28 novembre 2010
“Indignez-vous !” avec Indigène Editions.
Alors, voilà encore un bon exemple de ce que je vis tous les jours. Je tombe sur une info sympa sur le Facebook d'Aurélie, du coup, je suis un lien vers Télérama, de là, je me dis que je vais aller visiter le site de la maison d'édition et paf, je retourne sur Facebook et découvre... une belle histoire que je m'en vais vous conter ;-)
Je viens de lire un article concernant un petit livre qui apparaît être du même tonneau que Matin Brun, de Franck Pavloff dont je vous ai déjà parlé il y a deux ans. Lisez plutôt cet article de Thierry Leclère pour Télérama (n° 3176) :
Résistons à l’indifférence avec Stéphane
Hessel !
LE FIL LIVRES - “Indignez-vous !” est un petit livre qui, grâce au bouche à oreille, a déjà été vendu à plus de 100 000 exemplaires.
Stéphane Hessel, 93 ans, ancien résistant, ancien déporté, y rappelle, sagement, en quelques pages, quelques principes essentiels de notre démocratie auxquels nous ne pouvons pas renoncer. 3 € dans toutes les bonnes librairies. Indispensable.
Au moment où l'oracle noir Michel Houellebecq, avec sa France neurasthénique, muséifiée, monte sur les cimes des ventes, nous décrivant un avenir aussi radieux qu'un 13 heures de Jean-Pierre Pernaut, un étonnant petit bouquin de trente pages, sorte d'Astérix au pays du Goncourt, s'installe depuis quelques semaines en tête du palmarès des ventes d'essais. Dans la bien nommée collection « Ceux qui marchent contre le vent », un petit éditeur de Montpellier, Indigène, fait un carton avec Indignez-vous !, le dernier coup de gueule du plus vert de nos nonagénaires.
A 93 ans, l'optimisme combatif du pamphlétaire Stéphane Hessel vaut mieux qu'une caisse entière de Prozac pour soigner le grand corps malade gaulois. 3 € le livre, on aurait tort de s'en priver. La France s'enfonce, la France déprime ? Sans doute. Mais « la pire des attitudes est l'indifférence, dire "je n'y peux rien, je me débrouille" », affirme Stéphane Hessel, surtout quand « tout le socle des conquêtes sociales de la Résistance » est, comme aujourd'hui « remis en cause ». « On ose nous dire que l'Etat ne peut plus assurer les coûts de ces mesures citoyennes, écrit l'ex-ambassadeur. Mais comment peut-il manquer aujourd'hui de l'argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l'Europe était ruinée ? Sinon parce que le pouvoir de l'argent, tellement combattu par la Résistance, n'a jamais été aussi grand, insolent, égoïste, avec ses propres serviteurs jusque dans les plus hautes sphères de l'Etat. »
Stéphane Hessel, c'est la radicalité avec le sourire, emballée dans une langue de velours. Quand il critique Israël et appelle au boycott des produits israéliens provenant des territoires occupés, il se fait copieusement insulter. N'empêche. Difficile de délégitimer l'ancien résistant de la France libre déporté dans le camp de Buchenwald, l'ancien diplomate des Nations unies qui a participé à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948.
Déjà plus de 100 000 exemplaires d'Indignez-vous ! ont été vendus. Le passage de Stéphane Hessel chez Taddeï dans Ce soir (ou jamais !), le 21 octobre, a fait décoller les ventes. Le bouche-à-oreille a fait le reste. Un vrai phénomène puisque le livre, mis en place initialement à 8 000 exemplaires, en est à son cinquième retirage. Après la colère contre la réforme des retraites et l'exaspération sociale palpable dans tout le pays, ce succès de librairie n'est pas innocent : « Les résistances autour des sans-papiers, comme celles qui apparaissent à l'école, à l'hôpital et dans d'autres services publics sont en train de converger. On sent monter un mouvement d'indignation ; des combats isolés, en apparence atomisés, vont dans le même sens : ils interrogent cette société de l'argent, où le travail ne fait plus sens », disent Sylvie Crossman et Jean-Pierre Barou, le couple de passionnés à la tête des éditions Indigène. Dans la foulée de cette aventure éditoriale, ils se démènent à présent pour inscrire Stéphane Hessel sur la liste des prochains nobélisables.

A lire aussi :
“Créer, c’est résister. Résister, c’est créer” : ainsi parle Stéphane Hessel.
Stéphane Hessel, un homme engagé : “J’ai toujours été du côté des dissidents” | 6 juin 2008
Indignez-vous !, de Stéphane Hessel, Indigène Editions, 2010, 30 p., 3 EUR. Résistance(s), rencontre entre Stéphane Hessel et Jean Lacouture, lundi 29 novembre, Théâtre Ouvert, 4 bis, cité Véron Paris 18e, 01-42-55-55-50.
Des personnes engagées, une dynamique de couple généreuse, voilà qui m'a donné envie d'en savoir plus sur ces confrères de Montpellier. C'est parti ! Voici ce qu'on peut lire sur leur site internet :Indigène éditions est une maison d'édition dédiée aux arts et aux savoirs des cultures non industrielles du monde
Indigène éditions, c'est aussi bien sûr cette petite collection victorieuse « Ceux qui marchent contre le vent », mais pas que :
Une maison d'édition créée en 1996 par Sylvie Crossman et Jean-Pierre Barou dans le but de favoriser un dialogue, sans hiérarchie, entre les arts et savoirs des sociétés « premières », non industrielles (Aborigènes d'Australie, Inuits du Grand Nord canadien, Indiens Navajo et Hopi, Maoris, Tibétains…) et les nôtres : peinture, médecine, neurobiologie, astrophysique... Indigène est diffusé nationalement en librairie par Harmonia Mundi (en Arles) ; Zoé en Suisse romande ; Caravelle en Belgique, Dimedia au Québec.
Notre catalogue propose aujourd'hui quelque 80 titres dont : Le Scalpel et l'ours d'argent écrit par la première femme chirurgien chez les Indiens Navajo qui a été en lecture obligatoire dans 2 des 3 facultés de médecine de Lyon ; Tibet, Les Formes du Vide, regards croisés entre grands érudits tibétains et astrophysiciens, philosophes occidentaux ; La Médecine des Aborigènes d'Australie par Frédéric Viesner ; Albert Camus et l'Inde par Sharad Chandra ; Judas l'Innocent par le frère dominicain Jean Cardonnel ; En état de légitime révolte par maître François Roux ; Musulmanes, Musulmans sous la direction d'Olivier Roy et Valérie Amiraux (collectif); Danse pas avec la Chine par Harry Wu, Danse Hip Hop : Respect ! par Claudine Moïse, Le Guide des destination indigènes par Sylvie Blangy ; Nouveaux regards sur les brigades internationales sous la direction de Stanislav Demidjuk et Rémi Skoutelsky…
Sans oublier nos titres pour enfants comme La Longue marche des crocodiles par Ingrid Sénépart et Taghenja, La Fiancée de la pluie, aux pays des Berbères par Terna Hajji.
Et, dans la petite collection à 3 €, outre le tout récent « phénomène » selon le mot du magazine Livres hebdo, Indignez-vous ! de Stéphane Hessel : Je suis prof et je désobéis par Bastien Cazals ; Réflexions sur le fascisme économique par John Berger ; L'Art de vivre au maximum avec le minimum par Jean-Roger Geyer ; Camus et sa critique libertaire de la violence par Lou Marin ; Sartre et la violence des opprimés par Yves K., Roms, Tsiganes, Voyageurs : l'éternité et après ? par Claire Auzias.
Pour avoir plus d'informations sur tous ces ouvrages, je vous recommande le blog d'Indigène Éditions. A la lecture de tout ça, je suis impressionnée par les similitudes qu'on peut avoir dans nos intérêts et dans la manière de mener des combats ou tout du moins de prendre position, bref de s'engager. Et là, je tombe sur une autre perle... Non seulement la maison d'édition montée par Sylvie Crossman et Jean-Pierre Barou me "parle" mais en plus, ils sont auteurs d'un ouvrage plus que tentant paru au Seuil : Tibet, une histoire de la conscience.
Résumé
Cet essai fait le point sur la modernité de la spiritualité développée par la culture tibétaine, fondée sur la conquête de soi et l'éveil des consciences. Les auteurs insistent sur les points de convergence, soulignés également par le dalaï-lama, entre la religion de l'éveil et les découvertes réalisées par les neurosciences.
Quatrième de couverture
Non sans raison, l'Occident s'estime dépositaire de la modernité. Il peut se prévaloir de ses découvertes scientifiques, de sa révolution industrielle. Dès lors, il lui devient difficile de concevoir une autre forme de modernité que la sienne, et nous sommes tentés de considérer les autres cultures comme simplement porteuses d'un savoir «traditionnel». Pourtant, dans l'Asie profonde, au Tibet, une conception radicalement différente a vu le jour, fondée sur la conquête de soi et l'éveil des consciences. Nous pouvons la considérer d'un œil neuf parce qu'elle rejoint les progrès que les neurosciences nous ont fait faire dans la connaissance de cette chose évidente et mystérieuse : l'esprit. Cet ouvrage retrace l'histoire de cette modernité-là, d'une ampleur comparable à la nôtre, sans omettre les violences, les tortures, les meurtres qu'elle comporte, ni les tentatives des totalitarismes nazi et communiste pour la détourner ou la briser. Aujourd'hui, elle poursuit son avancée sous l'impulsion du dalaï-lama allié aux neuro-scientifiques et sous le signe d'une énigmatique figure de poudres de couleurs, le Mandala de Kalachakra, véritable technologie visant à activer l'imaginaire pour accélérer l'éveil des consciences.
Enfin, je termine sur ce dernier ouvrage qu'il me tarde de lire : Enquête sur les savoirs indigènes (Calmann-Lévy, 2001) est aujourd’hui accessible en poche (Gallimard, Folio Actuel, 2005) avec une postface inédite « Ces nouveaux matérialistes ».À propos de ce livre, les journalistes suivants ont écrit:
« Si les théories de Sylvie Crossman et Jean-Pierre Barou appellent discussion, leurs observations de voyageurs restent de premier plan. » Catherine Bédarida, Le Monde.
« La postface ouvre des perspectives vertigineuses sur les vertus thérapeutiques de la beauté. » Catherine David, Le Nouvel Observateur.
« Ce n’est pas la moindre des surprises que de découvrir Michel Foucault durant ce lointain voyage ! » Jean-Marie Clarinard, Le Médecin Généraliste.
« Difficile de rester imperméable à leur conviction (à rapprocher de celle d’un Jean Malaurie) que ces peuples ont quelque chose d’important à nous transmettre. Un peu de beauté, peut-être… » Jean-Luc Porquet, Le Canard Enchaîné.
« Un livre somme pour lancer des ponts entre les arts premiers des sociétés indigènes, leurs dimensions thérapeutiques et notre propre civilisation occidentalisée avec sa médecine biotechnologique, ses succès et limites. » Patrice Muller, Pratiques, Les Cahiers de la médecine utopique.
anti, avec un "i" comme un grand merci à Aurélie ;-)
13:55 Publié dans Coups de coeur, L'Univers d'Anti, Symboles et croyances, Tous des humains | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : livres, droits de l'homme, édition, éditions du puits de roulle, tibet, bouddhisme, couples extraordinaires
03 mai 2010
Severn, la voix de nos enfants

Vous avez peut-être vu le film Nos enfants nous accuseront ?, de Jean-Paul Jaud dont il a été question sur le blog il y a plus d'un an ? Vous avez été 280.000 à le voir dans les salles de cinéma.

Vous vous souvenez certainement de Severn dont je vous ai aussi parlé dans la note Ce soir at home ? Mais si ! Cette petite fille qui, du haut de ses 12 ans, interpellait la communauté internationale à la tribune du Sommet Planète Terre à Rio de Janeiro (Brésil) et donnait un discours qui laissait pantois les nombreux diplomates de la salle...
Quel rapport me demanderez-vous ?
Le rapport, c'est que Jean-Paul Jaud nous revient avec un nouveau film dont la sortie est prévue pour fin 2010, nouveau film qui s'intitule Severn, la voix de nos enfants.
Jean-Paul Jaud, cinéaste au nom de la nature
On croirait à un fantôme dans les cultures maraîchères de Bioussac mais c'est un homme qui témoigne derrière la caméra. Son cri du cœur pour la sauvegarde de la planète a crevé l'écran des salles obscures. Jean-Paul Jaud n'est plus seulement un pionnier de la télé. Il est un réalisateur, scénariste et producteur reconnu bien au-delà de la région et de son Etaules natal.
Son documentaire « Nos enfants nous accuseront », plaidoyer pour le bio et réquisitoire contre la chimie agricole, a attiré quelque 300.000 spectateurs dans les salles depuis l'automne dernier. Un record.Derrière la cape noire qui protège son écran de contrôle du soleil, il récidive. Il tourne un nouveau long-métrage environnemental depuis vendredi et jusqu'à aujourd'hui en Nord-Charente. Sortie prévue en novembre 2010. Le scénario tire son fil rouge de l'appel lancé en 1992 à Rio par Severn, une Canadienne de 12 ans. «Un discours bouleversant devant tous les décideurs», souligne Jean-Paul Jaud en guerre contre ce « système capitaliste productiviste ultralibéraliste qu'il faut arrêter si on veut s'en sortir ».
Une société de production « pour être libres »
Le cinéaste relaie ce SOS pour sauver la terre. Ce vendredi, il creuse le sillon de la révolte dans les jardins de Nicolas Wisser, maraîcher et maire de Bioussac. Il est là pour saisir les gestes du paysan respectueux de la terre. La vraie terre. Pas celle des OGM et des pesticides. La terre nourricière de ses ancêtres, la terre bio du renouveau. Ils ne sont que six à tourner au milieu des légumes. « Il faut qu'on soit discret. Le rôle du réalisateur est de faire oublier sa caméra », explique Jean-Paul Jaud qui partage sa passion avec son épouse et collaboratrice Béatrice.
Ensemble, ils ont monté leur propre société de production pour être « libres », s'affranchir de toutes les pressions. Ensemble, ils sont « allés au Canada, au Japon pour trouver ce qu'il faut faire pour changer les choses ». « Nous avons sollicité les scientifiques : Pierre Rabhi, un agro-écologiste, Gilles-Eric Séralini, un universitaire canadien, Nicolas Hulot. Nous lançons un appel à Monsieur Lemétayer [président de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles, NDLR] pour qu'il s'exprime dans ce film », raconte Béatrice en aparté.
Pas « bobo-dupe » mais les pieds dans les guérets, le couple arpente la planète avec sa caméra et sa petite équipe. Pour mieux comprendre cette terre nourricière, confrontée aux agressions chimiques.
Il s'attarde au milieu des paysans qui interprètent une partition universelle. « Acteurs, c'est leur travail. Nicolas a les mêmes gestes que le riziculteur japonais que j'ai filmé l'autre jour. Quand on respecte la terre, elle est généreuse », observe Jean-Paul, entre deux séquences.
Les prises rapides restituent l'essentiel. Le cœur du métier de ceux qui ne sont pas que « des conducteurs d'engins ». Le verbe est sobre, précis. Loin du « moteur ! » assourdissant.
- « Attendez, ça tourne. Recule-toi, vas-y, coupe les pieds des poireaux. »
- « Mange ta pomme tranquille, continue, arrête-toi. Regarde vers les aubergines. »
Le réalisateur se veut guide. « On a une trame. Les choses évoluent avec l'actualité, l'inspiration. On engrange des matières, des couleurs. Il y a du non-dit dans les images. Beaucoup d'émotion. Ça parle aux gens », commente Béatrice à mi-mots.
Un plan au milieu des céléris-raves. Un autre derrière les cageots chargés de salades, cucurbitacées et pommes. Un troisième, alors que Nicolas Wisser traverse le ruisseau en sifflotant.
Il n'y a que ce satané avion pour interrompre le tournage. Un passage inopportun qui trouble la complicité entre les cueilleurs de légumes et les chasseurs d'images.
Source : Charente Libre.com

A lire aussi, en plus des liens indiqués dans le corps de la note : "Nos enfants nous accuseront" : L'interview vérité de la productrice du film
FOOD INC : Achète, mange, meurs et vas te faire food !, FOOD INC : le film scandale sur l'industrie agro-alimentaire américaine.
anti
11:15 Publié dans L'Univers d'Anti | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : bio, films, severn cullis-suzuki, jean-paul jaud, couples extraordinaires, ressources naturelles, pierre rabhi
04 avril 2010
Föllmi's destiny
La Famille Föllmi a déjà fait l'objet de plusieurs articles sur notre blog (voir ici) et pour cause, Danielle et Olivier sont des êtres remarquables qu'on ne peut oublier dès lors que notre route a croisé leur chemin, mieux, on ne pense plus qu'à une chose : cheminer le plus longtemps possible à leurs côtés.
Dans la note Motup et Diskit. Caravane pour une école, Olivier et Danielle Föllmi, j'avais parlé du documentaire Föllmis'destiny, voici qu'il sort enfin. La première diffusion a eu lieu à St Etienne, lors du festival « Planète couleurs », le 27 mars 2010.
Célèbre pour ses photos himalayennes puis pour ses images en hommage à toutes les cultures du monde, Olivier Föllmi est aussi un aventurier hors du commun et un amoureux des Hommes. « Je n’avais pas d’ambition personnelle de réussite. Je voulais vivre ! Et c’est par cette envie de vivre, ce besoin d’aller vers l’autre que je suis devenu petit à petit photographe : par envie de vivre et de transmettre ce que je vivais. »
Danielle, depuis plus de 30 ans, partage les aventures d’Olivier et ses engagements. A eux deux, ils ont soulevé des montagnes et ont été précurseurs dans bien des domaines, suivant leur instinct et leur cœur, là où ils les menaient…
Leur vie interroge sur de nombreuses questions existentielles que se posent en particulier tous ceux qui rêvent d’ « Aventure » : qu’est-ce que l’aventure ? A quoi ça sert ? Pourquoi vouloir toucher la mort, sublimer le souffle de vie ?... Olivier voulait à tout prix faire découvrir à Danielle le Zanskar en hiver… Cette vallée isolée 8 mois de l’année par les neiges, au cœur de l’Himalaya, il la connaissait : un an auparavant, il s’était lui-même laissé enfermer par l’hiver, dans un monastère à flanc de montagne, rêvant de comprendre le bouddhisme et, à travers lui, qui il était…

Ce jour d’octobre, alors qu’ils arrivent tous deux au Ladakh par la route, ils ont la mauvaise surprise de constater que les cols sont déjà bloqués par les neiges. Tentant le tout pour le tout, ils rejoignent une caravane de yaks qui rentre inextremis dans un village qui se trouve sur leur chemin. Après avoir franchi un premier col et rejoint la vallée, personne ne veut les accompagner plus loin. Pourtant, portés par une volonté déraisonnée, ils décident malgré tout de continuer : ils atteignent le deuxième col et, en s’élançant de l’autre côté dans la pente, ils font le choix irrévocable qui allait changer toute leur vie… Olivier et Danielle ont plusieurs fois frôlé la mort : égarés, en hiver, au coeur d’un Himalaya enneigé, blessés, à l’agonie, ils s’en sortiront par miracle et reviendront de cette aventure profondément transformés et attachés à cette région du monde.

Dans ce dédale de dangers que livre une nature intacte et violente, leurs aventures ultérieures seront pourtant essentiellement humaines : plus intense encore que leur propre survie, c’est le sort de jeunes enfants de ces vallées himalayennes qui sera mis entre leurs mains ! Ils ont à peine 20 ans ! En quittant le Zanskar par le passage éphémère ouvert par le fleuve, gelé, Olivier et Danielle tiennent par la main les deux enfants qu’on leur a confiés et font leur premières expériences de « parents » : « ils sondent la glace comme on sonde la vie », évitant les dangers, faisant demi-tour, avançant, reculant, escaladant des obstacles… jusqu’à atteindre le bout du fleuve et le monde moderne ! Qu’est-ce que ces enfants allaient apprendre de cette nouvelle vie ? Qu’allaient ils perdre de leur culture, de leur tradition ?… À travers la tutelle de ces 2 enfants zanskari puis l’adoption de 2 autres enfants tibétains, le couple aura l’occasion à maintes reprises de s’interroger à nouveau sur le sens de l’éducation…

Cette « confrontation » de deux mondes EST toute la vie de Danielle et Olivier Föllmi.
Leurs enfants, exilés, ont eux aussi été confrontés à ce choc des cultures et ont emprunté les mêmes chemins de questionnement. Mais dans leur amour surpuissant de vivre et de transmettre, ces parents singuliers ont voulu éclairer la voie de leurs enfants... Pour eux, ils se sont livrés à un travail titanesque : sur 7 ans, ils ont parcouru le monde à la rencontre de toutes les cultures, de toutes les identités. Olivier a photographié les visages, les paysages, les situations, Danielle a lu les écrits des penseurs, écouté les contes populaires, les transmissions orales pour dégager l’âme et les richesses de ces innombrables cultures… Et, année après année, ils ont réussi à dresser un portrait large de l’Humanité dans ses valeurs et sa sagesse profonde. Ainsi, ils ont donné des clés à leurs enfants pour comprendre le monde, comprendre la différence et mettre en valeur la place de chacun.

Ce grand projet, « Sagesses de l’Humanité », est la consécration d’un Olivier photographe et d’une Danielle médecin puis chercheur en sciences humaines qui ont trouvé les graines de leur vocation dans leurs aventures himalayennes et leurs rencontres avec des gens humbles… Un destin singulier qui interroge des valeurs universelles.
Synopsis de Follmi’s Destiny de Céline Moulys
Föllmis’ Destiny nous fait revivre les 30 ans de vie et d’aventure en Himalaya de Olivier et Danielle Föllmi. A travers leurs témoignages, on comprend comment s’est construit le regard du photographe humaniste qu’Olivier est devenu et comment s’est formée la vocation d’auteur de Danielle.
Véritable hommage à la rencontre, ce film est aussi un plaidoyer pour le respect et la richesse des différentes cultures, et une ode à la puissance humaine de l’aventure.
Source texte : Festival des Étonnants Voyageurs.
Programme actuel Föllmi's destiny :
- samedi 27 mars : Festival Planete Couleurs à St Etienne
- du 22 au 24 mai : Festival Etonnants Voyageurs de St Malo
- du 25 au 26 septembre : Festival des Globe-Trotters ABM à l'opéra de Massy :
2011
- Pentecôte : Festival du Film d'Aventure de La Réunion - La Réunion :
Ce programme sera mis à jour au fur et à mesure des sélections. Vous pouvez le consulter ici.
Le site Föllmi'spirit avec tous les liens vers leurs autres sites.
anti
13:30 Publié dans L'Univers d'Anti | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : films, follmi, bouddhisme, tibet, saint malo, etonnants voyageurs, couples extraordinaires
12 décembre 2009
Parkinson, dépasser les apparences
J'ai participé hier à l'une des sessions de la 5ème université de bioéthique, qui se tenait à Nîmes au Carré d'Art. A cette occasion, j'ai eu l'occasion de rencontrer un homme remarquable. Il s'appelle Maurice Rivoiron et il représentait l'association France Parkinson dans le Gard.

La maladie de Parkinson peut frapper n'importe qui à n'importe quel âge. Muhammad Ali (alias Cassius Clay) et Michael J. Fox en sont deux exemples célèbres.
Plusieurs traitements existent et permettent de combattre les symptomes à des degrés divers.
Il a, tout d'abord procédé à un petit rappel historique sur la maladie de Parkinson. Elle a été identifiée et décrite dans un livre pour la première fois par un médecin, James Parkinson, en 1817. Plus tard, Jean-Baptiste Charcot l'a nommée "maladie de Parkinson" et la dénomination est restée. Il se trouve que du mot "Parkinson" a été dérivé un adjectif, "parkinsonien", et que, petit à petit, on s'est mis à dire "un parkinsonien" pour parler d'une personne atteinte. Cette dérive sémantique fait qu'on parle de ces personnes non plus comme de n'importe quel être humain mais comme de parkinsoniens, réduisant ainsi tout ce qu'elles sont à leur maladie. Une telle facilité de langage malheureuse n'est pas unique : on va aussi parler d'un cancéreux, d'un sidéen, d'un diabétique... et enfermer ainsi les malades concernés dans une case qui n'est plus celle où nous nous trouvons, donc les pousser, de façon souvent involontaire mais certaine, vers l'exclusion et la solitude.
Or, pour quelqu'un qui est frappé d'une maladie de longue durée, l'exclusion est le pire qui puisse lui arriver pour y faire face. Chez une personne atteinte de la maladie de Parkinson (et vous comprendrez que j'utiliserai des périphrases plutôt que le nom "parkinsonien" dans tout le reste de cet article), ce problème de la solitude est accentué par les symptômes mêmes qu'elle subit.
L'un d'entre eux est une perte progressive de la motilité des muscles du visage. Les traits se figent et plus aucune expression ne transparait. Au début, les amis viennent la voir pour la soutenir en lui parlant. Mais ce visage inexpressif les déroute. Ils ont l'impression soit qu'on leur fait la gueule, soit qu'on s'en fiche de leur venue, soit - et c'est le pire - que le cerveau est tellement atteint que la personne ne se rend plus compte de rien. Ce qui est faux, l'intelligence de la personne atteinte est intégralement conservée. Vous imaginez le désarroi qui la frappe en voyant tous ses amis s'éloigner, puis ne plus venir du tout.
Et cela ne se limite pas aux amis. Les médecins, y compris spécialistes, tombent parfois dans le même panneau. Maurice Rivoiron raconte qu'ainsi, lors de l'une des premières consultations où il avait accompagné son épouse, le médecin posait ses questions non à elle mais à lui ! Jusqu'à ce que ce dernier fasse remarquer au praticien que s'il voulait en savoir plus sur l'état de santé de sa femme, c'était à elle qu'il devait s'adresser.

Affectés ou non par la maladie ? Les voit-on différemment suivant la réponse ? (photo France Parkinson)
Pour autant, il ne jetait la pierre à personne et nous décrivait tout cela d'une voix douce et, je crois pouvoir le dire, emplie d'amour. Amour indéfectible pour sa femme, d'abord, à qui il consacre tout son temps plus que jamais depuis qu'elle est malade, là où d'autres auraient préféré la fuite devant une telle épreuve. Amour pour les autres personnes atteintes du même mal, en décidant de s'impliquer activement dans l'association France Parkinson. Amour pour nous tous, les humains et nos faiblesses, sans intention de blesser ou d'exclure. N'avons-nous pas tous ou presque, a-t-il ajouté, le réflexe de considérer une personne sur une chaise roulante, surtout si elle est agitée de tremblements, comme quelqu'un de diminué mentalement - et pas uniquement physiquement ?
Maurice Rivoiron organise, comme beaucoup d'autres au sein de France Parkinson, toutes sortes d'activité pour briser la solitude des personnes atteintes, que ce soit des réunions où malades et conjoints se retrouvent pour parler de tout dans une ambiance détendue du fait de la compréhension mutuelle ou de permanence téléphonique pour les personnes qui ont besoin de parler. Il a fait remarquer que dans ce dernier cas, l'appelant peut très bien parler 40 minutes sur 45 et dire "Merci d'avoir autant parlé avec moi", tant être écouté lui a permis d'avoir enfin la sensation d'un vrai dialogue.

Je lui ai cité le fait que, grâce à notre blog, j'avais fait - comme beaucoup - des rencontres magnifiques sans savoir quelle apparence physique ou quel métier pouvait bien avoir tel ou tel. Et que les quelques rencontres faites ensuite dans le monde réel avaient souvent été des surprises. Je lui ai cité en exemple l'une d'entre elles, un homme dont les propos me faisaient penser qu'il avait une trentaine d'années alors qu'il en avait 70. Et une autre, un humaniste plein d'humour dont nous avons ensuite su qu'il était militaire de carrière. Lui aurions-nous parlé de la même manière si nous avions su cela en premier ? Ou aurions-nous interprété le moindre de ses mots au travers de ce filtre déformant - celui de nos préjugés ?
Maurice Rivoiron a adoré l'idée.
Très belle journée à vous
08:02 Publié dans Accueil, Tous des humains | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : rencontre, couples extraordinaires, influence d'internet
10 novembre 2009
Motup et Diskit. Caravane pour une école, Olivier et Danielle Föllmi.

« La photographie n'est pas un but mais un moyen pour m'impliquer dans l'harmonie du monde. »
Hier, Valentine nous faisait découvrir une belle aventure, celle de Caravane pour une école .
Motup et Diskit sont deux enfants du Zanskar visiblement nés sous une bonne étoile car, grâce à la rencontre d'un des couples les plus beaux que je connaisse, Olivier et Danielle Föllmi, ils vont pouvoir aller à l'école. Oui, mais l'école se situe en Inde, et pour l'atteindre ils vont devoir marcher pendant 12 jours dans des conditions plus qu'infernale, par -30°, sur un fleuve gelé.
C'est en assistant à sa conférence que Valentine a fait connaissance avec ces magnifiques voyageurs du coeur. Qu'elle chance d'avoir pu rencontrer ce photographe, car aujourd'hui, " Après sept heureuses années de conférences dans l’Europe francophone avec un multi-images à neuf projecteurs "Le Fleuve Gelé" pour l’imprésario Connaissance du Monde, Olivier Follmi n’a pas proposé d’autres conférences.
Entre voyages, conférences, création et suivi de fabrication des livres, dédicaces, médiatisation de son travail, il lui a fallu faire le choix de privilégier les voyages et la photographie pour équilibrer sa vie professionnelle et familiale.
Il ne donne donc plus de conférences. Très occasionnellement, il lui arrive d’en donner une improvisée à l’occasion de la sortie d’un nouveau livre, si son éditeur le sollicite. Dans ce cas, les dates figurent dans la page "Actualités". (Source Föllmi.com)
De ce film, je n'ai trouvé aucune trace, sauf peut-être, ceci, qui nous promet de bons moments à venir :
Sous un faux air de Kersauson ou de Tabarly, bref, sous un faux air de vieux loup de mer averti, Olivier Föllmi est bel et bien un explorateur, mais pas un explorateur solitaire, non. Marié depuis plus de 20 ans à Danielle, c'est ensemble qu'ils parcourent le monde pour le bien de tous les êtres et en particulier pour les 4 enfants tibétains qu'ils ont adopté.Olivier Föllmi découvre l'Asie en 1976, à l'âge de 17 ans. Fasciné par le monde himalayen, il séjourne à plusieurs reprises au Zanskar.
De ces voyages découlera Deux hivers au Zanskar, son premier récit écrit à 24 ans.
En 1989, Olivier et sa femme ramènent deux enfants, Motup et Diskit, qu'ils inscrivent à l'école, où ils doivent se rendre en marchant des jours durant sur un fleuve gelé, au péril de leur vie. De cette aventure, primée au World Press Photo, sont nés Le Fleuve gelé, un livre d'images, Caravanes pour une école, un récit et L'école au bout du fleuve un livre pour enfants. Il est également l'auteur de Bouthan, le temps d'un royaume, L'horizon des dieux et Si loin des hommes, si près des dieux.
Il a reçu plusieurs prix dont celui du Premier prix de Photographie (1980), le Grand prix du Festival d'aventure de Royan (1982) et le Prix de la Presse (1991). (Source Les éditions de la Martinière).

Voici une belle interview du Môssieur, tirée du site Faits et Projets.
Olivier Föllmi : « Je suis né voyageur »
Photographe talentueux et reconnu, Olivier Föllmi aime l’aventure, les relations humaines, la montagne et la découverte du monde. Lauréat d’une bourse de voyageur, il découvre l’Afghanistan pour la première fois en 1975. Depuis, sa quête de l’autre, et de lui-même, n’a jamais cessé. Entretien réalisé par Delphine Evmoon.
D’où vous vient cette passion du voyage ?
j'ai toujour voyagé en famille, en Europe. Adolescent, j'ai parcouru l'Europe à toutes les saisons pendant les vacances et je crois que je suis né voyageur.
Pourquoi choisir cette vie d’aventure ?
J'aimais la montagne et c'est elle qui m'a amené vers l'Asie pour grimper, mais ce sont les hommes de là-bas qui m'ont fasciné et m'ont fait revenir à une vie d'aventure.
Avez-vous commencé votre périple par l’Asie ? Si oui, pourquoi ?
J'ai découvert l'Afghanistan à 17 ans et j'ai aimé ses paysages désertiques et son peuple prude. Je me suis ensuite tourné vers les régions tibétaines de l'Himalaya qui m'ont séduit aussi par leurs paysages et par leur peuple. C'est ensuite que j'ai appris à aimer leur culture.
Pourquoi avoir choisi la photographie comme outil pour faire partager au grand public vos expériences à travers vos livres ?
Je n'ai pas choisi d'être photographe : je le suis devenu et à 17 ans j'aurais aimé savoir que je pourrais vivre de la photographie et être auteur de livres. J'aime la photographie comme moyen d'échange sur le terrain, sur place avec les gens que je rencontre et au retour à travers le livre et le public qui rêve de voyages.

Vos projets ?
Mon projet photographique sur les années à venir va me faire parcourir le monde entier à la rencontre des hommes. Je travaille en ce moment sur l'Inde pour la réalisation du prochain livre qui sortira à l'automne 2004.
Quels aventuriers admirez-vous le plus ?
De tout temps j'ai admiré les aventuriers courageux et passionnés tels que Marco Polo, les découvreurs des pôles au début du siècle, comme Mermoz, St-Exupéry, et plus contemporains, Jean-Loup Etienne, Haroun Tazieff et Jacques-Yves Coustaud.

Votre devise dans la vie ?
Fais ce que tu aimes et aime ce que tu fais.
Vos passions ?
J'aime vivre intensément et je rêve d'harmonie.
Que vous apportent humainement de telles aventures ?
Une grande part de rêve qui fait partie de ma réalité ; une foi en les hommes et un caractère optimiste.
Que retenez-vous de toutes ces rencontres ?
On ne grandit jamais tout seul mais grâce aux autres.

Voilà des propos en parfaite synchronicité avec ceux de Anna sur l'interdépendance dont elle parlait encore ce matin.
Certains esprits chagrins pourraient trouver le portrait idyllique, peut-être un peu trop gentils ces gens là. Eh bien, c'est encore piiiiiiiire que ça !
Eh oui, non seulement les Föllmi sont un couple fort et formidable, ils font des photos géniales, ont des idées de livres brillantes, adoptent des enfants etc. etc. mais en plus ils ont fondé l'association Hope, en faveur de l'éducation et de l'entraide villageoise.Hope est une association internationale, créée en Suisse, dont les buts sont de préserver et enrichir l’harmonie des peuples traditionnels, en liant sagesse et savoir, tradition et développement. Son sigle signifiait à l'origine "Himalayan organisation for people an education".
Vous me direz : "Oui, mais ils ne s'occupent que de l'Himalaya, c'est pas sympa pour les autres". Certes, enfin, non même pas ;-) car si l'association est bien née pour apporter aide et soutien aux peuples de l'espace culturel himalayen, l'association ouvre désormais son champ d'action à tous les continents et s'intitule : "Hope Organisation for People and Education".

La Sagesse du coeur peut être trouvée en toutes circonstances, sur n'importe quelle planète, qu'elle soit ronde ou carrée. Elle ne provient pas d'un savoir, d'images de perfection ni de la compassion ou du jugement mais du fait que l'on voit avec les yeux de la sagesse, le coeur plein d'une attention aimante, que l'on offre sa compassion à tout ce qui existe dans notre monde.
Jack Kornfield, in Offrandes, de Olivier et Danielle Föllmi.
Olivier et Danielle Föllmi étaient présents en Bretagne

anti, ravie ;-) (Merci Valentine !!!)
© Photos : Olivier Föllmi
15:45 Publié dans L'Univers d'Anti, Tous des humains | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : tibet, ladakh, himalaya, föllmi, bouddhisme, interdépendance, couples extraordinaires, valentine
06 avril 2009
Bilquis et Abdul Sattar Edhi.
Anna parlait dernièrement du triste sort des femmes en Afghanistan (Afghanistan : viol entre époux légalisé). Malheureusement cette destinée de violence, de rejet, n'est pas exclusive de quelques contrées lointaines soumises aux lois de dangeureux intégristes. Pas besoin d'aller si loin, il suffit de voir certaines paroles de chansons pour se retrouver devant les mêmes horreurs (voir la note sur Orelsan).
Aujourd'hui, je tiens à signaler un excellentissime article paru dans le Marie-Claire de ce mois d'avril 2009, un des rares article en français - si ce n'est l'unique - parlant de Bilquis Edhi, madame Abdul Sattar Edhi.
Au Pakistan, où naître fille est encore une malédiction, Bilquis Edhi et son mari ont décidé de recueillir ces rejetées de la société au sein de la fondation Edhi. Le combat d’un couple hors-normes.
Au Pakistan, comme en Inde ou en Chine, les filles sont trop souvent jugées indésirables. Dans ce pays, 90% des bébés abandonnés sont des filles. De par la pauvreté, la coutume de la dot, …, avoir une fille est souvent vécu comme un véritable fardeau. « Cela me révolte toujours. A chaque nouvel arrivant, je ressens la même injustice et la même envie irrépressible de le couvrir d’amour et de le protéger. C’est toujours comme si c’était le premier qu’on me dépose ».
A ce jour pourtant, Bilquis et son mari ont sauvé plus de 19 000 enfants !
Bilquis décide de rejoindre cette fondation en tant qu’infirmière en 1965, alors âgée de 16 ans. C’est sous l’impulsion d’Abdul Sattar Edhi, un travailleur social, qu’une poignée de femmes décident de travailler bénévolement pour cette fondation. L’homme devient très populaire, les dons affluent et lui permettent de financer son dispensaire, mais aussi de construire une maternité, puis un orphelinat. Quelques années plus tard, Bilquis l’épouse.
Aujourd’hui, ils sont à la tête du plus gros service d’ambulance volontaire au monde, de 300 centres de secours d’urgence, de 17 orphelinats, 3500 salariés, un budget annuel de 10 millions de dollars provenant de dons privés. Bilquis se fait un devoir de protéger ses filles, de nombreuses écoles ont donc été également ouvertes par la fondation dans des zones très pauvres où les enfants ne sont pas scolarisés. Ce combat pour l’autonomie se poursuit avec des centres d’apprentissage, où les adolescentes sont formées aux métiers de la santé et du textile.
(Source le blog de Femmes du Monde)
L'Express leur a aussi consacré un article en 1995, malheureusement toujours d'actualité 14 ans plus tard :
Assassinats, corruption et trafics en tout genre ont fait de l'ancienne capitale pakistanaise un cloaque. Quelques voix protestent. Mais qui les entend?
Il baigne les morts, les fous et les malades. Il enterre les premiers et loge les autres. Il recueille les «enfants du péché». Héberge les orphelins, les gamins fugueurs, les filles sans toit et les femmes battues. Traite avec rudesse les drogués «accro» à l'héroïne. Vénéré par les humbles, courtisé par les puissants, Abdul Sattar Edhi, 67 ans, apaise en solitaire les tourments de Karachi, cité furieuse de 13 millions d'âmes, livrée au chaos et aux tueurs.
Son réseau, à mi-chemin de l'œuvre de charité et du service social, tient lieu de cache-misère d'un Pakistan tiraillé entre féodalisme et modernité. Celui qui récuse le titre de «maulana» - maître - est-il un saint homme ou un gourou ? Doit-on le dépeindre en abbé Pierre ou en Mère Teresa ? Faut-il d'abord louer, chez ce patriarche, l'inusable compassion de Vincent de Paul ou l'entêtement insensé du Hussard de Giono ?
Ici, épaulé par sa femme Bilquis, «Edhi» gave de chocolat des gosses perclus d'infirmités, avant de frictionner à l'huile végétale les jambes grêles de Shakil, le petit polio.
Là, escorté par une volée piaillarde de saris, il guide le visiteur dans un refuge pour adolescentes, bâtisse au luxe insolite, tout en marbres et boiseries nacrées, legs d'un mystérieux mécène.
A Korangi, sa silhouette trapue glisse le long des corridors ombragés de l'orphelinat. Voici le dortoir des gosses des rues. Voici, près de la salle de classe où les écoliers dociles chantonnent des versets du Coran, un bataillon de simples d'esprit, tout de noir vêtus, avides de câlins et de bourrades.
Et voici Nadim. Pickpocket et toxicomane, le garçon a perdu le fil de son enfance. «J'ai... 8 ans», hasarde-t-il; «12», corrige un adulte. Mais ses avant-bras, zébrés de cicatrices, accusent plus que leur âge. «Quand l'héroïne manquait, je faisais ça au couteau.» A l'entrée de ce havre, scellé dans un socle de ciment vert et rouge, un berceau haut perché, coiffé d'un auvent, attend le bébé «illégitime», promis d'ordinaire à l'infanticide.

Ne commettez pas un second péché pour masquer le premier.»
Suit le téléphone de Bilquis Edhi, compagne, complice et lieutenant d'Abdul. «Il m'a épousée à cause de ces enfants», s'amuse parfois cette femme énergique et douce. C'était il y a trente ans, elle en avait 14 et œuvrait dans un dispensaire du maître. «Bilquis abat 60% du boulot, insiste son mari en la couvant du regard. En mon absence, tout repose sur ses épaules.»
Qui l'eût cru? Au «pays des purs», tout prétendant au pouvoir rêve d'enrôler sous sa bannière le bienfaiteur au crâne poli et à la barbe drue. Harcelé par des sergents recruteurs tantôt obséquieux, tantôt menaçants, Edhi a fui l'arène en décembre, le temps d'une retraite de un mois à Londres.
Peu avant, alors que vacillait le trône du Premier ministre, Benazir Bhutto, des émissaires empressés, généraux en tête, avaient sondé ses ambitions. Pourquoi ne pas l'associer à Imran Khan, star adulée du cricket ? Saisi par le démon de la politique, ce dernier succéderait à la «fille de l'Orient», tandis qu'Edhi hériterait de la présidence. «J'ai refusé. Je ne suis qu'un travailleur social.» Malice ou candeur ? En dénonçant, de son Aventin londonien, la manœuvre, le «pressenti» aura rendu à Benazir un signalé service. Laquelle lui proposa naguère de diriger la municipalité de Karachi, privée de cornac après l'arrestation, en 1992, du maire élu. Certes, Edhi déclina l'offre. Mais il avança en échange le nom de son pilote d'hélicoptère, réputé proche du Parti du peuple pakistanais (PPP) de Benazir Bhutto. Mieux : interrogé sur les racines du mal qui ronge la cité portuaire, le «travailleur social» avance un diagnostic étrangement similaire à celui de l'héritière.
Haro sur les barons de la drogue, les mafias locales et les fraudeurs du fisc ! La politique rattrape toujours sa proie, fût-ce sur les bords de la Tamise. Car c'est là que réside Altaf Hussein, leader en «exil volontaire» du Mohajir Qaumi Movement (MQM), parti un rien fascisant, et avocat musclé de la cause des immigrants ourdouphones venus d'Inde au lendemain de la partition - les Mohajirs - soit plus des quatre cinquièmes de la population karachite. Altaf souhaite rencontrer l'illustre visiteur ? Peine perdue. De même, Edhi éconduit les messagers de Nawaz Sharif, ex-Premier ministre et rival acharné de Benazir.
Bien sûr, Abdul a perdu un peu de son crédit dans cette escapade britannique. Mais il a laissé, dans un coffre londonien, sa botte secrète: un manuscrit accusateur de 200 pages. «J'y révèle tout, confesse-t-il avec une moue de paysan madré. Les noms, les pressions, les intrigues. C'est mon assurance-vie.» Etrange. Il aura suffi que le patriarche se dérobe au jeu des états-majors pour que pleuvent les griefs.
On l'accusera, pêle-mêle, de blanchir l'argent de l'héroïne, de se livrer au trafic d'armes et - figure imposée de toute campagne de discrédit au Pakistan - d'émarger au Mossad comme chez l'ennemi indien. Pas l'ombre d'une preuve ? Qu'importe. Les coups font mal. Collectés tant au pays qu'à l'étranger, les dons privés, seule ressource de la fondation, plongent de 40 à 60%. «Plus question d'investir, avoue un proche. On couvre tout juste les dépenses de fonctionnement.» Les fidèles, eux, restent sourds aux rumeurs vénéneuses. Témoin cette enseignante retraitée, venue un matin déposer un chèque de 925 000 roupies (170 000 francs environ), fruit de la cession d'un lopin de terre.
«Pour Edhi, s'écrie la donatrice, j'ai déjà vendu mes bijoux et je pourrais sacrifier ma vie ! Car je sais son honnêteté. Croyez-moi, lui seul ira au paradis.» Ou, à tout le moins, au purgatoire. Car l'homme a ses zones d'ombre. Les puristes le disent mégalomane, paternaliste, moraliste à l'excès. Ils jugent sa gestion brouillonne. Ou relèvent la présence, à la barre du navire, de deux de ses enfants. «Et alors? objecte le journaliste Imran Aslam. La ville a tant besoin de lui !»
Ses partisans eux-mêmes en conviennent : Edhi voit trop grand. Faut-il se ruer, chargé de vêtements, de couvertures, de vivres et de médicaments, partout où la terre tremble, partout où la guerre frappe, partout où la famine tue ? La réponse est oui. Du Soudan au Bangladesh. En Ethiopie comme en Iran ou en Bosnie. Tant pis si les mollahs le blâment d'assister les «infidèles» arméniens. Proche du soufisme - courant mystique de l'islam - Edhi n'en a cure.

Comme il paraît loin, le temps où le marchand de vêtements de la vieille ville aménageait en ambulance un break d'occasion ! Et plus lointain encore, le jour où, âgé de 19 ans, ce fils de courtier en fruits secs, venu tout droit par bateau de son Gujerat natal, débarquait dans le port de Karachi, poumon d'un Pakistan né quinze jours plus tôt du sanglant démembrement de l'empire des Indes.
Il régne à présent sur une flotte de 550 véhicules d'intervention. Le royaume d'Edhi compte aussi 350 centres de secours d'urgence, 22 cliniques, 4 asiles et autant d'orphelinats, 1 hélicoptère, 2 petits avions, 3 500 salariés et 10 fois plus de bénévoles.
Au mur de son bureau, antre vieillot tapissé de paperasses, une carte du Pakistan, constellée d'épingles à tête, donne les couleurs de l'avenir.
En vert, les «Edhi Centres» en service. En rouge, les 125 projetés.
La suite ici.

La fondation ne s'occupe donc pas uniquement des filles mais aussi des enfants abandonnés quel que soit leur sexe, des cancéreux, des junkies, des personnes handicapées... Bref, c'est une véritable oeuvre sociale.
A tous BRAVO !
Des photos des centres : Humanitarian to a Nation.
Un article à lire en anglais Missing Women avec beaucoup de liens vers les associations actives contre ces crimes.
La préférence masculine : Causes et conséquences démographiques
anti
11:04 Publié dans L'Univers d'Anti, Tous des humains | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : couples extraordinaires, bilquis et abdul sattar edhi, pakistan
28 mars 2008
Ca vaut de l'or...
Je reprends ce titre déjà utilisé par Anna faisant écho à une magnifique chanson de Zazie pour parler d'une discipline qui me fascine : le patinage danse en couple. Je suis complètement sidérée par la Beauté, l'Harmonie, la Complicité, la Force, l'Equilibre qui se dégage de ces couples qui semblent figés dans le mouvement. Ils incarnent la Grâce !!! Ca représente à mes yeux la vision que j'ai de l'Amour en couple en ce sens où, pour réaliser ces figures, procurer ce bonheur aux spectateurs, être fiers de ce qu'on a réalisé ensemble, il faut une confiance indéfectible en l'autre.
A l'origine du patinage artistique, justement, un couple :
Ludmilla Beloussova et Oleg Protopopov
Ludmilla Beloussova et Oleg Protopopov sont le couple idéal du patinage artistique : non seulement ils étaient en parfaite harmonie sur la glace, mais il formaient aussi un couple dans le privé. Oleg Protopopov, qui avait fait ses études de sport à Leningrad, et Ludmilla Beloussova, qui était en fait ingénieur, firent connaissance vers le début des années 50 lors d'une compétition à Moscou. Ils formèrent un couple sur la glace à partir de 1954 et se marièrent trois ans plus tard.
Doués d'un style d'une extrême élégance, ils remportèrent deux fois la médaille d'or aux Jeux Olympiques (1964 et 1968), et quatre titres de champions du monde et d'Europe.
N'ayant plus été sélectionnés pour les Jeux Olympiques de 1972 à Sapporo, car la mode privilégiait désormais un style plus sportif, ils s'engagèrent pour des tournées en solo avec la troupe de ballet sur glace de Leningrad. Lors d'un séjour en Suisse où ils étaient invités, ils demandèrent l'asile. Tous deux vivent aujourd'hui à Grindelwald et bien qu'âgés de plus de 70 ans, ils continuent encore à se produire sur la glace.
Et vendredi dernier, en Suède, un couple français a été sacré champion du monde :
A l'issue d'un programme libre quasi-parfait, les Français Isabelle Delobel et Olivier Schoenfelder sont devenus champions du Monde à Göteborg. Quelques heures plus tôt, Brian Joubert a déçu lors du programme court.
En tête à l'issue de la danse originale, Isabelle Delobel et Olivier Schoenfelder n'ont pas tremblé comme ce fut le cas lors des derniers championnats d'Europe. Les Français ont remporté ce vendredi à Göteborg le premier titre mondial de leur carrière. Une médaille d'or qui leur tendait les bras avec une avance confortable de 4,01 points sur le couple russe Jana Khokhlova-Sergei Novitski. Ces derniers avaient d'ailleurs le redoutable privilège de lancer le dernier groupe de concurrents lors du libre. Les juges ne pouvant évidemment pas mettre la barre trop haut, l'avantage était certain pour les Bleus. Ajoutez à cela quelques petites erreurs techniques qu'ils payaient cash et vous obtenez une voie royale pour Delobel et Schoenfelder qui n'ont pas manqué l'occasion de s'y engouffrer.
Ils ont su mettre tout le monde d'accord avec un libre solide sur le thème de «La leçon de piano» de Michael Nyman très technique. Parfaits sur les portées, d'une synchronisation impeccable, les Tricolores ont dégagé une telle émotion, quelque peu teintée de stress, que les juges ne pouvaient leur enlever la plus belle des breloques. Ils deviennent du coup les premiers Français titrés en danse depuis Marina Anissina et Gwendal Peizerat, en 2000. Les Russes Khokhlova et Novitzki terminent finalement troisième derrière les Canadiens Virtue et Moir.
http://www.lefigaro.fr/sport/2008/03/22/02001-20080322ART...
11:24 Publié dans L'Univers d'Anti | Lien permanent | Commentaires (39) | Envoyer cette note | Tags : couples extraordinaires, ludmilla beloussova, oleg protopopov











