04 juin 2011

La troisième guerre mondiale a commencé

J'ai lu il y a deux jours un remarquable article écrit par Pierre Haski dans Rue89. Il est consacré à une nouvelle forme de guerre dont nous entendons parler de façon épisodique, alors qu'elle a déjà pris une ampleur considérable : la cyber-guerre mondiale.

Retour sur les attaques informatiques majeures de ces derniers années, dont certaines ne figurent pas dans l'article en question.

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En 2007, l'Estonie est totalement paralysée pendant plusieurs heures après avoir démonté d'un jardin public un monument de l'époque soviétique. Sauf que ce ne sont pas les chars russes qui ont plongé l'un des pays le plus connectés d'Europe dans le chaos mais une cyber-attaque qui engorge complètement les services gouvernementaux, les banques, les médias, les partis politiques et même le numéro des urgences utilisé pour les ambulances et les incendies.

Pour Linnar Viik, l'un des gourou estoniens de l'Internet, cité par The Economist, “la mobilisation d'une telle armada informatique dépasse de très loin le stade de l'initiative individuelle, voire même mafieuse. Rien de tel ne peut se faire à cette échelle sans la coopération d'un État, et de plusieurs opérateurs télécoms.”

Le Premier ministre estonien va être encore plus direct lors d'une conférence de presse. “Ces attaques sont venues directement des adresses IP du bureau du président” russe Vladimir Poutine.

En 2008, c'est au tour de la Géorgie. Cette fois, la Russie lance une invasion militaire mais juste auparavant, de vastes cyber-attaques mettent à genou toutes les infrastructures du pays. Là encore, l'ampleur, la coordination et le très haut degré de sophistication sont tels qu'aucun groupe de pirates indépendants n'aurait pu les mettre en œuvre. Il s'agit forcément d'un État et, bien entendu, tous les soupçons vont vers Moscou.

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En juillet 2009, la Corée du Sud a subi des cyber-attaques à grande échelle. Vingt-cinq sites dont les sites Internet de la présidence sud-coréenne, du ministère de la Défense, du ministère des Affaires étrangères, de la Shinhan Bank et Korea Exchange Bank ont été touchés, sur fond de tensions avec la Corée du Nord. Selon la presse sud-coréenne, le National Intelligence Service aurait sous-entendu la responsabilité de Pyongyang, sans fournir de preuves.

Dans les années 2009-2010, le monde occidental s'inquiète de la prolifération de centrales nucléaires en Iran, officiellement civiles. Tout les médias s'interrogent régulièrement sur la probabilité d'un raid israélien qui permettrait d'en détruire au moins une pour envoyer un signal fort, mais soulignent que cela serait techniquement extrêmement risqué, impliquerait le survol de plusieurs pays qui s'y opposeraient et pourrait résulter en une réplique démesurée de l'Iran, comme l'envoi de missiles à longue portée sur les principales villes d'Israël.

centrale iran.jpgL'attaque qui va paralyser la centrale de Bouchehr permet d'atteindre l'objectif visé sans prendre le moindre risque ni humain, ni politique, ni militaire. Elle va consister à paralyser les ordinateurs de la centrale avec un virus d'un niveau de sophistication extrême dont personne ne pourra localiser l'origine.

Ce virus s'appelle Stuxnet. Il est authentifié par Windows comme étant sans danger, ce qui implique qu'il utilise des clés numériques volées dans des entreprises de logiciels de Taïwan ultra-sécurisées. Il a transité jusqu'à la centrale probablement par des clés USB, donc avec des complices humains, le réseau informatique de la centrale n'étant pas connecté au monde extérieur.

Il a déréglé de façon subtile le contrôle des automatismes, des robots, de la distribution d'électricité, tout un système de pilotage complexe fabriqué par l'Allemand Siemens. Il est passé inaperçu pendant des mois. C'est juste que rien ne marchait plus correctement. A titre d'exemple, des centaines de centrifugeuses sont tombées en panne. Du très haut niveau.

Le développement d'un tel virus a nécessité probablement un investissement de plusieurs millions de dollars et, selon certains experts, au moins deux États seraient derrière sa création - on soupçonne bien sûr Israël et les USA. Mais il ne s'agit que d'hypothèses, pas de certitudes. De ce fait, aucunes représailles iraniennes n'ont été possibles, faute d'agresseur clairement identifié.

Fin mai 2011, c'est au tour de Lockheed Martin, entreprise majeure du secteur de l'armement aux États-Unis qui fabrique notamment les avions de combat F-16, de subir de plein fouet une cyber-attaque massive dont l'origine n'est pas officiellement connue pour le moment. Tous ses systèmes informatiques ont été paralysés pendant plusieurs heures et tous ses codes de sécurité ont été dérobés.

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Il y a quelques jours, on apprenait le piratage de plusieurs centaines de comptes Gmail appartenant à des hauts fonctionnaires américains, des dissidents chinois, des responsables de plusieurs pays asiatiques, des militaires et des journalistes. Selon Google, l'origine de cette cyber-attaque se situe à Jinan, où se trouve un commandement militaire chinois, et surtout une école formée avec le soutien de l'armée, qui avait déjà été accusée d'avoir pénétré les serveurs de Google l'an dernier.

La Chine a démenti, comme on pouvait s'y attendre.

Pour le moment, seuls les pays et les organisations d'états les plus avancés technologiquement se combattent de façon invisible dans le monde virtuel : les États-Unis et l'Otan, la Chine, la Russie, l'Europe de l'Ouest et quelques pays du Moyen-Orient à commencer par Israël.

La Chine a confirmé officiellement la création d' «une équipe spéciale dédiée à la protection contre les éventuelles cyber-attaques». Une annonce qui n'a surpris aucun service de renseignement des autres pays engagés dans la cyber-guerre, la Chine étant depuis longtemps l'un des pays les plus actifs sur ce front.

La Grande-Bretagne vient d'annoncer se doter de capacités offensives en matière de cyber-guerre, et plus seulement défensives. Le ministre de la Défense, Nick Harvey, estime que «le cybermonde fera désormais partie du champs de bataille de l'avenir».

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En parallèle, des groupes autonomes de pirates aux motivations politiques libertaires ou révolutionnaires lancent des attaques de plus en plus puissantes contre des intérêts divers. Les plus connus sont Wikileaks et Anonymous. Leurs cibles : les secrets diplomatiques (ce qui a valu de sérieux problèmes à Julian Assange), les opérateurs de paiements en ligne (par mesure de rétorsion au fait que les USA avaient voulu en couper l'accès aux donateurs de Wikileaks) et d'autres puissances économiques que les hacktivistes veulent déstabiliser pour remettre en cause la mondialisation du système financier.

On estime que d'ici 2015, le nombre de personnes connectées à Internet aura quadruplé et atteindra 40% de la population mondiale. C'est dire si, de plus en plus, la guerre entre les pays technologiquement avancés se fera de plus en plus non pas sur un front réel, mais depuis des cellules informatiques hautement sophistiquées pour qui la distance et les frontières qui les séparent des ennemis visés n'ont plus aucune importance. Les scénarios de films comme Die Hard 4 où des cyber-terroristes parviennent à paralyser tout un pays sans quitter leur fauteuil ne seront bientôt plus de la science-fiction.


Sources :
Gmail piraté : bienvenue dans l'ère de la cyberguerre (Rue89)
L'Estonie dénonce les cyber-attaques terroristes russes (01net)
Géorgie, récit d'une cyber-attaque (blog Pagasa)
Cyberattaque
Virus Stuxnet : le nucléaire iranien visé par la cyberguerre ? (Rue89)
Lockheed Martin customer, program and employee data secure (site de Lockheed Martin)
La Chine forme une unité d'élite pour la cyber-guerre (Generation NT)
UK developing cyber-weapons programme to counter cyber war threat (Guardian)

Illustrations : enjeux.org (1), Matrix (2), visite d'Ahmadinejab dans une centrale nucléaire iranienne (3), Die Hard 4 (4), Matrix (5)

13 septembre 2010

Le Cylindre de Cyrus est de retour

En entendant la nouvelle ce matin du « prêt » du Cylindre de Cyrus pour quatre mois à l’Iran par le British Muséum, j’ai eu envie d’en savoir un peu plus sur cette pièce du patrimoine universel.

Le retour provisoire à la maison de ce qui serait la « première déclaration des droits de l’homme » me laisse dubitative sur les suites à prévoir.

Je suis très attachée au principe de la restitution par les grands musées occidentaux des trésors qu’ils s'étaient appropriés lors de campagnes de fouille et diverses guerres coloniales des derniers siècles.

Le retour du Cylindre en Iran est un pas dans ce sens mais il n’est que provisoire.

A moins, bien sûr, que l'Iran n'en décide autrement...




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Le Cylindre de Cyrus




Le Cylindre de Cyrus est un cylindre d'argile

sur lequel est inscrit en akkadien cunéiforme

une proclamation du roi de Perse Cyrus II.

Ce texte est consécutif à la prise de Babylone par ce dernier,

après sa victoire sur le souverain local, Nabonide, en 539 av. JC.







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Son histoire



Il a été découvert à Babylone en 1879, et est depuis exposé au British Museum de Londres, où il se trouve toujours en 2010.

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Ce document est couramment mentionné comme étant la « première charte des droits de l'homme», mais une telle filiation est controversée.

En 1971, l'ONU l'a traduit dans toutes ses langues officielles.

On peut en fait le restituer dans une tradition mésopotamienne présentant l'idéal du roi juste, dont le premier exemple connu est celui du roi Urukagina de Lagash, ayant régné au XXIVe siècle av. J.-C., et dont un des autres illustres représentants est Hammurabi de Babylone, avec son fameux code (le Code d'Hammurabi sur Wiki).


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Sa restitution aux autorités iraniennes


Le British Museum avait prévu de prêter ce trésor archéologique à l'Iran en 2010, mais le refroidissement des relations entre l'Iran et la Grande-Bretagne, suite à la réélection contestée du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, a poussé l'Iran, par la voie d'une annonce faite le 7 février 2010, à rompre toute relation avec le prestigieux musée britannique, annulant ainsi le prêt du Cylindre.

Finalement, il est prêté à l'Iran le 10 septembre 2010 pour une durée de quatre mois afin d'être exposé au public après 40 ans d'absence du pays.



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Son contenu
Présentation générale



Ce texte est avant tout un acte de propagande royale, montrant la façon avec laquelle le nouveau maître de Babylone s'attache ses nouveaux sujets, en mettant en avant sa valeur, en s'inscrivant dans la tradition babylonienne, et en s'appuyant sur les groupes de personnes hostiles à Nabonide.

La proclamation des décisions justes prise par Cyrus II n'est qu'une partie du texte. Le début retrace les événements ayant amené à la prise de Babylone par Cyrus : il y est décrit comment Nabonide était un mauvais roi qui a attiré sur lui la colère du grand dieu national Marduk, qui a alors cherché un nouvel élu pour sa ville et choisi Cyrus. Il a permis à ce dernier de remporter une grande victoire contre les Mèdes, et, devant l'attitude juste de celui-ci, il l'a chargé de prendre Babylone pour devenir le « Roi du Monde ».




Le texte décrit comment cet avènement fut reçu avec une grande satisfaction par les Babyloniens, contents d'être débarrassés de Nabonide.

Cette partie du texte est très proche dans l'esprit de la Chronique de Nabonide, relatant les mêmes événements avec la même partialité. Elle retranscrit l'état de pensée des anciens opposants de Nabonide, dont devaient faire partie les puissants membres du clergé de Marduk à Babylone que celui-ci avait beaucoup lésé.

Viennent ensuite les mesures prises par Cyrus pour les Babyloniens : il règne pacifiquement, délivre certaines personnes de corvées injustes, octroie aux gens des pays déportés le droit de retour dans leur pays d'origine, laisse les statues de divinités autrefois emmenées à Babylone revenir dans leurs sanctuaires d'origine et, pour conclure, proclame la liberté totale de culte dans son empire.

La fin du texte, lacunaire, commémore la reconstruction de Dur-Imgur-Enlil, une muraille de Babylone.


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Un extrait



« Je suis Cyrus, roi du monde, grand roi, puissant roi, roi de Babylone, roi de Sumer et d'Akkad, roi des quatre quarts, le fils de Cambyse, grand roi, roi d'Anšan, petit-fils de Cyrus, grand roi, roi d'Anšan, descendant de Teispès, grand roi, roi d'Anšan, d'une lignée royale éternelle, dont Bel et Nabû aiment la royauté, dont ils désirent le gouvernement pour le plaisir de leur coeur.

Quand je suis entré à Babylone d'une manière pacifique, j'établis ma demeure seigneuriale dans le palais royal au sein des réjouissances et du bonheur. Marduk, le grand seigneur, fixa comme son destin pour moi un coeur magnanime d'un être aimant Babylone, et je m'emploie à sa dévotion au quotidien.

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Ma vaste armée marcha sur Babylone en paix ; je ne permis à personne d'effrayer les peuples de Sumer et d'Akkad. J'ai recherché le bien-être de la ville de Babylone et de tous ses centres sacrés.

Pour ce qui est des citoyens de Babylone, auxquels [Nabonide] avait imposé une corvée n'étant pas le souhait des dieux et ne [...] convenant guère [aux citoyens], je soulageai leur lassitude et les libérai de leur service. Marduk, le grand seigneur, se réjouit de mes bonnes actions.

Il donna sa gracieuse bénédiction à moi, Cyrus, le roi qui le vénère, et à Cambyse, le fils qui est ma progéniture, et à toute mon armée, et en paix, devant lui, nous nous déplaçâmes en amitié
.

Par sa parole exaltée, tous les rois qui siègent sur des trônes à travers le monde, de la Mer Supérieure à la Mer Inférieure, qui vivent en des districts fort éloignés, les rois de l'Ouest, qui résident en des tentes, tous, apportèrent leur lourd tribut devant moi et à Babylone embrassèrent mes pieds.

De Babylone à Assur et de Suze, Agade, Eshnunna, Zamban, Me-Turnu, Der, d'aussi loin que la région de Gutium, les centres sacrés de l'autre côté du Tigre, dont les sanctuaires avaient été abandonnés pendant longtemps, je retournai les images des dieux, qui avaient résidé [à Babylone], à leur place et je les laissai résider en leurs demeures éternelles.

Je rassemblai tous leurs habitants et leur redonnai leurs résidences. En plus, sur commande de Marduk, le grand seigneur, j'installai en leurs habitats, en d'agréables demeures, les dieux de Sumer et Akkad, que Nabonide, provoquant la colère du seigneur des dieux, avait apportés à Babylone. Puissent tous les dieux que j'installai dans leurs centres sacrés demander quotidiennement à Bel et Nabû que mes jours soient longs, et puissent-ils intercéder pour mon bien-être. [...] Le peuple de Babylone bénit mon règne, et j'établis toutes les terres en de pacifiques demeures








L’Iran acceptera-t-il de le “restituer” à la fin des quatre mois ?
J'ai beaucoup de mal à y croire.
Peut-on le lui reprocher ?


Miss You

25 mai 2010

Libération sous caution de Jafar Panahi

Une très bonne nouvelle !

Nous parlions sur le fil Cannes avant Cannes de l’importance de ce festival comme caisse de résonnance et mise en lumière de réalisateurs et d’artistes privés de leurs droits les plus essentiels, la liberté, l’expression, …


Voici un bel exemple de ce que Cannes a contribué à faire.

Tout n’est pas réglé bien sûr, mais Jafar Panahi est libre. Enfin !



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Crédit photo AFP




La justice de Téhéran a ordonné lundi la libération sous caution de Jafar Panahi, en détention depuis le 1er mars. Le cinéaste iranien avait entamé une grève de la faim il y a une dizaine de jours.

Âgé de 49 ans, Jafar Panahi, qui soutient ouvertement l'opposition au président Mahmoud Ahmadinejad, avait été arrêté à son domicile de Téhéran avec seize autres personnes.

Une arrestation qui avait soulevé une vague d'indignation internationale et le soutien de nombreuses personnalités du septième art, comme Steven Spielberg, Martin Scorsese, Robert De Niro, Juliette Binoche, Prix d'interprétation 2010 ou encore Francis Ford Coppola, ainsi que de 85 réalisateurs.

Son nom a été évoqué plusieurs fois lors du Festival de Cannes, où le cinéaste devait siéger parmi les membres du jury présidé par Tim Burton.

Lors de la cérémonie d'ouverture, le fauteuil qu'il aurait dû occuper était resté symboliquement vide sur l'estrade de l'auditorium du Palais des festivals.


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Crédit photo REUTERS/Jean-Paul Pélissier



La France, par la voix de ses ministres des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, et de la Culture, Frédéric Mitterrand, avait appelé le 12 mai à sa «libération immédiate».

Jafar Panahi est l'un des cinéastes de la nouvelle vague iranienne les plus connus à l'étranger.

Il a notamment reçu le lion d'or à la Mostra de Venise en 2000 pour Le Cercle et l'ours d'argent à la Berlinale en 2006 pour Hors-Jeu. Il a été primé deux fois à Cannes (Le Ballon blanc, prix de la Caméra d'or 1995 et L'Or pourpre, prix du Jury-Un certain regard en 2000).




Source Le Figaro avec l’AFP


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L'appel au secours de Jafar Panahi sur le site La règle du Jeu



Miss You

13 février 2010

Le cri

Envie de vous montrer une photographie récompensée hier et que je trouve extrêmement forte, poignante, parce qu’elle ne montre rien des manifestations, ni de la répression, mais au contraire la conviction, intense, d’une femme.


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C'est le photographe italien indépendant Pietro Masturzo qui est le nouveau lauréat du World Press Photo 2009.

Il a été primé pour un cliché pris à Téhéran, le 24 juin 2009, sur la contestation en Iran.


Sur la photo aux teintes sombres, une femme, sur le toit-terrasse d'un immeuble de Téhéran, crie, les mains en entonnoir autour de la bouche, quelques jours après la réélection, le 12 juin 2009, du président Mahmoud Ahmadinejad, qu'elle conteste.


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©Pietro Masturzo / WORLD PRESS PHOTO


"La photo montre le commencement de quelque chose, le commencement d'une histoire énorme", explique la présidente du jury, Ayperi Karabuda Ecer, dans un communiqué.

"Elle donne de la perspective à l'information et touche tant visuellement qu'émotionnellement", ajoute-t-elle.

"La photo rend de manière puissante l'atmosphère, la tension, la peur, mais aussi la tranquillité et le calme", souligne la jurée Kate Edwards.

"Nous recherchions une photo attirante, qui nous emmène plus loin et nous fasse réfléchir davantage - et qui ne se contente pas de montrer ce que nous savons déjà."

[....]

Le jury a également attribué une mention spéciale à une photo de Neda Agha-Soltan, la jeune femme tuée pendant les manifestations postélectorales en Iran, étendue sans vie au sol.

Bien que non professionnelle et extraite d'une vidéo amateur diffusée sur YouTube (dont Anna avait parlé ici), la photo a été choisie par le jury, qui a estimé qu'elle avait joué un "rôle essentiel dans la couverture médiatique de l'année dans le monde" et "n'aurait pas pu être prise par un photographe professionnel".


L'intégralité de l’article est ici


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Le World Press Photo est l'une des plus prestigieuses compétitions de photographie de presse professionnelle.

Cette année, le jury a récompensé 63 photographes de 23 pays différents,

après avoir, durant deux semaines, passé en revue 101.960 photographies,

présentées par 5.847 photographes de 128 pays différents.


Sur le blog : World Press 2008



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Miss You

27 novembre 2009

L’Iran confisque le prix nobel de la Paix à Shirin Ebadi

En lisant cette nouvelle ce matin, j’ai d’abord été écoeurée par les procédés et manoeuvres.

Puis, je me suis dit que cela n’enlèvait absolument rien aux raisons pour lesquelles Shirin Ebadi avait reçu le Prix Nobel en 2003.

Au contraire, cette confiscation (aussi ridicule et mesquine qu'illégitime -comment un gouvernement peut-il retirer une récompense qu'il n'a pas lui-même octroyée ? C'est a contrario en reconnaître l'importance, quand on voudrait nier son existence-) ne la rendait que plus visible du reste du monde et me donnait l’occasion de vous en dire un peu plus sur cette femme admirable et ses engagements.

En effet, elle a déjà été évoquée sur le blog (ici et dans les commentaires sur la note à propos d'une autre femme formidable en Iran, Shahla Sherkat, mais de façon ponctuelle, sans en faire le portrait.




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L’article


La médaille et le diplôme Nobel de l’avocate iranienne Shirin Ebadi ont été confisqués par les autorités iraniennes.

C’est le gouvernement norvégien qui l’a annoncé jeudi. Selon ses services, la médaille et le diplôme Nobel de Shirin Ebadi, ainsi que certains autres de ses effets, ont été retirés d'un coffre-fort bancaire dans lequel ils étaient entreposés.

Le Nobel de la paix avait été attribué en 2003 à l'avocate, première femme à devenir juge en Iran en 1974, «pour ses efforts en faveur de la démocratie et des droits de l'Homme» dans la République islamique.

«Nous sommes choqués et nous nous démarquons de tels agissements», a déclaré le ministre norvégien des Affaires étrangères, Jonas Gahr Stoere, dans un communiqué. «C'est la première fois que les autorités d'un pays confisquent un prix Nobel de la paix


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Le gouvernement norvégien a dit avoir convoqué le représentant iranien à Oslo pour lui transmettre ses protestations. Le ministère des Affaires étrangères précise avoir convoqué le chargé d'affaires iranien à Oslo pour protester contre l'attitude des autorités iraniennes et lui communiquer ses inquiétudes concernant le sort de Shirin Ebadi et de ses proches.

Plusieurs collaborateurs de Shirin Ebadi et son mari ont été arrêtés et parfois maltraités ces derniers mois en Iran. Ces faits «montrent que la liberté d'expression est fort malmenée en Iran», a ajouté le ministère.

Le comité Nobel, qui attribue la prestigieuse récompense, a indiqué qu'il allait lui aussi protester contre sa confiscation. «Je n'ai pas connaissance que cela se soit déjà produit dans le passé», a déclaré Geir Lundestad, le secrétaire du comité Nobel. «Jamais un lauréat n'avait été traité de cette manière. Même des opposants politiques comme (le Russe Andreï) Sakharov et (le Polonais Lech) Walesa ont été mieux traités que cela dans leurs pays», a-t-il dit, évoquant les deux lauréats distingués respectivement en 1975 et 1983, pendant la Guerre froide.









Shirin Ebadi (en persan : شیرین عبادی, Shirin 'Ebādi) (née le 21 juin 1947 à Hamadan en Iran), est une avocate iranienne, défenseuse active des droits de l'homme.

Elle a reçu le Prix Nobel de la paix en 2003 pour son action en faveur des droits de l'homme et de la démocratie. C'est la première Iranienne à recevoir ce prix.

Elle fut aussi la première femme en 1974 à devenir juge en Iran. Elle a dû abandonner son poste en 1979 à cause de la révolution iranienne lorsque des religieux conservateurs ont pris en main le pays et fortement limité le rôle des femmes.


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Elle enseigne actuellement le droit à l'Université de Téhéran et œuvre pour la défense des droits des enfants et des femmes.

Elle est la porte-parole des femmes iraniennes qui ont joué un rôle clé dans la campagne présidentielle de Mohammad Khatami et depuis elle se bat pour que les femmes aient un plus grand rôle dans la vie publique.

Elle est aussi connue pour prendre la défense des dissidents de premier plan comme celle de la famille de Dariush Farouhar et de son épouse qui ont été retrouvés battus à mort. Il s'agit d'intellectuels menacés par des extrémistes opposés à la politique de Khatami qui a libéré le droit d'expression

En 2000, Ebadi a été accusée d'avoir distribué une cassette vidéo sur laquelle un de ces extrémistes religieux avoue que les dirigeants iraniens sont à l'origine de ces violences. Elle a été condamnée pour cela à une peine d'emprisonnement et à une interdiction d'exercer. Ceci a attiré l'attention du monde sur les violations des droits de l'Homme en Iran.

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Elle fait partie de la direction de l’Organisation iranienne de protection des droits de l'enfant et de l’Association des défenseurs des droits de l'Homme en Iran.

Pour ses actions politiques, elle a obtenu le prix Rafto en 2001 avant d'obtenir en 2003 le Prix Nobel de la paix.

Assadollah Badamchian, un politicien conservateur iranien, a qualifié à l'époque le prix Nobel d"infamie" ajoutant que Shirin Ebadi avait été récompensée pour les services rendus à l'oppression et au colonialisme occidentaux.

En juillet 2004, elle est devenue la marraine de la promotion 2004 de l'école française de la magistrature. En novembre 2006, elle a reçu du président français Jacques Chirac les insignes de commandeur de la Légion d'honneur.

En octobre 2007, elle intervient au Forum mondial de l’économie responsable qui se tient à Lille sur le thème de la diversité.

En août 2009, elle reçoit le Prix Manhae pour la paix.

Elle est membre de la fondation PeaceJam.


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A lire ailleurs :


Droits de l'homme en Iran sur Wiki

Le rapport édifiant d'Amnesty en 2004

Son discours (en anglais) lors de la remise du Nobel en 2003

• Son livre Iranienne et libre : Mon combat pour la justice qu'on peut feuilleter ici.


Bravo à elle et surtout merci, tellement.

Miss You

24 juin 2009

La mort de Neda authentifiée par Paulo Coelho

Vous avez forcément vu sur toutes les télés ou sur le web cette séquence filmée par un téléphone portable à Téhéran où on voit une jeune femme, Neda, recevoir une balle et mourir sur le bitume avec quelqu'un qui lui crie: "Reste avec nous, Neda !".



Des journalistes se sont légitimement posés la question de l'authenticité de cette vidéo. Neda est, en effet, devenue aussitôt le symbole du soulèvement iranien. Il aurait pu être tentant pour un partisan de la cause de faire un faux et de le diffuser partout grâce à YouTube, exactement dans ce but-là : émouvoir tout le monde et créer du jour au lendemain le martyre emblématique qui renforcerait encore le mouvement de révolte.

Le Net permet toutes les arnaques autant qu'il permet toutes les dénonciations. Il permet aussi de croiser et de vérifier la moindre info au niveau planétaire.

La véracité de la scène tragique de la mort de Neda est venue d'un témoin inattendu, dont la célébrité et l'humanisme lui donnent une crédibilité au dessus de tout soupçon : Paulo Coelho, le romancier connu dans le monde entier pour ses livres tels que L'Alchimiste.

Il tient, comme des millions d'autres, un blog. Lorsqu'il a vu, comme des millions d'autres, la vidéo de la mort de Neda, voici ce qu'il a écrit :

"Mon meilleur ami en Iran, un médecin qui m'a montré sa culture magnifique quand j'ai visité Téhéran en 2000, qui a fait la guerre au nom de la République Islamique contre l'Irak, qui a pris soin des soldats blessés au front, qui s'est toujours tenu aux vraies valeurs humaines, est celui que l'on voit sur cette vidéo en train d'essayer de ressusciter Neda, touchée en plein coeur."

C'est l'ami médecin de Paulo Coelho qui dit à la jeune femme "Neda, reste avec nous." alors qu'elle répond "Je brûle, je brûle".

Et qu'elle meurt.


A lire sur Wiki : Neda Agha-Soltan


17 juin 2009

La censure iranienne débordée par YouTube et Twitter

Encore une émouvante démonstration de la puissance d'Internet comme anti-pouvoir au service de tous, les émeutes en cours en Iran pour cause de fraude électorale massive sont largement relayées par YouTube et Twitter, ce qui permet aux médias d'avoir un accès en temps réel à tout ce qui se passe là-bas.

184188596.jpgLe site de partage de vidéos YouTube, bloqué par les autorités iraniennes à la veille de l'élection présidentielle, restait accessible aux vidéos d'internautes contestant la victoire proclamée par le président sortant Mahmoud Ahmadinejad.

Des images de qualité moyenne, visiblement tournées à la hâte, ont continué à être téléchargées sur le site pendant la journée de mardi. Parmi elles, certaines montrent des personnes battues par des policiers ou encore les dégâts causés par l'armée pendant un raid dans un dortoir de l'université de Téhéran. Plusieurs vidéos montrent également un homme, présenté comme un manifestant, abattu pendant le grand rassemblement de lundi dans les rues de la capitale.

Des images d'actualités des manifestations sont associées à des commentaires personnels ainsi qu'à des images des rassemblements de solidarité organisés à Paris et dans d'autres villes du monde.

"Liberté pour le peuple d'Iran, Ne perdez pas espoir", écrit notamment un internaute sur un forum. "Luttez pour la liberté", ajoute-t-il. Le message est signé: "De la part de vos amis de New York".

Des vidéos titrées "Emeutes dans les rues de Téhéran après les élections et "Des policiers pris à partie par la foule" avaient chacune enregistré 300.000 connections mardi soir.

YouTube et le très populaire site de socialisation Facebook comptent parmi les sites sur lesquels est contestée la validité du processus électoral iranien et bloqués par les autorités du pays.


YouTube a indiqué que sa politique était de ne pas diffuser les vidéos montrant des scènes de violences mais qu'il était toutefois de son devoir de laisser en ligne les images de manifestations parce qu'elle ont valeur de document.

"Nous nous efforçons de laisser en ligne un maximum d'images car, en les diffusant, YouTube est dans son rôle: un forum global dédié à la libre expression", a déclaré à l'AFP Scott Rubin, un porte-parole du site.



Et Twitter continue, avec un coup de pouce de Washington

Washington a demandé au site de socialisation Twitter de reporter une opération de maintenance entraînant une interruption de ses services pour permettre aux opposants iraniens de continuer à l'utiliser, a révélé mardi un responsable du département d'Etat.

Le ministère américain des Affaires étrangères est entré en contact "au cours du week-end" avec les responsables du site de micro-blogs pour "leur faire remarquer qu'il s'agissait d'un important moyen de communication, pas pour nous, mais en Iran même", a déclaré ce responsable ayant requis l'anonymat.

Il a souligné que Twitter, qui permet de communiquer de courts messages par internet, était l'un des derniers à fonctionner après que le gouvernement iranien a fermé de nombreux sites internet et journaux et limité ou suspendu l'usage des textos par téléphone portable.


Source : AFP
Photo : Reuters





09 mai 2009

Shahla Sherkat, féministe en Iran

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Shahla Sherkat a vu son mensuel, "Zanân" ( « Femmes » ), fermé par la censure. Mais cette militante de la première heure poursuit sa lutte pour promouvoir les droits des femmes, adapter la loi islamique à la vie morderne. Elle était de passage à Paris pour la sortie de son livre, Zanân, le journal de l'autre Iran.

(Paru le 04.03.2009 , par Georges Malbrunot pour le Figaro Madame).

1845896375.jpg Les sentinelles de la République islamique ont beau être loin, la peur, elle, est toujours là. « C’est de l’alcool ? », s’inquiète Shahla, en pointant la menthe à l’eau sur la table pendant l’entretien dans son hôtel parisien. Un cliché montrant cette femme, à la chevelure enveloppée dans un foulard en lin, un verre à la main pourrait lui coûter de sérieux problèmes à son retour à Téhéran. Shahla Sherkat, 52 ans, marche sur un fil. Son mensuel, Zanân (« Femmes » en farsi), a été fermé l’an dernier par la justice. Depuis, cette militante pressée se bat pour faire renaître de ses cendres le premier vrai journal féministe d’Iran.

Elle publie Zanân le journal de l’autre Iran (CNRS Éditions) ou, comme elle le définit elle-même, « le miroir des mille et une activités des Iraniennes ». Les siennes d’abord : depuis ce jour de juin 1991 où, après dix années passées au magazine Zan-e ruz (« La Femme d’aujourd’hui »), elle est remerciée pour avoir « soutenu une ligne moderniste, occidentaliste et féministe ».

Même si le mouvement féministe est apparu dès 1905 en Iran, avec les premières réunions secrètes de femmes, le voir porter aujourd’hui par des « filles de la Révolution » dérange certains ayatollahs. Et pourtant, c’est ce fil d’Ariane qui relie toutes ces femmes, dont Shahla retrace l’histoire dans son livre, agrémenté de photos. Ces « croyantes pas ordinaires », qui jadis écoutaient les prêches, lisaient et commentaient le Coran, en demandant aux imams leur intercession. Faute d’aller à l’école, elles se préparaient ainsi à la vie.

CONTOURNER LES INTERDITS

Aujourd’hui, ces femmes se retrouvent encore, certes pour prier, mais surtout pour échapper à la pesanteur des devoirs conjugaux. Ces
« épouses de martyrs » avec lesquelles Shahla a partagé vingt-quatre heures de « leur bruyante solitude » dans le quartier des détenues ordinaires de la prison d’Evine, à Téhéran. Cette jeune styliste qui chine aux quatre coins de son pays à la recherche de beaux tissus anciens. Mais aussi ces jeunes femmes toxicomanes, le plus souvent mariées, victimes de l’addiction de leurs époux. Ces femmes baloutches venues vendre leurs broderies à Téhéran. Ou encore cette chirurgienne qui organise des stages de formation à l’accouchement sans douleur sous hypnose pour réduire le taux élevé de césarienne (40 %).

« Vous le voyez, sourit Shahla, les Iraniennes ne correspondent pas aux clichés que l’Occident nourrit à leur égard : des femmes cantonnées dans leur cuisine à s’occuper des enfants et de leurs maris. » En avance sur leurs voisines afghanes ou saoudiennes, elles ont pris leur place dans le monde du travail et la vie sociale. Les Iraniennes occupent un tiers des postes de fonctionnaires et plus de 55 % des étudiants appartiennent au sexe dit faible. Mais leur combat est jalonné d’embûches. Les manifestations féministes continuent d’être réprimées et, en décembre dernier, le pouvoir n’a pas hésité à fermer le bureau de Shirin Ebadi, la célèbre avocate et Prix Nobel de la paix.

Et puis, il y a ce voile que des millions d’Iraniennes sont tenues de porter. « En faire une obligation religieuse n’est pas une bonne chose », estime Shahla. Mais que se passerait-il si 100 000 Iraniennes descendaient dans la rue en jetant leur fichu par terre ? Question sacrilège à laquelle cette mère de deux filles préfère, par prudence, ne pas répondre. « Mais une chose est sûre, ajoute-t-elle, nous ne sommes pas prêtes à payer le prix d’une deuxième révolution. Le peuple a trop souffert de la première, et puis vous savez, les femmes ont des problèmes beaucoup plus graves à régler que le voile. »

1487062109.jpg EN FINIR AVEC LES INÉGALITÉS

Pour venir à Paris, comme pour sortir de chez elle dans le quartier huppé de Tajrish, au nord de Téhéran, Shahla doit recueillir au préalable l’assentiment de son mari. « Heureusement, dit-elle, notre société est en avance sur nos lois. » Traduction : les Iraniennes ont le génie pour contourner les interdits. Et grignoter la moindre avancée, face à un régime autoritaire et une police des mœurs tatillonne. Un foulard qui laissera apparaître une chevelure ondulée. Une promenade bras dessus bras dessous dans un parc de Téhéran. Une sortie en amoureux le vendredi au cinéma. Rien n’est acquis d’avance aux Iraniennes, même pas la célébration de la Journée de la femme, dimanche prochain, objet là encore de compromis byzantins avec le pouvoir.

À la tête de Zanân, Shahla connut ses plus belles heures sous la présidence réformatrice de Mohammad Khatami entre 1997 et 2005. Elle mise sur sa victoire en juin face au conservateur Mahmoud Ahmadinejad, pour faire avancer les chantiers en cours. L’un des plus importants est l’adaptation de la loi et de la jurisprudence islamiques à la vie moderne. Pour en finir une fois pour toutes avec les inégalités en matière de divorce, d’héritage, ou désormais à l’entrée de l’université, où des quotas sont appliqués aux filles. Entre avancées modernistes et pesanteurs traditionnelles, Shahla n’a cessé de slalomer. Un combat aussi passionnant qu’éprouvant, à l’instar des cent numéros de son mensuel Zanân, dont elle parle comme d’une naissance à chaque fois répétée.

« Cent fois grimper les marches du doute, cent fois connaître les douleurs. Savez-vous que sur ce chemin ardu, des arbres nous refusaient leur ombre, des cavaliers se moquaient de notre passion. Aujourd’hui, je suis comme une aimante, qui malgré les cent coups de fouet qu’elle a reçus pour son amour interdit, se love, les os brisés et le visage ensanglanté dans les bras de son bien-aimé. »


A lire, Etre féministe en Iran et bien sûr, à lire et/ou à voir Persepolis de Marjane Satrapi.



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22 décembre 2008

Téhéran ferme une ONG

Une nouvelle qui prouve (si c'est encore nécessaire) qu'il faut rester vigilant, tout le temps, partout.


Les explications ne sont venues que beaucoup plus tard.

Dimanche après-midi 21 décembre, des dizaines de policiers et d'agents en civil ont fait irruption au Centre des défenseurs des droits de l'homme (CDDH), une ONG créée, en 2002 à Téhéran, par le prix Nobel de la paix Shirin Ebadi et cinq autres avocats iraniens qui défendent depuis des années, gratuitement, les prisonniers politiques.

Près de 300 invités étaient attendus dans les locaux pour la remise d'un prix à un militant des droits de l'homme. La police a fait évacuer, apposant des scellés plombés sur l'entrée. Dans la soirée, les autorités judiciaires ont justifié cette fermeture en accusant le centre de se livrer à des "activités illégales", ainsi que l'a précisé l'agence de presse Mehr.



shirinebadils1.jpgAFP

Shirin Ebadi parle aux journalistes, dimanche 21 décembre,
après la fermeture de son Centre des défenseurs des droits de l'homme



Shirin Ebadi, qui n'était pas présente lors de l'intervention policière, a condamné cette action, annonçant que le centre portera plainte. Le prix Nobel de la paix tiendra également une conférence de presse mardi.

Pourquoi cette brusque fermeture d'un Centre qui publie régulièrement des rapports sur la situation en Iran ?

"Parce que dans le contexte actuel de répression, il est devenu la seule voie de recours pour protester contre les arrestations et toutes les exactions", nous a confié, à Paris, Karim Lahidji, avocat proche de Shirin Ebadi et président de la Ligue de défense des droits de l'homme en Iran (LDDHI). "L'Iran, ajoute-t-il, a atteint un record d'exécutions, pratiquement une par jour, y compris des mineurs et des simples d'esprit.

Les minorités (notamment les Bahais dont les chefs sont détenus depuis dix mois), les étudiants, les politiciens indépendants : personne n'y échappe. Toute tentative d'ouverture est réprimée : la campagne de récolte de signatures des femmes pour l'égalité a conduit à la condamnation de quarante-deux d'entre elles.


shirinebadilq1.jpgShirin Ebadi




Des dizaines de journaux ont été fermés. Et ce pourquoi ? Parce qu'ils dénonçaient une crise économique qui a fait des millions de nécessiteux et la progression de l'usage de la drogue qui frapperait 20 % de la population. Mais la pauvreté et la drogue ce sont aussi des atteintes aux droits de l'homme."

Shirin Ebadi est sous pression constante depuis des mois, selon ses proches. Outre les coups de téléphone anonymes de menaces, à plusieurs reprises le ministère des renseignements lui aurait demandé avec insistance de fermer les bureaux du CDDEH.

Ce qui aurait précipité l'intervention policière, estime M. Lahidji, serait la dénonciation en règle de la situation des droits de l'homme en Iran effectuée devant l'Assemblée générale des Nations unies à New York, le 18 décembre.

La dénonciation était fondée sur un rapport du secrétaire général, Ban ki-moon, qui lui même reprenait des rapports fournis par le centre de Shirin Ebadi.

Par Marie-Claude Decamps
(Le Monde.fr du 22 décembre 2008)


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23 juin 2008

Persépolis

A l’occasion d’un très beau reportage sur Arte ce week-end, j’ai revisité un site antique qui me fascine depuis très longtemps, tant par son nom que par son architecture : Persépolis.


Un petit aperçu :

Le site


Persépolis (grec ancien : Περσέπολις [Persépolis], « la cité perse »), Parsa en vieux-persan, (persan : تخت جمشید [Takht-e Jamshid], « le Trône de Jamshid »), (Coordonnées : 29°56′04″N, 52°53′29″E), était une capitale de l’empire perse achéménide. Le site se trouve dans la plaine de Marvdasht, au pied de la montagne Kuh-e Rahmat, à environ 70 km au Nord-Est de la ville de Shiraz, province de Fars, Iran.


Le plan

Sa construction commence en -521 sur ordre de Darius Ier. Elle fait partie d’un vaste programme de construction monumentale visant à souligner l’unité et la diversité de l’empire perse achéménide, et à asseoir la légitimité du pouvoir royal. Elle fait appel à des ouvriers et artisans venus de toutes les satrapies de l’empire. L’architecture résulte d’une combinaison originale des styles issus de ces provinces créant ainsi le style architectural perse ébauché à Pasargades, également retrouvé à Suse et Ecbatane. Cette combinaison des savoir-faire marque également les autres arts perses, comme la sculpture ou l’orfèvrerie. La construction de Persépolis se poursuit pendant plus de deux siècles, jusqu’à la conquête de l'empire et la destruction partielle de la cité par Alexandre le Grand en -331.

La Porte des nations

Le site est plusieurs fois visité au cours des siècles par des voyageurs occidentaux, mais ce n’est qu’au XVIIe siècle qu’il est authentifié comme étant les ruines de la capitale achéménide. De nombreuses explorations archéologiques permettent par la suite d’en mieux appréhender les structures, mais aussi l’aspect et les fonctions passés.

Reconstitution

Persépolis comprend un vaste complexe palatin érigé sur une terrasse monumentale qui supporte de multiples bâtiments hypostyles. Ces palais ont des fonctions protocolaires, rituelles, emblématiques, ou administratives précises : audience, appartements royaux, administration du trésor, accueil. À proximité de la Terrasse se trouvaient d’autres éléments : habitations de la ville basse, tombes royales, autels, jardins. De nombreux bas-reliefs sculptés sur les escaliers et portes des palais représentent la diversité des peuples composant l’empire. D’autres consacrent l’image d’un pouvoir royal protecteur, souverain, légitime, et absolu, ou désignent Xerxès Ier comme successeur légitime de Darius le Grand. Les multiples inscriptions royales persépolitaines cunéiformes rédigées en vieux-Persan, Babylonien, ou Élamite, gravées à divers endroits du site, procèdent des mêmes buts, et précisent également pour certains bâtiments le roi ayant ordonné leur érection.

Griffons

L’idée que Persépolis n’avait qu’une occupation annuelle et rituelle dédiée à la réception par le roi des tributs offerts par les nations assujetties de l’empire à l’occasion des cérémonies du nouvel an perse a longtemps prévalu. Il est maintenant certain que la cité était occupée en permanence et tenait un rôle administratif et politique central pour le gouvernement de l’empire. De nombreuses archives écrites sur des tablettes d’argiles découvertes dans les bâtiments du trésor et les fortifications ont permis d’établir ces rôles, et livrent des renseignements précieux sur l’administration impériale achéménide et la construction du complexe. Persépolis est classée patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO depuis 1979.

Courtiers

Au contraire d'autres constructions monumentales antiques grecques ou romaines, la construction de Persépolis ne doit rien à l’esclavage. Elle est entièrement assurée par des ouvriers venant de tous les pays de l’Empire : Babylonie, Carie, Ionie, ou Égypte.


Sa destruction :

En réalité, il est maintenant admis par les historiens que la raison de la destruction de Persépolis est plus vraisemblablement d’ordre politique. La décision d’Alexandre semble effectivement réfléchie. Alors que le vainqueur prend soin d’épargner les villes prises et notamment Babylone, ne ménageant aucun geste pour se concilier la population perse, il accomplit à Persépolis un geste d’une haute portée symbolique dictée par le contexte perse : le cœur idéologique du pouvoir achéménide se situant toujours en les capitales perses. La population, ayant fait acte de soumission forcée ou volontaire, reste attachée au souverain légitime et est en mauvais termes avec les conquérants. La décision est donc prise d’incendier le sanctuaire dynastique perse afin de signifier à la population le changement de pouvoir. Duruy dit ainsi qu’« Alexandre voulut annoncer à tout l’Orient, par cette destruction du sanctuaire national, la fin de la domination persique ».

Les écrits anciens mentionnent les regrets exprimés plus tard par un Alexandre honteux de son geste. Pour Briant, ces regrets impliquent en fait qu'Alexandre, reconnaissant son échec politique, en tirait les conclusions par ce geste.

La destruction de Persépolis marque la fin du symbole de la puissance achéménide. Le premier empire perse disparaît complètement avec la mort de Darius III, dernier empereur de sa dynastie. L’hellénisation commence avec les Séleucides.


Le Palais de Darius

Persépolis a continue à être utilisée par les dynasties perses suivantes. Au pied de la Terrasse se trouve un temple, peut-être construit par les Achéménides, et réutilisé par les Séleucides, puis par les Fratadaras (gardiens du feu).
La ville basse est progressivement abandonnée au profit de sa voisine Istakhr, à l'époque parthe. Des graffitis, attribuables aux derniers rois de Perse sous les Parthes ou au début de l'ère sassanide, montrent que le site est cependant resté lié à la monarchie perse, au moins symboliquement. En effet, une inscription en Pehlevi relate qu'un fils de Hormizd Ier ou Hormizd II y donne un banquet et y fait procéder à un service cultuel. Persépolis a donc pu continuer à servir de lieu de culte plusieurs siècles après l'incendie de -330. Persépolis sert également de référence architecturale pour certains éléments des constructions sassanides telles le palais de Firouzabad.


Histoire récente :

Des cérémonies fastueuses, en tenue d’époque achéménide, se sont tenues sur trois jours en 1971 à Persépolis, à l’occasion de la célébration des 2500 ans de la monarchie. Le Shah Mohammed Reza Pahlavi convie alors de nombreuses personnalités internationales. Le faste des cérémonies, mobilisant plus de 200 serviteurs venus de France pour les banquets, suscite une polémique dans la presse et contribue à ternir l’image du Shah. Le montant des dépenses est évalué à l'époque à plus de 22 millions de dollars US, le financement est réalisé au détriment d’autres projets d’urbanisme ou sociaux. En outre, les festivités s’accompagnent d’une répression des opposants au Shah.

Après la révolution iranienne et dans un but d’éradiquer une forte référence culturelle à la période préislamique et à la monarchie, l’Ayatollah Sadeq Khalkhali tente avec ses partisans de raser Persépolis à l’aide de bulldozers. L’intervention de Nosratollah Amini, gouverneur de la province de Fars, et la mobilisation des habitants de Shiraz s’interposant devant les engins permettent alors de sauver le site de la destruction.



Persépolis est un milieu fragile dont la préservation peut être compromise par l’activité humaine. La question de la nocivité de certains composants chimiques issus de pollutions agricoles est soulevée30. Un programme de protection du site a récemment commencé, visant à limiter les dégradations liées à l’érosion et au passage de visiteurs : des toitures ont déjà été mises en place protégeant certains éléments comme l’escalier Est de l’Apadana, et il est prévu de recouvrir le sol d’un plancher sur les lieux de passage. La construction d’un barrage proche de Pasargades entretient une polémique entre le ministère iranien de l’archéologie et le ministère de la culture et du patrimoine. La montée des eaux pourrait endommager nombre de sites archéologiques de la région, dont Persépolis. De plus, la construction d’une ligne de chemin de fer dont le tracé pourrait passer à proximité de Persépolis et Naqsh-e Rostam fait également redouter des dommages pour ces sites, ce qui pourrait faire passer certains de la liste du patrimoine mondial à celle des sites en danger par l'UNESCO. Des actions en justice menée par l'Office de Fars de l'Organisation de L'Héritage Culturel et du Tourisme ont déjà abouti à la condamnation du ministère des transports33. En parallèle, une demande de rattachement des sites voisins de Naqsh-e Rostam, Naqsh-e Rajab, Ishtakr, et Kuh-e Ramat au classement de Persépolis par l'UNESCO est en cours34, ce qui pourrait contrarier le tracé actuel du chemin de fer.

Taureau

De plus, Persépolis est régulièrement victime de vols liés au trafic d’antiquités, voire de vandalisme. Le site subit également des dégradation du fait de négligences comme à l'occasion de la réalisation de films . Une extension du musée est également prévue, dont les modalités exactes ne sont pas encore définies : le classement du site au patrimoine mondial interdit en effet toute modification.

(Source Wikipédia)


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