22 octobre 2009
Les nuages là-bas, ces merveilleux nuages

c’est vers le ciel que le musée Malraux du Havre invite ses visiteurs
à porter leurs regards par le biais des peintures et photographies présentées
dans « Les Nuages… Là-bas… Les merveilleux Nuages ».
Sous ce titre emprunté à Baudelaire,
l’exposition, réalisée en partenariat avec le Fonds régional d’art contemporain (FRAC) de Haute-Normandie,
rassemble 200 œuvres de 83 artistes, des années 1850 à nos jours,
des études de ciel du peintre Eugène Boudin aux photos numériques.
A voir jusqu’au 24 janvier 2010.

Huile sur bois 38 x 46 cm Le Havre, musée Malraux
© Florian Kleinefenn
« Le point de départ de cette exposition c’est la présence dans nos collection d’un nombre important d’études de ciel d’Eugène Boudin, environ 25 œuvres, précoces et tardives, un ensemble extraordinaire et un thème sur lequel le peintre a travaillé toute sa vie », indique Annette Haudiquet, conservateur du musée et co-commissaire de l’exposition.
Une démarche qualifiée d’« originale » dans l’œuvre de ce peintre normand qui fut, avec Jongkind, le premier maître de Claude Monet et dont le musée Malraux détient 120 œuvres issues d’un legs. Ensuite, le fil conducteur de l’exposition a consisté à s’interroger sur « la postérité » d’une telle démarche.

© Bernard Renoux, Nantes
Boudin, Baudelaire et la Photographie
Une postérité que les commissaires de l’exposition ont pris le parti d’aller chercher essentiellement dans la photographie. « C’est vrai qu’on s’est posé la question de la peinture », reconnait Annette Haudiquet. Avant d’y renoncer devant l’immensité du sujet et « de laisser tomber Magritte, Mondrian, la sculpture avec Arp, pour se concentrer sur la photographie ».

Epreuve sur papier albuminé à partir d’un négatif verre 32,2 x 42 cm
Paris, musée d’Orsay
© Musée d’Orsay, Dist. RMN / Patrice Schmidt
Un choix d’autant plus pertinent qu’il prend pour point de départ le milieu du XIXe siècle, avec la date charnière de 1859 qui est celle de la première exposition de Boudin au Salon de Paris, avec Le Pardon de Sainte-Anne-la-Palud, une œuvre qui sera achetée peu de temps après par la Ville du Havre pour son tout jeune musée.
C’est à ce même Salon de 1859 que la photographie, née vingt ans plus tôt, fait sa première apparition officielle.

© Denis Olivier
Si Baudelaire, dans son compte-rendu du Salon, a alors « des mots extrêmement durs » contre la photographie, il ne tarit pas d’éloges sur Boudin, non pas tant sur le tableau exposé (« fort bon et fort sage ») que sur les études de ciel - « ces beautés météorologiques » - qu’il a eu le privilège de voir dans l’atelier du peintre et dont il est le premier à en vanter la qualité. « L’exposition part donc de ce trio : Boudin, Baudelaire et la Photographie », indique la commissaire de l’exposition.
Balbutiements, subterfuges et maîtrise
Alors, quels sont « ces photographes, qui dans ces années 1855/60 s’essayent à capter les nuances du ciel ? ». Ils ont pour nom Gustave Legray, « venu au Havre en 1856 faire ses premières grandes photographies qui vont connaître un succès immédiat et comptent maintenant parmi les chefs d’œuvre de l’histoire de la photographie », Charles Marville ou Charles Nègre.

Epreuve gélatino-argentique 24,7 x 16,5 cm Paris, musée national d’art moderne - Centre Georges Pompidou
© Collection Centre Pompidou, Dist. RMN / Georges Meguerditchian
© RMN – Gestion des droits d’auteurs
La technique de la photo est encore balbutiante et ces artistes vont devoir inventer « toutes sortes de subterfuges, de trucages pour capter les nuages. Et Legray, en particulier est passé maître de cette technique consistant à assembler deux négatifs pour la réalisation d’un paysage ». Ce qui va poser, très vite le problème de « la véracité, qui va parcourir l’histoire de la photographie ».

© Denis Olivier
Les progrès de la technique vont aboutir à la fin du XIXe siècle à « une maîtrise totale et à l’affirmation d’un art où le ciel et les nuages prennent toute leur importance, comme, en peinture, dans un beau paysage composé ».
Le second volet de l’exposition souligne et illustre les prolongements contemporains des conquêtes réalisées par les photographes du XIXe siècle. Avec, pour commencer, dans les années 1920 l’Américain Alfred Stieglitz, « le premier à photographier des nuages comme des équivalents poétiques, musicaux », souligne Annette Haudiquet, pour qui « ses œuvres inaugurent un autre pan de l’histoire de la photographie où le nuage, le ciel, deviennent un lieu d’expérimentation, le nuage un objet autonome, une forme ».

© Olivier Mériel
Un objet, une forme, un thème dont les artistes n’auront de cesse de s’emparer de manière très différente au fil du temps. Pour, par exemple, le mettre en rapport avec des formes créées par l’homme, comme dans le Nuage égaré, de l’Américain André Kertesz, où le flocon nuageux cohabite avec l’arête d’un building.

C-Print Ed. 7/10 138 x 225 cm
Courtesy galerie Conrads, Düsseldorf
© Rosemary Laing
« C’est une exposition assez jubilatoire… On balaye 150 ans d’histoire et le nuage, le ciel restent un sujet inépuisable de poésie, inspirent toujours les artistes », conclut Annette Haudiquet.
On ajoutera que le lieu, le musée Malraux, n’est pas pour rien dans le charme de cette exposition. Dans cet édifice entièrement vitré, planté sur le port du Havre à l’entrée du chenal, le paysage réel - ciel et mer - s’invite en permanence et invite le regard à aller au loin, vers les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !
Source du texte
Diaporama du Monde
Ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ?
- Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
- Tes amis ?
- Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.
- Ta patrie ?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté ?
- Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.
- L'or ?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !"».
(Charles Baudelaire, poème « L’étranger »,
dans Le spleen de Paris)

© Laurent Millet
Miss You
13:45 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : musées, peinture, photographie, charles baudelaire
28 janvier 2009
J'aime... (Ramses)

A proximité du Caire, en Egypte, sur le plateau de Gizeh se dressent les pyramides de Kheops, Khephren et Mykérinos, veillées par le Sphinx.
Ramses m'a fait l'immense surprise de m'envoyer ces photos renversantes de beauté des pyramides qu'il a prise en 2004/2005.
J'ai choisi, pour les habiller, quelques vers de Baudelaire.
Bon voyage...

Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ?
Ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ?
- Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
Tes amis ?
- Vous vous servez là d’une parole dont le sens m'est restée jusqu'à ce jour inconnu.
Ta patrie ?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.

La beauté ?
- Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
L’or ?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
Eh ! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !
Le Spleen de Paris, I, (Petits Poèmes en Prose)

anti
11:00 Publié dans L'Univers d'Anti | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : poésie, egypte, charles baudelaire
01 mars 2008
A une passante
Envie de retrouver ici, pour le partager avec vous, mon poème préféré :
A une passante
La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;
Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.
Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?
Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !
Charles Baudelaire, "Les Fleurs du Mal"
21:11 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : poésie, charles baudelaire





