03 mars 2008
Le secret du temple
LE SEPTIEME LIVRE - Chapitre 1
C'est lorsqu'on est environné de tous les dangers qu'il n'en faut redouter aucun. (Sun Tzu)
- Incapable ! Tu l’as tué !
Allongé sur le dos, les membres disloqués, l’architecte torturé gisait sur le sol du temple, au pied des deux immenses colonnes de granit noir de Nubie. Un étrange sourire illuminait son visage malgré les hématomes qui le recouvraient.
Ses yeux grands ouverts semblaient narguer les trois Seigneurs Ténébreux.
Sans la flaque de sang qui s’étalait lentement autour de son crâne en un disque carmin, il aurait pu paraître encore vivant. Malgré le calvaire interminable qu’il avait subi pendant des heures, il n’avait pas parlé. Il avait préféré la mort. Il l’avait même provoquée. La Parole ne devait pas être divulguée. Le temps n’était pas venu.
Abddôn, furieux, continuait à presser compulsivement le manche de la masse ensanglantée qui avait porté le coup fatal en faisant éclater le crâne de leur victime.
Sydon, accroupi malgré sa carrure massive, se repaissait du spectacle du corps aux multiples fractures des membres et de la cage thoracique, brisés par sa lourde équerre de chantier. Du coin de ses lèvres retroussées coulait un petit filet de bave.
Seul Haborym réalisait qu’ils venaient de perdre toute chance d’extorquer le secret du supplicié. De rage, il jeta violemment à terre la barre de fer avec laquelle il avait plusieurs fois fait suffoquer Hiram en la pressant contre sa gorge. Le bruit métallique résonna pendant plusieurs secondes dans la salle immense.
Hiram était mort.
Hiram, le bâtisseur du Temple de Salomon. Hiram, le dépositaire d’un savoir secret, transmis depuis la nuit des temps. Hiram, dont l’un des ancêtres était Hénoch, l’inventeur de l’écriture. Hiram, l’ultime descendant de Caïn et Lilith.
- Il faut cacher le corps !
- Mais où ? La milice de Salomon aura tôt fait de le retrouver. Hiram était l’un de ses plus proches favoris.
- Certains courtisans prétendent qu’il a confié la Parole au roi, en cachant le Livre des Noms dans une pièce secrète du Temple, le Saint des Saints, là où se trouve l’arche d’alliance. Seuls Salomon, le Grand Prêtre et Hiram en connaissent l’accès.
- Décidément, il était d’une incroyable légèreté. Confier la Parole au Grand Prêtre ! Pouah !
- Il nous a bien fait confiance à nous, tu ne vas pas t’en plaindre.
- C’est dire à quel point il était naïf. Comment a-t-il pu nous croire quand nous nous sommes présentés à lui comme des Compagnons de l’Ordre des Bâtisseurs, fondé par Imhotep en personne ? Celui où il a tout appris !
- Nous avons été plus rusés que lui, voilà tout. Ceux qui donnent trop facilement leur confiance s’exposent à être trahis.
- Si la Parole est dissimulée dans le Temple, nous devons pouvoir la retrouver.
- Le Temple est un labyrinthe dont bien des lieux ne figurent sur aucun plan. Hiram en a fait construire les différentes parties par des Compagnons à qui il ne donnait ses instructions que pour leurs propres apprentis. Ils ignoraient tout de ce que faisaient les autres. Seul Hiram en connaissait tous les secrets.
- Il m’avait chargé des travaux du puits sans fond, dit Abddôn. Je suis sûr que le Livre n’y est pas.
- Moi, j’ai conduit ceux de la crypte d’obsidienne, ajouta Sydon. Le Grand Prêtre est venu y poser un coffre. J’ai pu l’ouvrir à son insu, mais il ne contenait qu’un rouleau de parchemin vierge de toute écriture. L’accès de la crypte est désormais scellé par un piège mortel dont je ne connais pas la clé.
- Et tu prétends en avoir conduit les travaux ? se moqua Abddôn. Tu ne vaux pas mieux que tes apprentis !
- Et toi, c’est ta stupidité qui, comme ton puits, est sans fond, lui jeta Sydon tout en le repoussant violemment des deux mains.
Abddôn reprit aussitôt son équilibre et souleva sa masse d’un air menaçant.
- Puisque tu aimes mon puits, tu vas y terminer ta triste vie, lança-t-il.
- Seulement si tu m’y accompagnes, gronda Sydon entre ses dents, prêt à lui rendre coup pour coup.
- Il suffit ! rugit Haborym. Gardez vos querelles pour plus tard ! Nous devons trouver le Livre et nous torturerons chacun des autres Compagnons s’il le faut. Certains finiront bien par parler.
Sydon et Abddôn grognèrent de contentement à cette perspective. Ils n’aimaient rien tant que de faire souffrir.
- Mais d’abord, il faut nous débarrasser d’Hiram, reprit Haborym. Ensuite, nous reviendrons ici terminer notre travail.
- Jetons son corps dans les marais, les crocodiles s’en feront un festin. Il n’en restera rien.
- Non, il faut que nous puissions prouver au Maître qu’Hiram est bien mort. Nous devons cacher ses restes en un lieu où nous pourrons les retrouver.
- Découpons-le en morceaux et dispersons-les aussi loin que possible, proposa Abddôn, les yeux ronds comme un enfant qui vient de voir une sucrerie. Nous n’aurons qu’à mettre une marque connue de nous seuls sur chacune des sépultures.
- Une marque ? Quelle marque ?
- Un acacia entier a été déposé chez les charpentiers aujourd’hui. Prenons-en des bouts de branches. Nous les planterons là où sont les restes.
Les trois hommes se regardèrent.
- Holà, mais tu n’es pas si stupide, finalement, répondit Haborym. Enfin une idée utile. Bon, faisons vite. Il faut que nous ayons terminé avant le lever du soleil. Lorsque le chantier ouvrira à l’aube, l’absence d’Hiram sera vite remarquée et tout deviendra plus difficile pour nous. Mais nous pourrons prétexter sa disparition pour proposer de fouiller le Temple de fond en comble en demandant à tous les Compagnons de mettre leurs connaissances en commun.
- Tu excelles à l’art d’utiliser les évènements à ton avantage, Haborym.
- Oui, Abddôn. C’est bien pour cela que le Maître m’a choisi pour mener cette mission de la plus haute importance.
- En tout cas, ce n’est pas pour ton humilité, marmonna Sydon.
- Qu’as-tu dit ?
- Euh… Je maudissais cette humidité.
- Que signifie une telle absurdité ?
- Je… je vais chercher des haches et un fagot de branches. L’atelier des charpentiers est tout près d’ici.
Il ne leur fallut que quelques minutes pour procéder à leur sinistre ouvrage. Ils se répartirent ensuite les restes macabres et les rameaux d’acacia, qu’ils enveloppèrent dans leurs capes. Avant de partir, ils nettoyèrent toute trace de leur forfait. Puis ils enfourchèrent leurs chevaux et partirent chacun dans une direction différente.
Au petit matin, ils étaient de retour.
Lorsqu’il devint évident, au bout de quelques heures, qu’Hiram avait disparu, rien ne se passa comme ils l’avaient prévu.
Fou de rage et de chagrin, Salomon ordonna que tous les hommes quittent le Temple sans délai et restent cloîtrés chez eux. Les habitants de Jérusalem furent tenus d’en faire autant sous peine de mort. Seule la garde rapprochée du roi et les chiens errants continuèrent à parcourir les ruelles désertées.
Les trois assassins échappèrent à leur vigilance et parvinrent à s’enfuir loin de la ville.
Salomon fit recouvrir le Temple de milliers de voiles noirs, ainsi que son palais et toutes les maisons de la ville. Il rassembla les Neuf Vénérables, les maîtres formés par Hiram en personne, et les envoya à sa recherche. Chacun d’entre eux prit la tête d’une escouade de soldats du roi.
Jérusalem resta voilée pendant quarante jours et quarante nuits, jusqu’à leur retour. Les Vénérables demandèrent à parler au roi sans autre témoin. Même le Grand Prêtre ne put assister à leur entrevue.
Personne ne sait ce qu’ils lui dirent mais certaines portes du Temple, connues d’un tout petit nombre d’initiés, furent soigneusement scellées et dissimulées. Puis les Vénérables partirent vers des lieux connus d’eux seuls. Le Livre d’Hiram quitta-t-il le Temple à cette occasion ? Nul autre qu’eux ne put l’affirmer ou le contredire avec certitude.
Quand les voiles noirs furent retirés, d’autres bien plus opaques étaient venus occulter le secret de la Parole perdue.
Hiram devint un mythe. Sa mort le rendit éternel. Il faut parfois mourir pour renaître à jamais.
Tous les rameaux plantés sur ses restes s’enracinèrent et se développèrent en acacias, simples et discrets. Peu de ceux qui les voyaient y prêtèrent la moindre attention. Les secrets les mieux cachés sont souvent les plus visibles.
Au fil des siècles, nombreux furent ceux qui tentèrent de retrouver le Livre d’Hiram et nombreux y laissèrent leur vie, en vain. Des croisades furent organisées pour le retrouver, sous prétexte de libérer le Temple de l’occupant turc et de ramener le graal à la Chrétienté.
Seuls les Templiers connaissaient le but réel de ces expéditions : découvrir les derniers secrets du Temple, exhumer la Parole perdue et les remettre au pape en personne. Lorsqu’il le comprit, Philippe le Bel, le bien mal nommé, décida de les exterminer. Il était excédé par leur refus obstiné de révéler ce qu’ils avaient découvert et enrageait de laisser un tel pouvoir à l’Église. Sa cruauté fut aussi démesurée qu’inutile puisqu’en fait, le pape ne savait rien.
Suivant l’exemple héroïque d’Hiram, les chevaliers du Temple préférèrent le supplice et la mort plutôt que la révélation de leurs secrets à des personnes indignes de les apprendre ou incapables de les comprendre. Après une horrible agonie, ils périrent brûlés vifs. Pour une fois, ces bûchers-là n’étaient pas dus à l’Inquisition. Le pape ne put rien faire pour les empêcher.
Plus d’un croisé revenu de Jérusalem se vanta d’avoir mis la main sur le dernier secret d’Hiram. Beaucoup trop pour un seul livre.
Du Temple de Salomon, deux fois détruit et reconstruit, il ne reste qu’un mur. Celui que les Hébreux appellent le Mur de l’Ouest et que le reste du monde surnomme, en un vieux reliquat de mépris banalisé par le temps, le Mur des Lamentations.
Sur les ruines de l’ancien temple, se tient désormais la Mosquée Al Aqsa, dont le nom signifie la lointaine.
À plusieurs dizaines de mètres de profondeur, exactement à l’aplomb du dôme du Rocher, dans une crypte inaccessible autrefois appelée le Saint des Saints, se trouve toujours l’arche d’alliance, transportée à travers le désert du Sinaï pendant quarante ans par les Hébreux qui quittèrent l’Égypte sous la conduite de Moïse, l’un des plus grands mages de l’histoire de l’humanité.
Rares sont les initiés qui connaissent les secrets qu’elle renferme. Plus rares encore sont ceux qui savent où est le Livre d’Hiram.
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27 février 2008
Le mythe d'Hiram et la franc-maçonnerie
Mon prochain roman, "Le septième livre", aura entre autres pour toile de fond l'histoire et les symboles de la franc-maçonnerie. Voici l'un des mythes initiatiques qui lui est attaché (source: Wikipedia).
Hiram, envoyé par Hiram Ier, roi de Tyr, apparaît, dans l'histoire biblique, sous le règne de Salomon, roi d'Israël et fils de David. Son nom est évoqué dans la Bible (I Rois, 7:13) : spécialiste du travail du bronze, « rempli de sagesse, d'intelligence et de connaissance », il s'occupa, à la demande de Salomon, de la décoration du Temple (« la maison de l'Éternel »). Il moula les deux colonnes avec leur chapiteau et dressa Yakîn (ou Jachin, la colonne de droite) et Boaz (ou Bohaz, celle de gauche) près du vestibule du Temple. Il conçut également dix cuves qui reposaient sur des bases aux montants sculptés ; douze bœufs qui soutenaient une Mer de fonte; des chaudrons et des calices. Ce temple fut détruit par l'armée des Chaldéens et le bronze fut emporté à Babylone. Dans le chapitre biblique des Chroniques (1 Ch 2 4), Hiram est appelé « Houram-Abi », il connaît « tout l'art de la gravure et la fabrication de tous les objets ». L'histoire d'Hiram, l'artisan, s'arrête là. Dans la mythologie grecque, il pourrait évoquer Héphaïstos, lui aussi fabricant de l'outil divin.
Le mythe d'Hiram
Cependant, à partir du XVIIIe siècle, la vie et la mort d'Hiram, enrichies par les légendes, deviennent un mythe initiatique qui inspire le rituel maçonnique. D'après le récit mythique, Hiram (ou Hiram Abif) fut assassiné à la fin des travaux du Temple (vers 1570 avant notre ère) par trois compagnons pour avoir refusé de leur donner la parole secrète. Ces trois hommes, postés à une porte différente du Temple, lui réclamèrent, sous la menace, la parole secrète. Hiram se tut, estimant que le temps n'était pas venu. Le premier le frappa d'un coup de règle sur la gorge, le deuxième d'un coup d'équerre de fer sur le sein gauche et le dernier l'acheva d'un coup de maillet sur le front. Les compagnons enterrèrent le maître sans connaître le secret. Convaincus alors de l'inutilité de leur crime, ils plantèrent une branche d'acacia sur la tombe.
La lecture allégorique du mythe montre qu'Hiram perd sa vie physique (la gorge), sa vie sentimentale (le cœur) et sa vie spirituelle (le front), à cause de l'Ignorance, de l'Hypocrisie et de l'Envie que figurent ses assassins. Il renaîtra (acacia) grâce à ses qualités antithétiques : le Savoir, la Tolérance et le Détachement.
Dans les cérémonies maçonniques, le récipiendaire au titre de Maître s'identifie à Hiram : il doit d'abord «mourir» pour renaître, investi des qualités du Maître. Le «secret» n'est que devenir intérieur, transformation spirituelle dans un processus d'individuation. En ce sens, il est incommunicable. Ainsi, la Franc-Maçonnerie reconnaît en Hiram un Maître fondateur. D'autre part, aujourd'hui encore, les deux colonnes du temple maçonnique ont pour modèles les réalisations supposées d'Hiram pour le Temple de Salomon qui devaient s'inspirer elles-mêmes des deux obélisques précédant l'entrée des Temples de l'Égypte antique.
En outre, les Francs-Maçons s'identifient symboliquement comme les «enfants de la veuve». Cette expression renvoie aussi à Hiram ; la Bible précise, en effet, qu'il est «le fils d'une veuve de la tribu de Nephthali». L'absence de père semble récurrente dans les mythologies et les religions. Ainsi, Horus est le fils posthume d'Osiris. Pas de présence paternelle non plus dans l'histoire de Krishna, Mithra, Sargon ou Moïse. De même, Anne, la mère de Marie, est veuve et stérile. Elle bénéficie d'une intervention divine pour concevoir la mère du Christ.
En terme de psychanalyse, la figure du père inhibe : elle représente la loi, la domination des forces instinctives et l'autorité traditionnelle. Privés de père, les «fils de veuve» (ou de vierge) sont des novateurs ; ils représentent les forces nouvelles de changement.
Source: Wikipedia
22:05 Publié dans Actu sur mes livres, Symboles et croyances | Lien permanent | Commentaires (48) | Envoyer cette note | Tags : roman gratuit, le septième livre, hiram, franc maçonnerie





