il voit des ronds, des lignes et des courbes.

Je vous propose de retrouver ou découvrir son parcours et son regard.

Au moment où il naît, le 24 juin 1923 à Lyon, Marc est le cinquième enfant d'une famille qui en comptera sept.

A l'Exposition Universelle de Paris, il prend ses premières photographies avec le petit Vest-Pocket offert par son père pour ses 14 ans.
En 1943-1944, dans le maquis du Vercors, il combat auprès des résistants.

De 1945 à 1948, il fait des études d'ingénieur à l'Ecole Centrale de Lyon.
A Villeurbanne, de 1948 à 1951, il travaille en usine. A l'issue d'une semaine de vacances prise pour photographier le Festival de Lyon, il oublie de retourner à l'usine et décide de se consacrer à la photographie.

Il séjourne alors trois mois à New-York et découvre que la photographie est à l'honneur dans les musées.
A Paris il rencontre Henri Cartier-Bresson et d'autres fondateurs de Magnum. Capa l'invite à rejoindre Magnum en 1953. Il obtient une publication dans Life pour une photo d'un peintre de la Tour Eiffel.

Président de Magnum, Robert Capa l'envoie à Londres "pour voir les filles et apprendre l'anglais". Il n'apprend pas l'anglais mais photographie intensément.
Entre 1955 et 1957, il part en Inde en Land-Rover, y séjourne un an puis se rend en Chine.

Il est élu vice-président de Magnum pour l'Europe en 1959.
Après un séjour de trois mois en URSS en 1960, il couvre l'indépendance en Algérie et en Afrique noire.

L'overseas Press Club lui décerne en 1966 son prix pour le livre The Three Banners of China.
Entre 1968 et 1969, il effectue des reportages au Sud et au Nord Vietnam. L'année suivante, l'Overseas Press Club le récompense à nouveau pour Faces of North Vietnam.

Depuis les années 80, plusieurs séjours et voyages au Moyen-Orient et en Orient, au Cambodge, en Chine et au Japon. Photographie aussi en France, dans les jardins de Touraine et retourne plusieurs fois à Shanghaï pour son prochain livre.
1996: Forty years of photography in China. Exposition à Paris, Londres, New York, Beijing, Hong Kong, Bilbao…

2000 – 2001: Plusieurs voyages à Istanbul, qui amènent à la publication d’Istanbul 1954 - 1998, Imprimerie Nationale Editions, Paris 2003.

2002: Reçoit le prix Life Time Achievement, à New York.
2003 Publication de Demain Shangai, Delpire Paris 2003, qui accompagne l'exposition au Musée Carnavalet. à Paris

Flammarion publiera une rétrospective du travail de Marc Riboud en 2004, rétrospective qui sera aussi présentée à la MEP (Maison Européenne de la Photographie) en Mars 2004.

"Images commandées ou photos buissonnières, depuis 50 ans Marc Riboud sillonne la planète comme un reporter, un voyageur, un promeneur qui aime prendre son temps. Les amateurs connaissent son goût pour la surprise, sa sympathie pour les êtres. Rétif à la violence, ses photos révèlent le plaisir de l’œil."

marc riboud.com

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17 avril 2008
Magnum, cuvée 68
Je viens de découvrir ce beau livre de photos en noir et blanc prises par les photographes de l’Agence Magnum en 1968, ici et là dans le monde.

68 MAGNUM DANS LE MONDE
Par Eric Hobsbawn et Marc Weitzmann
Editions HAZAN (réédition mars 2008)

(Henri Cartier Bresson - La police barre le Boulevard St Michel)
Ce qu’il en est dit :
Les photographes de la prestigieuse agence Magnum étaient partout, sur tous les terrains de cette année bouillonnante. Les éditions Hazan rééditent l'album de l'année 1968 de ces photographes.
Le livre, enrichi de textes de Eric Hobsbawm et de Marc Weitzmann, retrace en 250 photos en noir et blanc de grande qualité les innombrables événements de cette année. A cette époque où la télé n'était pas encore toute puissante, les photos avaient un poids énorme et leur publication dans certains magasines (Life) pouvaient faire évoluer les consciences. Ce fut le cas aux Etats-Unis avec certains clichés du Vietnam.
Ici, le printemps parisien est très nettement relativisé par les faits marquants et souvent plus tragiques de 1968.
Ce recueil s'ouvre sur un cliché très symbolique montrant une jeune fille tentant d'offrir une fleur à un soldat rigide derrière son fusil et sa baïonnette. Nous sommes à Washington en octobre 67 lors d'un rassemblement contre la guerre du Vietnam. Le Vietnam, qui apparaît comme le déclencheur de cette année "la plus révolutionnaire de l'histoire mondiale", selon l'historien anglais Eric Hobsbawn, est très présent dans le livre. Sur ce cannevas, les photographes de la prestigieuse agence de photos Magnum (créée en 47 par Capa, Cartier-Bresson, Seymour...) racontent le monde.
De la révolution castriste à l'échec du printemps de Prague en passant par le mai parisien; de la montée de la contestation hippie (puis yippie) aux assassinats de Martin Luther King ou Robert Kennedy en passant par la contestation étudiante en Italie ou en Allemagne; des abominables images du Biafra aux terribles photos des victimes de la guerre au Vietnam...les photos Magnum , en noir et blanc, passent d'une réalité optimiste à un constat d'horreur...
Sur le mai parisien, quelques photos symbolisent l'esprit Magnum, comme celles de Cartier Bresson où l'on voit une dame d'âge mur, Le Figaro à la main, lorgnant sur une jeune fille en mini-jupe lisant, elle, Le Monde, ou ce vieux monsieur passant l'air de rien devant le slogan "jouissez sans entrave".

(Don Mac Cullin - Combattant biafrais)
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