07 septembre 2010

Les Roms manifestent à Bucarest contre la politique d'expulsions de la France

roumanie-manif-rom_0.pngLes Roms manifestent à Bucarest contre la politique d'expulsions de la France
(par Luca Niculescu - Source RFI)

Des dizaines de Roms sont sortis ce lundi 6 septembre dans les rues de Bucarest pour protester contre la politique de la France d'expulsion des membres de leur communauté, tout en demandant au gouvernement roumain de faire davantage pour lutter contre la discrimination et la pauvreté des Roms en Roumanie.

« Liberté, égalité, fraternité » – c’est en scandant la devise de la République française que les Roms ont protesté devant l’Ambassade de France à Bucarest. Vêtus de t-shirts blancs sur lesquels on pouvait lire « Rom = citoyen honnête », les représentants d’une vingtaine d’associations des Roms ont ainsi critiqué la politique de rapatriement menée par la France. « C’est hypocrite de dire qu’il s’agit de rapatriement volontaire » – s’exclame Florin Manole, l’un des manifestants. « En réalité ce sont des expulsions masquées quand il ne s’agit pas d’expulsions tout court ».

Mihai, 38 ans, t-shirt blanc et veste noire, vient d’en faire les frais. « J’ai été expulsé récemment » – raconte-t-il dans un excellent français – « je rendais visite à un ami dans un campement des Roms, quand la police est arrivée. “Contrôle de routine” on nous a dit. Et on m’a expulsé illico car, soi-disant, mes papiers n’étaient pas en règle. Mais je vivais depuis près de 10 ans en France, j’avais un travail et un logement, je n’habitais pas dans un campement illégal. » Que compte-t-il faire ? « Retourner en France, bien évidemment, réplique-t-il. La France est mon deuxième pays, même si je n’aime pas la politique de Nicolas Sarkozy ».

Les manifestants scandent également « A bas Sarkozy ». « C’est quand même le principal coupable de cette politique », croit Florin Manole, « quand quelque chose ne marche pas, il est simple de trouver un bouc émissaire comme les Roms ou les Roumains ».

Et le gouvernement roumain ? « Il est coupable lui aussi, lance David Marc, président de l’Association civique des Roms. La Stratégie pour l’insertion des Roms lancée il y a dix ans et qui devait prendre fin en 2010 est un échec cuisant, les Roms sont toujours discriminés dans les écoles ou les hôpitaux ». Un autre manifestant brandit le journal Adevarul qui publie un sondage montrant que deux Roumains sur trois ne veulent pas de Roms dans leur famille. « Ce n’est pas de la discrimination, ça ? », crie-t-il.

Et pourtant. Depuis 10 ans des progrès ont été réalisés. L’Etat roumain a institué une « discrimination positive », soit des places réservées pour les Roms dans les écoles, universités et pour l’accès au marché du travail. Presque chaque mairie embauche un conseiller rom qui sert de relais pour cette communauté d’environ 1 million et demi de personnes. Il y a également les « médiateurs », soit des Roms, employés municipaux, qui vont dans la communauté et facilitent l’accès des Roms les plus pauvres aux soins et à l’éducation. Sans nier ces progrès, David Mark craint un retour en arrière : « En raison de la crise économique, les mairies doivent faire des coupes drastiques dans leur budgets. Les programmes pour les Roms sont les premiers amputés ».

La solution ? L’argent européen. D’ici 2013, la Roumanie pourrait toucher environ 1 milliard d’euros pour la réinsertion des Roms à condition de réaliser des programmes bien ficelés. Jusqu’à présent, moins de 10 % de cet argent a été dépensé. « Il y a beaucoup de projets que les autorités locales pourraient mettre en place, déplore David Marc, mais il y a un manque soit d’intérêt soit de compétence ».

La tension actuelle entre la Roumanie et l’Hexagone pourrait cependant dynamiser ce processus. Lors de la visite que deux ministres français, Eric Besson et Pierre Lellouche entreprendront à Bucarest d’ici quelques jours, le gouvernement roumain a l’intention de présenter un plan pour une meilleure insertion des Roms grâce aux fonds européens. « Ce serait bien, mais tant qu’on ne fait pas une stratégie a l’échelle du continent cela ne marchera pas », affirme Florin Manole.

Après deux heures de manifestation, les quelques dizaines de Roms quittent la rue qui longe l’ambassade. Pourquoi ont-ils été si peu nombreux ? « Vous savez, les Roumains n’ont pas trop l’habitude de descendre dans la rue, les Roms encore moins…», sourit l’un d’entre eux.

Avant de partir, les Roms ont jeté à la poubelle quelques preuves de leur colère envers Paris : une bouteille de champagne, une boite à parfums ainsi que quelques croissants, achetés dans une pâtisserie… française, bien évidemment.

A lire :

- les autres articles de Luca Niculescu
- Roms : manifestations en Roumanie et Macédoine contre les expulsions de France
- tag Roms sur le blog

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06 septembre 2010

Un camp de Bohémiens à Rouen, Gustave Flaubert à George Sand, 1867

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Lettre de Flaubert à George Sand sur un camp de Bohémiens à Rouen


Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s’étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j’en vois. Et toujours avec un nouveau plaisir. L’admirable, c’est qu’ils excitaient la haine des bourgeois, bien qu’inoffensifs comme des moutons. Je me suis fait très mal voir de la foule, en leur donnant quelques sols. Et j’ai entendu de jolis mots à la Prudhomme. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d’ordre.

C’est la haine qu’on porte au Bédouin, à l’Hérétique, au Philosophe, au Solitaire, au Poète. Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m’exaspère. Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton. »


12 juin 1867


(Correspondance, éd. de la Pléiade tome 5, pp. 653-654) © Laurent Margantin 5 septembre 2010, Source : Oeuvres Ouvertes

En marge de la manifestation de samedi dernier, à méditer...

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14 août 2010

Les discriminations envers les gens du voyage

manchetteb.jpgKathy Dauthuille dédicace son livre hommage au peuple Rom "Les Voyageurs au Sang d'Or", demain Dimanche 15 août, aux Saintes Maries de la Mer, à la librairie Michel située à deux pas de l'église abritant Sainte Sara.

Ce roman voyage partout en France et en Europe. Vous êtes de plus en plus nombreux à vouloir porter un autre regard sur celles et ceux que l'on nomme Les gens du Voyage, particulièrement depuis le début des vacances scolaires d'été qui a été marqué par un durcissement des actions menées par le gouvernement français à leur encontre. Parallèlement, ces mêmes évènements ont permis de mettre en lumière ce peuple méconnu de bien des sédentaires et de pointer du doigt les violences en tout genre qu'ils subissent.

Souvenez-vous de la lettre de la Dame du Voyage... Pour mieux nous rendre compte de ces pressions, je vous propose de visionner ce film pédagogique de 16 minutes diffusé à 30 000 exemplaires pour informer les gens du voyage sur leurs droits et les recours en cas de discrimination, suivi de sa transcription :



Manouches, Gitans, Roms, Yeniches… Malgré la richesse et la diversité de leur culture, nous avons pris l’habitude de les appeler communément les Gens du voyage. Leur véritable point commun réside peut-être dans leur histoire, et dans leur difficulté à accéder à un emploi, à un logement ou un service, dans les mêmes conditions que les autres.

Discrimination des Gens du voyage : Quels droits, quels recours ?


« C’était avec mes collègues, j’ai voulu m’inscrire dans un club de foot. On m’a répondu : « Il y a trop de gitans dans le club. »
Je suis allé me renseigner auprès du Président du club : « Oui, c’est vrai, il y a trop de Gens du voyage au club, on ne peut pas vous prendre. » Deux mois plus tard, quand je suis retourné les voir, quatre personnes que je ne connaissais pas avaient été inscrites.

Dans la boîte de nuit, juste devant, l’un de nous a voulu y rentrer… : « Ah non non, les manouches c’est interdit ici… »

A la déchetterie, on avait demandé du boulot, on nous a répondu qu’ils prenaient pas les Gens du voyage, je ne sais pas pourquoi…

On demande s’il y a du travail… Ils nous disent : « Ah oui, on cherche un manœuvre, on va embaucher un petit jeune… »
Mais quand on se présente et qu’ils voient qu’on est manouche, ils nous disent : « Ah non, j’ai déjà pris quelqu’un d’autre… »
C’est tout le temps comme ça !

On veut être assurés, on veut assurer nos caravanes… Ils ne veulent plus. Parce qu’ils ne veulent plus assurer une caravane qui peut être sinistrée. Et pourtant on doit s’assurer, c’est logique…

Quelquefois, certains d’entre nous reçoivent des lettres qui annoncent la résiliation de leur assurance… Ils ne savent pas pourquoi.

Alors si les gens du voyage veulent partir, ils ne peuvent pas puisque leur caravane n’est pas assurée ! »


* * * * *

Ces situations sont discriminatoires. Une discrimination est une différence de traitement en raison d’un critère interdit par la loi.

Ces personnes ont été défavorisées par rapport à d’autres, uniquement parce qu’elles étaient des Gens du voyage,
c’est-à-dire en raison de leur origine.

La loi interdit également 17 autres critères de discrimination tels que l’âge, le sexe, la situation de famille, l’apparence physique,
le handicap ou encore l’état de santé.

La discrimination peut de produire dans l’accès à un emploi, à un logement, à l’éducation, aux biens et services privés,
ou aux services publics.

* * * * *


« L’institutrice, très gentille, m’a dit : « Moi, j’accepte de vous la prendre. Maintenant, le plus dur, ça va être de convaincre Monsieur le Maire. » Donc j’ai été voir Monsieur le Maire qui m’a dit : « Je suis désolé, je ne peux pas ouvrir la brèche à ces gens-là, parce que si je vous prends la vôtre, après tout le monde voudra les mettre, et moi je ne veux pas. »

Ils disaient que l’école était pleine, que toutes les classes étaient complètes, mettons 24 enfants par classe, que c’était complet, et du coup ils refusaient mes enfants. Alors que ce n’était pas vrai…

Au contraire, ils ne demandent pas mieux que d’avoir des enfants, pour ne pas fermer l’école.

J’ai appris qu’ils avaient fermé la classe maternelle parce qu’il leur manquait trois enfants. Alors ils ont pris nos enfants. Mais ils n’ont rien appris pendant trois mois, ils ne leur ont même pas donné de devoirs, ils n’ont fait que des dessins.

C’est toujours pareil, un gitan, on le met derrière et on ne s’en occupe pas.

Un gitan a besoin d’apprendre à lire et à écrire, comme tout enfant normal. C’est même un devoir, on est obligé de les mettre à l’école jusqu’à 16 ans. Qu’on soit gens du voyage ou n’importe quoi, ils n’ont pas le droit de refuser nos enfants. »


* * * * *

Face aux discriminations, il est important de réagir pour faire valoir ses droits.

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« Moi je suis passée directement par la directrice, et il n’y a pas eu de problème. Elle me l’a inscrit et il a fait deux ans là-bas.

J’ai fait appel à un inspecteur de l’académie, je suis allée mettre le foutoir à la mairie, et il a accepté mes enfants à l’école.


* * * * *

Il existe aujourd’hui un organisme indépendant, dont le but est d’aider les victimes de discrimination.
Il s’agit de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité, la HALDE.

La HALDE peut traiter des réclamations et aider les victimes à faire valoir leurs droits, y compris
lorsque l’auteur de la discrimination est une Institution publique.

Ici, un Maire a refusé l’inscription scolaire de plusieurs enfants. Avec le soutien de l’Association locale,
les familles ont décidé de saisir la HALDE.


« Le Maire dit que les enfants ne peuvent pas être inscris à l’école, car les parents, les familles, résident sur des terrains inondables.

Ça concernait des enfants qui étaient inscrits aussi bien en maternelle qu’en primaire. On leur a un petit peu expliqué à quoi correspondait la HALDE ; qu’on pensait qu’il y avait discrimination dans le refus de scolarisation des enfants par le Maire. Les familles, n’ayant rien à perdre, ont dit : « Oui, on essaye. »

Avec leur accord, on a repris la situation, l’historique, on a décrit ce qui s’était passé et on a saisi la HALDE de cette requête.

La délibération de la HALDE est intervenue en mars 2007, donc relativement rapidement puisqu’elle avait été saisie fin 2006. La HALDE a donné raison aux familles : il y avait bien discrimination et abus de pouvoir dans le refus de scolarisation de ces enfants-là.

C’était important car cela donnait aux familles une notion d’espoir : on reconnaissait ce qu’elles avaient subi, qu’il y avait discrimination. Cela ne solutionnait pas les problèmes au quotidien, aujourd’hui la vie est encore compliquée, notamment d’un point de vue matériel, mais c’était quand-même une lueur d’espoir qui donnait envie de continuer à se battre et de dire : « On a quand-même des droits. Les enfants peuvent et doivent aller à l’école. »


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Dans la lutte qui a été menée pour la scolarisation des enfants, avec le soutien de la HALDE, cela a
été quand-même très positif parce que cela leur a donné conscience qu’ils avaient certains droits.

A partir de là, ils sont devenus très revendicatifs sur d’autres sujets en disant : « C’est notre droit. »
Ils se révoltent d’autant plus qu’ils voient bien qu’ils sont victimes de discrimination.

Certains textes de lois ou certains comportements peuvent engendrer indirectement des discriminations.
Par exemple, une loi française impose aux Gens du voyage un livret de circulation.

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« C’est un carnet de circulation avec la photo, les empreintes, la mesure, la commune de rattachement, comment je m’appelle, ma date de naissance, qui était mon père, qui était ma mère… Et il faut le signer tous les trois mois.

Vous savez, elle est là, la discrimination. Suivre la personne où elle va… Elle n’est même pas libre. On est en France, pourtant !

Il y a les cartes d’identité, mais nous, on est obligé de se présenter à la gendarmerie ou au commissariat tous les trois mois pour aller signer le carnet de nomade qu’ils nous ont donné. C’est nul, parce que ça fait 800 ans qu’on est en France, et on est toujours considéré comme des immigrés. C’est pas normal. On appelle cela de la discrimination.

Mon fils a voulu s’inscrire à l’ANPE, aux ASSEDICS, parce que comme il est RMIste, il est obligé de s’inscrire. Nous, comme on est des Gens du voyage, on a un livret de circulation… Ils lui ont refusé l’inscription parce qu’il n’avait pas de carte d’identité.

Oui, on demande une carte d’identité. Mon fils faisait du karaté, et on voulait prendre les carnets forains. Pour eux le livret de circulation n’était pas valable comme une carte d’identité.

J’ai voulu une carte d’identité, que j’ai demandée plusieurs fois. Ca m’a été refusé, je n’avais pas le droit. Un jour j’ai été à la préfecture, et je leur ai donné tout ce que j’avais : une carte d’électeur, une carte de sécu, un portable, une facture de portable… On m’a dit que c’était valable, qu’ils n’avaient aucun droit de m’interdire une carte d’identité. Et pourtant, ils refusent toujours.

La loi impose aux Gens du voyage un délai de rattachement de trois ans à la même commune avant qu’ils ne puissent s’inscrire sur les listes électorales, alors que tout autre citoyen est soumis à un délai de six mois.

« La carte électorale, je ne peux pas l’avoir, car je n’ai pas de domicile fixe. Combien de personnes sont sans domicile fixe et ne peuvent pas voter ? On aimerait bien pouvoir voter, mais on ne peut pas… En plus, il faut un certain nombre d’années domiciliées pour avoir la carte électorale…


* * * * *

Les discriminations faites aux Gens du voyage peuvent apparaître dans le logement. Par exemple,
certaines communes ne respectent pas l’obligation de construction d’aire d’accueil, ou exercent leur
droit de préemption de manière abusive.

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« Ceux qui ont des terrains peuvent rester, mais ceux de passage doivent aller dans les terrains de passage. Mais ils sont toujours pris. Alors ceux qui veulent stationner doivent continuer à rouler pour trouver une place. Ce n’est pas évident.

Normalement, depuis 1990, dans le schéma départemental, des places auraient dû être prévues. Les communes, et surtout les préfectures, ont reçu des subventions. Mais cela n’a pas été fait.

Et pourtant c’est dans la loi, ils sont obligés.

Du coup, nous, quand on veut partir, on n’a pas de place. Alors où aller ? On rentre donc sur des terrains tels que celui-ci, des endroits qui ne nous sont pas réservés. On rentre sans rien casser, sans commettre d’infraction, et une fois dedans, on négocie.

Quand il n’y a pas de place, on est verbalisé.

Il faut que les gens sachent que ce n’est pas de notre faute, et que c’est la loi qui n’est pas appliquée. Sinon, on ne serait pas hors-la-loi.

La solution, c’est que les Gens du voyage se mettent en famille sur des terrains à eux. Qu’à quatre ou cinq familles, ils construisent une maison familiale.

Avoir un port d’attache, cela leur permet de voyager encore plus facilement : ils sont reconnus, ils ont des droits. C’est une revendication légitime de tout peuple qui a droit à l’existence.

On en a trouvé plusieurs, mais les agences ont refusé de vendre, parce qu’on était des Gens du voyage.

J’ai acheté un terrain pour en avoir un à moi, pour que mes gosses puissent aller à l’école à côté. Ca fait deux ans, je n’habite même pas dessus, ils ont porté plainte, ils ont fait des pétitions.

On allait là-bas, ils nous disaient : « Ah non, ils ne veulent plus vendre, les gens, ils sont en train de divorcer, ou ils sont en vacances, ou ils l’ont retiré de la vente. »



« Mais il y a toujours le panneau. » « Mais non, on va l’enlever, c’est le panneau de l’agence, ce n’est plus à vendre. » Ou « Ca y est, c’est vendu. » Alors que ce n’est pas vrai. Toujours des coups comme ça.

J’étais à la recherche d’un appartement, j’ai rempli mes dossiers à l’OPAC, au Toit Familial, je n’ai pas eu de réponse. J’ai pris le journal, je suis allée voir des particuliers, rien que le fait de me regarder, de m’entendre parler… Oui, on vous rappelle, et je n’avais jamais de réponse, là aussi.

J’ai demandé au Maire de me mettre le courant, il n’était pas d’accord. Il m’a dit : « Par contre, si EDF veut bien le mettre… »
J’ai été voir EDF, j’ai fait toutes les démarches, EDF est venu me mettre le courant. J’ai payé la facture, près de 200 €, pour faire mettre le courant, ils l’ont prélevée sur mon compte. Au bout d’une semaine, le Maire a été porter plainte pour faire enlever le courant. Vous trouvez ça normal, vous ?

J’ai acheté le terrain, mais le Maire ne veut rien savoir. Pourtant, on a droit au courant et à l’eau provisoires. Il m’a demandé : « Comment avez-vous fait pour trouver ce terrain ? » Je lui ai répondu : « Par le bouche à oreille. » Il me dit : « Mais vous ne pouvez pas acheter ailleurs ? »

Pourtant on a des droits, nous aussi, on est comme eux.

Après on perd confiance, dans la loi, dans tout.

On baisse vite les bras, au lieu de foncer. Pourtant, je suis une battante.

Moi, j’essaie de chercher un peu à droite à gauche des lois qui sont pour nous, en fin de compte.


* * * * *

Depuis l’an 2000, une directive européenne interdit les différences de traitement fondées sur un motif lié à l’origine.

En 2004, la France adopte une nouvelle loi qui précise que chacun a droit à un traitement égal, quelle que soit son origine.

Cette protection concerne l’emploi mais aussi l’accès à tous les services publics, et l’accès aux biens, notamment le logement, l’assurance, le service bancaire, la santé et l’éducation.

En même temps, la France crée une Autorité indépendante pour lutter contre toutes les discriminations, la HALDE, qui a pour mission de promouvoir l’Egalité, mais aussi de traiter les réclamations des personnes qui s’estiment victimes de discrimination.

Frédérique Hast, Juriste à la HALDE

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La HALDE a le pouvoir d’enquête. Elle peut aider toute victime à prouver une discrimination. Par exemple, elle
peut exiger des documents que la victime n’a pas pu obtenir d’une administration, d’un employeur, ou autre.

Elle peut aussi questionner toute personne mise en cause. S’il y a bien discrimination, la HALDE peut proposer
une médiation, afin de trouver un accord.

Elle peut aussi proposer une transaction pénale, c’est-à-dire demander une indemnisation et faire payer une
amende à celui qui a discriminé.

Elle peut aussi saisir le Procureur de la République, ou intervenir devant le tribunal, dans l’hypothèse
où la victime décide d’aller devant le juge.

De manière générale, elle peut recommander de cesser toute pratique discriminatoire,
de la modifier, ou même de modifier un texte de loi.

Pour se renseigner, il suffit de composer le 08 1000 5000. Toute personne qui s’estime victime d’une discrimination
peut saisir directement la HALDE.

Elle peut aussi le faire avec l’aide d’un parlementaire, ou d’une association.

Pour saisir la HALDE, c’est très simple et c’est d’ailleurs gratuit. Vous pouvez écrire un courrier au
11, rue Saint-Georges, à Paris 9e,
ou vous pouvez aussi remplir un formulaire sur notre site, le site de la HALDE, au www.halde.fr.

Faire un recours à la HALDE, dans une situation de discrimination, bien sûr qu’on le refera,
que ce soit pour un problème de scolarisation, ou un problème d’accès aux droits aux comptes,
par exemple, ou un problème d’accès à la santé.

Le problème, c’est qu’on ne peut pas tout faire tous seuls, il faut aussi rencontrer des personnes
victimes de discrimination ayant envie de se battre. Nous, on pourra les accompagner.

Il faut qu’on s’exprime, et qu’on bouge. Si on reste dans notre coin, ça ne changera jamais. Ce sera toujours pareil.

On y a droit, on fonce, il ne faut pas avoir peur de foncer ! Il ne faut pas… Moi je suis une fonceuse. J’essaye.

Nous, ce qu’on peut faire faire avec vous, c’est un recours à la HALDE. Si vous le voulez, on peut vous aider et être le lien entre la HALDE et les familles, les ou la personne qui subit une discrimination. Mais on ne peut pas le faire tous seuls.

www.halde.fr


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28 juillet 2010

Poèmes de la Dame du Voyage

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Lors du dernier pèlerinage gitans des Saintes Maries de la Mer, Kathy Dauthuille et moi étions présentes pour présenter "Les Voyageurs au Sang d'or" à l'exposition qui se tenait au relai culturel. Cette exposition était organisée par l'association saintoise des gitans et de leurs amis, dont la présidente est Madame Thérèse Chevalier.

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Nous vous avons déjà parlé des merveilleuses rencontres que nous avons faites là-bas ainsi que de l'accueil chaleureux que nous avons reçu (Voir les autres articles ici). Aujourd'hui me revient une anecdote. En visitant l'exposition, juste après la partie consacrée à l'histoire des Roms, je suis tombée sur une lettre, là, affichée au mur et j'ai pleuré en la lisant. Cette lettre, la voici :

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Elle était signée Françoise Gaspard. Nous avons rencontré cette femme, extraordinaire de gentillesse et de simplicité, qui est l'auteur d'un livre : Mes cris par mes écrits. Poèmes de la Dame du Voyage.

P5180113.JPGLes gens du voyage. Derrière ces mots se tient une réalité inconnue de ceux que l'on n'appelle pas sédentaires. Gens du voyage / sédentaires. Deux univers qui se côtoient, s'ignorent, s'affrontent parfois et, profondément, se méconnaissent. Les poèmes de Françoise Gaspard nous dévoilent des difficultés quotidiennes que nous ne soupçonnons pas. Indignation, révolte, espoir, amour... tout se retrouve dans ces pages.

La Dame du Voyage est une grande dame.





Pour mon amie Thérèse

Aujourd'hui
est un grand jour
Je l'attendais
depuis toujours,
Ces larmes que
j'ai tant versées
sont imprimées
sur des feuilles de papier.
De mon stylo
Elles ont coulé,
Dans un livre,
Elles sont arrivées,
Maintenant,
Elles chantent,
Elles dansent
Elles sonnent
Et aujourd'hui,
Je réalise
Et plus rien
Ne m'étonne.


Thérèse, c'est Thérèse Chevalier qui a joué un rôle très important dans la naissance de ce livre. Je ne peux que vous inviter à découvrir cette histoire en vous procurant dès que possible Mes cris par mes écrits. Poèmes de la Dame du Voyage (Imprimer le bon de commande), et en en lisant les extraits disponibles avec Google en CLIQUANT ICI. Vous y découvrirez un monde, une âme, et laquelle ! celle de la Dame du Voyage.

Et pour finir, ce texte de Patrick Sébastien, écrit suite au drame qui s'est déroulé sur une plage italienne l'été 2008 où deux fillettes roms se sont noyées sous les yeux des touristes...

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Jusqu’à quand, de quel droit et au nom de quelle loi ?
Y a-il un Dieu là-haut pour leur donner un toit ?
Un sourire une épaule, juste le minimum,
pour réparer un peu ce que casse les hommes.

Deux enfants en pâture, sous un soleil de plomb.
Deux enfants en couleur qui vendaient des bonbons.
Mais deux enfants d’ailleurs, des migrants, des oiseaux.
Alors, bien entendu pas de larmes, pas de mots.

Vous la voyez enfin, l’odieuse indifférence ?
Et qui va le briser ce putain de silence ?
Bien sûr que ça dérange, bien sûr qu’on compatit,
Bien sûr, c’est révoltant, mais qu’est ce qu’on a fait depuis ?

Et si c’étaient les miens et si c’étaient les vôtres ?
Il n’y a pas d’innocent, tout est de notre faute
Il suffit de changer le regard que l’on porte,
De se regarder moins, pour enfin voir les autres.

Ce ne sont que des mots, dans un téléviseur,
Au milieu de la fête, des guitares, des couleurs.
Ce ne sont que des mots, mais s’ils pouvaient un peu, changer
Votre regard, vous vous sentiriez mieux.

N’ayez pas peur de l’autre, n’ayez peur que de vous, peur d’oublier parfois
de plier les genoux pour s’approcher plus près du plus petit que soi.
C’est plus dur de croiser que de tendre les bras.
Ne soyez plus les chiens qui aboient sans raison,
A chaque caravane, à chaque autre façon.

Pour ceux qui nous ressemblent, aimer, c’est déjà ça ;
Mais c’est beaucoup plus fort d’aimer ce qu’on n’est pas


Patrick Sébastien, 22 décembre 08


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Photos Anna Galore