24 janvier 2010

Paris célèbre Izis, photographe rêveur

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L'hôtel de ville de Paris présente une rétrospective de cet émigré juif lituanien devenu l'ami de Chagall.

Izis, Paris des Rêves



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Beau visage, profil noble, Izis incarne avec élégance tout le charme de la vieille Europe centrale qui mêle courtoisie, virilité et un certain détachement.

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Ce photographe discret, caché sous le pseudonyme d'«Izis», qui pourrait évoquer la déesse égyptienne, ou, à défaut, une femme, est un homme posé qui fait face en égal à un monstre sacré.

prevert.jpg Jacques Prévert


Boutonné jusqu'au col comme un écolier aux cheveux blancs, le sourcil hérissé et l'œil piqué de curiosité, Chagall l'écoute en son atelier du quai d'Anjou, le plus privé de l'île Saint-Louis, en 1969.

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Six ans plus tôt, le peintre n'a autorisé qu'Izis à le regarder travailler sur le plafond de l'Opéra de Paris.

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Et à le photographier, tout petit devant son grand œuvre. Une des deux rotondes de cette exposition «Izis» éclate du rouge triomphant de Chagall.

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Izis, pseudonyme public comme un slogan et homme méconnu.

rolandpetit.jpg Roland Petit


Reporter de Paris Match élu par ce peintre rude et réputé sans partage.

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Ils sont là tous les deux à revivre comme des héros de Cocteau sous la voûte de la salle Saint-Jean de l'hôtel de ville, dans une exposition au fort parfum familial qui vise le grand public par ses accents sincères.

Comment peut-on disparaître, corps et âme, dans le tintamarre de la célébrité ?

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C'est la question du sphinx que pose cet hommage sensible et décousu à Izis, dont le livre Le Paris des rêves, publié en 1950, fut réédité seize fois et vendu à 170.000 exemplaires, record qui laisse rêveur.

piaf.jpgEdith Piaf


Pourtant, aujourd'hui, qui, dans le monde de la photographie française, citerait Izis avant Doisneau, Cartier-Bresson, Lartigue ?


«Inconsolable mais gai

C'est par une phrase de L'Hurluberlu d'Anouilh que son fils Manuel Bidermanas, cocommissaire tout en rondeur bougonne de l'exposition, décrit son père : «Homme angoissé, hanté par son passé, sans doute désespéré, mais pas amer, capable de voir ce qui est beau, d'avoir l'humour d'un pitre

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Né Izraël Biderman en 1911 dans une Lituanie misérable sous contrôle russe (le «z» de son prénom est dû à une erreur d'état civil), devenu Izraëlis Bidermanas à l'indépendance, en 1918, il est surnommé le «rêveur» à l'école hébraïque.

C'est ce trait d'enfance qui frappe le plus dans cet accrochage d'un Paris d'adoption et mélancolique, en retrait du monde.

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Cette propension à la distance poétique, on la retrouve dans ses photos vagabondes sur les quais de Seine où les dormeurs s'enroulent autour des bornes d'amarrage, comme des blessés ou des lutins.

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Émigré sans le sou à Paris, exploité comme travailleur clandestin dans des laboratoires photographiques qui le laissent parfois dormir sur place, survivant en zone libre au moment où sa famille lituanienne est assassinée par les nazis, Izis est un héros triste à la Dickens.

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Son innocence est finalement récompensée.

Ses portraits des maquisards, francs, nets, secrets, ont tous quelque chose d'un autoportrait.







Source du texte et photos choisies sur Internet.

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Des livres de et avec lui


Le TAG Izis




Miss You

15 novembre 2009

Le Peintre, La Pomme & Picasso



Après les légumes, les fruits et plus particulièrement la pomme, sur un texte de Jacques Prévert :

Sur une assiette bien ronde en porcelaine réelle
une pomme pose
Face à face avec elle
un peintre de la réalité
essaie vainement de peindre
la pomme telle qu'elle est
mais
elle ne se laisse pas faire
la pomme
elle a son mot à dire
et plusieurs tours dans son sac de pomme
la pomme
et la voilà qui tourne
dans une assiette réelle
sournoisement sur elle-même
doucement sans bouger
et comme un duc de Guise qui se déguise en bec de gaz
parce qu'on veut malgré lui lui tirer le portrait
la pomme se déguise en beau bruit déguisé
et c'est alors
que le peintre de la réalité
commence à réaliser
que toutes les apparences de la pomme sont contre lui
et
comme le malheureux indigent
comme le pauvre nécessiteux qui se trouve soudain à la merci de n'importe quelle association bienfaisante et charitable et redoutable de bienfaisance de charité et de redoutabilité
le malheureux peintre de la réalité
se trouve soudain alors être la triste proie
d'une innombrable foule d'associations d'idées
Et la pomme en tournant évoque le pommier
le Paradis terrestre et Ève et puis Adam
l'arrosoir l'espalier Parmentier l'escalier
le Canada les Hespérides la Normandie la Reinette et l'Api
le serpent du Jeu de Paume le serment du Jus de Pomme
et le péché originel
et les origines de l'art
et la Suisse avec Guillaume Tell
et même Isaac Newton
plusieurs fois primé à l'Exposition de la Gravitation Universelle
et le peintre étourdi perd de vue son modèle
et s'endort

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C'est alors que Picasso
qui passait par là comme il passe partout
chaque jour comme chez lui
voit la pomme et l'assiette et le peintre endormi
Quelle idée de peindre une pomme
dit Picasso
et Picasso mange la pomme
et la pomme lui dit Merci
et Picasso casse l'assiette
et s'en va en souriant
et le peintre arraché à ses songes
comme une dent
se retrouve tout seul devant sa toile inachevée
avec au beau milieu de sa vaisselle brisée
les terrifiants pépins de la réalité.


En écoute sur Deezer ainsi que tout les magnifiques albums d'Yves Montand.

anti

14 octobre 2009

En sortant de l'école

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Depuis quelques semaines, c'est la rentrée. Un matin, n'ayant aucune envie de rester dans les embouteillages après avoir accompagné les enfants au collège, je me suis laissée aller et j'ai pris les chemins de traverse.

Aucun regret. La route empruntée est, en plus d'être fluide, magnifique... et ce matin, j'ai enfin pensé à prendre mon appareil photos...

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Tout d'abord, on prend le chemin de la Cigale...

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Puis, on suit la Corniche de l'Hermitage...

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Pour arriver sur... Le chemin des Écoliers !

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En sortant de l'école
Nous avons rencontré
Un grand chemin de fer
Qui nous a emmené
Tout autour de la terre
Dans un wagon doré
Tout autour de la terre
Nous avons rencontré
La mer qui se promenait
Avec tous ses coquillages
Ses îles parfumées
Et puis ses beaux naufrages
Et ses saumons fumés
Au-dessus de la mer
Nous avons rencontré
La lune et les étoiles
Sur un bateau à voiles
Partant pour le Japon
Et les trois mousquetaires
Des cinq doigts de la main
Tournant la manivelle
D'un petit sous-marin
Plongeant au fond des mers
Pour chercher des oursins
Revenant sur la terre
Nous avons rencontré
Sur la voie de chemin d'fer
Une maison qui fuyait
Fuyait tout autour de la terre
Fuyait tout autour de la mer
Fuyait devant l'hiver
Qui voulait l'attraper
Et nous sur notre chemin d'fer
On s'est mis à rouler
Rouler derrière l'hiver
Et on l'a écrasé
Et la maison s'est arrêté
Et le printemps nous a salué
C'était lui le garde barrière
Il nous a bien remercié
Et toutes les fleurs
De toute la terre
Soudain se sont mises à pousser
Pousser à tord et à travers
Sur la voie de chemin d'fer
Qui ne voulait plus avancer
De peur de les abîmer
Alors on est revenu à pied
A pied tout autour de la terre
A pied tout autour de la mer
Tout autour du soleil
De la lune et des étoiles
A pied à cheval en voiture
Et en bateau à voile

Jacques Prévert, chanté par Les frères Jacques.


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Et j'en ajoute une autre, levé de soleil de ce matin (15 octobre) :

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Très belle journée à tous !

anti, jeune sky maman !

28 avril 2009

Iggy et Izia

52383688.jpgHier soir, l'évènement du jour était sur Canal, avec Iggy Pop à "La Musicale", émission malheureusement présentée par l'horripilante Emma de Caunes, toujours plus inepte et laborieuse que jamais avec ses vannes qui tombent lamentablement à plat. Heureusement, cet inconvénient était largement compensé par la prestation d'Iggy, en particulier dans une série de duos pour la plupart époustouflants.

D'entrée, on a pu apprécier sa voix chaude et grave sur "C'est une chanson qui nous ressemble" de Jacques Prévert et un premier duo, en français aussi, avec Ayo sur "Ne me quitte pas", plein d'émotion et d'intensité. Je ne vais pas parler de tous les duos - certains étaient d'ailleurs peu convaincants, comme celui avec Benjamin Biolay à la voix inexistante. Par contre, trois autres étaient au plus haut niveau : celui qu'il a fait avec China Moses (digne fille de Dee Dee Bridgewater) sur Hi De Ho de Cab Calloway, celui avec Grace Jones qui semble totalement échapper à l'âge tellement elle garde une plastique et une voix parfaites et celui - mon préféré - avec une chanteuse absolument renversante de pêche, de qualité et de puissance, Izia.

Un truc drôle : j'ai trouvé des infos sur elle en cherchant sur le net et devinez quel site me les a données en premier ? Celui de mon fils Daashy. Petit monde, non ?

Izia a 18 ans, elle a déjà fait des premières parties d'Iggy et des Stooges depuis qu'elle en a 16, elle est auteur, compositeur et interprète. Ah oui, elle est la fille de Jacques Higelin et donc la soeur d'Arthur H - mais ce qu'elle fait n'a rien à voir avec l'un ou l'autre, ce qui est tout à son honneur. Beaucoup la comparent à Janis Joplin. Elle a en commun avec elle une voix taillée dans le rock. Jugez-en par vous-mêmes. Attention si vous venez de vous lever, ça décoiffe.



Celle-là, elle n'a pas fini de faire parler d'elle et en bien. Dès que je trouve son CD, je l'achète.

Très belle journée à tous

13 mars 2009

La plume anonyme d'un poète sans-abri

Ils sont de plus en plus visibles. Mais les passants les croisent sans apparemment les voir. Indifférents, gênés. Leurs ombres furtives, miséreuses, çà et là dans les gares ou les parcs, rappellent inopinément à beaucoup leurs propres difficultés. Leur souffrance semble désincarnée. Ils ne mendient pas et survivent des rebuts de la société de consommation. Cette société les ignore et, eux, les sans-abri des grandes villes japonaises, ils s'en sont détournés. Deux mondes se côtoient et font mine de ne pas se voir.

D'autant plus troublante, une voix s'élève de ce monde des "naufragés" de la prospérité. Depuis la fin de l'année 2008, le quotidien Asahi publie des courts poèmes d'un auteur sans abri resté anonyme. Et, sans doute pour la première fois, les lecteurs de ce journal découvrent à travers ses mots ce "peuple d'en bas" qui, la nuit, dort dans des cartons aux pieds de ceux qui se pressent pour ne pas rater le dernier métro.

Comme d'autres journaux, Asahi a une rubrique poétique dans laquelle sont publiés des poèmes du genre classique waka, courts et à la beauté austère et mélancolique, envoyés par des lecteurs qui ont été sélectionnés par un jury. Les concours de poèmes relèvent d'une tradition millénaire au Japon. Et les quotidiens l'ont poursuivie. Au nombre de lettres d'encouragement que reçoit l'Asahi, les poèmes de cet homme déchu, à la rue, ont ému plus d'un lecteur.


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Crédit photo Lisa partage.blog



"Habitué à vivre sans clés, je passe la nouvelle année. De quoi d'autres dois-je encore me dessaisir ?" "Cette rue s'appelle la rue des enfants infidèles. Moi je n'ai ni parents ni enfant." "L'homme ne vit pas seulement de pain, mais moi je passe ma journée avec le pain distribué..." A la belle étoile, cette chanson de Juliette Gréco dont les paroles sont de Jacques Prévert et la musique de Joseph Kosma, a bercé son sommeil : "M'endormant sous un ciel étoilé, j'ai entendu la chanson de Gréco. Ce n'était qu'une illusion..."

Le poète anonyme signe ses textes du pseudonyme de Koichi Koda, mais la rubrique "adresse" qui accompagne la publication du poème, normalement obligatoire, comporte la simple mention : "sans". L'auteur vit probablement dans le quartier de Kotobuki-cho, à Yokohama, l'un des bivouacs aux minables hôtels pour journaliers, l'une de ces trappes de la ville vers lesquelles refluent les sans-abri.

L'écriture soignée et la référence à la chanson de Juliette Gréco (qui date des années 1950) donnent à penser que l'homme est cultivé et doit être âgé de plus de 70 ans. A la suite de la publication de ses poèmes par Asahi, l'anonyme poète en a envoyé un autre : "Lisant l'article à mon propos comme s'il s'agissait de quelqu'un d'autre, les larmes me sont montées aux yeux."

Le quotidien l'a appelé à se faire connaître, ne serait-ce que pour lui remettre la petite rémunération qui accompagne la publication d'un poème. "Je suis touché par votre gentillesse, mais pour le moment je n'ai pas le courage d'entrer en contact avec vous", a-t-il répondu.

Par Philippe Pons (Le Monde.fr)


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Crédit photo Jean-Marc Godes




« A la belle étoile »
(Jacques Prévert)

Boulevard de la Chapelle où passe le métro aérien
Il y a des filles très belles et beaucoup de vauriens
Les clochards affamés s'endorment sur les bancs
De vieilles poupées font encore le tapin à soxante-cinq ans

Boulevard Richard-Lenoir j'ai rencontré Richard Leblanc
Il était pâle comme l'ivoire et perdait tout son sang
Tire-toi d'ici tire-toi d'ici voilà ce qu'il m'a dit
Les flics viennent de passer
Histoire de s'réchauffer ils m'ont assaisonné

Boulevard des Italiens j'ai rencontré un Espagnol
Devant chez Dupont tout est bon après la fermeture
Il fouillait les ordures pour trouver un croûton
Encore un sale youpin qui vient manger notre pain
Dit un monsieur très bien

Boulevard de Vaugirard j'ai aperçu un nouveau-né
Au pied d'un réverbère dans une boîte à chaussures
Le nouveau-né dormait dormait ah ! quelle merveille
De son dernier sommeil
Un vrai petit veinard Boulevard de Vaugirard

Au jour le jour à la nuit la nuit

A la belle étoile
C'est comme ça que je vis
Où est-elle l'étoile
Moi je n'lai jamais vue
Elle doit être trop belle pour le premier venu
Au jour le jour à la nuit la nuit
A la belle étoile
C'est comme ça que je vis
C'est une drôle d'étoile c'est une triste vie
Une triste vie.



Miss You

29 octobre 2008

Jacques Prévert, Paris la belle

Exposition du 24 octobre 2008 au 28 février 2009

Hôtel de Ville de la Mairie de Paris.
Salle St Jean – 5 rue Lobau – Paris 4me
Tous les jours sauf dimanches et jours fériés 10h à 19h
Entrée libre



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L’exposition à la mairie de Paris rassemble toutes les facettes de l’artiste : l’écriture, le cinéma, la chanson… Elle «a pour but de faire découvrir l’ensemble de son œuvre et d’ouvrir les portes de son univers, notamment à ceux qui ne l’ont aperçu que par bribes glanées au hasard», écrivent les commissaires N.T. Binh et Eugénie Bachelot-Prévert, petite-fille de Jacques et unique ayant-droit.

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Dédicace sur dessin de Jacques Prévert dans son livre "Fatras" (Edition Le Point du Jour 1966)

Près de 550 œuvres ont été réunies sur 700 m2. Un beau parcours. Prévert, inventaire.

Le titre, «Paris la belle», peut faire croire qu’il n’est question que de Prévert et la capitale. Paris, c’est surtout le décor principal de sa vie. Né à Neuilly-sur-Seine le 4 février 1900, «il était très attaché à Paris, qui est partout présent dans son œuvre, explique N. T. Binh. Il a habité dans différents quartiers, dont ses trente dernières années au pied de la butte Montmartre.»

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Site Mairie de Paris : L'expo


Prévert et le collage :

Après une chute d’un premier étage, Prévert part en convalescence dans le Midi et s’adonne au collage. En 1957, Jacques Prévert expose pour la première fois à la galerie Maeght une série de collages. Ces collages sont drôles et inventifs : une gravure ancienne voisine avec une photo de presse, une carte postale avec un cliché de Brassaï, Robert Doisneau ou Willy Ronis.

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Collage "Portrait de Jeanine"

Prévert se plaît à y inclure les personnes de son entourage, sa propre photo, ou des personnalités célèbres de l’histoire ou de l’actualité (Napoléon, le pape Pie XII). Outre son rejet de l’Église et de l’armée qui reste un sujet de prédilection, le regard qu’il porte sur la réalité passe du tendre au sombre, de l’onirisme au monstrueux.

Inspirés de la tradition surréaliste et d’une grande liberté formelle, les collages jouent sur le détournement d’aphorismes ou d’expressions populaires, la relecture ou la réappropriation d’images existantes.

Genre artistique insolite et inclassable, le collage pratiqué par Prévert est un prolongement direct de son écriture imagée. Citations, proverbes et associations d’idées font corps avec le texte. Cette pratique qui, chez lui, donne des résultats saisissants, est sans doute l’aspect le moins connu de son oeuvre que cette exposition se propose de faire découvrir.

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Collage "Les grands cerveaux"

Proche de Picasso, mais également ami de nombreux peintres célèbres ou moins connus, Prévert a écrit des dizaines de textes sur les artistes les plus divers. Il a aussi cosigné des livres d'art avec notamment Picasso, Miró, Calder, Chagall ou Max Ernst.

"Le mot image veut dire ce qu'il veut dire, ce qu'on lui fait dire, aussi bien ce que les gens ont appelé une métaphore : c'est un mot un peu drôle, un peu savant, comme une figure ou un visage de rhétorique, toutes ces choses ont des noms ! Mais du moment qu'on écrit avec de l'encre ou un crayon, on peut faire des images aussi, surtout comme moi, quand on ne sait pas dessiner, on peut faire des images avec de la colle et des ciseaux, et c'est pareil qu'un texte, ça dit la même chose". (Jacques Prévert)


Prévert et la photographie :

Tout au long de sa vie, Prévert se lie d’amitié avec de nombreux photographes installés à Paris : Brassaï (qui a signé la photo de la couverture originale de Paroles), Eli Lotar, Dora Maar ou Man Ray dans les années 1920, puis, après la guerre, Édouard Boubat, Peter Cornelius, Robert Doisneau, Izis ou Willy Ronis.

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Prévert et Cornelius

Pour découvrir les mots de Prévert sur « Couleurs de Paris », c'est ici.

Avec certains de ces artistes, Prévert arpente Paris. De nombreux clichés témoignent de ces balades entre amis, sources d’oeuvres à quatre mains où se dévoile un amour partagé de la capitale. Entre l’écriture et la photographie, Prévert et ses amis photographes multiplient les jeux de correspondance.

Le plus remarquable de ces ouvrages reste certainement Grand Bal du printemps, qui signe une collaboration exceptionnelle avec Izis. Avec tendresse et poésie, les deux artistes immortalisent le Paris des années 1950. Un visage triste, un couple heureux, une fenêtre ouverte, un chien perdu, une affiche collée sur un arbre, suscitent chez l’un un texte, chez l’autre une photo. Une complicité qu’ils renouvelleront avec bonheur avec Charme de Londres, en 1952.

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En 1954, Prévert travaille avec le photographe André Villers, de trente ans son cadet, à un ouvrage étonnant qui mêle les photos de Villers et les découpages de Picasso. Les textes sont de Prévert, tout comme le titre : le livre s’intitule Diurnes « parce qu’il y en a marre des nocturnes ».


Prévert et le cinéma :

Jacques Prévert se fait connaître dans les années 1930 comme scénariste et dialoguiste de cinéma. Son premier scénario, écrit pour le film de son frère Pierre, " L'affaire est dans le sac " (1932), est une variation sur le burlesque. En 1933, il travaille avec Claude Autant-Lara (Ciboulette) puis, en 1935, il écrit les dialogues du film réalisé par Jean Renoir, " Le Crime de M. Lange ". L’engagement politique et social de Prévert se fait sentir dans cette histoire d’imprimerie reprise en main par les ouvriers à la suite de la mort présumée de leur patron.

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C’est lors d’une représentation de " La Bataille de Fontenoy " par le groupe Octobre, que Jacques Prévert fait la connaissance du jeune réalisateur Marcel Carné, puis de son décorateur, Alexandre Trauner. Carné, séduit par l’humour de Prévert, lui demande d’écrire les dialogues de son prochain film, " Jenny ". Nous sommes en 1936.

Pendant plus de dix ans, le trio fonctionne à merveille. Il donne naissance à un nouveau style cinématographique, le « réalisme poétique », auquel Carné préfère l’appellation de « fantastique social », et enchaîne les chefs-d’oeuvre jusqu’à l’immédiate après-guerre : " Drôle de drame ", " Le Quai des brumes ", " Le jour se lève ", " Les Visiteurs du soir ", " Les Enfants du paradis " et " Les Portes de la nuit ".

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Le style de Prévert se retrouve aussi dans des films de Christian-Jaque, Jean Grémillon, Paul Grimault ou Pierre Prévert. Il suffit souvent d’une réplique pour qu’il se révèle, mélange de poésie des faubourgs, de jeux de mots tendres et corrosifs. Aux succès reconnus viennent s’ajouter les films auxquels il a collaboré sans que son nom soit mentionné au générique " Une femme dans la nuit " d’Edmond T. Gréville en 1941, ou " La Marie du port ", de Marcel Carné en 1949 , et des dizaines de projets jamais tournés.


Les Enfants du paradis

Réalisé par Marcel Carné pendant l’Occupation, et 1945, c’est à la fois un hymne à l’amour fou, le plus bel hommage qui soit au monde du spectacle et une preuve éclatante de pérennité de la création artistique par-delà les tourments de l’Histoire.

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Film de plus de trois heures, divisé en deux époques, porté par une distribution exceptionnelle (Arletty, l'actrice préférée de Carné et de Prévert, entourée de Jean-Louis Barrault, Pierre Brasseur, Marcel Herrand, Maria Casarès, etc.), Prévert signe le scénario, Alexandre Trauner dessine les décors, Joseph Kosma compose la musique (ces deux derniers dans la clandestinité, car ils sont juifs), et Marcel Carné fait le lien entre tous.

Un film qui, lors de sa sortie en 1945 restera plus d’un an à l’affiche à Paris, et sera élu en 1979 par l’académie des César « meilleur film français de tous les temps », puis en 1990, par un jury de 500 professionnels du cinéma « plus grand film français de tous les temps ».


Miss You

26 mars 2008

Ce matin

Les nuages jouent dans l'aube qui s'enflamme.
Certains semblent des oiseaux sur les ailes du vent.




Page d'écriture

Deux et deux quatre
quatre et quatre huit
huit et huit font seize...
Répétez ! dit le maître
Deux et deux quatre
quatre et quatre huit
huit et huit font seize.
Mais voilà l'oiseau-lyre
qui passe dans le ciel
l'enfant le voit
l'enfant l'entend
l'enfant l'appelle :
Sauve-moi
joue avec moi
oiseau !
Alors l'oiseau descend
et joue avec l'enfant
Deux et deux quatre...
Répétez ! dit le maître
et l'enfant joue
l'oiseau joue avec lui...
quatre et quatre huit
huit et huit font seize
et seize et seize qu'est-ce qu'ils font ?
Ils ne font rien seize et seize
et surtout pas trente-deux
de toute façon
et ils s'en vont.
Et l'enfant a caché l'oiseau
dans son pupitre
et tous les enfants
entendent sa chanson
et tous les enfants
entendent la musique
et huit et huit à leur tour s'en vont
et quatre et quatre et deux et deux
à leur tour fichent le camp
et un et un ne font ni une ni deux
un à un s'en vont également.
Et l'oiseau-lyre joue
et l'enfant chante
et le professeur crie :
Quand vous aurez fini de faire le pitre !
Mais tous les autres enfants
écoutent la musique
et les murs de la classe
s'écroulent tranquillement.
Et les vitres redeviennent sable
l'encre redevient eau
les pupitres redeviennent arbres
la craie redevient falaise
le porte-plume redevient oiseau.

Jacques Prévert

08 mars 2008

Pour faire le portrait d'un oiseau

Ce soir, je voulais retrouver ici le tout premier poème que j'ai appris, enfant, et que je redécouvre chaque fois avec bonheur



Pour faire le portrait d'un oiseau

Peindre d'abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d'utile
pour l'oiseau
placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forêt
se cacher derrière l'arbre
sans rien dire
sans bouger ...
Parfois l'oiseau arrive vite
mais il peut aussi bien mettre de longues années
avant de se décider
Ne pas se décourager
attendre
attendre s'il le faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l'arrivée de l'oiseau
n'ayant aucun rapport
avec la réussite du tableau
Quand l'oiseau arrive
s'il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l'oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec le pinceau
puis
effacer un à un tous les barreaux
en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l'oiseau
Faire ensuite le portrait de l'arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l'oiseau
peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l'herbe dans la chaleur de l'été
et puis attendre que l'oiseau se décide à chanter
Si l'oiseau ne chante pas
c'est mauvais signe
signe que le tableau est mauvais
mais s'il chante c'est bon signe
signe que vous pouvez signer
Alors vous arrachez tout doucement
une des plumes de l'oiseau
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

Jacques Prévert