22 avril 2010
D’anciennes civilisations ressuscitées par ordinateur
Je vous avais déjà parlé de la visite virtuelle (bluffante) du cabinet de travail du roi Charles V.
Voici un nouvel exemple, que je trouve assez fabuleux...
... ou quand les technologies les plus innovantes jouent à renouer les fils de l’histoire.
permettent aux chercheurs de recréer en détail
les environnements du passé.

Modélisations de sites archéologiques réalisés par Donald H. Sanders
A la fin des années 1990, l’archéologue Sam Paley, de l’université de l’Etat de New York à Buffalo, étudiait la salle du trône du palais de Nimrud, antique capitale de l’Assyrie, aujourd’hui située en Irak.
Le site datait du IXe siècle avant notre ère.
A l’époque, la salle était ornée de peintures et de bas-reliefs (à propos de ces bas-reliefs) qui avaient pour but d’impressionner les visiteurs, mais il ne restait de ces œuvres que des fragments éparpillés dans une soixantaine de musées de par le monde. Puis, durant une conférence, Paley assista à une présentation de Donald Sanders, l’un des pionniers de l’utilisation en archéologie des graphismes en 3D sur ordinateur.
Les deux hommes passèrent des années à se procurer des photographies des divers musées et à reconstituer une maquette virtuelle en trois dimensions. Enfin, ils furent en mesure de tester certaines de leurs hypothèses sur l’agencement de la salle du trône.
La salle du trône du palais de Nimrud est un exemple typique de l’essor de l’archéologie virtuelle : les archéologues ont recours à l’informatique pour recréer des environnements du passé, qu’il s’agisse d’objets, d’édifices, de paysages peuplés de personnages humains ou même d’antiques champs de bataille.
La discipline se développe et, dans de nombreux pays, il est désormais courant qu’une équipe archéologique comprenne un spécialiste du virtuel. Cela tient entre autres au fait que le coût des équipements, comme les scanners 3D, ne cesse de diminuer. Le secteur profite également de l’évolution de l’industrie du divertissement : la technologie est la même que celle utilisée pour les jeux vidéo et les effets spéciaux au cinéma.
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Démonstration
sur le site de fouilles
Nemrut Dağı en Turquie:
Après modélisation

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Les spécialistes du virtuel peuvent désormais s’attaquer à quelques-unes des énigmes les plus épineuses de l’archéologie.
Ainsi, on cherche depuis longtemps à comprendre pourquoi les Anasazis, un peuple antique amérindien, ont abandonné la région des Four Corners [les “quatre coins”, ainsi appelés parce que les frontières de quatre Etats – l’Arizona, l’Utah, le Nouveau-Mexique et le Colorado – s’y touchent], dans le sud-ouest des Etats-Unis, il y a environ sept siècles.
Depuis des décennies, les archéologues et les historiens ont envisagé diverses hypothèses, dont des guerres et des changements climatiques. Les scientifiques du programme de recherche Village Ecodynamics Project (VEP), sous la férule de Tim Kohler, de l’université de l’Etat de Washington, et de Ziad Kobti, de l’université de Windsor, au Canada, ont abordé la question sous un angle différent.
Ils ont recréé virtuellement le monde de l’époque, des paysages au climat en passant par le comportement humain. Ils comptaient répondre à plusieurs questions, dont celle du cycle démographique des Anasazis, qui alterna phases de croissance et de déclin entre 920 et 1280, époque à laquelle ils finirent par quitter la région.
En se fondant sur des données archéologiques telles que l’évolution du nombre de foyers, sur des données ethnographiques comportementales, comme le partage de la nourriture, ainsi que sur les cernes de croissance des arbres et sur des prélèvements du sol pour la climatologie, les scientifiques ont méticuleusement reconstitué une partie de l’environnement des Anasazis – une région de 1 827 km2 dans le sud-ouest du Colorado.
Une fois ce paysage recréé, ils y ont placé 200 foyers et les ont laissés réagir à divers scénarios : ils pouvaient choisir quelle quantité de maïs cultiver, combien d’animaux chasser, etc.
Les simulations de ce genre “nous donnent l’occasion d’observer l’interaction entre les humains et leur environnement” d’une façon que ne permet pas l’archéologie classique, commente Mark Varien, archéologue membre du projet VEP. L’équipe est ainsi parvenue à une découverte importante : les Anasazis se seraient mis à pratiquer une chasse trop intensive des cervidés à partir de l’an 900 de notre ère.
La simulation suggère également que c’est à peu près au même moment que cet ancien peuple aurait commencé à domestiquer des dindes – ce que confirme l’archéologie –, peut-être parce que les cervidés se faisaient justement plus rares.
Enfin, le projet a abouti à une autre conclusion : la région aurait connu une déforestation extensive, ce qui n’apparaissait pas clairement dans les fouilles archéologiques. “Sans la simulation, nous n’aurions pas pu calculer l’impact d’une population qui ramassait du bois tous les jours”, précise Kohler.
Cette dégradation de l’environnement ainsi que de nombreux conflits au sein de la population peuvent expliquer l’exode des Anasazis.
Non seulement les archéologues du virtuel sont en mesure de recréer d’anciens édifices et des cultures disparues, mais ils peuvent aussi remonter le temps pour vérifier leurs hypothèses.
Les Incas, qui bâtirent un vaste empire aux XVe et XVIe siècles dans l’ouest de l’Amérique du Sud, érigeaient de grandes colonnes de pierre, comme les deux que l’on trouve dans l’île du Soleil, située sur le lac Titicaca, en Bolivie.
Beaucoup d’archéologues pensent qu’elles avaient pour rôle d’indiquer la position du soleil sur l’horizon pendant les solstices.
Cependant, d’autres spécialistes estiment que ces tours servaient plutôt de sépultures.
L’hypothèse des solstices ne peut être testée dans la pratique qu’au coucher du soleil un jour de solstice, et les vestiges des tours sont très abîmés, ce qui rend toute vérification difficile. Bernard Frischer et son collègue Chris Johanson, de l’université de Californie à Los Angeles (UCLA), ont donc développé un modèle en trois dimensions de la topographie de l’île du Soleil.
Puis, en s’appuyant sur des données astronomiques, ils ont reconstitué la position du soleil à son coucher tel qu’elle avait dû être en l’an 1500 aux alentours du solstice d’hiver.
Leur modèle a confirmé l’hypothèse des solstices. “Une fois que nous avons établi notre modèle, nous pouvons expérimenter de nombreuses façons, dit-il. Nous pouvons littéralement nous amuser à voyager dans le temps.”
Aparté : Le blog Lankaart, d’où proviennent les photos de bas-reliefs de Nimrud, est une vraie mine, à visiter et revisiter encore : tout plein d’infos, des photos sublimes, bref … une mine !!
A lire sur le blog (notamment) :
• Kokopelli, un joueur de flûte enchantée dans le rêve de Gaïa (L'un des dieux vénérés par les Anasazis)
• D’un lac à un livre, pour retrouver les Anasazis dans un thriller génial « Les sortilèges de la cité perdue ».
Miss You
11:15 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : indiens d’amérique, archéologie, architecture, graphisme, animation
02 février 2010
Amazone, un monde en suspens
Parce que j’aime l’eau et les fleuves, j’ai eu envie de revenir sur une exposition dédiée à l’Amazone : « de Belém à Bélen : Un monde en suspens » à l’Espace Dupon.
Elle est malheureusement terminée, mais je ne résiste pas au plaisir de vous en montrer quelques clichés.
Leur auteur est un photographe, Patrick Bard, que je découvre avec gourmandise. Je vous invite à aller faire un tour sur son site. Le voyage y est riche.

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L’exposition
L’Amazone n’est pas un fleuve, c’est le fleuve. Impossible de restituer en mots un tel géant.
Remonter l’Amazone, c’est décrire la vie des cargos mixtes qui le sillonnent. C’est aussi voyager au cœur des problématiques environnementales et énergétiques de la planète : peuples autochtones confrontés à l’orpaillage sauvage en Guyane et ailleurs, peuples de l’eau abandonnés à leur sort, chassés toujours plus loin par les grands propriétaires terriens avides de terres où cultiver le soja.
L’Amazone traverse un monde blessé. Mais encore sauvable.
Montrer les blessures, mais aussi la beauté de ce monde-là, qui peut et doit être sauvegardé, tel est le but de cette exposition.
Porter un regard sur un monde en suspens (Source)

Ce leader Sarayaku a été distingué en 2008 parmi 20 défenseurs de droits humains dans le monde par Amnesty International
aux côtés d'autres personnalités comme la Birmane Aung San Suu Kyi (TAG Aung San Suu Kyi).
Sarayaku, Equateur 2009.

Devant la perte de leur identité, mais surtout devant le recul des terres boisées face aux exploitations agricoles et à la déforestation,
en 1999, ils ont décidé de récupérer leur identité autochtone Borari.

Ici, l'on vit humblement de culture autarcique, de récoltes de l'acai, le fruit d'un palmier amazonier et de pêche.
Les habitants des communautés Caboclos ont souvent été abandonnés par les gouvernements brésiliens successifs de l'histoire brésilienne.

San Pablo fait partie de ces communautés isolées près des trois frontières (Brésil, Colombie, Pérou) sur l'Amazone.

Le peuple Kichwa de Sarayaku est en lutte pour la préservation de son territoire.
Photojournaliste, écrivain, Patrick Bard a notamment travaillé sur la banlieue, les frontières et les routes.

Brésil, 2006
Son premier roman, « La frontière », a reçu le prix Michel Lebrun (2002), le prix Brigada 21 (Espagne, 2005) et le prix Ancres Noires 2006.

Brésil, 2006
Membre de la Maison de photographes Signatures, il a récemment publié « Carnets d’Europe » (2005), « Le Chemin de l’Inca » (2006) et « Les routes du Che » (2007) aux éditions du Seuil.

Brésil 2006
Il mène par ailleurs un travail personnel sur la problématique de l’eau en Amazonie et sur les peuples autochtones des Amériques.

dans cette région de hauts plateaux au nord de l’Amazonie
dans le parc national de Canaïma, Vénézuela 2007
Son travail photographique a été exposé au Centre Pompidou, à la Grande Halle de la Villette etc. Il a récemment participé à l’exposition « Frontières » (Museum de Lyon, CCCB de Barcelone, 2007).

Etat d’Amazonas, Brésil 2006
Avec son épouse et collaboratrice, Marie-Berthe Ferrer, il arpente l’Amérique Latine depuis de nombreuses années et ses œuvres ont été acquises par de nombreux musées.

Brésil 2006
«Le radar, on ne nous l'a installé qu'au début des années 1990. Jusque-là, on faisait avec le compas, mais surtout avec ça.» Et Altair de Oliveira Corrêa, seul maître à bord après Dieu sur le Santarém, de se toucher le nez. Le flair, c'est-à-dire l'intuition, voilà ce à quoi il fait allusion, mais aussi l'expérience, acquise durant trente-deux ans de navigation sur ce fleuve qui aura été toute sa vie.
Son fleuve, c'est l'Amazone, l'un des cours d'eau mythiques de la planète. Avec son gigantesque bassin et ses affluents majeurs, le Tapajós, le Negro ou le Solimões, il forme un monde en soi, brassant des milliards de litres d'eau, de légendes et d'histoires d'hommes jetés dans un des hauts lieux aventureux du Nouveau Monde.
Le voyage par les airs ne concernant que quelques élus, l'immense majorité des habitants de la région ont le fleuve comme seul moyen de déplacement (la suite est ici).

Etat d’Amazonas, Brésil, 2006
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11:15 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs, Tous des humains | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : photographie, indiens d’amérique














