10 janvier 2011
« Princesse Histamine »
Coup de cœur pour ce nouveau roman d’Erik Orsenna (Erik Orsenna sur le blog), découvert avec Léa à Noël.
Il s’agit du premier tome des mémoires d’une princesse, Histamine, aussi insupportable qu'attachante, et qui, du haut de ses onze ans, bataille avec verve et espièglerie contre tout et tout le monde…
*
**

*
Quatrième de couverture
« Bonjour, je m’appelle Histamine et j’ai onze ans. On dit que je suis très belle, c’est incontestable : nez parfait, dents pointues, sourire ravageur, je ne vous parle pas de mes ongles… On dit aussi que je suis insupportable.

Là, je proteste ! Je ne suis insupportable que parce que je ne supporte pas ce qui n’est PAS supportable : les gens qui sentent mauvais, les gens qui mentent, les gens trop tristes, les ennemis de la liberté, les trop heureux pour oser quoi que ce soit. Quand on est comme moi, la vie, bien sûr, n’est pas simple.

Mais dans cette bataille quotidienne, j’ai des alliés : Suzanne, ma grand-mère (une princesse, comme moi), Isabelle, un médecin allergologue bien décidé à ne pas se laisser marcher sur les pieds, Marie-Martine Gérard, une conseillère d’orientation (très) naïve mais efficace, un aristocrate éleveur de hérissons, etc.

Et vous voulez savoir pourquoi je m’appelle Histamine ? Demandez à votre médecin. Histamine est une substance qui a des relations avec l’allergie, et comme je suis allergique à tout, sauf à l’amour et au rêve… Ce livre est le premier tome de mes mémoires. Même à onze ans, quand on a une vie riche, il, y a déjà beaucoup à raconter. Et quand on voit les projets pour mes années prochaines… Vous n’allez pas être déçus en 2011, 2012, 2013, 2014… »
Feuilleter « Princesse Histamine »
*
Illustrations signées Adrienne Barman,

qui est aussi (et notamment)
l’auteure du « Fourneau voyageur »
dont je vous reparlerai ;-)
*
Et, pour le plaisir, le site d’Erik Orsenna,
un autre voyage.
**
*
Bonnes lectures !
Miss You
11:15 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs, Raconte-moi une histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : livres, erik orsenna, contes
27 octobre 2010
Le mythe de Jonas
Anna titrait dernièrement une note d'accueil "Des Baleines plein les yeux". Hier soir, je mettais en ligne la pétition d'Avaaz "Quelques jours pour stopper l'extinction", la baleine est décidément au cœur de nos préoccupations et plutôt deux fois qu'une !
En effet, je suis heureuse de vous annoncer la sortie prochaine d'un nouveau livre de Robert Régor Mougeot : « Le signe de Jonas. Si Jonas m’était conté » qu'il a choisi de réaliser avec le concours des Éditions du Puits de Roulle.
La grotte initiatique, la grotte souterraine, le cabinet de réflexion, l’antre de la vouivre, c’est aussi le ventre du gros poisson... Comme sainte Marguerite fut « issue du Dragon », Jonas fut vomi par la baleine…

« La première partie de ce livre vient de la demande que me fit un jour la providence, à travers un ami, de conter Jonas. Il me fit connaître le livre du kabbaliste Virya, Le Grand Œuvre de Jonas. Une première version courte, pouvant être contée, fut écrite. Puis a suivi une deuxième version, étayée par des commentaires et références afin de justifier en quelque sorte, les propos du conte. »
La version courte a été contée lors de diverses manifestations. L’auteur a ensuite été invité à conter au colloque organisé sur le thème de Jonas à l’Université Artois d’Arras, le 2 avril 2009, colloque réunissant les universitaires spécialistes du sujet. Là, ce fut la version longue qui fut utilisée.
La seconde partie, Le Signe de Jonas et la fin des temps, aborde le symbolisme de la baleine et celui du déluge dont de nombreux peuples ont gardé la mémoire, tout autour de la Terre.
L’essentiel du Livre de Jonas est d’actualité. Comme pour Ninive en son temps, l’homme est appelé à changer son comportement de toute urgence, sous peine de causer aux autres et à lui-même de grands malheurs.
Robert Régor Mougeot est conteur et auteur de Contes qui coulent de Source. La quintessence du conte (Editions EDIRU, 2006). Il a publié également La Vouivre, un symbole universel (en collaboration avec Kinthia Appavou, 3e édition, EDIRU, 2006) et l’excellent Le miroir, Symbole des symboles paru chez Dervy en 1995.

Je ne manquerai pas de vous tenir informés. D'ici là, vous pouvez poursuivre avec ces quelques liens :
Jonas sur Wikipedia
Le blog de Régor : Vivre Vouivre
Régor sur le blog
anti
Photo mer : Anna Galore
15:05 Publié dans L'Univers d'Anti, Symboles et croyances | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : livres, contes, edition, editions du puits de roulle, antipode editions, auto-edition, publier son livre, regor, nimes et ses alentours, imprimer mon livre
17 août 2010
« Le Secret » de Frédéric Lenoir
Quelques temps après qu’Anti ait parlé de « L’Oracle Della Luna », je m’étais plongée dans ce roman de Frédéric Lenoir et j’avais adoooooooooré !
Aussi, quand j’ai croisé ce petit livre de conte (petit en taille ! environ 150 pages) au hasard des allées de Cultura, avec un si joli titre « Le Secret », par cet auteur dont j’avais tellement aimé le style à la fois riche et épuré, je me suis empressée de le mettre dans mon panier. Comme la promesse d’un joli moment de lecture et sans doute plus…

Ca y est, je l’ai lu, que dis-je dévoré et, encore une fois, quel bonheur !
A peine terminé, j’avais déjà envie de le reprendre, pour retrouver certains extraits, des passages particulièrement émouvants ou simplement (et c’est déjà beaucoup) très beaux.
J’y ai trouvé un nombre incroyable d’échos avec ce que j’aime (la nature, les choix de vie, le Sud, des vieilles vignes, un trésor, une communauté rurale avec ses personnages hauts en couleur et leurs petites lâchetés, un secret, une tendresse infinie, des silences riches de complicité et des non-dits tout en pudeur, …).
J’ai aussi beaucoup aimé la façon dont sont abordés certains des thèmes réguliers de ce blog (la peur de l’Autre parce qu’il est différent, le lien indéfectible à la terre et à la Terre, des arbres et surtout un Arbre, une nature qui se fait écrin et refuge, …).
Ajoutez à ça un secret qui prend bientôt toute la place, qu’on pense avoir deviné au fil de la lecture et qu’on découvre, stupéfait, aux toutes dernières pages. La surprise est tellement belle et le chemin pour y arriver si parfumé de soleil, de garrigue, si saupoudré de nuits étoilées et d’émotions douces ou amères parfois qu’on ne peut que saluer l’auteur pour ce Secret si bien gardé.
Je ne dirai rien de la fin, ni du secret, bien sûr, si ce n’est qu’ils sont encore de superbes échos et qu’ils plairont beaucoup à certain(e)s d’entre vous.
Ce petit opus est bien plus qu’un conte qui fait réfléchir, c’est un véritable petit bijou.

Que s’est-il donc passé dans la vieille vigne abandonnée où l’on a retrouvé Pierre Morin inanimé après deux jours d’absence ?
Dans le village, tous s’interrogent, se passionnent, et cherchent à percer à tout prix son secret.
Un récit captivant d’un genre tout à fait nouveau, aux frontières du conte philosophique et du roman à suspense, dans le cadre d’un petit village des Alpes du sud à la fin du XIXème siècle.
Une parabole sur les choix et les valeurs essentielles de notre existence.
« Emilie fut la seule à remarquer que son fils avait dans le regard quelque chose de nouveau, d'indéchiffrable, une lumière impalpable qui lui rappelait ce bonheur intérieur qu'elle-même ressentait lorsqu'elle allait visiter son propre secret.
Elle sut que Pierre taisait l'essentiel, mais elle resta silencieuse. »

Que s'est-il donc passé dans la vieille vigne abandonnée où l'on a retrouvé Pierre Morin inanimé après deux jours d'absence ?
Dans le village, tous s'interrogent, se passionnent, et cherchent à percer à tout prix son secret.
Avec ce récit captivant d'un genre tout à fait nouveau, aux frontières du conte philosophique et du roman à suspense, Frédéric Lenoir nous offre une parabole sur les choix et les valeurs essentielles de notre existence.
Pierre Morin, jeune enfant proche de la nature, sensible et désintéressé, est en butte contre le village, dans lequel sa mère est arrivée quelques années plus tôt.
Il est rudoyé par les autres enfants et traité en paria par les villageois : qui est le père de cet enfant ?
Pourquoi préfère-t-il un lopin de terre incultivable plutôt que la richesse ?
Et surtout quel est son secret qui l'amène irrésistiblement vers les vignes où il a été découvert un matin, après deux jours d'absence ?
L'écriture simple et fluide de Frédéric Lenoir nous entraîne dans la quête du secret de Pierre, à la suite des ridicules villageois plein de morgue et de préjugés, avares et cupides, et tient en haleine jusqu'à la dernière page.

La peinture des personnages secondaires, tels le maire du village intéressé ou le prêtre pas si détaché des choses matérielles que le laisserait supposer sa fonction, donne à ce court récit une touche d'humour.
Tel un Candide, Pierre affronte courageusement les diverses épreuves de la vie, fait des choix impensables et semble enfin toucher au bonheur.
C'est sans compter la méchanceté et la cupidité des hommes.
Après diverses péripéties cocasses, retournements de situation, et épisodes plus tendres, on découvre avec stupéfaction le secret de Pierre : le récit prend alors une valeur symbolique et philosophique...
Un livre qui pousse à la réflexion et qui mérite le détour !
Une très belle découverte !
Miss You
11:15 Publié dans Coups de coeur, Miss Terre et bouts de blogs, Nature, Raconte-moi une histoire | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : contes
08 août 2010
Lachenaie : le blog de Kasimir

Colibri illustration de Kasimir pour le conte de la Princesse Elisa - Les symboles - Une formulation lumineuse de Ptitsa -
Puisque nous sommes en vacances, je vous propose de visiter d'autres blogs ;-) Bien sûr, vous le faites déjà, nous avons toutes et tous notre tournée habituelle où l'on se croise parfois, ceux que l'on se contente de lire ou auxquels on participe plus : eMmA, Boudufle pour ne citer que ces deux là (pour les autres, vous pouvez voir La Communauté de l'Anna, à gauche sur votre écran, une véritable mine de pépites).
En ce dimanche, je vous invite à faire une promenade à Lachenaie, sur le blog de Kasimir que j'ai maintes fois cité mais auquel je n'avais pas encore consacré une note à part entière.
Kasimir, vous le connaissez déjà, c'est Le Kasimir dit Clovis Perrin qui a illustré "Le Régime de Replète la Sorcière" d'eMmA MessanA.
Mais faisons plus ample connaissance. Voyons voir...
kasimir, dit pinson dépluméEgoïste, buté, borné, envieux, gourmand, idiot et farfelu
Localisation : centre
Les communautés de kasimir, dit pinson déplumé : Feng-shui occidental , La Nature dans son ensemble
Tags : Humour , Poésie , Réflexion , Conte , Magnésium
"Égoïste, buté, borné, envieux, gourmand, idiot et farfelu"... Égoïste, je ne crois pas non ou alors généreux égoïste. Buté ? Borné ? Envieux ? Qu'aurait-il à envier celui qui écrit, dessine et comprend si bien le monde ? Idiot ? Selon quelle définition ? Farfelu ? Ah ! Oui alors ! Et pour notre plus grand plaisir encore.
Pour découvrir encore plus ce monsieur avant d'aller sur son blog, je vous suggère de faire ce petit détour par ici, chez eMmA qui raconte si bien leur rencontre "pour de vrai" :
Kasimir a perdu plus qu'un être cher dernièrement. Il a perdu sa Lulu. Malgré tout, il est toujours présent et les textes qu'il aborde suite à ce décès sont merveilleux. Ils sont un soutien à toutes les personnes qui ont connu la même situation, peu importe quand. Pour cela, merci aussi Kasimir.
Alors voilà, vous connaissez un peu mieux l'oiseau rare, à présent, je vous propose d'aller vagabonder sur son blog pour y lire des textes, des contes et découvrir les magnifiques illustrations qu'il réalise pour les accompagner. Qui sait, vous y trouverez peut-être un arc-en-ciel de bisous au détour d'un clic ?
anti
11:15 Publié dans L'Univers d'Anti | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : kasimir, emma, contes, clovis perrin
13 janvier 2010
Le temps des contes
Pour finir en douceur cette journée bien remplie elle aussi, tellement que j'ai même fini par m'endormir dans la salle d'attente de l'orthodontiste, un petit moment de quiétude avec cette poésie signée Georges Jean :
S'il était encore une fois
Nous partirions à l'aventure,
Moi, je serais Robin des Bois,
Et toi tu mettrais ton armure.
Nous irions sur nos alezans
Animaux de belle prestance,
Nous serions armés jusqu'aux dents
Parcourant les forêts immenses.
S'il était encore une fois
Vers le château des contes bleus
Je serais le beau-fils du roi,
Et toi tu cracherais le feu.
Nous irions trouver Blanche-Neige
Dormant dans son cercueil de verre,
Nous pourrions croiser le cortège
De Malbrough revenant de guerre.
S'il était encore une fois
Au balcon de Monsieur Perrault,
Nous irions voir Ma Mère l'Oye
Qui me prendrait pour un héros.
Et je dirais à ces gens-là :
Moi qui suis allé dans la lune,
Moi qui vois ce qu'on ne voit pas
Quand la télé le soir s'allume;
Je vous le dis, vos fées, vos bêtes,
Font encore rêver mes copains
Et mon grand-père le poète
Quand nous marchons main dans la main.
Georges Jean
anti
19:50 Publié dans Littérature jeunesse, L'Univers d'Anti | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : poésie, contes
12 janvier 2010
La Méridienne du griot blanc

"Lors de mon premier voyage en avion, en feuilletant le magazine de la compagnie aérienne, je suis tombé sur un reportage sur un homme en France - un certain Marc Roger - qui transportait des livres à dos d'âne afin de faire des lectures publiques. Il disait s'être inspiré d'un Colombien : Luís Soriano. C'était moi ! Je n'ai pas pu retenir mes larmes"
rapportait Anna, le 10 septembre dernier dans la note Luis Soriano, la culture à dos d'âne .
Retour sur cette belle histoire.
Du 31 mai 2009 au mois de juin 2010, Marc Roger, lecteur public de la Compagnie La Voie des Livres décline sa passion de la lecture à voix haute depuis octobre 1992.
Accompagné de son âne Babel, il part à pied sur les chemins d'une méridienne imaginaire qui va de Saint-Malo à Bamako, pour aller lire à voix haute tout au long des 5000 km qui séparent les deux villes, romans, poèmes et nouvelles, d'auteurs de littérature française et étrangère. Soit une moyenne de 15 à 20 kilomètres par jour, avec pour volonté première, l'humilité de lire le monde avec lenteur et d'écouter vivre les gens.
"Au milieu du détroit. Je regarde l'Afrique. Me retourne. Et regarde l'Europe. Lèvres humides qui tendent. Dans leurs eaux les dauphins. Le bateau suit l'aiguille. Le liquide est au sud. Foisonnant de plancton. Bouche ouverte je mange. Une heure trente de vie. Jusqu'au port de Tanger au Maroc."
La Méridienne du griot blanc, pourquoi ?
Maternité de Bamako. Capitale du Mali. Terre d’Afrique. J’invente, ici, ma toute première lecture. Des visages noirs, des visages blancs, autour d’une femme. Ma mère. Toute pâle de ses récents efforts. Mais, caramel au bout des seins pour exciter ma convoitise de la rondeur du monde. Sur ce, mon père arrive, couvert de latérite après mille kilomètres de piste qu’il vient de parcourir pour faire ma connaissance. Il aimait dire avoir reçu le télégramme deux heures après qu’il eut appris ma venue au monde par le tam-tam. Manière de dire que j’ai le cœur côté tambour.
Même aujourd’hui, qu’ils ne sont plus et qu’ils reposent ensemble non loin de Saint-Malo, je m’épanouis encore de leurs paroles quand j’écoutais leur vie passée en terre d’Afrique. Une mémoire qui m’a donné le goût de lire, romans, essais, récits, poèmes et pièces de théâtre que l’on écrit dans cette partie du monde. Un métissage en quelque sorte, pour que le papier parle à l’ombre tutélaire des baobabs et des caïlcédrats.

Position du jour : Maroc - Tétouan
A ce jour, 2602 kilomètres parcourus
à pied 1972 km
(transferts camion, bateau, 630 km)
87 lectures - 4540 spectateurs
Où est-il ?
Que lit-il ?
Que vit-il ?
Chroniques
Albums photos
Vidéos
Médias
Pour l'écouter, cliquez ici.

Pour voyager encore, à ses côtés, Gibraltar Punta de Europa un article signé Marc Roger.
Faux. Archi faux. Gibraltar n'est pas la pointe de l'Europe. La pointe de l'Europe se trouve à Tarifa. Mais, fort de son rocher et de sa baie parfaite, Gibraltar impose sa géographie au monde. À la jonction des terres Europe-Afrique et celle des eaux Océan-Mer. Le vieux rocher domine. Suprématie indiscutable. L'histoire, la politique et ce qu'on souhaite qu'elles taisent ou perpétuent dans les mémoires, dictent souvent leurs toponymes aux imprimeurs d'atlas. Qui se soucie de Tarifa hormis quelques fondus de planche à voile et de windsurf qui placent le lieu pour l'un des spots les plus côtés de la péninsule ? Le détroit est grandiose, et si certains rêvent en contemplant ses eaux superbes de figures ou de styles, d'autres frémissent à l'idée de les franchir sur des embarcations précaires. Dans le regard inquiet des jeunes vendeurs à la sauvette que l'on croise dans les rues de nos villes touristiques, tous en provenance de l'Afrique subsaharienne, baluchons à l'épaule de ceintures et de sacs, dvd ou lunettes de soleil, on suppose des parcours que nos vies confortables ne peuvent pas concevoir.
Je cite ici, un extrait du livre de Fabrizio Gatti, Bilal, sur la route des clandestins, traduit de l'italien par Jean-Luc Defromont, aux éditions Liana Levi. Ce livre est un incontournable. Que chacun de mes pas qui me guident vers le sud soit marqué du sceau de ces personnes qui tentent leur chance en montant vers le nord. Mon voyage est un luxe. Leur périple. Un péril permanent.

Gibraltar © MR-LVDL.jpg
Le bateau est à quai. Le départ imminent. J'ai le cœur qui se serre. Babel ne verra pas l'Afrique. Le scénario tant redouté se réalise. Aujourd'hui, je m'incline. Babel ne passera pas au Maroc. Algeciras. Bureau de l'environnement chargé des autorisations de déplacement des animaux sur le territoire espagnol. Ils sont formels. Entrées, sorties et autres fantaisies du genre sont soumises à des règles drastiques. D'ailleurs, très surpris d'apprendre que Babel ait traversé toute l'Espagne sans le moindre papier officiel. Les Haras Nationaux français me l'avaient certifié. Carnet de vaccination et carte d'identité suffisent pour être en règle. Passons. Quatre mois sans embrouille en Espagne. Un exploit. Mais ce n'est rien, car l'employé m'annonce que Babel va être mis en quarantaine. Le temps que différentes analyses de sang soient faites. Envoi des échantillons à Madrid, retour et compagnie. Quarante jours. Et, qu'une fois arrivé au Maroc, si les douaniers, là-bas, acceptent de le faire descendre du bateau - il m'a cité plusieurs cas de figure pour lesquels les papiers étaient en règle et malgré cela les propriétaires avaient dû faire demi-tour - qu'arrivé au Maroc, Babel serait contraint de suivre une deuxième quarantaine. Total 80 jours. Dans ces conditions, la décision est simple, Babel remonte en Normandie. Me voilà donc parti pour acheter Babel II au Maroc. On va se marrer.

Tarifa © MR-LVDL
Sur le bateau. Premier bilan. Derrière moi, la moitié du voyage. La fierté ridicule de me dire - J'ai tenu jusque-là. Mon voyage est fragile. Son moteur, la lecture, est noyé dans l'espace. Entreprise assez folle cependant pour marquer les esprits. Certains lisent aujourd'hui en marchant dans leur tête en croyant que je marche en lisant dans la mienne. Le métier de lecteur reste encore méconnu. En Espagne, personne ne le pratique. Tant pis pour ceux qui ne garderont de mon passage que la mauvaise photo d'un âne sur leur écran de téléphone. Merci aux autres, fort heureusement les plus nombreux, n'ayant de cesse que de transmettre la joie qui fut la nôtre à nous parler de livres. L'utopie me fait vivre. Bibliothèques et librairies ne sont pas foule en péninsule. Si la demande se fait connaître, les bâtiments suivront et sortiront de terre. Le pays a l'esprit bâtisseur. Pour répondre à la crise, Zapatero, premier ministre, a lancé le plan E. Pas une ville, ni un village qui n'ait le ventre de ses rues ouvert. Marteaux piqueurs, pelles mécaniques et bulldozers font œuvre d'urbanisme. Des ponts. Des routes. Trottoirs et paseos. Pour que circulent à l'aise le corps des promeneurs. Gageons qu'ils aient un jour l'envie de lire. Je passe ici commande aux logiciels des architectes. Trois médiathèques au prix d'un grand stadium. Dix librairies pour un périphérique. Facture payable à vingt-cinq ans.
Pedro Ruiz, cinéaste, caméraman et photographe a rejoint notre équipe. La réalisatrice, Catherine Hébert, est soulagée. Le tournage va gagner en souplesse. Point de hasard dans sa présence. Pedro aime la lecture, les écrivains et leur travail. Son dernier film - La dérive douce d'un enfant de Petit-Goâve -vient de sortir au Québec. Prix du public aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal. Grande audience et, coïncidence heureuse, Dany Laferrière dont il trace le portrait, reçoit au même instant, le prix Médicis pour son roman L'énigme du retour. Un contexte idéal. La Méridienne du griot blanc est en logique avec elle-même. Les auteurs restent au centre du tracé qu'elle innerve. Je vais lire Laferrière.Au contact de l'œil qui se pose chaque jour sur l'action que je mène, je prends goût aux images. Non, je ne rêve pas d'être acteur. La machine cinéma en tant que tel me ferait plutôt fuir. L'énergie dispensée par l'acteur est coupée par les lois du montage. Ma liberté fluide à lire me semble irremplaçable. Elle est totale. Mais, je désire et je vois loin. Je rêve d'un rôle unique. Le rôle de Siméon. Personnage central du roman Les Saisons de Maurice Pons. Je serais fou d'apprendre que ce rôle soit joué par un autre. Je lance donc un appel - Siméon, c'est pour moi !
À cent mètres du Génie de La Bastille, dans la rue Jacques Cœur qui joint le boulevard Henry IV à la rue Saint-Antoine, se tenait une petite librairie que Colette défendait bec et âme. Voici deux ans, Corinne en ressortit le livre de Maurice Pons en mains, vivement recommandé par la libraire. Cette nouvelle édition chez Bourgois arborait un tableau de Raymond Johnson intitulé - Lumière. Paradoxe, le roman est très sombre. Il ne faut pas grand-chose, parfois, pour convaincre un lecteur. La première phrase - Il arriva par le sentier de la cluse, vers le seizième mois de l'automne, qu'on appelait là-bas : la saison pourrie... m'a balayé comme un fétu. Curieusement, le livre est sombre et n'ai pourtant cessé d'avoir d'incontrôlables accès de rire tout au long de sa lecture. Quand Corinne, intriguée, s'enquérait de savoir ce qu'il y avait d'aussi drôle - Incroyable ! lui disais-je, je ne peux pas te raconter, tu liras par toi-même... À la fin de ma lecture, j'en étais persuadé, je lirai ce roman à voix haute en public. Dans quel lieu ? Pas de mystère, mes démarches allèrent vite.La libraire me confie le téléphone de l'auteur. Je l'appelle. Répondeur. Pas de message. Difficile d'expliquer en deux phrases les raisons de mon appel. Je raccroche. Quelques secondes. Une sonnerie. Deux sonneries. Je décroche. Cette fois-ci, c'est l'auteur - Maurice Pons au téléphone, Vous avez cherché à me joindre à l'instant, je vous écoute. - Merci de me rappeler. Je viens de lire Les Saisons. J'aimerais lire votre livre en public. - En entier ? - Oui, en entier. Entre six et sept heures. Il s'étonne - C'est trop long, les gens ne tiendront pas le coup ! - Justement, votre livre m'autorise à croire que c'est possible. - Et dans quel lieu souhaitez-vous le faire ? - Pour l'instant, je l'ignore, mais si vous pouviez nous honorer de votre présence, ce serait formidable. Vous venez parfois à Paris ? - Très rarement, vous savez, je suis un vieux monsieur maintenant. Mais venez me voir au Moulin, ça me ferait plaisir de vous rencontrer, on pourrait discuter tranquillement de votre projet. Jeudi, par exemple. Nous étions mardi matin, il me prenait un peu de court - J'ai les horaires de train sur mon bureau. J'irais vous chercher à la gare. Il planifiait. Dans ma tête, j'hésitai. Une seconde, et lui dis - Oui, dites-moi l'horaire qui vous convient. J'y serai. Gare Saint-Lazare à Val de Reuil. Une heure. Il m'attendait dans sa voiture de sport. Demi-heure plus tard. Moulin d'Andé en bord de Seine. Dans son bureau chambre salon. La pièce est sombre. Je l'écoute. Il s'est assis à son bureau. Des papiers. Un livre de Roger Grenier ouvert - Je ne lis plus, je relis. Ouest-France à la page fait divers. La pièce est humide. Je pense à son roman. Par la fenêtre, je vois les toits moussus des bâtisses normandes à l'équerre du moulin. Colombages suintant. C'est l'automne. Il fait froid. C'est horrible comme l'empreinte du lieu s'est glissée dans son livre. Il est né en vingt-cinq. En soixante, il écrit Les Saisons au bureau sur lequel il pose doucement ses mains. Il déplace un objet. Va chercher un ouvrage. À l'époque, le moulin est un lieu qui foisonne. Musiciens. Écrivains. Cinéastes. Le soir, après dîner. Chacun y va de ses compositions du jour. Là, l'auteur me rassure. Je lui dis que malgré la noirceur de son livre, j'ai ri de bout en bout - Vous avez bien fait, me dit-il, le soir quand je lisais les dernières pages écrites aux auditeurs présents, je souhaitais leur avis. Leur faisais part de mes doutes. Certaines scènes après coup me paraissaient très dures. C'était un tollé général. Ne touche à rien Maurice, au contraire, n'hésite pas. Plus je forçais dans l'horreur, plus ils riaient. - Je peux faire une photo ? Seulement si je lui permets de changer de pull et de se donner un petit coup de peigne. Il revient. Un pull en v de couleur rouge. De même couleur que sa voiture.

Maurice Pons © Corinne Lorca
Nous déjeunons presque en silence. Quand il se tait. Il chantonne. Les yeux partis très loin. Au début, je cherche des questions pour relancer notre dialogue. Puis, le laisse aller son rythme dans les souvenirs qui le traversent. Nous marchons côte à côte dans le parc. Lui confie mon voyage à venir en Afrique en partant de Saint-Malo. M'interrompt - Lisez Chateaubriand. Vous ne pouvez pas faire ce voyage sans l'avoir lu. Me récite un extrait d'Atala.
Grâce à lui, j'ai lu Chateaubriand le jour de mon départ. Je lui parle d'une date. Le dimanche 25 mai. Au Moulin. La lecture des Saisons - Six mois, ça me semble loin. Qu'est-ce qui me dit que je serais encore vivant ? À dix heures, le dimanche 25 mai 2008. Il était dans la salle. Il portait son pull rouge. Trente personnes étaient venues de Paris pour écouter son livre lu à voix haute durant six heures. Il rayonnait. D'une douce lumière due à son âge. Derrière moi, j'avais ouvert les deux vantaux de la fenêtre qui donnait sur un mur d'arbres et d'herbes hautes. Le printemps ponctuait les silences. Ma lecture fut un rêve que j'avais répété pendant des dizaines d'heures. Surtout, ce passage au cours duquel Siméon se lève pour prendre la parole dans la salle du conseil.Je savais ce discours important pour l'auteur. Répété. Répété. Sans pouvoir tout prévoir. Maurice Pons était assis à l'avant-dernier rang sur ma gauche, à côté d'un ami qui semblait du même âge. Je respirais pour Siméon. Je lisais. Je vivais Siméon. Je respire. Je commence le discours. Dès lors, tout va très vite. La main de Maurice se pose sur le bras de son voisin. Comment ai-je fait pour le voir tant j'étais concentré sur chaque phrase ? Il se penche un peu vers lui. Je n'oublierai jamais sa voix. Espiègle. De qui veut vous jouer un joli tour - Écoute bien ce que va dire Siméon, là. C'est moi qui parle. La soudaineté de son aveu en présence du public dans la salle, me fait perdre toute la justesse de ton dans laquelle je croyais contenir mon lyrisme. Mon idée était d'en faire sans trop en faire. De suggérer plutôt que d'aboutir. Je n'ai rien fait. Pendant une page. Je lis des signes sans rien savoir de ce qu'ils disent. La sentence de l'auteur m'a proprement pulvérisé. Le jeu de dupes que je me jouais dans mon oreille interne, d'un coup s'écroule. Moi, Siméon. Siméon, moi. La voix de l'auteur me rappelle à la source qui est sienne. Ma voix n'était qu'une tentative d'effraction. Si vérité sert à grandir. La lecture se termine. Le public applaudit. Maurice Pons. Je m'approche de lui. Il m'embrasse. Comme un père parfois ose embrasser son fils.

La route. Mon cordon. Duquel jamais je ne pourrais me départir. Le ventre de ma mère était un dictionnaire oral qui me mène aujourd'hui à voix haute vers mon lieu de naissance. Je reviens au voyage. Au milieu du détroit. Je regarde l'Afrique. Me retourne. Et regarde l'Europe. Lèvres humides qui tendent. Dans leurs eaux les dauphins. Le bateau suit l'aiguille. Le liquide est au sud. Foisonnant de plancton. Bouche ouverte je mange. Une heure trente de vie. Jusqu'au port de Tanger au Maroc.
Marc Roger
anti
13:50 Publié dans L'Univers d'Anti | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : marc roger, luis soriano, saint-malo, livres, contes
11 novembre 2009
"L'Imaginarium du Docteur Parnassus"
En découvrant la bande-annonce vendredi, j’ai eu très envie d’entrer dans cet imaginaire-là, celui du doux dingue Terry Gilliam, et de me laisser emporter par ce conte...
Il sort en salles aujourd’hui.

Avec sa troupe de théâtre ambulant, "l'Imaginarium", le Docteur Parnassus offre au public l'opportunité unique d'entrer dans leur univers d'imaginations et de merveilles en passant à travers un miroir magique.
Mais le Dr Parnassus cache un terrible secret.
Mille ans plus tôt, ne résistant pas à son penchant pour le jeu, il parie avec le diable, Mr Nick, et gagne l'immortalité.
L'Imaginarium Du Docteur Parnassus a été réalisé par Terry Gilliam (Tideland, Les Frères Grimm) avec Heath Ledger (The Dark Knight - Le Chevalier Noir, I'm Not There), Johnny_Depp (Public Enemies, Sweeney Todd), Jude Law (Le Limier - Sleuth, My Blueberry Nights), Colin Farrell (Le Prix de la Loyauté, Bons Baisers de Bruges) et Christopher Plummer (My Dog Tulip, Emotional Arithmetic).

C'est d'abord l'histoire d'un défi. Et une oeuvre parfaitement aboutie. L'Imaginarium du Docteur Parnassus raconte comment le diable met un vieux saltimbanque au défi de séduire cinq âmes s'il veut sauver sa fille de la damnation. Terry Gilliam aime préciser qu'«il y a beaucoup de [lui] chez Parnassus, surtout dans son côté increvable».
Une qualité qui lui a permis de terminer son film après le décès de son acteur principal, Heath Ledger, en plein tournage.
Son astuce : faire se relayer Jude Law, Johnny Depp et Colin Farrell pour l'incarner à chaque fois qu'il est happé par son univers merveilleux.
«Heath aurait été éblouissant, précise Gilliam, mais cette solution fonctionne si bien qu'on ne saurait la considérer comme un pis-aller.» Au-delà de cet exploit, ce conte faustien est lui-même passionnant. La rivalité entre Parnassus (joué par Christopher Plummer) et le Malin (personnalisé par un Tom Waits irrésistible) évoque les sacrifices que doit accepter un auteur pour rendre son oeuvre accessible au plus grand nombre.

«C'est un sujet que je connais bien, s'amuse Gilliam, car je déplore que la médiocrité soit trop souvent le plus grand dénominateur commun quand on parle de culture.»
Sur la forme, les animations évoquant les Monty Python, l'univers visuel foisonnant à la Brazil et le vieillard flamboyant digne du baron de Münchausen rassureront les fans d'un réalisateur qui, à 69 ans, semble avoir trouvé l'équilibre parfait entre film grand public et oeuvre personnelle. (20minutes)

Film posthume
L'Imaginarium du Docteur Parnassus est le dernier film d'Heath Ledger, décédé le 22 janvier 2008, alors que toutes ses scènes n'avaient pas encore été tournées.
Sa disparition aurait même pu entraîner l'arrêt définitif du tournage, si Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell n'avaient pas accepté de le remplacer à chaque fois que son personnage traverse un miroir qui le conduit dans un monde parallèle. Ainsi terminé, le film est attribué à "Heath Ledger et ses amis".
Le film vu par son scénariste
"Le thème central est l'imagination, et l'importance qu'elle revêt dans notre vie et notre façon de penser. C'est un thème récurrent chez Terry [Gilliam]. Avec ce film, il est allé bien plus loin qu'il ne l'avait jamais fait. C'est vraiment son histoire", explique Charles McKeown, coscénariste du film avec Terry Gilliam.
"Parmi tous les films qu'il a pu faire, L'Imaginarium du Docteur Parnassus est certainement celui qui lui ressemble le plus. Ce film offre sur l'homme et l'artiste qu'il est un regard révélateur et intime ."
Le film vu par son producteur
Pour le producteur Samuel Hadida, "L'Imaginarium du Docteur Parnassus est sans doute le film le plus emblématique des différents talents de Terry [Gilliam]. Il balaye à lui seul tous les domaines dans lesquels Terry aime nous entraîner.
Le film associe l'action et l'émotion à une richesse visuelle et narrative sans équivalent. Une fois de plus et probablement avec une force inédite, Terry parvient à nous emmener au-delà du miroir."
Tourner chez Terry Gilliam, mode d'emploi
"Même si l'improvisation n'a pas vraiment sa place dans un film de Terry Gilliam, il faut être prêt à s'adapter parce qu'il n'hésite pas à faire évoluer le script jusqu'à la dernière minute si c'est utile à l'histoire", explique Christopher Plummer.
"De ce fait, il faut toujours faire attention à maintenir l'unité de votre personnage quoi qu'il advienne. Cela vous pousse à être vigilant, à vous appuyer sur vos partenaires et j'aime cette idée car pour moi, un film n'est pas fait de l'addition d'individualités, mais de la somme des talents et de la façon dont ils interagissent."

Parnassus vu par Christopher Plummer
"Le Docteur Parnassus, mon personnage, est un vieil homme qui certes, a le don d'entraîner les gens vers leur imaginaire, mais qui a aussi commis l'erreur de faire un pari avec le diable !", explique Christopher Plummer. "Il y a chez cet homme un côté faustien. On sent qu'il a été exubérant, décalé, mais il est aujourd'hui à l'automne de sa vie et sa seule préoccupation est de sauver sa fille.
C'est peut-être pour cela qu'il est assez calme, assez désabusé et assez porté sur la boisson ! Je crois qu'il souffre d'avoir vendu son âme au diable, mais au-delà de cela, je pense qu'il a honte d'avoir du même coup vendu celle de sa fille..."

Un rôle, quatre acteurs
Si Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell suppléent Heath Ledger dans le rôle de Tony, chaque acteur lui apporte quelque chose de différent, comme l'explique Terry Gilliam :
"Johnny apporte une énergie, un humour immédiat, quelque chose de joyeux et de décalé. Il est parfaitement à sa place dans cet univers onirique et fou. On a envie de le suivre, de le croire.
Jude Law révèle une facette pétillante, charmeuse du personnage. Il est séduisant, élégant. Il dégage aussi une certaine vulnérabilité. C'est un mélange qui lui correspond parfaitement.
Colin Farrell avait la lourde tâche d'incarner Tony à l'heure des choix, sur toute la fin du film. Il devait à la fois être attirant et sombre, sympathique et antipathique. Ce n'était pas évident à restituer et Colin est fantastique."
Comme on se retrouve !
L'Imaginarium du Docteur Parnassus marque la deuxième collaboration de Terry Gilliam avec Heath Ledger, Johnny Depp, Christopher Plummer, Verne Troyer et Tom Waits, qu'il avait respectivement dirigés dans Les Frères Grimm, Las Vegas parano, L'Armée des 12 singes, Las Vegas parano et Fisher King : Le roi pêcheur.
Heath Ledger vu par Terry Gilliam
"Heath était génial. Il ambitionnait de devenir réalisateur. Sur le tournage des Frères Grimm , il observait constamment le travail à la caméra. Il voulait tout apprendre, il était remarquablement intelligent. C'était quelqu'un d'exceptionnel, de sage, et l'un des acteurs les plus doués que j'aie jamais rencontrés", raconte Terry Gilliam.
"Tout ce que vous lui proposiez, il l'attrapait au vol et le magnifiait. C'était un acteur d'instinct. Il y avait quelque chose de joyeux dans son jeu. Contrairement à beaucoup d'autres, il n'entretenait pas un côté névrosé, pas du tout. Il était pétillant, débordant d'une énergie communicative."

Présentation de l'Imaginarium
"L'Imaginarium est un univers situé de l'autre côté du miroir. Il révèle votre imagination, la laisse grandir, s'épanouir et vous emporter. Evidemment, il y a un prix à payer...", explique Terry Gilliam.
"L'Imaginarium vous permet de survoler le plus merveilleux des mondes comme le plus affreux. Dans tous les cas, à un moment donné, vous devrez faire un choix, quelque part à la frontière entre les deux. Vous atteindrez alors des paradis toujours plus beaux, ou bien vous chuterez vers les abîmes de l'enfer."
Les origines de Parnassus
"Au départ, je cherchais à rassembler en un seul film toutes les meilleures idées que j'ai pu avoir et qui n'avaient encore jamais été exploitées. Mon envie première était aussi de réaliser un film qui synthétiserait tout ce que j'avais fait jusqu'ici, y compris dans le domaine de l'animation !", explique Terry Gilliam.
"J'ai d'abord imaginé une troupe d'artistes itinérants débarquant dans le Londres moderne. La roulotte de ces gens semble appartenir à une autre époque et constitue leur habitation, mais aussi la porte par laquelle le Docteur Parnassus sublime l'imagination des gens. Il est celui qui peut vous emmener là où vous n'aviez jamais rêvé d'aller. Toute la question est de savoir s'il possède réellement un quelconque pouvoir ou s'il est un charlatan... Nous en avons nous-mêmes douté durant tout le projet !"

Heath Ledger et ses amis
Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell ont tous les trois versé le montant de leur salaire à la fille d'Heath Ledger, Matilda, pour que celle-ci soit à l'abri du besoin.
L'Imaginaire de Samuel Beckett
L'Imaginarium du Docteur Parnassus contient plusieurs références à la pièce En attendant Godot de Samuel Beckett, que ce soit le costume noir et le chapeau melon portés par Tom Waits, ou bien la scène au cours de laquelle Jude Law hisse une corde nouée autour de son propre cou.
Numéro 10
L'Imaginarium du Docteur Parnassus est le dixième long métrage réalisé (en solo) par Terry Gilliam, et son premier scénario original depuis celui des Aventures du baron de Münchausen.
Sélection cannoise
L'Imaginarium du Docteur Parnassus a été présenté Hors Compétition au Festival de Cannes 2009.

Et aussi :
• "Terry Gilliam, maudit rêveur"
• Rétrospective Terry Gilliam du 10 novembre au 20 décembre, à l'Institut Lumière de Lyon
Vos rêves ont-ils un prix ?
Bonne séance !
Miss You
13:30 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : films, contes
01 novembre 2009
Emma raconte... Le Magicien et ses couleurs
Il y a quelque temps de cela, j'ai fait une note sur le Magicien des Couleurs, un conte pour enfants que j'aime beaucoup, un de ceux qui nous rappellent comment, fort heureusement, nous sommes différents et combien la vie est plus riche de nos différents regards.
Après l'avoir lue, notre colleuse favorite, Emma m'avait écrit : "C'est amusant, j'avais écrit une histoire de couleurs il y a quelque temps (dans une autre vie, quand j'étais conteuse dans une librairie pour enfants à Strasbourg)."
Avec sa permission, je vous laisse en excellente compagnie... Voici cette belle histoire de Emma...
Bon dimanche à toutes et à tous !
anti

Il y a longtemps, très longtemps, bien avant votre naissance, ou celle de vos parents, ou de vos grands-parents ou même de vos arrière-grands-parents, le monde que vous connaissez maintenant était bien différent.
Avant, tout était gris. Oui, gris.
Le ciel était gris, le soleil était gris, la mer était grise, les fleurs étaient grises, les papillons étaient gris, les pommes étaient grises, les tomates étaient grises.
Avant, tout était gris. Oui, gris.
L’herbe était grise, les yeux des filles étaient gris, les cheveux des garçons étaient gris, les bonbons étaient gris, les frites étaient grises, le ketchup était gris, les chewing-gums étaient gris et même les épinards !
Et surtout, tous les gens avaient la peau grise...
Tout était gris.
Alors les habitants de la Terre étaient très tristes et ils en avaient assez de vivre dans tout ce gris.
Un jour qu’ils étaient trop tristes, les gens se dirent que cela ne pouvait plus durer et qu’il fallait inventer quelque chose pour changer tout ça.
Oui mais, que faire ?
Ils parlèrent longtemps entre eux mais ne trouvèrent pas de solution.
Et puis soudain, Marius, qui était un petit garçon très malin dit : « Nous devrions créer une association pour nous défendre contre tout ce gris ! »
- Tu as raison Marius, mais comment allons-nous l’appeler, cette association ?
- Ce sera « l’Association-des-gens-qui-en-ont-marre-du-gris ! » dit Marius.
- Tu as raison, mais il faut un Président !
Et tout le monde vota pour que l’Association-des-gens-qui-en-ont-marre-du-gris ait un Président.
Et devinez qui devint le Président de l’Association-des-gens-qui-en-ont-marre-du-gris ?
Marius.
L’Association se mit au travail. On décida à l’unanimité que le Président Marius devait rencontrer au plus vite le Créateur du Monde pour lui faire part du mécontentement général.
Marius fut donc envoyé par avion pour rencontrer le Créateur qui vivait tranquillement quelque part dans les étoiles.
Toc, toc, toc : Marius frappa à la porte du Créateur.
« Qui est là ? » demanda le Créateur du Monde.
- C’est moi Marius, je viens au nom des habitants de la Terre. Nous sommes tristes de vivre toujours dans le gris, tu ne nous as pas beaucoup gâtés avec cette couleur. Ne peux-tu pas changer et nous offrir une autre couleur ?
- Bon, ça ne devrait pas être bien compliqué. Viens avec moi !
- Voilà, nous y sommes. Quelle couleur veux-tu, Marius ?
- Rouge ! dit l’enfant.
Alors, le créateur prit la couleur rouge, la versa dans un grand chaudron, la fit bouillir, remua de temps en temps et quand le mélange fut enfin prêt, il le renversa sur la Terre.
- Merci, dit Marius.
Il reprit l’avion pour rentrer chez lui et admirer le changement.
Marius fut très bien accueilli. Les gens étaient très contents : il n’y avait plus de gris sur terre. Maintenant tout était rouge. Oui, tout était rouge.
Le ciel était rouge, le soleil était rouge, la mer était rouge, les fleurs étaient rouges, les papillons étaient rouges, les pommes étaient rouges, les pommes de terre étaient rouges.
L’herbe était rouge, les yeux des filles étaient rouges, les cheveux des garçons étaient rouges, les bonbons étaient rouges, les frites étaient rouges, le ketchup était rouge, les chewing-gums étaient rouges et même les épinards !
Et surtout, tous les gens avaient la peau rouge...
Tout était rouge, même les baskets !
Alors les habitants de la Terre étaient très énervés et ils en avaient assez de vivre dans tout ce rouge.
Un jour qu’ils étaient trop énervés, les gens se dirent que cela ne pouvait plus durer et qu’il fallait inventer quelque chose pour changer tout ça.
Ils parlèrent longtemps entre eux et ne trouvèrent pas de solution.
Et puis soudain, Marius, qui avait déjà montré qu’il était un petit garçon très malin dit : « Nous devrions créer une association pour nous défendre contre tout ce rouge ! »
- Tu as raison Marius, mais comment allons-nous l’appeler, cette association ?
- Ce sera « l’Association-des-gens-qui-en-ont-marre-du-rouge ! » dit Marius.
- Tu as raison, mais il faut un Président !
Et tout le monde vota pour que l’Association-des-gens-qui-en-ont-marre-du-rouge ait un Président.
Et devinez qui devint le Président de l’Association-des-gens-qui-en-ont-marre-du-rouge ?
Marius.
L’Association se mit au travail. On décida à l’unanimité que le Président Marius devait rencontrer à nouveau le Créateur du Monde pour lui faire part du mécontentement général.
Marius reprit donc l’avion pour rencontrer le Créateur qui vivait toujours tranquillement quelque part dans les étoiles.
Toc, toc, toc : Marius frappa à la porte du Créateur.
« Qui est là ? » demanda le Créateur du Monde.
- C’est moi Marius, je suis à nouveau envoyé par les habitants de la terre. Nous sommes vraiment énervés de vivre toujours dans le rouge, de n’être entourés que de cette unique couleur. Ne peux-tu pas changer et nous offrir une autre couleur ?
- Bon, je vais voir ça. Viens avec moi !
Le Créateur emmena Marius à nouveau dans son laboratoire. Rien n’avait changé : fioles, pipettes, bocaux de toutes sortes, chaudrons, et toujours l’énorme palette de peintre avec toutes les couleurs.
- Voilà, nous y sommes. Quelle couleur veux-tu cette fois, Marius ?
Il chercha longtemps car il ne voulait pas se tromper, il ne voulait pas que les habitants de la Terre soient déçus.
Alors, le créateur prit la couleur jaune, la versa dans un grand chaudron, la fit bouillir, remua de temps en temps et quand le mélange fut enfin prêt, il le renversa sur la Terre.
- Merci, dit Marius.
Il reprit l’avion pour rentrer chez lui et admirer le changement.
Marius fut bien accueilli. Les gens étaient contents : il n’y avait plus de rouge sur terre. Maintenant tout était jaune. Oui, tout était jaune.
Le ciel était jaune, le soleil était jaune, la mer était jaune, les fleurs étaient jaunes, les papillons étaient jaunes, les pommes étaient jaunes, les roses étaient jaunes.
A présent, tout était jaune. Oui, jaune.
L’herbe était jaune, les yeux des filles étaient jaunes, les cheveux des garçons étaient jaunes, les bonbons étaient jaunes, les frites étaient jaunes, le ketchup était jaune, les chewing-gums étaient jaunes et même les épinards !
Et surtout, tous les gens avaient la peau jaune...
Tout était jaune, même les lunettes de la maîtresse !
Alors les habitants de la Terre étaient très déçus et ils en avaient assez de vivre dans tout ce jaune.
Un jour qu’ils étaient trop déçus, les gens se dirent que cela ne pouvait plus durer et qu’il fallait inventer quelque chose pour changer tout ça.
Oui mais, que faire ?
Ils parlèrent longtemps entre eux et ne trouvèrent pas de solution.
Bien sûr, Marius, qui avait déjà montré qu’il était un petit garçon très malin dit : « Nous devrions créer une association pour nous défendre contre tout ce jaune ! »
- D’accord Marius, mais comment allons-nous l’appeler, cette association ?
- Ce sera « l’Association-des-gens-qui-en-ont-marre-du-jaune ! » dit Marius.
- Tu as raison, mais il faut un Président !
Et tout le monde vota pour que l’Association-des-gens-qui-en-ont-marre-du-jaune ait un Président.
Et devinez qui devint le Président de l’Association-des-gens-qui-en-ont-marre-du-jaune ?
Marius.
L’Association se mit au travail. On décida à l’unanimité que le Président Marius devait rencontrer à nouveau le Créateur du Monde pour lui faire part du mécontentement général.
Marius reprit donc l’avion pour rencontrer encore une fois le Créateur qui vivait toujours tranquillement quelque part dans les étoiles.
Toc, toc, toc : Marius frappa à la porte du Créateur.
« Qui est là ? » demanda le Créateur du Monde.
- C’est encore moi Marius, je suis encore envoyé par les habitants de la Terre. Nous sommes vraiment déçus de vivre toujours dans le jaune, de n’être entourés que de cette unique couleur. Ne peux-tu pas changer et nous offrir une autre couleur ?
- Bon, écoute , c’est la troisième fois que tu me relances. Ça commence à bien faire. Viens avec moi, et ne te trompe pas, choisis bien cette fois-ci ! Je ne vais pas passer ma vie à être dérangé par des gens qui ne savent pas ce qu’ils veulent.
Le Créateur emmena Marius à nouveau dans son laboratoire parmi les fioles, pipettes, bocaux de toutes sortes, chaudrons, et toujours l’énorme palette de peintre avec toutes les couleurs magiques.
- Voilà, nous y sommes. Quelle couleur veux-tu cette fois, Marius ?
Il hésita longtemps car il savait que s’il se trompait, les habitants de la Terre le renverraient à nouveau chez le Créateur qui commençait à s’impatienter.
- Bleu ! dit l’enfant.
Alors, le créateur prit la couleur bleu, la versa dans un grand chaudron, la fit bouillir, remua de temps en temps et quand le mélange fut enfin prêt, il le renversa sur la terre.
- Merci, j’espère ne plus revenir dit Marius.
Il reprit l’avion pour rentrer chez lui et examiner le changement.
Marius fut bien accueilli. Les gens étaient contents : il n’y avait plus de jaune sur terre. Maintenant tout était bleu. Oui, tout était bleu.
Le ciel était bleu, le soleil était bleu, la mer était bleue, les fleurs étaient bleues, les papillons étaient bleus, les pommes étaient bleues, les roses étaient bleues.
Maintenant, tout était bleu. Oui, bleu.
L’herbe était bleue, les yeux des filles étaient bleus, les cheveux des garçons étaient bleus, les bonbons étaient bleus, les frites étaient bleues, le ketchup était bleu, les chewing-gums étaient bleus et même les épinards !
Et surtout, tous les gens avaient la peau bleue...
Tout était bleu, même la langue de Marie quand elle tire la langue à son petit frère !
Alors les habitants de la Terre étaient très en colère et ils en avaient assez de vivre dans tout ce bleu, même si c’est une belle couleur.
Un jour qu’ils étaient trop en colère, les gens se dirent que cela ne pouvait plus durer et qu’il fallait inventer quelque chose pour changer tout ça.
Oui mais, que faire ?
Ils parlèrent longtemps entre eux et ne trouvèrent pas de solution.
Alors, ils créèrent l’Association-des-gens-qui-en-ont-marre-du-bleu et Marius fut élu Président.
Bien sûr, il fut envoyé encore une fois chez le Créateur.
Toc, toc, toc : Marius frappa à la porte du Créateur.
« Qui est là ? » demanda le Créateur du Monde.
- C’est encore moi Marius, je suis à encore envoyé par les habitants de la terre. Nous sommes vraiment en colère de vivre toujours dans le bleu, de n’être entourés que de cette unique couleur. Ne peux-tu pas changer et nous offrir une autre couleur ?
- Bon, écoute, c’est la dernière fois que je t’écoute. J’en ai assez de tous vos caprices. Viens choisir, mais cette fois, je n’accepterai plus que tu reviennes pour dire que vous voulez une nouvelle couleur.
Le Créateur emmena Marius une dernière fois dans son laboratoire parmi les fioles, pipettes, bocaux de toutes sortes, chaudrons, et toujours la merveilleuse palette de peintre avec toutes les couleurs magiques.
Mais cette fois, il était tellement en colère contre Marius et les habitants de la Terre, qu’il renversa toute la palette avec toutes les couleurs :
« Voilà, regarde ce que tu me fais faire ! C’est un désastre ! J’ai mis toutes les couleurs ensemble. Allez, ouste ! Déguerpis et contente-toi une bonne fois pour toutes de ce qu’on te donne. Je ne veux plus jamais te voir ! »
Et le Créateur versa tout le contenu du chaudron sur la Terre...
Le Créateur était tellement furieux que Marius repartit illico et sans se retourner.
Il avait pourtant très peur d’être très mal accueilli par ses amis après cette mission auprès du Créateur.
Mais pas du tout, ils lui firent un accueil triomphal, car de mémoire d’homme on n’avait jamais vu tant de merveilles :
Devant ses yeux émerveillés, tout est multicolore.
Le ciel est bleu, le soleil est jaune, la mer est bleue, les fleurs sont roses, jaunes, rouges, bleues, les papillons sont brun, bleu nuit, vert tendre,
orangés, les pommes sont jaunes, vertes ou rouges et les tomates aussi.

Maintenant, on ne sait où poser les yeux, tant il y a de nuances à découvrir !
L’herbe est verte, les yeux des filles sont bleus, verts, brun ou noisette, les cheveux des garçons sont blonds, noirs ou roux, les bonbons ont la couleur de leur parfum, les frites sont dorées, le ketchup est rouge, les épinards sont verts !
Maintenant les hommes ont la peau blanche, noire, jaune ou multicolore quand ils se maquillent...
Tout est désormais si beau que les habitants de la Terre sont enfin heureux de vivre et n’ont plus rien à redire. Ils remercient Marius et le Créateur de tout leur cœur.
Et pour continuer dans le monde des couleurs, je vous invite à vous régaler avec les collages de Emma ;-)
Merci !!!
anti
14:00 Publié dans Littérature jeunesse, L'Univers d'Anti | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : emma, contes
16 octobre 2009
Kathy Dauthuille dédicace.
Silhouette dressée face aux abîmes,
Maître des lieux au regard vaste,
Ta veine de force
Traverse tes blanches oscillations de coton
Et agite tes longues mèches noires. »
J'ai déjà parlé du livre de Kathy Dauthuille "Tisserand du Soleil", livre que j'ai beaucoup, beaucoup aimé, véritable hommage aux Indiens Kogis.
Eh bien, nîmois, nîmoises, sachez que l'ancienne rosati va présenter et dédicacer ses contes demain samedi 17 octobre à la boutique artisans du monde Rue Jean Reboul, à partir de 16 heures..
Certes, mais qu'est-ce donc que ces "Rosati" ?
Les Rosati, Société Anacréontique fondée en 1778
Petite sœur rebelle de l’Académie royale des Belles lettres d’Arras (1773), les Rosati d’Artois existent toujours. C’est la société littéraire la plus ancienne de France ; c’est même la dernière société littéraire et bachique d’Europe. Les Rosati mettent en valeur la culture régionale et assurent le maintien de la tradition du « gai savoir ». Ils pratiquent les rites d’origine mais cherchent également de jeunes talents et organisent des conférences, expositions, fêtes et joutes poétiques.
Un peu d’histoire… Sur les traces d’Anacréon :
La société des Rosati naquit le 12 juin 1778 à Blangy, prés d’Arras (Pas-de-Calais) un matin sous une tonnelle de roses au tintement de coupes, dans l’enthousiasme de jeunes intellectuels tous animés par une réelle joie de vivre, amoureux de la beauté, la simplicité,la gaieté.
Comme les muses, ils étaient 9 et célébraient la poésie, la rose, le bon vin, les mots.
Les premiers Rosati (le mot est l’anagramme d’ A.R.T.O.I.S , d’où son invariabilité) donnent à leur société le titre de « société anacréontique des rosati » du nom d’un poète lyrique grec, Anacréon, vivant au VI ème siècle avant JC qui mettait lui aussi à l’honneur la femme, la rose et le vin.
Les vers dits anacréontiques sont de trois pieds et demi, le deuxième et le troisième sont des ïambes (deux syllabes une brève suivie d’une longue).
On trouve trace de l’origine de cette société aux Archives de l’Académie d’Arras dans le manuscrit de l’avocat Charamond à destination de son cousin parisien l’Abbé Menage dont voici un extrait : « Des jeunes gens réunis par l’amitié, le goût des vers , des roses et du vin, partirent d’Arras à cinq heures du matin et se réunirent à Blangy, dans un jardin bien fleuri…. Chacun lut sa pièce de vers appropriée au local et aux mystères qu’on y devait célébrer ; des bouteilles de Champagne apparurent dans des rafraîchissoirs de porcelaine ; on emplit les verres.
Tout à coup l’un d’eux montra le trésor qu’il avait apporté : des centaines de roses fraîchement cueillies…
On but à la reine des fleurs… et dans un moment d inspiration, l’un des poètes de la société s’écria : « Amis qu’un si beau jour renaisse tous les ans et qu’on l’appelle : la fête des roses » (on sait maintenant que cette phrase est de Louis-Joseph Le Gay , le fondateur).
Ainsi, commença la fête des roses célébrée de nos jours encore un dimanche de juin. Ainsi naquirent les Rosati. L’écho de cette fête se répercuta dans la société des gens cultivés. On vit alors arriver des personnages comme Maximilien de ROBESPIERRE , Lazare CARNOT , Dubois de FOSSEUX et FOUCHE.
Puis, à Paris, sous le Directoire, apparut la première « réplique » du cercle arrageois : la Société des Belles Lettres (1797) avec L. Carnot, Beffroy de Reigny, Dubois de Fosseux. Celle-ci existe encore de nos jours sous le nom de « Rosati de France ».
Être Rosati devint un grand honneur puisque le cercle était assez fermé. L’entrée dans la société se fit sous forme d’intronisation appelée : « le rite du cousin Jacques », de son vrai nom Louis-Abel-BEFFROY de REIGNY (1757-1811 ; journaliste et auteur de comédies).
Ensuite, trois gracieuses ballerines viennent à lui pour l’offrande et la célébration de la Rose, du vin, et du baiser rosatique. Vient ensuite sa présentation par le Directeur à chacun de ses nouveaux « frères et sœurs » Rosati et enfin toute l’assemblée entonne l’hymne rosatique : « Écoute ô mon cœur » dont l’auteur-compositeur est Marcel LEGAY (1904).
Du vent de chez nous, du pays d'Artois.
C'est un très vieux air des bords de la Scarpe
Qui chante aujourd'hui tout comme autrefois.
En 1877, après trois-quarts de siècle de « sommeil », c’est à Arras que devaient se réveiller les Rosati.
En effet, les poètes arrageois se souviennent de la société anacréontique dont le centenaire doit être célébré l’année suivante. Il s’agissait alors d’une deuxième naissance suivie d’une très rapide disparition pour une renaissance en 1904 : au début de l’année 1903, le maire d’ Arras Adolphe Lenglet (Rosati de 1877) dote la société de statuts légaux suivant la récente loi du 1 er juillet 1901 permettant la liberté d’association car la ville prépare pour 1904 une « exposition universelle du Nord de la France » ; manifestation à laquelle n’assistera pas ce dernier mort subitement en août 1903.
En 1904, les Rosati décidèrent de distinguer d’un rose d’or des personnalités ayant œuvré pour faire connaître et aimer notre région dans les domaines des arts et des lettres.
Citons parmi celles-ci : Le poète belge Maurice Carême (1975), • Le chef d’orchestre de Lille : Jean-Claude CASADESUS (1981), • Le chanteur Julos BEAUCARNE (1984), • Le conservateur en chef des musées nationaux René HUYGHE (1984), • Le journaliste et écrivain dunquerkois Jacques DUQUESNE (1991), • Le comédien belge Ronny COUTTEURE (1997).
Mais aussi des peintres, des gens de lettres, des gastronomes, des patoisants…
ROSATI D’HIER -Jean de La FONTAINE : Patron des Rosati ?
L’éloge de La Fontaine fait fréquemment partie d’une intronisation actuelle. Les ancêtres fondateurs ont très peu parlé de ce grand fabuliste (peu apprécié de l’Esprit des Lumières) mais Charamond le cite comme Rosati « sans le savoir » avec Anacréon, Horace, Chapelle, Chaulieu, Crébillon, Gresset et Piron.
Il semblerait que dés 1893, les Rosati parisiens avaient adopté l’habitude de le célébrer et d’en faire le patron de leur fête annuelle à Fontenay-aux-Roses. Toutefois, cela n’empêche pas les artésiens d’en faire de même et ceci est d’ailleurs entré dans les mœurs des réceptions rosatiques.
L’un des plus prestigieux est incontestablement Lazare CARNOT (1753-1823) reçu dans la société en 1786 alors qu’il était jeune capitaine de Génie. Grand mathématicien, considéré comme le père de la géométrie moderne, c’est surtout la politique qui va le faire connaître. Il voue une profonde admiration au « Prince des poètes » persan Saadi (ou Sadi) et décide que les fils aînés de chaque génération de sa famille porteront ce prénom (ce qui nous vaut presqu’un siècle plus tard d’avoir un Président de la République nommé Sadi Carnot).
Arrivé à Arras en 1782, le jeune bourguignon, admirateur de Rousseau et des belles lettres fut très vite adopté par la société arrageoise.
Capitaine au corps royal du génie, ingénieur mathématicien, philosophe, poète… son éclectisme fit l’admiration de tous. D’abord reçu chez les Rosati (1786) puis à l’Académie royale des belles lettres (1787), il manifesta toujours beaucoup d’amour et de reconnaissance pour les artésiens.
C’est à lui que l’on doit la devise des Rosati : « ON NE MEURT PAS QUAND ON EST ROSATI »
Le plus connu des Rosati est évidemment Maximilien de ROBESPIERRE (1758-1794), intronisé en juin 1787, cérémonie pour laquelle il composa un poème.
Derrière l’homme politique, il y avait tout simplement un homme et celui-ci en tant que Rosati a laissé des poésies dont voici quelques vers : Ah ! Jeune Lise, prend bien garde Le mot : « j’aime » est plein de douceur. Et souvent toi qui le hasarda N’en connus jamais la valeur
On peut y découvrir une autre face de Robespierre couverte d’une certaine sensibilité si ce n’est d’un réel talent poétique.
Il y a aussi Dubois de Fosseux (1742-1817), secrétaire de l’Académie d’Arras (1785-1792), il fut le premier Maire élu d’Arras le 25 janvier 1790 (réélu en 1794) et Président du Directoire départemental (1790-1792).
En 1794, victime de l’arrêté de Saint-Just et Lebas contre les ci-devant nobles, il est arrêté. A sa libération, le 31 octobre 1794, il quitte Arras pour rejoindre son fidèle ami Lazare Carnot sur Paris. Il occupe alors jusqu’en 1807 un poste au ministére de la guerre. Sans avoir revu Arras, tout en se tenant informé régulièrement, notamment auprès de son ami Jacques-Louis-Nicolas Vaillant (Maire de 1804 à 1813), il meurt à Paris le 28 décembre 1817.
Louis-Joseph Le Gay (1759-1823) fondateur des ROSATI et par ailleurs juge au tribunal du district puis au tribunal révolutionnaire, Procureur impérial il est rétrogradé et finit sa carrière comme juge d’instruction ; les royalistes ne lui ayant jamais pardonné ses idées républicaines.
Le jeune Charamond, administrateur et membre du district d’Arras en 1791, devint quant à lui Commissaire aux guerres,poste qu’il ne quittera plus avant de disparaître pendant la retraite de Russie alors qu’il était membre du Quartier Général de la Grande Armée .
Tous sont restés dans l’âme des Rosati épris de poésie et d’amitié.
PAUL VERLAINE (1844-1896) Né à Metz, la famille réside ensuite dans le quartier des Batignolles à Paris à partir de 1851(son père était militaire). C’est après le décès de son père, en 1865, que le poète fera de fréquents séjours chez son oncle Julien Dehée, Maire de Fampoux, le village de sa mère. C’est dans cette commune que le poète se réfugie dans les moments difficiles puis chez sa mère revenue à Arras (impasse d’ Elbronne : une plaque a été apposée en 1944 au 55 rue d’Amiens, voisine pour commémorer le centenaire de sa naissance). Verlaine aime contempler les bords de Scarpe et le « vieil Arras » qu’il aimait faire visiter à ses amis parisiens. Il ne reverra plus Arras après 1886 (décès de sa mère), malade il dédie aux Rosati, le 22/02/1894, un poème intitulé « toast à distance ».
Il s’éteint à Paris le 9 janvier 1896.
A l’occasion du centenaire de sa mort, le 9 janvier 1996, les Rosati lui rendirent hommage à l’Equinoxe (11 rue des Augustines), lieu fréquenté en leur temps par Rimbaud et Verlaine.
Maurice Carême (1899-1978) Poète belge d’expression française, auteur d’œuvres pour enfants ( La lanterne magique ) et de poésies (il est certainement le plus connu et le plus étudié dans les écoles françaises).Il a été proclamé par ses collègues français Prince des Poètes succédant à Jean Cocteau et Paul Fort. Les Rosati lui remettent une rose d’or le 1 er juin 1975.

Source Site des Rosati.
anti
13:35 Publié dans L'Univers d'Anti | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : livres, kathy dauthuille, kogi, poésie, maurice carême, jean de la fontaine, paul verlaine, contes, julos beaucarne
29 août 2009
Henri Gougaud : Chez nous

Chez nous
Alice est seule et sans travail. Seule n’est vraiment pas le mot. Elle vit avec sa fille Anna dans une vieille caravane que lui prête, en attendant mieux, le brave gérant du camping.
Anna, cette année, a six ans. Il faut donc l’inscrire à l’école. Et voilà qu’Alice, sa mère, s’angoisse. Que va penser la directrice quand elle lui dira où elle vit ? Le camping. Une caravane. Ce n’est pas ce que l’on appelle un domicile fixe. On va la signaler, peut-être, à l’Assistance.
Un "cas social", Anna ? La honte. Elles ne vivent pas bien, d’accord, mais il y a plus malheureux qu’elles. Au moins elles s’aiment, elles se réchauffent, elles parlent, elles prennent des fous rires. Elles pourraient avoir mieux, mais leur situation, franchement, pourrait être pire. Bref ; vient le jour de l’inscription. Anna tient fort la main d’Alice.
Le bureau de la directrice.
- Asseyez-vous. Nom de l’enfant. Situation de famille. Adresse.
Alice retient un sanglot, prend un grand souille puis, bravement, elle lâche tout, la caravane, le camping, le chômage, la solitude. La directrice écoute, la regarde par-dessus ses lunettes et dit :
- Si je vous comprends bien, madame, vous n’avez pas de vrai chez-vous.
Alice se tait. Anna, sa fille, rit et répond, toute rayonnante :
- Bien sûr qu’on a un vrai chez-nous, mais voilà, c’est pas compliqué. Nous n’avons pas, pour le moment, de vraie maison à mettre autour.
Ceci est une histoire vraie.
© Henri Gougaud pour Nouvelles Clés.
A écouter, Madame X, Francis Cabrel.
Belle journée à tous.
anti
14:00 Publié dans L'Univers d'Anti | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : contes, henri gougaud















